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Full text of "Histoire de la lèpre en France; lépreux et cagots du Sud- Ouest"

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HISTOIRE DE LA LÈPRE EN FRANCE 



LÉPREUX ET CAGOTS 

DU SUD-OUEST 



NOTES HISTORIQUES, MEDICALES, PHILOLOGIQUES SUIVIES DE DOCUMENTS 

PAR LE 

D' II. -M. |FAY 
AVEC UNE PRÉFACE DU PROFESSEUR GILBERT BALLET 




AVEC VINGT-TROIS GRAVURES, DONT 20 HORS TEXTE 



PARIS 
LIBRAïaiE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

5, QUAI MALAQUAIS, 5 
1910 



LEPREUX ET CAGOTS 

DU SUD-OUi:ST 



COULOMMIERS 
Imprimerie Pâli. BRODARP. 



HISTOIRE DE LA LEPRE EN FRANCE 



LÉPREUX ET CAGOÏS 

DU SUD-OUEST 



NOTES IIISTORIOUES, MEDICALES, PHII.OLOOIQUES SUIVIES DE DOCUMENTS 

l'AR LE 

D' H. -M. FAY 

AVEC UNE PRÉFACE DU PROFESSEUR GILBERT BALLET 




AVF.c vi.Nr.T-riU)is cuAvrnKs, kont 2(J hors textk 



PARIS 
LIBRATKIR ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 



;> , OU A I .M A I. A O U A I S , O 

1910 



BioBi»iiKl 
Ubncy 

PRÉFACE 



Depuis quelques années on voit s'affirmer un louable 
réveil du goiit pour les études de pathologie rétrospective. 
On s'est mis de divers cotés à rechercher, dans les tableaux 
des musées et des églises et sur les sculptures appendues 
aux portiques ou aux piliers des cathédrales, les anomalies, 
les difformités, les contorsions nerveuses qui témoignent 
du souci qu'ont eu beaucoup d'artistes des siècles passés 
de prendre la nature sur le vif et de la représenter avec 
exactitude, même sous ses aspects les moins séduisants. 
Si bien que l'examen attentif des œuvres d'art, fait du 
point de vue médical, a permis de recueillir un ensemble 
de documents, non seulement curieux mais quelquefois 
très instructifs touchant l'histoire de certaines affec- 
tions. 

Toutefois de cette mine précieuse on ne pouvait 
s'attendre, en la scrutant avec toute la persi)icacité et le 
souci de l'observation du détail qu'on y peut mettre, qu'à 
extraire des renseignements partiels, souvent un peu 
sujets à caution si l'on fait la part de la légitime fantaisie 
de l'artiste. 

Les documents écrits conservés dans les bibliothèques 
publiques, les archives départementales, communales 



VI PHÉFAGE 

OU (If r;imill<' l'olnil la source vraiincnl IV-conde où 
peuvent puiser ceux qui sinléressent iui passé en g«''nrral. 
et notamment au passé de la médecine. Mais c'est tou- 
jours une (l'UM-e péniMc cl laborieuse qne de fouiller les 
dépots de livres et de documents, de déchillVer des 
manuscrits dont la Icdure n'est pas toujours commode et 
demande même souvent une certaine initiation. 

M. Fay n'a pas reculé devant ce labeur. Dans divers 
travaux il avait déjà affirmé son goùl poui- les é'tudes 
bislori(iues, le goùl sans lequel on nr fait rien de 
bon, et aussi ses aptitudes spéciales pour ce genre 
d'études qui se concilient rarement, commecbe/ l'auteur, 
avec la tournure d'esprit et les tendances liabiliiolles du 
jtatliologisle et du clinicien. 

L'ouvrage qu'il publie aujourd'hui, se distingue par 
un ensemble de qualités qu'il est rare de trouver réunies, 
et dont cependant l'association est indisjjensable pour 
mener à bien un travail de la nature de celui qur M. Fay 
me fait l'honneur de me demanderde présenter au lecteur. 
Pour l'écrire, il fallait non seulement y consacrer beau- 
coup de patience et de temps, il fallait être à la fois et à 
quelque degré philologue pour juger sainement de la 
signilication et de la parenté réciproque de termes d'appa- 
rence souvent disparate, qu'on allait rencontrer; historien 
émérite, ayant une expérience suffisante de la course aux 
documents, sachant peser leur authenticité et leur valeur, 
pour apporter au débat les pièces utiles et n'y apporter 
que des pièces dignes d'y figurer; clinicien perspicace pour 
établir sans faillir les analogies de nature entre certaines 
formes frustes de la lèpre actuelle et les formes à physio- 
nomie plus expressive de la lèpre d'un autre âge. Toutes 
ces qualités, on en pourra aisément juger, se retrouvent 
dans l'ouvrage de M. Fay. 



PRÉFACE vn 

L'histoire des maladies éteintes, atténuées ou trans- 
formées est toujours captivante. Elle l'est surtout quand 
la maladie dont il s'agit, par l'horreur et la terreur qu'elle 
a inspirées aux populations, à certaines époques, leur a 
suggéré des mesures de prophylaxie et de défense qui ont 
fait partie des règlements et des institutions du passé. 
L'histoire de l'affection n'est plus alors un simple chapitre 
de l'histoire de la pathologie, elle devient un chapitre de 
l'histoire des mœurs, des règlements et des coutumes. C'a 
été le cas pour la lèpre. 

Cet ouvrage ne s'occupe que de l'histoire de la lèpre dans 
une partie du sud-ouest de la France. Les archivistes, les 
Juristes, les historiens, les médecins qui pourtant ont tant 
écrit sur les lépreux des autres régions de la France, 
l'avaient jusqu'ici délaissée. La cause de cette omission se 
trouve dans ce fait, aujourd'hui mis en lumière par 
M. Fay, que la majorité des lépreux y jouissaient d'une 
condition très spéciale, et y portaient un nom dont 
le sens et l'origine sont demeurés incertainsjusqu au jour 
où l'auteur, par ses patientes recherches, a pu dégager du 
chaos et de l'obscurité où ils étaient plongés, des documents 
en grand nombre et des traditions, dont l'origine ne pou- 
vait se manifester sans de longues études faites sur les 
lieux mêmes et dans les très riches archives de nos dépar- 
tements pyrénéens. 

On doit se féliciter que M. Fay ait eu le temps de 
recueillir ses documents, avant le désastre irréparable 
qui lit récemment se perdre dans les tlammes la plus 
grande partie des archives des Basses-Pyrénées. On peut 
dire que maintenant l'histoire des Cagots de ce départe- 
ment n'est presque plus possible à refaire. L'opportunité 
de cet ouvrage en est accrue, puisque outre qu'il met 
au jour un des points les plus méconnus de notre his- 



Mil PRÉFACE 

toire, il saiivr de l'oiihli des documents précieux qu'il ne 
sera plus donné au\ savants de consulter ailleurs. 

A lire 1res atlentivrment les chapitres de ce livre, on 
reste étonné des tluclualions, des variations de l'esprit 
humain en l'ace des cagots. Les causes de ces variations 
nous sont connues grâce à l'abondante littérature q>ie le 
sujet a de tous temps inspirée. Cette littérature peut se 
diviser par époques qui soulignent, s'il se peut encore, ce 
que les faits |)uisés dans les archives ont si nettement mis 
en lumière. 

Une première période, toute médicale, s'ouvre avec 
Guy de Chauliac qui définit le cagot comme lépreux, 
en 1383; cette même définition se retrouve dans une 
lettre de Charles VI, du 7 mars 1407, et dans une autre 
datée du 10 juillet 1139 que signait le futur Louis XL 
LaurentJoubert commentateur de Chauliac, |)uis Ambroise 
Paré, fort inspiré de Joubert, puis enfin Guillaume des 
Innocents montrent que la conviction des médecins n'a 
pas varié avant la fin du xvf siècle. Lorsque s'ouvre 
le xvii" la lèpre cagote s'était tant atténuée, les 
méthodes surannées étaient si imparfaites, que trois 
examens médicaux faits par ordre de l'autorité judiciaire 
ou des municipalités, donnèrent des résultats négatifs. 
Quoique de rares médecins, dont Guillaume Ader, ne 
fussent point ébranlés dans leur conviction, il n'est pas 
moins manifeste que dès cette époque, un revirement se 
lit dans l'opinion des savants. Tous hésitèrent à soutenir 
plus longtemps une thèse que la science d'illustres méde- 
cins avait rendue contestable, et s'ils se décidèrent à parler 
incidemment des cagots, ce fut [»our accentuer le doute 
et l'hésitation que Guillaume Bouchet, leur précurseur, 
avait exprimé dès 1598. 

Pouitant les cagots existaient, c'étaient des parias, ils 



PRÉFACE IX 

étaient soumis à des lois d'exception. Le problème de l'ori- 
gine de cet ostracisme, et de ce nom, fournit aux amateurs 
d'hypothèses, qui écrivirent entre 1600 et 1040, une source 
abondante à considérations fantaisistes. Ces bavardages 
sans méthode furent interrompus par l'apparition d'une 
œuvre magistrale, l Histoire de Béarn, signée par 
l'illustre archevêque Pierre de Marca. Ses belles recher- 
ches parues en 1640, aboutirent à cette conclusion, que 
les cagots étaient d'origine sarrasine, et que c'est pour ce 
motif qu'on les soupçonnait d'être lépreux; quant au 
nom de cagot on le supposa né de ce fait que les Sarrasins 
vainqueurs des Espagnols « mettaient entre leurs qualités, 
celle de vainqueur des Goths » c'est-à-dire caas-goths^ 
chiens ou chasseurs de Goths. 

L'opinion de P. de Marca. fut acceptée sans conteste 
par la plupart des auteurs du xvn' et du début du 
xvni- siècle. A peine quelques voix discordantes, vinrent- 
elles d'abord du côté de l'Espagne, ce sont celles de 
D. Juan de Parocheguy (1674) et du P. Joseph de Moret 
(1706) qui voyaient dans les cagots des descendants des 
Goths. 

En France, la période qui s'étend de 1640 à 1789 est 
par excellence une période cthnogénique; on ne se préoc- 
cupe plus que de savoir de quel peuple descendaient nos 
parias. Le Duchat, le commentateur de Rabelais, défen- 
dait dès 17 il l'origine gothe; Vanque-Bellecourt vers la 
même époque soutint l'origine sarrasine; Venuti en fit 
les descendants des premiers chrétiens de la région, qui 
revinrent des croisades avec la lèpre ; Bullet ( 177 1 1 recon- 
nut que leur nom était celtique, mais supposaitqu'ils étaient 
fils des Albigeois; Court de Gebelin ( 1778) enfin voulut y 
voir les restes d'une ancienne peuplade gauloise vaincue 
et asservie. Malgré tant de vues si diverses, c'est à l'opi- 



^^ PHEFACK 



iiioii (If V. (le .Maica (jiic la inajoriUî se ralliait à la lin 
(lu \Mii siècle, derrière Baiirein et Sanadon. 

Lorsque arriva 17H9. un souille irvolutionnaire modilia 
lirol'oudtMnenl les opinions re{;ues : Hamond de Carlion- 
nières venait de |)ublier ses Obserraliotis ffti/es d(nis 
les Pjjn'ni'cs, où cahots et «Mvlins sont |)résent(''s eomme 
ne faisant qu'un. Voilà donc une seconde période médicale 
qui s'ouvre avec fracas; et qui du premier coup implante 
des convictions si vives que malgré rinsuftisance de 
l'observation, et Tignorance de l'histoire dont fait preuve 
Ramond, elle laissera une trace profonde, dont la survi- 
vance est à peine effacée complètement de nos jours. 
Esquirol et Foderé sont de ces noms illustres qui contri- 
buèrent à fortifier les idées de Ramond jusqu'en 1830. 

Une très abondante littérature, d'une confusion 
extrême, où toutes les idées sont défendues tour à tour, 
sans méthode, sans preuves, caractérise par ailleurs cette 
époque qui devait prendre fin en 1847. 

Les méthodes scientifiques qui caractérisent la critique 
historique avaient à peine pris naissance, quand un illus- 
tre savant, dont les mérites ne sont plus à démontrer. 
Francisque Michel, écrivit son Histoire des Races mau- 
dites de la France et de lEspafjne. Cet ouvrage d'une 
documentation étonnante, et d'une probité scientifique 
remarquable, arrêta en les décourageant tous ceux qui 
avaient osé poursuivre des recherches sur le sujet. Toute 
l'histoire des cagots était refaite; mais Michel n'avait pas 
pu tout extraire des archives, plusieurs questions restaient 
obscures, et il se laissa comme malgré lui tenter par l'éru- 
dition un peu indigeste de ses contem[)orains quand il 
entreprit de faire de l'ethnologie et surtout de la philo- 
logie. Il passa à côté des questions médicales, et négligea 
un peu trop les questions de droit. Malgré ses lacunes son 



PRÉPAGE XI 

ouvrage, dont les conclusions sont inadmissibles, reste 
une œuvre documentaire de premier ordre où l'on trouve 
des faits innombrables. M. Fay a d'ailleurs rendu hom- 
mage à ce savant chercheur, en sachant puiser souvent 
dans l'œuvre, de celui quia décrit les derniers cagots de 
tant de villages pyrénéens. 

Trente ans |)lus tard, le D' V. de Rochas, fit succéder à 
cette période historique, une troisième période médicale, 
celle-ci se décompose en trois périodes secondaires. La 
première, médico-historique commence avec de Rochas; 
la seconde, anthropologique, caractérise les années 1892 
et 1893; la troisième s'ouvre avec les belles recherches 
de Zambaco-Pacha sur la survivance de la lèpre chez les 
cagots. 

La fin du xix'^ siècle et le début du xx" ont vu enfin 
paraître de nombreux petits travaux, des documents iné- 
dits, quelques vues d'ensemble très succinctes, qui sont 
comme des pierres que chacun apporte pour la construc- 
tion d'un édifice. 

M. F'ay s'est appliqué à élever cet édifice. Son travail 
est divisé en deux livres. 

Dans le premier livre sont examinées avec soin toutes 
les questions médicales qui ont tour à tour été défendues 
au sujet des cagots. 

La période médicale ancienne, celle qui s'arrête d(''li- 
nitivement en 1640, est divisée par l'auteur en deux sous- 
périodes, l'une s'étendant du xf siècle à 1535 est caracté- 
risée par la pauvreté des renseignements médicaux; un 
seul nom y prend une place considérable, c'est celui de 
(iuy (le Ciiauliac; la seconde qui s'étend de loiJ.) à HI'H», 
est très riche en renseignements de second ordre trans- 
mis par une vingtaine d'auteurs de valeur inégale. Partant 
des données fournies par ces auteurs, M. Fay se demande 



XH l'UKKACK 

si les cliniciciis anciens élaienl en dioil do conclure à 
l'exislence de la lèpre chez les cagots. Pour cela il prend 
un à un lessiij^nes de la lèpre donnés parGuy de Cliauliac. 
et montre par des citations d'auteurs, des fragments de 
chansons, ou de légendes anciennes, à Taide de quelques 
documents ai( liéologiques, et de pièces d'archives, (jue 
chacun de ces symptômes a été' noté chez les cagots. 

i'uis par une élude des rapports et examens médicaux 
i'aits dès 1439, il étahlit que c'est à |)artir de 1000 que les 
médecins cessèrent de diagnostiquer la lèpre chez les 
descendants de nos parias. 

De ces premières constatations on est amené à se 
demander quelle était la forme de lèpre la plus courante 
chez les cagots. ('/était incontestahlementla lèpre hlanche, 
dont la description est aujourd'hui tomhée dansl'ouhli, et 
dont on (rouve dans ce volume une élude historique fort 
documentée. 

Le traitement de la cagoterie, et les cagots médecins 
fournissent encore le sujet de deux curieux paragraphes. 

La médecine moderne, par l'ohservation des derniers 
descendants de la i-ace des cagots, peut-elle arriver à con- 
clure à la lèpre de leurs ancêtres? Oui, car cette maladie 
s'est transmise par hérédité jusqu'à nos jours sous une 
forme tout à fait atténuée, dont la symptomatologie 
tracée avec soin se termine par des considérations sur la 
syringomyélie lépreuse. 

Lnlin l'auteur reprend d'une façon condensée les théo- 
ries ethnogéniques et anthropologi([ues nées depuis le 
xwf siècle, et conclut qu'aucune d'elles ne peut èlre 
retenue, et que si les invasions gothe et sarrasine ont 
joué un rôle dans l'histoire des cagots, c'est seulement en 
important et en répandant la lèpre sur leur passage. Puis 
il fait une étude critique des opinions de Kamond de 



PRÉFACE xm 

Carbonnières sur le crétinisme, le goîLre et la cago- 
terie. 

Celte partie médicale prend sa place normale au début 
de l'ouvage; comment eu efîet comprendre la véritable 
portée des faits qui sont étudiés ensuite, si l'on ignore ce 
qu'était un cagot, et les causes de la haine qui le pour- 
suivait depuis le xni^ et peut-être même dès le x'' siècle? 

La seconde partie du livre est destinée à nous faire con- 
naître l'histoire des cagots, au point de vue de la succes- 
sion des faits, et de la raison d'être des lois, règlements, 
ordonnances et arrêts qui tantôt les frappaient, tantôt au 
contraire les défendaient. Les fluctuations de l'opinion du 
monde éclairé, quant à l'origine de nos parias, se fait 
sentir très nettement dans cette partie où l'auteur envi- 
sage successivement les aspects divers de son sujet dans 
les ressorts des trois grands parlements du Sud-Ouest, 
ceux de Bordeaux, de Navarre, et de Toulouse. 

Si cette partie est moins riche en faits nouveaux que 
la première, elle n'en reste pas moins d'une utililité 
incontestable pour aider le lecteur à saisir toute l'impor- 
tance de l'étude juridique qui la suit. La condition des 
cagots est demeurée autant dire ignorée jusqu'à ce jour; 
elle ne pouvait être décrite que par quelqu'un qui aurait 
réuni une documentation aussi complète et étendue que 
possible. Cette documentation figure ici, et c'est pourquoi 
l'auteur était en mesure d'aborder ce chapitre de droit 
civil, qui l'a conduit sans effort à des conclusions assez 
éloignées de l'idc'e qu'on se fait trop géui'ralement des 
lépreux libres, lis étaient isolés, tant par riiabitation, que 
par la famille, ils ne pouvaient fréquenter le peuple en 
aucune occasion, môme à l'église. La cause de cet iso- 
lement ne peut être expliquée que par la lèpre; les usages 
mis en vigueur pour éviter le contact réputé infectant 



XIV PRÉPAGE 

tlf's ir'prcnx, se retrouvent en efï'et (rail pour Irait dans 

ceux concernant les cagols. 

11 n'en est pas de même quand il s'agit d'établir les 
caraclères de la condition de ces derniers. On y voit bien 
un reflet atténué de ce (|ue fut la condition des lépreux, 
mais ce n'est qu'une ombre, qui du xnf au xvni' siècle ira 
en s'atténuant progressivement. Dès l'origine, la distinc- 
tion est manifeste si l'on se rapporte aux textes des con- 
ciles qui à plusieurs reprises reviennent sur le sujet des 
lépreux libres. La protection réelle que l'H^glise accordait 
à ces malheureux devait aboutir à leur concéder le pri- 
vilège de juridiction, privilr(/ium fori. Cet avantage fut 
d'ailleurs très tôt abandonné en particulier en Béarn. 
11 en resta cependant une trace dans ce fait que lescagols 
étaient toujours hommes libres, dette liberté aboutit fata- 
lement à leur accorder le droit de bourgeoisie, mais ce 
droit existait pour eux, bien plus en théorie qu'en fait, 
puisqu'ils ne pouvaient, de par les coutumes, jouir des 
avantages qui y étaient attachés; en revanche ils étaient 
soumis à certaines obligations, telles que le service dans 
la milice bourgeoise, et leur qualité de vassaux les sou- 
mettait à l'impôt et au service militaire. Ces obligations 
(railleurs furent très atténuées par suite de leur incom|)a- 
tibilité partielle avec les coutumes inspirées par l'origine 
lépreuse des cagots. 

11 est curieux de constater que les cagots se virent 
longtemps fermer les professions autres que celles où se 
travaillait le bois; c'est encore à la notion de la lèpre qu'il 
faut se rapporter pour comprendre cette anomalie. Enfin 
la lèpre seule est susceptible d'expliquer pourquoi plu- 
sieurs cagots jouissaient du droit de quête. 

Les cagots possédaient toutes sortes de tenures, ven- 
daient, achetaient, louaient, donnaient ou transmettaient 



PRÉFACE XV 

toutes sortes de biens. Comment comprendre qu'ils aient 
joui des avantages du droit commun en ce qui concerne 
les biens et les contrats s'ils n'étaient libres, si leur 
condition n'était très approchante de celle de tous les 
hommes libres? 

Chez les cagots devaient parfois se développer des cas 
de lèpre bien caractérisée; les bonnes conditions d'isole- 
ment où vivait cette classe honnie mettaient ces grands 
lépreux dans la possibilité d'échapper aux regards et dès 
lors à l'internement dans les léproseries; c'est ce qui 
explique pourquoi ces établissements n'avaient que peu 
l'occasion de trouver des pensionnaires et dès lors res- 
tèrent toujours en très petit nombre dans la région du 
Sud-Ouest. L'histoire de ces léproseries est très pauvre en 
faits; M. Fay a su les réunir, et nous amener à conclure 
que le nombre des lépreux libres est seul propre à nous 
faire com|)rendre le nombre restreint des lépreux reclus. 

Restait à expliquer l'origine des dénominations très 
nombreuses qui servirent à caractériser les cagots. Cette 
partie de l'ouvrage est le développement d'un très grand 
nombre de tra\aux que depuis trois ans l'auteur a fait 
paraître dans diverses revues spéciales. Les méthodes si 
précises de la philologie, cette science vraiment moderne, 
lui ont pei-mis d'arriver à des conclusions qui à elles 
seules auraient pu suffire à défendre toute la thèse de 
l'origine des cagots. On peut dire qu'avec cette partie de 
l'ouvrage toutes les obscurités de ce vaste sujet dispa- 
raissent. 

Le travail dans son ensemble n'a point les caractères 
d'une (Puvre imaginative,etc'estce que met en évidence la 
seconde |)artie de l'ouvrage. Plus de quatre cents pages de 
documents en grand nombre inédits, sont là pour le prou- 
ver. Ces documents, sont classés en deux parties, l'une 



xvi PRÉFACE 

est composée de pièces justificatives, l'autre est un dic- 
tionnaire topograpliique où l'on a assemblé après le nom 
de près de 000 localités, les indications, les documents et 
les légendes qui prouvent qu'à une époque d<''terminée 
les cagots y trouvèrent un abri. 

On peut juger par ce que nous venons d'en dire, de 
l'importance de l'ouvrage de M. Fay. La lecture en est 
instructive et quelquefois passionnante, d'autant plustque 
ce livre est, dans toute l'acception du mot un " ouvrage 
de bonne foy ». 

Paris, mai 1909. 

GiLBERT BALLET. 



AVANT-PROPOS 



n L'Histoire est devenue une œuvre col- 
lective, à laquelle collaborent une foule de 
travailleurs... qui de loin s'entr'aident, 
apportant chacun leur pierre à l'édifice 
commun. » (Paul Viollet.) 



L'histoire des Cagots a été dite avec tant de science par 
Francisque Michel et Victor de Rochas, que nous aurions 
hésité à écrire le présent ouvrage, si nous n'avions pensé 
apporter une somme importante d'idées et de documents 
nouveaux dans l'étude du passé et du présent même de ces 
malheureux. Leur histoire n'est qu'un chapitre de celle 
de la lèpre en France, mais un chapitre d'une importance 
extrême, car il modifie profondément les idées générale- 
ment admises en ce qui concerne les lépreux. 

Une partie des idées nouvelles que nous exposons ici, 
nous a inspiré divers travaux parus au cours de ces 
quatre dernières années, travaux qui nous ont valu des 
marques d'approhation et des encouragements, auxquels 
nous aurions cru manquer, en ne donnant pas un ouvrage 
d'ensemble, et en ne publiant pas nos recherches et les 
résultats auxquels elles nous ont mené. 

Fav. b 



XVIII AVANT-PKOPOS 

Les lépreux du Sud-Oiiesl, c'est-à-dire ceux <le la 
Soulo. du Laboui'd. de la Navarre, du Béarn et de la 
Bigorre, de l'Armajinac d'une partie de la Guyenne, do 
la Gascogne et du Languedoc ', sont ceux tlont l'histoire 
a été le plus négligée, il y a à cela plusieurs causes : la 
principale tient à cette opinion fort ancienne qui voulait 
voir dans les cagots les restes de quelque peuple envahis- 
seur, opinion que le nom seul de ces malheureux 
semblait défendre. Une autre cause de cette négligence 
réside dans le très petit nombre de léproseries qui exis- 
tèrent dans la région. Sur les deux mille léproseries 
françaises du temps de saint Louis, on en compte quatre 
seulement en Béarn; cette même proportion s'observe 
dans tout le Sud-Ouest. 

Ce petit nombre d'établissements est en désaccord avec 
ce fait que la lèpre était extrêmement réj)andue dans le 
Midi et en particulier du côté des Pyrénées où les Sarra- 
sinsavaientamené une recrudescence terrible d'un mal qui 
depuis eux n'a jamais disparu de certaines provinces 
espagnoles. Que devenaient donc les lépreux dans nos 
provinces pyrénéennes? Ils jouissaient d'une condition 
assez peu différente du commun des mortels; ils consti- 
tuaient la classe des lépreux libres, classe beaucoup moins 
nombreuse dans nos autres provinces françaises, et dont 
l'existence a été généralement méconnue jusqu'à nos 
jours. Il y a pourtant là un fait de grande importance 
pour l'étude des épidémies, car s'il est permis de dire, en 

1. Nuire oiivi'age se borne à étudier la région qui s'étend sur la rive 
gauche de la Gironde et de lAriége, c'est-à-dire un peu plus de la moitié 
des territoires classés économiquement sous le nom de Sud-Ouest et région 
Pyrénéenne. 



AVANT-PROPOS XIX 

se basant sur le nombre des léproseries, qu'il y avait au 
xni" siècle, de quinze à vingt mille lépreux enfermés, 
il est cependant vraisemblable qu'à la même époque 
vivaient plus de cent mille lépreux. Ainsi en Béarn, on 
compte quatre léproseries en 1385, et plus de quatre- 
vingt-dix familles de lépreux libres ou cagots. Chaque 
léproserie ne pouvant guère abriter plus de sept à dix 
malades, et chaque famille étant composée au minimum 
de cinq membres, on trouve une proportion d'environ 
sept lépreux enfermés pour cent libres. Ces derniers 
dont le nombre était, comme on le voit, considérable, 
portaient en Béarn, Navarre, Languedoc, Guyenne, Bre- 
tagne, Poitou, etc., le nom de cagots, cacous ou f/ahets. 

La connaissance au moins superficielle de la condition 
des lépreux en France est utile pour bien comprendre 
le présent ouvrage. Quoique dans les pages qui suivent 
nous nous attachions à pénétrer très avant dans la con- 
naissance de cette condition, quoiqu'une partie tout 
entière de cet ouvrage nous fasse scruter jusque dans le 
moindre détail la vie des cagots, nous croyons qu'on 
nous sera reconnaissant de tracer, dès maintenant, à 
grands traits, un tableau de la situation sociale des 
anciens lépreux. 

Le troisième concile de Latran (1179), celui de Mor- 
cenx (13-20/ et celui de Lavaur (1368i, avaient réglé tous 
les points importants concernant la vie des lépreux, 
A cela quoi d'étonnant? Les lépreux appartenaient pri- 
mitivement à la juridiction ecclésiastique. 

Les grands lépreux, ceux que le médecin n'hésitait 
pas à reconnaître, tant les signes univoques de Taffection 



XX AVANT-PROPOS 

abondaient, étaient i'e(;us dans des léproseries, sortes 
d'hospices plus ou moins grands, où uu uombreux per- 
sonnel les entourait de soins. Ce personnel était composé 
de religieux dont la règle était de soigner ces malades; il 
y avait en outre des serviteurs des deux sexes. L'entrée 
dans la léproserie était quelquefois solennelle, et rappe- 
lait la prise de voile dans les ordres cloîtrés; mais ce rite 
n'était pas pratiqué partout, et si dans certaines maladre- 
ries les lépreux étaient assimilés à des frères moines et 
tenus à des vœux, il n'en était pas ainsi partout. Le vête- 
ment du ladre était spt'cial; il différait selon chaque 
région. Ici la cagoule et la garnache, là une robe de bure 
grise, ailleurs un fragment d'étoffe bleue sur la tête ou 
la poitrine, autre part encore un morceau de drap rouge 
sur la poitrine était le signal usité '. Mais comme presque 
tous ces lépreux reclus étaient << fort ulcérés et affreux 
à voir », ils sortaient très peu; les moins abîmés quê- 
taient de jour aux portes des villes ou des églises; par- 
fois on déléguait un pauvre bien portant pour quêter au 
nom des lépreux. 

A côté de ces maladreries, vrais hospices, où régnait 
un règlement bien observé, se trouvaient des établisse- 
ments où un aumônier seul représentait l'autorité ecclé- 
siastique. Ces établissements affectaient de préférence 
l'aspect de petits hameaux enclos de murs le plus sou- 
vent et possédant une chapelle; contrairement aux pré- 
cédents, ils abritaient des ménages et des familles 

i. « Siqnaque in veslihus df: feront, per quae a sanis patente differentia cognos- 
cantur. • Concile de Lavaur. 1368. •< Signwn portent consuelum in veste supe- 
riori. » (Concile de Nogarel, 1290. Les cagols portaient nne marc|ue rouge sur 
la poitrine, au moins dans l'étendue de la juridiction des parlements de Bor- 
deaux et de Navarre. 



AVANT-PROPOS XXI 

entières. La pauvreté y régnait rarement, et les quêtes 
fructueuses ne tardèrent pas à y attirer nombre de con- 
trefaits, de faux mendiants et de voleurs, qui paresseu- 
sement trompaient la charité publique. C'étaient encore 
des lépreux reclus qui habitaient ces maladreries, mais 
leur réclusion était bien douce. Dès le xvn" siècle cette 
classe de malades tendait à se confondre avec les lépreux 
libres ou cagots '. 

Ces derniers habitaient des quartiers isolés , des 
villages, des hameaux, quelquefois des maisons un peu 
séparées de celles du commun. Ils vivaient en famille, 
étaient libres chez eux, et semblent avoir été', peut-être 
dès le xni" siècle pour quelques provinces, soumisà lajuri- 
diction civile et non ecclésiastique. Les lois qui les con- 
cernent en propre (on en lit dans les Fors de Céarn et 
de Xavarre) sont, du moins pour les xin" et xiv' siècles, 
inspirées par les règles que les conciles avaient édictées 
au sujet des lépreux reclus. Aussi, voyons-nous interdire 
aux cagots, en ce qui concerne leurs rapports avec le 
commun peuple, tout ce qui était défendu aux lépreux. 
Ce qui les distinguait surtout des h'preux hospitalisés, 
c'était leur liberté relative, jjuisqu'ils exerçaient des 
métiers, possédaient des biens, en achetaient, en ven- 
daient, ou pouvaient en hériter; toutes choses que les 
lépreux ne faisaient habituel lemenl j)as. 



L'ouvrage que nous présentons aujourd'hui représente 
le tome second d'une Histoire de la Lèpre en France. Le 

I. On voit encore en Grèce et en Tiiniuic grand noniltre do liameaiix de 
lépretix rappelant le type que nous inrli(iMons ici. 

b. 



Wll AVANT-PROPOS 

premier tome dès maintenant sous presse, comprend une 
étude d'ensemble des léproseries de France d'après des 
documents jusqu'ici inédits. Nous étudierons ensuite la 
lèpre dans nos diverses provinces à commencer par la 
Bretagne. 

Nous avons entrepris ce livre à Pau. Nous nous occu- 
pions depuis quelque temps déjà de l'histoire de la lèpre, 
quand notre excellent confrère et ami le docteur Diriart 
(de Pau) nous signala l'intérêt qu'il y aurait pour nous à 
refaire complètement l'histoire des cagots, dont le passé 
était plutôt obscur, et sur lesquels nous aurions quelque 
chance de découvrir des documents curieux et ignorés. 
Les sentiers non encore battus étaient nombreux. Nous 
nous mîmes aussitôt au travail ; les difficultés de l'entre- 
prise ne firent que nous rendre la tâche plus captivante. 

Pour assurer la scrupuleuse exactitude de notre docu- 
mentation nous avons toujours tenu à vérifier par nous- 
même nos sources et à recourir aux titres originaux 
toutes les fois où il nous a été loisible de le faire. En 
même tem|)S, nous avons parcouru presque toute l'étendue 
du département des Basses-Pyrénées, une partie des 
Landes et des Hautes-Pyrénées, et avons été heureux de 
rencontrer un peu partout des hommes dont la science, 
l'érudition, et la bienveillance nous ont facilité des 
recherches ou des enquêtes dans les régions que nous 
n'avons pas pu visiter par nous-même. En première ligne 
il nous convient de remercier M. l'abbé Foix, curé de 
Laurède, dont nous tenons la plupart de nos documents 
landais, MM. Gardère et Lavergne, qui nous ont beau- 
coup appris sur le Gers, M. Batcave qui nous a facilité 



AVANT-PROPOS xxill 

certaines recherches dans les Basses-F*yrénées et smiout 
nous a donné de précieuses indications bibliographiques, 
le regretté M. Lanore et M. Lorbert, à Pau, MM. Pasquier 
et Moudenc, à Toulouse, et tant d'autres que nous remer- 
cierons au cours de ce volume. 

Au cours de nos recherches, pendant même la composi- 
tion de cet ouvrage, nous avons sans cesse trouvé dans la 
personne de notre frère un aide sur lequel nous pouvions 
compter à toute heure, et qui ne nous a jamais quitté pen- 
dant les voyages entrepris, ni au milieu des recherches 
parfois pénibles et fastidieuses que nécessitaient la pré- 
paration de ce livre. Nous l'en remercions très vivement. 

* 

Nous avons pensé qu'il serai! intéressant, pour le lec- 
teur, de savoir la méthode que nous avons adoptée dans 
nos recherches : c'est un peu celle des sciences expéri- 
mentales, en ceci, que faisant table rase des opinions 
antérieurement émises, nous avons accumulé des docu- 
ments sur lesquels nous avons basé nos conclusions. 
D'abord nous avons cherché à trancher le problème phi- 
lologique que soulèvent les mots cagot^ yahet^ cassot; 
partisan des hypothèses simples nous nous sommes de 
suite demandé s'il n'y avait pas entre ces mots un lien. 
Le seul tableau des formes, jadis usitées, de ces mots, 
nous fit acquérir la certitude de l'existence de ce lien 
philologique; l'impossibilité de relier ces mots à d'autres 
mots appartenant aux dialectes romans, nous poussa à 
examiner l'Iiypotiièse d'une origine celtique, que le 
Kakod des Bas-Bretons semblait favoriser. On sait que 
c'est à cette solution que nous nous sommes arrêté. 



XXIV AVANT-PUfiPOS 

Les recherches de Zambaco-Pacha, le contenu des 
documents médicaux antérieurs au xvi' siècle, nous firent 
ensuite diriger nos regards vers la lèpre qui paraissait 
avoir été la maladie des cagots. Là encore nos recherches 
furent fructueuses. Tournant ensuite les yeux vers la vie 
intime des cagots, et leur vie sociale, nous avons trouvé 
abondante matière, quoique cette partie de notre étude 
fût moins riche en faits nouveaux que les autres. 

Knfin nous avons pensé qu'une étude topographique ou 
à côté de l'énumération des antiques cagoteries, on trou- 
verait les histoires locales de ces malheureux, ainsi que 
des documents archéologiques, serait un complément 
nécessaire à un travail qui voudrait être complet. Pour 
établir ce chapitre, nous avons fait ce que Midiel et 
V. de Rochas avaient entrepris, nous avons voyagé. Mais, 
tandis que Michel avait surtout vu la Navarre espagnole ', 
et de Rochas visité les vallées de la Nive et du Gave 
d'Oloron, nous avons parcouru en entier toute la vallée 
du Gave de Pau, celle du Gave d'Oloron, celle de la Nive, 
la totalité de la région des Rasses-Pyrénées qui s'étend 
au nord de Pau, une grande partie de la région mon- 
tagneuse qui s'étale au sud-ouest de cette ville, toute la 
région qui sépare la Nive du littoral, et une grande partie 
de l'arrondissement de Dax dans les Landes. 

1. Au cour» de nos voyages nous avons en entre les mains plusieurs des 
lettres que Fr. Michel avait envoyées à presque tous les instituteurs des 
Basses-Pyrénées, ainsi que la coi)ie de quelques réponses. Elles nous ont 
permis de nous assurer entre autres choses que l'illustre savant n"a pas 
parcouru, comme plusieurs l'ont cru, la région qui s"étend entre la Nive et 
le golfe de Gascogne. La façon dont sont cités ou reproduits certains docu- 
ments nous permettent de croire qu'il n'a certainement pas été à Biarritz et 
probablement pas à Pau. Nous reproduisons à titre de curiosité, dans 
l'appendice aux pièces justificatives, une des lettres de Michel; plusieurs 
n'étaient ni écrites ni signées de sa main, toutes sont copiées sur le même 
modèle. 



AVANT-PROPOS xxv 

C'est en ])arcourant ainsi les lieux ou vécurent les 
cagots, en compulsant par nous-mêmes les archives, tant 
départementales que communales, en lisant autant que 
possible tout ce qui a été écrit sur le sujet, en vérifiant 
l'exactitude de tout ce qui a été publié, en interrogeant les 
liommes les plus compétents, que nous avons composé ce 
livre qui certes n'a pas la prétention d'être définitif, mais 
qui, nous l'espérons, présentera assez d'intérêt scientifique 
et de faits nouveaux pour justifier de sa publication. Nous 
croyons donc pouvoir dire après Pierre Franco : « Je prie 
tout Iwmme docte, que si ce présent Traité ne luy est en 
rien af/réable : quilprenne envie d'en faire davantaf/e, 
et alors je m' estimer ay avoir receu grand fruit de mon 
labeur, quand quelque personnage sera incité par mon 
exemple, à en escrire plus amplement et en meilleur 
ordre et méthode que je riay fait\ » 



Nous avons divisé cet ouvrage en deux livres; le pre- 
mier étant le commentaire du second, ce dernier est 
uniquement constitué parla documentation. 

Le premier livre est divisé en cinq parties : 

I. l'jtude médicale des cagots. — Nous avons jugé 
qu'il était utile de définir dès le début ce qu'étaient les 
cagots et quelle était leur maladie, car l'histoire de ces 
malheureux resterait obscure sans cette définition. 

II. Histoire des cagots. — Nous avons donné peu 
d'ampleur à cette partie, car elle n'est que l'exposé des 

1. Traité de Chirurgie (15tll) de Pierre Franco. Éd. E. N'icaise, IS'Jo, p. 8. 



XXVI AVANT-PUOPOS 

faits considérés au point de vue de leur succession histo- 
rique. Les faits nouveaux y sont donc peu nombreux, 
et quantité de points n'y sont qu'indiqués, car nous 
avons préféré les développer ailleurs, en particulier dans 
la III' partie. 

III. Etude juridique. — Comme la partie médicale, la 
partie juridique de cet ouvrage est entièrement neuve. 
Nous y étudions avant tout la condition des cagots. 

I\ . Les léproseries du Sud-Ouest. 

\ . Philolo(jie. 

Le second livre est divisé en deux parties. 

I. Pièces justificatives. 

il. Topographie. 

A la lîn de l'ouvrage on trouvera une table des noms 
des cagots, une table analytique aussi explicite que pos- 
sible, enfin une bibliographie par ordre alphabétique. 



LIVRE PREMIER 




TKTE DE CAGOT 
Eglise de Monein. 



Kay. — P. XVI- 



LA LEPRE 
DANS LE SUD-OUEST DE LA FRANCE 



PREiMIEKE PARTIE 



ETUDE MEDICALE DES CAGOTS 



Dès le XIV* siècle les médecins qui se sont occupés des 
cagots les présentèrent comme des malades. Quoiqu'ils ne 
soient pas très nombreux, les vieux cliniciens qui ont con- 
sacre à ces malheureux quelques lignes, il faut reconnaître la 
concordance parfaite des idées qu'ils expriment à leur sujet. 
Si à leur témoignage on joint les nombreux documents 
d'ordre médical que nous avons réunis ici, il apparaît mani- 
festement que les cagots ont été de tous temps regardés 
comme lépreux. 

Guy de Chauliac (1383), dans sa Grande Chirurcjie 
Traité VI, Doctrine i, chap. n, De Ladrerie), écrit : 

Et s'il (le médecin) troiuie, que auec la disposition à ladrerie, 
il (le malade^ ait quelques signes é(|uiuoques diminuez, il le faut 
fomniander familièrement et secreltement, qu'il se tienne en ])on 
régime, et ait le conseil des Médecins : autrement il deuiendra 
ladre. 

Mais s'il a plusieurs signes équiuoques et peu d"vniuo(jues, il est 
vu linéairement appelle Cassot ou Capot. Et tels doiuent estrc aigre- 
ment menacez, qu'ils tiennent bon régime, et ayent bon conseil 

Fay. i 



2 HISTOIRE MÉDICALE 

des Médecins, et quils demeuront en leurs bories et métairies, et 
maisons, cl qut.' ne s'ingèrent fort auoc le peuple, car ils entrent 
en ladrerie. 

Et s'ils ont plusieurs signes equiuoques et plusieurs vniuoques, 
auec bonnes paroles, et consolatoires, ils doiuent estre séquestrez 
du peuple, et conduits à la maladrerie. 

Mais s'ils sont sains doiuent estre absous, et auec lettres des 
Médecins enuoyez au.\ Recteurs'. 

L'intérêt de ce passage de Guy de Chauliac ne réside pas 
uniquement dans la définition «les cagots; on y voit en efl'et 
une classification qui corrobore ce que nous avons dit dans 
notre Avant-propos touchant la condition sociale des lépreux 
au moyen àiie. Ces malades, ou mieux ceux qui étaient soup- 
çonnés de ladrerie, étaient classés en quatre groupes : 

1° Ceux qui iiont rien : il convient de les envoyer avec 
des lettres de certificat auprès du représentant de l'autorité 
ecclésiastique dont dépendent les lépreux. 

2° Ceux qui nonl que des signes équivoques alténut''s : il 
convient de les mettre en observation. 

3" Ceux qui ont beaucoup de signes équivoques el peu (Funi- 
voques : ce sont les Cagots. On leur enjoint de vivre à l'écart 
et de ne point se mêler au peuple. 

4° Les ladres con firmes . Ils doivent entrer dans les ladreries. 

La cagoterie était, si l'on veut, la petite lèpre, ou lèpre 
blanche, par opposition à la grande lèpre rouge-. Pour nous 
renseigner à ce sujet, Guy de Chauliac était mieux placé que 
tout autre, car il vivait à Montpellier, sur les confins d'un pays 
où ces malheureux pullulaient assez librement de son temps '. 

\. E. Nicaise. Jm Grande C/iinirf/ie de Guy de Chauliac, l'aris, Alcan, 1890, 
gr. in-8, p. i06. 

2. (lelle distinction est attestée par ce couplet satirique cité par Du Gange 
en son Glossarium au mot Mezell,\ri.v et qui se rapporte probablement à 
Toulouse : 

lloins ()ui ne sel bien discerner 

P^ntre santé et maladie, 

l'entre la grant mezellorie, 

Entre la moyenne et la menrc (moindre). 

3. Ce n'est qu'à partir des dernières années du xV siècle et surtout aux 
xvi" et xvii' que les cagots furent traités en parias. Les registres des 
notaires béarnais, en particulier, montrent qu'au xiV et pendant plus de 
la moitié du xV siècle, cette sorte de lépreux vivait, au point de vue 
social, dans de meilleures conditions que pendant les siècles qui suivirent. 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 3 

Les conditions de son observation, et la valeur du clinicien 
font que nous n'hésitons pas à croire avec lui que les Cagots 
avaient, de la lèpre, plus de signes équivoques qu'ils n'en pré- 
sentaient d'univoques; « les gahets, écrivait plus tard Jean 
Darnal 1629), sont une espèce de ladre non de tout formez, 
mais desquels la conversation n'est pas bonne ». 

C'est en nous inspirant des idées de Guy de Chauliac 
que nous allons entreprendre l'étude médicale des Cagots. 
Cette étude comporte deux parties : l'une sera conçue dans 
l'esprit des médecins d'autrefois, l'autre sera moderne. Cette 
double conception s'impose, car le problème est de savoir si 
les Cag-ots étaient lépreux. La médecine ancienne répond-elle 
oui? La cagoterie entre-t-elle vraiment dans le cadre de la lèpre 
<jue décrivaient nos }»ères? Ce sera le sujet d'un premier 
chapitre. Nous verrons ensuite si les acquisitions modernes, 
en ce qui concerne la lèpre, permettent de maintenir le 
diagnostic. 



CHAPITRE PREMIER 

LA MÉDECINE ANCIENNE CONSIDÉRAIT 
LES CAGOTS COMME LÉPREUX 

I. — DU Xr AU XV SIÈCLE 

Dès le commencement du xi'' siècle, on mentionne en 
Béarn les Crestiaas (ce fut le nom des Cag-ots jusqu'au 
xv" siècle). Des recherches philologiques, que l'on trouvera 
exposées dans la cinquième partie de cet ouvrage, il ressort que 
les noms que portaient primitivement les Cagots, c'est-à-dire 
Kakod, Gafj'ol, établissent non seulement que ceux-ci étaient 
lépreux, mais encore que l'épidémie lépreuse qui sévit si 
longtemps en Béarn, Navarre, Espagne et Bretagne avait 
éclos, ou tout au moins s'était beaucoup développée lors de 
l'invasion germanique du vi^ siècle; c'est à cette époque que 
furent créées les premières léproseries. C'est aux dialectes 
du Nord que nous devons les mots que nous venons d'indi- 
quer. Il est possible que les Phéniciens aient antérieurement 
porté la lèpre dans nos ports et sur nos côtes, mais il nous 
paraît certain que la grande invasion qui saccagea les Gaules, 
le nord de l'Espagne et de l'Italie, joua dans la propagation 
du mal un rôle plus grand que le commerce des Phéniciens '. 
Quand vint le x'' siècle, les langues celtiques avaient définiti- 
vement disparu même dans les campagnes les plus isolées; 
le latin l'emportait depuis le temps de l'extension du catholi- 
cisme, et une langue nouvelle, romane, se fixait. C'est de 

1. Il convient de remarquer que depuis l'époque phénicienne, la lèpre 
n'avait jamais complètement disparu des Gaules, où les historiens des pre- 
miers siècles de notre ère la signalent; clic ne reprit les allures d'une 
épidémie qu'à partir du vi" et surtout du ix' siècle. 



DU Xr AU XV' SIÈCLE 5 

cette époque pleine de foi et de charité que date le mot chré- 
tien appliqué aux lépreux. Ce mot, c'est la psychologie du 
moyen âge. Qui n'a goûté toute la saveur mystique et la 
délicatesse prime-sautière des vertus de cette civilisation nais- 
sante (elle avait le cœur des enfants) ne peut comprendre 
tout ce qu'il y a de beau dans ce mot appliqué à ces êtres. 

La condition sociale des lépreux ne sera nettement réglée 
qu'en 1179. Le 3*" concile de Latran établira définitivement 
deux classes de lépreux, les uns seront reclus, et tenus à la 
continence; les autres pourront se marier : « Leprosi aulem 
si se conlinere noluerint et aliquam, quœ sibi nubere velit, 
inveninnt, liberum est eis ad matrimonium convolare ». Cette 
distinction allait donner naissance à la classe des lépreux 
libres, vraie famille de lépreux héréditaires. La lèpre continua 
donc à sévir; mais comme ne trouvaient souvent à se marier 
que des lépreux peu atteints, leur lignée était en grande 
partie faite de lépreux « plus riches en signes équivoques 
qu'univoques ». C'est de là que commence la distinction des 
grands lépreux d'avec ceux à qui l'on devait donner un jour 
le nom de Cagots. Ceci explique pourquoi, dans les titres 
antérieurs au xiv* siècle, il est souvent impossible de saisir la 
différence entre les crestiaas et les lépreux; au xiv" siècle, la 
distinction s'établit; au xv% elle est tout à fait manifeste. 

Le plus ancien titre que nous connaissions, où se trouve 
cité un lépreux sous le nom de christianus, remonte aux 
environs de l'an mil. C'est un acte de donation consigné dans 
le cartulaire de l'abbaye de Lucq en Béarn'. 

Temporibus Lupi Anerii, vice comitis Oloronensis fuit quidam 
miles (iarsias Galinus nomine, qui dédit Saucto Venceutio terram 
quam possidebat, id est duas villas una qua [e] appellatur Bordez, 
altra qua [cj vocatur Aoso cum uxore sua et filio suo Sanchio Galino 
et filia sua Benedicta nomine, qui ob remedio animarum suarum 
obtulcrunt se dno et S'" Vincentio cum omnl honore suo et omnibus 
appendiciis suis et postea perpetualiter confinnaverunt. Postea ipsa 

1. De ce cartulaire qui est perdu, De Hochas a rclroiivé une copie authen- 
tique à la l5ibliolhè(jue nationale (Collection Haluze, n" 74, f"59). Cette copie, 
datée de 1(J2ii, est sur papier, et dans un parfait étal de conservation. La 
reproduction qu'en donne De Rochas (Les Parias de France et d'Espagne), 
n'est pas rigoureusement correcte. 



6 HISTOIRE MEDICALE 

Heaedicta volcns accipere maritum in Prexaco, cum consensu abbatis 
et seaioruni S'' Vincentii, dcdit unain nassam in Prexaco et unum 
cliristianum qui vocatur Auriolus donatus '. 

Il nous paraît évident, quoi qu'en ait écrit Marca, ((ue ce 
chrislianns n'était pas un serf. D'ailleurs on ne connaît pas 
d'exemple où ce mot ait été employé dans ce sens; le voca- 
bulaire du moyen àg^e avait bien assez d'expressions pour 
désii^'-ner les serfs [servi, pagenses, apiendici). De plus la 
discussion ne doit pas tenir en présence d'un document, 
jus(|u"ici inédit, qui nous renseigne sur la condition sociale 
d'Auriol Donal. 

In diebus Anerij Lupi vice comitis fuit quidam miles Gnrsias 
donatus nom lue, IValer Aurioli donati Ogenensis, qui obtulit se 
duo et S'" V'incentio de Sylva bona- cum terra quani possidelnit de 
Aldeos ^ et dédit illam dfio et S'" Vincentiocum ecclesia et onmibus 
appendiciis suis^ 

Auriolus Donat était d'02:enne, son frère avait une situa- 
tion dans l'armée et une certaine fortune en terres; il n'était 
donc certainement pas serf, mais il est probable en revanche 
qu'il était lépreux. Dans plusieurs cartulaires du xn*" siècle 
on rencontre des contrats semblables, à peu de chose 
près, à celui que nous avons cité en premier lieu, où l'on 
présente des chrisliani donali comme des malheureux qu'une 
épreuve physique faisait se retirer du monde et se donner 
corps et biens à des monastères. Le plus grand nombre de 
ces donats étaient lépreux. Ainsi Raymond lils de Loup de 
Beaulieu, atteint de lèpre, livra sa terre à l'abbaye de Saint- 
Pierre en 1090 et accepta de recevoir en aumône sa nourri- 
ture de l'abbaye. Si le lépreux qui se donnait ainsi n'avait 
rien, était serf, ou ouvrait de quelque métier, il conservait 
dans l'abbaye une situation équivalente à son état antérieur. 



1. 11 est vraisemblable que Donatus doive s'écrire avec un D majuscule, 
quoique sur le manuscrit ce mot porte une minuscule, ainsi qu'il arrive la 
plus souvent pour les noms propres dans les documents anciens. 

2. Sylva bona, en l)éarnais Seiive bone, ancien nom de Lucq. 
'i. Aldeos, aujourd'hui Audaus. 

4. Cartulaire de l'abbaye de Lucq en Béarn. 



DU Xr AU XV' SIÈCLE "if 

Tels étaient les pauvres du Christ, pauperes chrisliani ou 
Chrisli. Les riches étaient frères, fratres donoti, christ ia)ii 
donati. 

Auriol Donat était de ces derniers. 

Les vieilles coutumes de Sobrarbe et de Navarre (x'' ou 
xi'' siècle) parlaient sans doute des ca/fos. Elles servirent de 
base et d'inspiration aux Fors de Navarre (1155) '. Dans ces 
Fors, le paragraphe qui parle des rjafos' \ise, sans l'ombre 
d'un doute, les lépreux libres, au sujet desquels il édicté des 
règles de prophylaxie. D'ailleurs le mot gafo se rencontre 
dans le Romancero du Cid, où il signifie lépreux. Ce mot 
est depuis resté aux langues espagnole et portugaise. 

En 1187, G. de Castelgelos fit don aux Frères hospitaliers 
de Saint-Jean de Jérusalem d'une terre qu'il possédait au 
quartier Saint-Léon, à Bayonne. Ces religieux y installè- 
rent un hôpital. C'est auprès de cet hôpital que se trou- 
vait la Fontaine Saint-Lazare, devenue depuis Fontaine 
des Agots. C'est au quartier Saint-Léon qu'habitaient les 
creslians, (]ue mentionne le Livre d'Or de la cathédrale de 
Bayonne (I26G). 

L'assimilation des chrestiaas aux lépreux est absolue dans 
un document daté de 1291, oîi l'on voit le Frère Raymond de 
Tremblade donnant tous les droits de l'hôpital de Serregrand 
sur la « christiania sive leprosia » de la liastide d'Estelle de 
Rarran, en faveur d'Arnaud, Christian d'Auch, et de sa 
femme. Parmi les témoins figurent Bernard d'en Dorre, 
« leprosus de Auxio '^ ». Cette pièce tendrait à montrer (ju'à 
Auch les lépreux jouissaient d'une certaine liberté, puisqu'ils 
pouvaient posséder des biens, se marier, et témoigner. Leur 
situation sociale paraît être déjà celle dont jouiront les cagots 
au xiv' siècle. 

Nous pourrions citer encore bien des faits remontant à la 
même épocpie, tous affirment que les chrestiaas sont lépreux; 
mais, à |)art cela, l'intérêt médical qui s'y peut attacher reste 

1. Le For de Navarre remonterait, pour P. de Marca, à 10" l: pour Yariguas 
y Miraiida vers H0i-H34; pour l'Académie (riiistoire de Madrid, à ll'io. 11 
lui imprime pour la première fois en lO^it). 

2. t'rt//o.s- eî fiafos sont synonymes de Cdffols. 

3. Pièces juslificalives, .N" 3. 



8 HISTOIRE MÉDICALE 

médiocre; et c'est pourquoi nous réservons à une autre 
partie de cet ouvrage le soin de leur étude. 

Au xiv'- siècle, à Bayonne, la police eut maille à partir avec 
des gens que des règlements de I3lu et 1319 appellent 
arcaholz et hchaure'dhalz, qui étaient sans profession et qu'il 
fallait chasser de la ville. Il y a lieu d'admettre qu'il s'agissait 
des cagots. Le mot arcahot dérivant de ca/fot\ et le mot 
ischaureilhat ou ésauriUé se rapportant peut-être à la résorp- 
tion du loltule de l'oreille, et au ratatinement de l'organe tout 
entier, sii^nes de la lèpre. 

En 1320 les lépreux furent accusés d'avoir, de concert 
avec les Juifs, empoisonné les sources. ]^es cagots eurent à 
soulTrir des représailles. Ce supposé empoisonnement était 
dû à une tentative criminelle et non à la contagiosité du 
mal. 

11 faut arriver en 1383, date d'achèvement de la Grande 
Chirurgie, pour apprendre quelque chose de plus en ce qui 
concerne la cagoterie; Guy de Chauliac nous apprenti en son 
ouvrage, que cette maladie est caractérisée par la présence de 
plusieurs signes équivoques et peu d'univoques de lèpre. I^a 
symptomatologie de la lèpre est donc celle de la cagoterie; 
seul l'aspect clinique du malade, le groupement des signes, 
qui tous sont inconstants, a de l'importance pour le diagnostic. 
Ce qu'écrivait Guy de Chauliac était le fruit de l'ohservation; 
c'est par lui que nous apprenons à connaître la lèpre légère 
des cagots, qui n'empêchait pas de vivre en famille, de tra- 
vailler, d'avoir droit à quelque considération, mais qui en 
revanche nécessitait un certain isolement. C'est à partir de 
cette fin du xiv" siècle que l'on va commencer à dire, en 
parlant des cagots, qu'ils sont atteints cCune espèce de lèpre. 
Inutile d'ajouter qu'on la disait fort contagieuse. 

Une lettre du roi Charles VI, datée du ~ mars 140", montre 
à merveille ce qu'on en pensait au début du xv^ siècle. Cette 
lettre, adressée aux sénéchaux de Toulouse, Carcassonne, 
Beaucaire, Rouergue, Bigorre et Quercy, ainsi qu'au gouver- 



1. Voir P. J. N»' dl et 12 el à la partie : Philologie le paragraphe intitulé 
Gabot, Oaôet. 



DU Xr AU XV SIÈCLE 9 

neur de la province, dit que les capitouls de Toulouse et les 
principaux du duché de Guyenne, 

(Lui) ont fait exposer en eulx grièvement complaignant, que 
comme ezdites Senecliaussies et Ductiié, ait pluseurs personnes 
malades d'une maladie, laquelle est uneespece de lèpre ou meselerie, 
et les entachiés d'icelle maladie sont appelles en aucunes contrées. 
Capots, et en autres contrées, Casots, et ont acoustumé de toute 
ancieneté et doivent porter certaine enseigne pour estre connus 
des saines personnes, et aussi doivent demourer et vivre séparé- 
ment des saines personnes, a ce que les sains n'en soyent entachiés 
ou corrompus; néanmoins depuis, comme on dit, il y a ezdites Sene- 
chaussies et Pais pluseurs personnes malades et entachiés de 
ladite maladie, mais soubs umbre de ce que les pluseurs d'iceulx 
ont de grans et puissans amis, et par le moyen de leursdiz amis ou 
autrement on[t] pluseurs ports et faveurs avecques nos Gens et 
Officiers, et avec les autres Officiers et Gens de Justice dudit pais, 
ou autrement contre raison, vont, viennent et repairent entre les 
saines personnes, sans porter aucune enseigne de cognoissance de 
ladite maladie, et par ce deffault, lesdits malades boivent et 
mangent bien souvent avecques les saines personnes d'icelui pais,.... 

si briesment n'y estoit pourvu de remède convenable etc 

mandons et enjoignons que d'oresnavant lesditz Capots 

ou Cassais, ou malades de ladite maladie, ne aucun d'eulx ne 
soient si osés ni si hardis qu'ils aillent et viennent ne repèrent 
aucunement entre les saines personnes sans porter ladite enseigne 
d'ancienté acoustumée, aparament et en manière qu'un chascun 
la puisse voir, ' 

Peu d'années plus tard, le dauphin Louis, se trouvant à 
Toulouse, nomma le 10 juillet 1439 des commissaires pour 
visiter plusieurs j)ersonnes, hommes, femmes et enfants, qui 
s'étaient répandus dans la ville et la sénéchaussée de Tou- 
louse, « et qui estoient malades ou entichiés d'une très 
horrible et i:riève maladie, appelée la maladie de lèpre et de 
capoterie », pour empêcher qu'ils ne se mêlent avec les habi- 
tants du pays-. 

Pendant les années qui suivirent on s'occupa plus de pro- 
phylaxie <|ue de tout autre chose; les deu.\ derniers faits 



1. Ordonnances des Rois de la troisième Race, t. IX, p. 298. 

2. D. Vaisselle Histoire yénérale de Laïu^uedoc, édit. in-f", t. IV, p. 492. 



10 HISTOIHK MKDICALK 

que nous avons cités se rapportent d'ailleurs à cela. Nous 
n'insisterons donc pas davantajze, et renvoyons le lecteur aux 
chapitres de la jtartie juridi(jue de cet ouvrage ou celte ques- 
tion est développée à propos de la condition des cagots. 



II. — DE 1535 A 1640 

De !o3o à IGiO, toute une théorie d'historiens, de méde- 
cins et de savants consacrèrent quelques lignes aux cagots. 
Toujours maig^res en renseignements médicaux précis, mais 
riches en descriptions de la situation sociale, et en liypo- 
thèses tant j)hilosophiques qu'ethnologiques ou autres, la 
contrihution que leurs œuvres apportent à cette partie de nos 
recherches reste minime. Bien plus, elle la complique gran- 
dement, car ces auteurs n'ont presque jamais vu les cagots, 
et, s'ils les ont vus, ils restent en peine quand il s'agit d'expli- 
quer pourquoi on considérait comme lépreux des gens (|ui ne 
l'étaient plus guère. La lèpre avait en efCet {»resque disparu 
dans les dernières années du xvi" siècle. 

Nous nous contenterons de relever ici parmi les lignes 
consacrées à nos parias, celles qui ont le plus d'intérêt 
médical. Nous verrons que, dans leur ensemble, ces œuvres 
tendent à étahlir la notion de la lèpre blanche, que longtemps 
on a cru être celle qui frap|>ait seule les cagots. 

Voici par ordre chronologique les auteurs dont nous par- 
lerons ici : Rabelais (153o), Laurent Joubert (1 o63), Ambroise 
Paré 'loG8), François de Belle-Forest (Io75), Guillaume des 
Innocents (loO.")), Guillaume Bouchet {I.d98), Botero Benèse 
(1599), Paul xMerula (1 60o), Florimond de Rœmond (1607), Just 
Zinzerling (16 16), les Lettres de la Compagnie de Jésus (1619), 
Jean Darnal (1620), Guillaume Ader (1621), Dom Martin de 
Bizcaye (1621), André du Chesne ( 1629), François Bosquet 
(163o], Arnauld Oihenart (1638), Pierre de xMarca (1640). 

Rabelais, ce père de l'esprit français, ne devait pas man- 
quer de parler des cagots. Le plus souvent il emploie ce mot 
au sens d'hypocrite, probablement par analogie, parce que 



UE 1:135 A 1640 11 

la iT'pre cagote était peu apparente et cachée. C'est bien le 
sens employé dans ces vers : 

Haires, cagots, calfars empantouffléz, 
Gueux mitouflez, IVappars escornitléz '. 

Dans sa Pantagrueline Prognosticalion, au cliapilre des 
« Maladies de cesle année » il fait probablement allusion aux 
cag-ots (|uand il dit : « Les aureilles seront courtes cl rares 
en Guascongne plus que de coutume. » 

Laurent Joubert semble avoir assez bien connu les cagots. 
En a-t-il examiné? cela est possible. Il est vraisemblable que 
ces malheureux l'ont intéressé quelque peu puisqu'il leur con- 
sacre presque une page entière. Grand admirateur et traduc- 
teur de Guy de Chauliac, il est le premier médecin, après son 
maître, qui ait traité des cagots-; ce fut dans une de ses 
leçons sur les maladies cutanées, en 1563. Sa description est 
correcte et nous y attachons une grande valeur, car la lèpre 
commençait à s'éteindre et Laurent Joubert est peut-être le 
dernier auteur qui ait vu la lèpre des cagots. L'auteur com- 
mente d'abord Galien et surtout Celse au sujet de la leucé, 
du mêlas et du vitiligo, i)uis il ajoute : 

Porro elsi ejusmodi vitia, cutis defœdationes potius quam morbi 
esse videantur, et certas corporis particulas, non corpus uni- 
versuni, afficere dicantur, attamen in quibusdam hominibus 
leuce universalis apparet, ut lis quos vulgo Capotas et Ladvos alhos 
noniinant. Non enim vera et proprio dicta elephantiasi laborant, 
quai totius corporis cancer delinilur et ex atrabile solum (quibus- 
cumque humoribus aduslis) provenit, quemadniodum et lepra 
Gra.'cis vocata (solius cutis alïectio) et Mêlas vitiliginis spccies. 
Capotiam vero illam ex piluita ortum ducere, indicio est color 
plané all)us ad niveuni vergens, nullus i)ruritus, a'qualis et plana 
corporis su[)erncies, l'aciesque subtumida. A perlecta vero sani- 
tate solo anhelitus fœtore crcduntur discedcre, qui accidit ex 
pituila facile putrescente. Vitium hoc in vicinos ex muluo con- 
victu non serpit, nti elephantiasis : imo neque ex coïtu conlagiosus 
pulatur. Sed tantum hereditarius est, ut in natos aheat. Nam «pii 
ex parentibus capotis genitus est, vel anibotus, vcl allciulro, is 

1. Ral)elais, t. I, p. I'Jd. Voir aussi l. I, p. 194; 11, p. tyO; 111, p. IS'.», etc. 
Ce mol est usité par Clément Marot, La {•ontaine. etc. dans le même sens. 

2. Nous savons que Hahelais fut médecin, mais il ne traite pas des cayols 
en médecin, puisqu'il se contente de citer leur nom sans commentaire. 



12 HISTOIRE MEDICALE 

duiitaxat capotus deprehenditur, id est leiice naturali atqiie uni- 
versali laborare, ut ipsi conjicimus. Sic virides laccrti virides 
eduut partus, et albi polypi albos. Proindè meritô interdicuntur 
a cœtororum connnbiis, ne malum id latius diffundatiir, quod in 
génie quadam pertinacissimc est continuatnm ' 

Les taches achromatiques, le gonflement de la face, la féti- 
dité de riialeino et Tiiérédité font la hase de cette description. 
C'est peu, semhle-t-il; en réalité c'est déjà beaucoup pour une 
description médicale du xv!*" siècle. Amhroise Paré n'ajoutera 
guère à ce qu'enseignait Laurent Jouhert. Il nous dit bien 
qu'on observe chez les cagots peu de sig^nes extérieurs de 
lèpre, mais il n'insiste que sur un point secondaire : la cha- 
leur étrange qui leur sort du corps, dont l'interprétation n'est 
pas très aisée. Voici d'ailleurs ce qu'il écrit en 1568 : 

Outre plus il faut estimer, que lorsque les signes (de la lèpre) 
apparoissenl au dehors, le commencement est longtemps aupara- 
vant au dedans, à raison qu'elle se fait tousjours plustost aux par- 
ties intérieures qu'extérieures : touteslbis aucuns ont la face belle, 
et le cuir poly et lissé, ne donnant aucun indice de Lèpre par 
dehors, comme sont les ladres blancs, appeliez cachots, que l'on 
trouue en Bretagne, et plusieurs autres lieux, qui m'est une chose 
indicible-. Es visages desquels bien que peu ou point des signes 
sus alléguez apparoissent, si est-ce que telle ardeur et chaleur 
estrange leur sort du corps, ce que par expérience j'ay veu : quel- 
quefois l'un d'iceux tenant en sa main l'espace d'une heure une 
pomme fresche, icelle après apparoissoit aussi aride et ridée, que 
si elle eust été l'espace de huict jours au soleil. Or tels ladres sont 
blancs et beaux, quasi comme le reste des hommes ' 

Malgré les additions ajjportées aux autres éditions de ses 
œuvres on peut affirmer que Paré n'avait pas observé les 
cagots du Sud-Ouest; il en parlait par ouï-dire. 

Il n'en est pas de même de François de Belleforest, histo- 



1. Laurenti Jouberli Opéra, Lurjduni, apud Slephanum Michslem, 1582. 
In Galeni libros de facultatibiis naluralibus annotationes, discipulis suis 
diclala-, anno Domini M.DL.XIll, I, capul xi, p. -21. 

2. L'édition de 1607, Paris, Barthélémy Macé, porte : « ... comme sont les 
ladres i)lancs appelés cachots, cagots et capots, que l'on trouve en basse 
Bretagne, et en Guyenne vers Bordeaux, où ils les appellent Gabets : es visa- 
ges desquels... ». 

3. Œuvres d' Amhroise Paré, édition 1568. 



DE 1535 A 164(1 13 

rien et savant distingué, qui en sa Cosmographie parle assez 
longuement de ces malheureux, pour montrer comment ils 
sont isolés des autres hommes, mais surtout pour donner de 
longs développements à des hypothèses tendant à expliquer 
d'où vient l'imputation de ladrerie qui les frappe. Nous ne 
retiendrons ici que les passages présentant un intérêt 
médical. 

Je ne veux oublier, dit le chroniqueur comingeois, qu'es pays de 
Bearn, et de Bigorre, et par presque toute la Gascoigne il y a une 
sorte d'hommes, que ceux du pays appellent les uns Capots, les 
autres Gahets, mais que touts détestent en gênerai, et fuyent leur 

accointance pour les avoir en opinion qu'ils sont ladres Ils 

sont tous charpentiers et tonneliers, et n'en trouverez pas un qui 
face autre mestier, beaux hommes, laborieux, fort méchaniques : 
et au reste portans en leur face et actions quelque cas qui les rend 
dignes de cette détestation, en laquelle on les a ainsi par tout : 
outre ce tant beaux soyent-ils, ny eux ny leurs femmes, si ont ils 
tous l'haleine puante, et les approchant vous sentez je ne sçay 
quel mal plaisante odeur sortir de leur chair, comme si quelque 
malédiction de père en fils, tomboit sur ceste race misérable 
d'hommes' 

Il nous paraît certain que la rhinite chronique lépreuse 
était la cause de cette puanteur, un document archéologique 
que l'on verra plus loin souligne cette opinion. La fétidité 
de l'haleine inspirait quelques années plus tard (1395) à 
Guillaume des Innocents un passage où il insiste sur ce 
symptôme qu'il croit caractéristique de la capoterie. Mais cet 
auteur ne pense pas qu'il s'agisse de vrais ladres : il semble 
d'ailleurs ne pas avoir étudié sur les lieux ces parias. 

Cette feteur d'haleine, dit-il à propos des signes univoques de la 
lèpre, est aussi familière aux Cappots, comme estant la seule des 
marques qui les rend différons d'avec les sains, laquelle procède 
de la pituite, qui est abondante en eux, qui se pourrit et s'altère 
facilement : d'où procède l'haleine de ces ladres (improprement) 
blancs, selon maistre Joubert^. 

1. La Cosmoqraphie universelle de tout le monde... à Pari,'^, chez Nicolas 
Cliesneau, M.oIlXXIV. p. 37". 

2. Examen des Éléphantiques ou Lepreu.v... A Lyon, Thomas Souhron, 
M.D.XCV, in-8, p. 85-86. 



li HISTOIUK MEDICALE 

Dans un autre passage, le même auteur s'efforce de démon- 
trer que les cairots sont atteints de vitiliiio, et combat le sens 
(jue Joubert attachait aux mots, lèpre blanche : 

Aiiiobius. écrit-il, fort ancien autlicnr qui estoit du temps de 
rEuipcricui- Diocletiaui tlict,quc la leprc de l'ancien Testament, et 
mesme aussi celle que nostre Seigneur Jesus-Christ guérit en con- 
versant aucc les hommes, n'estoit que la pure vitUitjo blanche (que 
les Juifs appeloient lèpre, Barrai ou Albarrat), les Grecs la nom- 
moyent /.Ev/.f,, les Arabes Gunda ou Algtonla, fi'où, k mon aduis, est 
procédée Terreur de quelques-vns, qui veulent que les personnes 
saisies de ceste lèpre blanche (qu'aucuns estiment estre la vraye 
Cappoteriej descrite en ces lieux du vieil Testament, soyent appeliez 
ladres blancs, Cappotz, Cagots, ou Cangots. Toutesfois ils sont fort 
deceus, comme il leur sera facile à juger quand ils auront leu et 
t)ien obserué entre autres liures, et passages, ce que monsieur 
Augici' Ferrier (médecin en ceste ville, et grand Alptieste; en a 
escril en sa république '. 

Guillaume Bouchet, en son Livre des Sérées, sorte de chro- 
nique de voyage, est beaucoup plus intéressant parce qu'il a 
semblé avoir vu et vécu les scènes et les faits qu'il rapporte; 
mais, s'il est permis de retenir ce qui en ses lignes touche au 
Poitou, il est en revanche juste de remarquer que Bouchet a 
lu Ambroise Paré et qu'il s'est contenté de reprendre pour son 
compte ce qu'avait déjà exprimé l'illustre chirurgien. Il dit 
au sujet de la lèpre : 

Et fust trouvé que notre Poictou n'en estoit guère taché (de 
lèpre) à cause de la région qui est tempérée : que s'il y en avoit, c'es- 
toient ladres blancs appelés cachots, caquots, capots et cabots, qui 
ont la face belle; que s'ils sont ladres, ils le sont au dedans le corps, 
le commencement de ladrerie estant longtemps auparavant au 
dedans avant que paroistre, à raison que la lèpre se fait toujours 
plus tôt aux parties intérieures qu'aux extérieures "^. 

Il ajoute plus loin que l'on rejetait des maladreries les 
lé])reux « qui n'avaient de la maladie que deux ou trois 
grains », c'est-à-dire les cagots. Plus loin encore on lit : 

1. Examen iIp.s ÊUiphantiques on Lépreux, p. 17. 

2. Troisième Livre des Sérees de Guillaume Douchel... A Paris, chez Adriari 
Perier, M.D.XGVIII, petit in-12, p. i85. 



DE 1535 A 1640 15 

Sur la fin de la Serée, laissans la lèpre particulière, ils se mirent 
à disputer si les Capots de Gascogne estoyent vrayement ladres : 
mais nen étant rien conclud, je ne mis rien en ma mémoire '. 

Ainsi donc à la fin du xvi' siocle, comme nous l'avons déjà 
répété souvent, la lèpre disparaissait chez les cagots au 
point que l'on ne pouvait rien conclure de certain sur une 
question aussi grave que délicate. 

Botero Benése se contente de constater la présence des 
cagots dans la région pyrénéenne (1599). Puis Mérula (1605), 
dans une cosmographie, copie sans rien y ajouter, ce que 
Belleforest avait écrit avant lui. Il se contente de voiler son 
plagiat derrière une traduction latine. Vers la même époque 
devait paraître une œuvre assez importante de Florimond de 
Hœniond, VAiiticbrisl, où cet auteur s'inquiète avant tout de 
la démonstration de la thèse suivante : les cagots sont fils 
des Goths ariens, des hérétiques, des ladres de Vàme, qui 
floivent être séparés de l'Église, comme les ladres du corps 
le sont du monde. Cette opinion gâte son exposé de la condi- 
tion des cagots, car il néglige d'examiner ce qui peut invalider 
son hypothèse; aussi écrit-il qu'en les voyant séparés des 
autres à l'église, on les croit infects, et « se persuade qu'ils 
ont l'alaine et la sueur puante (le mesme dit-on des Juifs) 
et tient j»our certain qu'ils sont tachez de quelque espèce 
de ladrerie. C'est pourquoi on les contraint en quel- 
ques lieux, comme en ceste ville de Bordeaux, de porter 
un morceau de drap rouge sur l'espaule pour les reco- 
gnoistre - ». 

On s'étonnera sans doute que De Rœmond, conseiller au 
Parlement de Bordeaux, ait eu si mauvaise opinion de la 
perspicacité des hommes qui vécurent avant lui. Il nous est 
permis d'ailleurs de tenir peu compte d'une opinion qu'il ne 
défend que fort mal. 

En 1613 deux Jésuites écrivaient quelques lignes sans 



1. Troisième Livre des Serées de Guillaume lioucJiet..., [i. .■121. 

2. L'Anii-C/irisI et VAnti-papesse, par FlorinioïKJ de HiL-nion<J, conseiller du 
Hoy en sa Cour de Parlement de liordeaux, Éditinn truisirme, reueiie, cor- 
rii/ée et de beaucoup nurpnenlée par l'aulheur. A l'aris, cliez Abel l'Angclicr, 
M.DC.VIl, p. 8o3. Nous ignorons la date de la première édition. 



16 HISTOIRE MÉDICALE 

intérêt médical sur les cagots qu'ils avaient vus en Bcarn'. 
Just Zinzerling (IG16) se contente de copier P. Meriila, et 
d'ajouter qu'il a ouï parler d'un examen médical fait à 
Toulouse, où l'on a reconnu que les cagots étaient sains-. 

Plus tard, Jean Darnal, faisant la chronique de Bordeaux, 
en 1620, parlait des Gahets contre lesquels un règlement 
municipal avait été édicté en 1555; il estime que « c'est une 
espèce de ladres non du tout formez, mais dont la conversa- 
tion n'est pas bonne' ». 

Ce n'est qu'en 1621 qu'un médecin vint à parler de nou- 
veau, après Joubert, Paré, et des Innocents, de cette race 
malheureuse d'hommes qu'il considère, avec ses maîtres en 
l'art de guérir, comme ladres blancs. Son œuvre, qui 
semble être passée ina[>erçue de tous ceux qui avant nous ont 
parlé des cagots, ajoute à peine aux notions que nous avons 
acquises par la lecture des médecins du xvi" siècle*. Il s'agit 
de Guillaume Ader. 

De iis qui vitlr/o diciuUuv capotx, ladres hlancti. — Fœtor anhelitiis, 
totiusquc corporis malesapida aura est quintum signuni (lepra'). 
In Elephantico enim putredinis summa sunt omnia, articuli suis 
excidunt acetabulis, parles a conipagine semotœ sideratae deci- 
dunt. Sunt quibus alioqui probe constitutis et corpore valen- 
tibus f(ptidus sudor omanat, vulgo dicuntur capota, ladres blancs. 
In quibus putrescens et fœtcns pituila toto corporis habitu fœtoris 
seminarium est. Hi etiam suspecti sunt ob fœtorem, nec iniuira ; 
olet enim benè qui nihil olet, malè qui multiim olet". 

En cette même année 1621, un Basque, Dom Martin, 
savant et érudit, consacrait de longues pages aux cagots dont 



1. IJtlerse Socielatis Jésus annorum duorum, clo ioc xiii, et cb ioc xiv, etc. 
Liifjdiini, apud Claudium Caynes, en loc xis, in-8; p. ol8-ol9. 

2. Jodeci Sinceri, Itinerarium Galliae... Appendix Itinerarii, p. 113-114, 
Luqduni, apud Jacobum du Creux, (UDJOC XVI. 

3. Supplément des Chroniques de la noble ville de Bourdeaus... A Bour- 
deaus, par J. Millanges... M.DC.X.K, in-4, f" 4. 

4. Nous remercions vivement M. A. Lavcrgne, de Caslillon-de-Batz (érudit 
distingué qui a publié sur les cagots un document fort important daté 
de la fin du xiii" siècle, et que nous avons cité plus haut), qui nous a signalé 
l'œuvre de G. Ader, dont il possède un exemplaire. 

5. Guillelmi Ader medici, enarrafiones de œgrotis et morbis in Euangelio.... 
Tolosœ Apud. Dominicum et Petrum Bosc, M.DC.XXI, p. 290. 



DE la35 A 1640 17 

il rattache l'origine aux Goths '. Ce qu'il raconte, il l'a vu et 
entendu dire; aussi en dehors des hypothèses qu'il émet, 
trouvons-nous chez lui, au point de vue de la condition sociale 
des cagots, bien des renseignements fort précis, mais aussi 
parfois l'écho de légendes inacceptables. La manière dont ils 
étaient séparés des autres hommes lui fait dire : « En Bearne, 
Navarre, y Aragon hay un linage de gentes separada del toto 
de los ostros avitacion, comercio, y trato como si fuessen 
tepj'osos '-. » Il rapporte longuement tout le détail de leur 
séparation, et dit entre autres choses : « Beber en copa 
tocada de sus labias, séria como beber toxico ^ » Enfin il dit 
plus loin, qu'on prétend qu'ils ont tous l'haleine empestée, 
qu'ils n'éprouvent pas le besoin de se moucher, qu'ils sont 
sujets à un flux de sang et de semence continuels, etc. ^ 
André du Chesne en 1621) ne fait que confirmer ce que les 
auteurs antérieurs avaient écrit. Il a certainement lu De 
Rœmond dont il rapporte en passant la théorie, sans se pro- 
noncer sur sa valeur : 

Je ne veux oublier... qu'en ce pays, comme en celuy de Bearn, 
et en plusieurs endroicts de Gascongne, habite une sorte d'hommes 
appelés vulgairement capots et gahets, qu'un chacun fuit et déteste 
comme ladres, et qui ont l'haleine fort puante, tous charpentiers 
et tonneliers, vrays restes de la race de Giezi, ou comme tiennent 
quelques-uns, des Albigeois hérétiques. Quoy que ce soit, séparez 
(lu commun, et de domicile pendant leur vie, et de cimetière après 
leur mort '. 

Dans des annotations aux lettres du pape Innocent III, 
François Bosquet n'émet au sujet des cagots qu'une opinion 
philologique inacceptable (1635) ". 

i. Drecho de Saluraleza... por Dom Martin de Vizcay, presbylero, En 
Zaraf/oza. Por Juan de Lanaja >j Quartenet. Afio 1621, in-i, p. 123-146. 

2. Id., p. 116. « En Hùarn, Navarre, et Aragon il y a une race d'hommes 
séparée de tous les autres, quant h l'habitation, les rapports, et qui sont 
traités comme s'ils étaient lépreux. ■• 

3. Id., p. 119. .. Ce serait comme boire du poison, que de boire dans une 
lasse que leurs lèvres auraient touchée. ■> 

4. Ce dernier point contredit l'hypotliôse de quelques auteurs qui veulent 
voir dans les cagots des individus châtres ou impuissants. 

o. Les anliquilez et recherches des yi//e5, M.DC.XXIX, in-8, liv. Il, chap. xxxv, 
notes, p. 3.J-36. 

6. Innocenta Terlii P. M. Epislolavum Libri (juatuor... Notis illustral Fr. 
Bosquclus, Toulouse, M.DC.XXXV; nolœ, p. 35-36. 

Fav. 2 



i8 HISTOIRE MKDICALK 

Enfin Oihenart en 1G38, après avoir rappelé la vie des 
cagots, donne un renseiirnoment nouveau. « Ipsi (cagoti) 
vicissim nostros (Aquitanos) pelhitos, iioc est pilosos vel 
comatos vocant. » 

Avec lui se termine la série des auteurs (jui ]>arlèrent des 
maudits avant 1640, époque à lafjuelle Marca les résume 
tous, ajoute beaucoup du sien, et ouvre décidément une 
ère nouvelle que les écrivains du début du xvii'= siècle avaient 
préparée, et qui est caractérisée par la négation de la lèpre 
chez les cagots. 

En résumé les auteurs du xvi" siècle, presque tous médecins, 
.parlent de lèpre cagote et la décrivent tant bien que mal. Les 
auteurs du xvu" la révoquent en doute : La cause en est : 
1" dans la diminution de lèpre; 2" dans les examens médicaux 
pratiqués autour de 1600. 

Cependant, des écrits des auteurs (]ue nous avons cités, 
surgit un fait nouveau, qui va troubler jusqu'en 1876 les 
médecins : c'est la conception de la lèpre blanche. Un autre 
fait naît avec le xxif siècle : les théories ethnogéniques qui 
jusqu'en 1893 auront leur écho. 



m. — SYMPTOMATOLOGIE DE LA CAGOTERIE 
SELON L'ESPRIT DU MOYEN AGE 

Les descriptions que nous avons rapportées au paragraphe 
précédent, si incomplètes qu'elles puissent paraître, offrent 
cependant tous les éléments nécessaires à une étude clinique 
assez satisfaisante. Nous allons tâcher de la faire en nous 
aidant de documents glanés tant dans les auteurs anciens, 
chroniqueurs ou historiens, que dans les traditions. L'ordre 
suivi s'inspirera de la description des signes de la lèpre donnée 
par Guy de Chauliac'; c'est dire que notre étude sera faite 

1. Voici l'exposé des signes de la lèpre par Guy de Chauliac {Grande Chi- 
rurgie, éd. E. Nicaise, p. i04) : « On appelle Vniuoques, ceux qui signifient 
tousiours ladrerie, et l'ensuiuent, soit intenses, soit foibles, et sont six : la 
rondeur des yeux et des oreilles, depilation et grossesse ou tubérosité des 
sourcils, dilatation et torsure des narilles par dehors, auec estroitesse in te- 



LES SYMPTOMES DE LA GAGOTERIE 19 

avec un esprit médiéval et que les conclusions de ce chapitre 
seront celles qu'eût tirées un médecin de cette époque. 

A. — SIGNES UNIVOnUES 
La rondeur des yeux et des oreilles. 

L'aspect des yeux arrondis, et ouverts, les paupières 
épaisses, appartiennent au faciès léonin qui fit donner à la 
lèpre le nom de léontiase. Brassac ' dit à ce sujet : « Les pau- 
[tières se jionflent, s'épaississent et perdent en partie leurs 
cils; leur ouverture se déforme probablement par suite 
d'adhérences avec la sclérotique; la paupière inférieure se 
renverse quelquefois, les cils se dévient, irritant la conjonc- 
tive. » L'étrange fixité du regard, qui était considérée comme 
le sixième signe univoque dans le Guidon-, provenait sans 
doute en partie de la rondeur des yeux. Les cagots avaient ce 
regard, qui imprimait à leur face ce quelque chose qui inspi- 
rait la méfiance et la crainte : « Facie... quiddam paret, 
qiiod eos contemplui deleslat ionique reddit obnoxios. » (Mé- 
rula.) 

rieui'e, laideur de lèiires, voix rauqiie, comme s'il parloil du nez, puanleur 
il'haleinc, et de toute la personne, regard fixe et horrible, en manière de la 
beste Salon... : le nez devient camus, les lèures grosses, et les oreilles 

apparoissent aiguisées 

■■ On appelle Equiuoques, ceux qui, auec ce qu'ils sont trouuez en lèpre, se 
rouuent en autres maladies et partant ne signifient tousiours lèpre. Ils sont 
seize. Le pi'emier est durté et lubérosité de la chair, spécialement des ioin- 
turcs et cxlremilez. Le second est couleur de morphée et ténébreuse. Le 
Iroisiesme est, cheute de cheueux et renaissance de subtils. Le quatriesme, 
consomption de muscles, et principalement du poulce. Ginquiesme, insensi- 
bilité et stupeur, et grampe des cxtremitez. Sixiesme, rongne, et derles, 
couperose, et vicérations au corps. Le septiesme, est grains sous la langue, 
sous les paupières, et derrière les oreilles. Iluicliesme, ardeur et sentiment 
de piqueure d'aiguilles au corps. Neufiesme, crespeure de leur peau exposée 
à l'air, à mode d'oye plumée. Dixiesme, quand on iette de l'eau sur eux, ils 
semblent oingls. Vnziesme, ils n'ont gueres souuent fleure. Douziesme, ils 
sont lins et trom|)eurs, furieux, et se veulent trop ingérer sur le peuple. 
Trciziesme, ils ont des songes pesants et griefs. Qualorziesnie, ils ont le 
pouls débile. Quinziesme, ils ont le sang noir, plombin et ténébreux, cen- 
dreux, graueleux et grumeleux. Seiziesme, ils ont les vrines liuides, blan- 
ches, subtiles, et cendreuses. » 

1. Brassac, Dict. encycL, \). V2(). 

2. (iuidon. C'est le terme qui ilésignait jadis l'œuvre de Guy de Clhauiiac 
{(jtiidonis de Cauliaco). 



20 HISTOIRE MÉDICALE 

Mais il nous faut ajouter que tel sig:ne fut très rare chez les 
cagots, car il n'est jamais indiqué d'une façon tout à fait expli- 
cite. L'épaississement des sourcils était lié soit à l'infiltration 
lies téguments de la face, soit au développement des tubercules. 

Quant à la rondeur des oreilles, elle est due à l'infiltration 
des tissus par des tubercules. On sait que celte infiltration se 
fait surtout dans les régions riches en capillaires sanguins : 
telles sont les oreilles. L'organe atteint s'épaissit, se ramasse, 
le lobule paraît se résorber, et l'oreille prend une forme 
arrondie en même temps qu'elle s'infiltre. L'absence du 
lobule de l'oreille n'est donc ici qu'un phénomène patholo- 
gique, et non pas un caractère physique héréditaire. Que 
plus tard, par suite de la consanguinité des mariages chez 
les cagots, certains stigmates de dégénérescence, tels que 
l'absence de lobule, se soient présentés, rien d'étonnant à 
cela. Nous n'en restons pas moins convaincu que la tradi- 
tion, encore vivante dans tout le Béarn, le pays Basque, les 
Landes, et ailleurs, qui veut que l'absence de lobule soit un 
signe caractéristique des cagots, a pris naissance dans ce fait 
que l'oreille lépreuse était arrondie et sans lobe. Guillaume 
des Iimocents donne une bonne description de ce signe ' : 
«... s'ensuyt la figure ronde obseruéeaux oreilles, desquelles 
la rondeur procède d'vne mesme cause, à celle qui rondit les 
yeux aux ladres, sçauoir est de la seicheresse deprauée du 
nourrissement, à la deffence toutesfois des hectiques, tabides, 
et marasmes, ausquels la nourriture défaut es membres. Or 
bien que les oreilles soyent naturellement rondes ou oblon- 
gues, si est-ce que ces petits bouts, et extrémités d'icelles 
(es lesquelles l'on fiche les bagues et ioyaux, mesmement les 
femmes d'Afrique pour vn plus grand fast et sumptuosité) 
estant desseichées, retirées ou consommées, rendent leur 
rondeur mieux formée et plus remarquable. D'autant que ce 
qui les fait plus longues aux vns qu'aux autres naturellement, 
c'est ceste pinne de chair qui est la partie plus mollette de 
toute l'oreille. » On ne pourrait décrire avec plus de prolixité 
l'absence pathologique du lobule. Nous étudierons son 

1. Guillaume des Innocents, /oc ci/., p. 82-83. 



LES SYMPTOMES DE LA CAGOTERIE 21 

absence congénitale en même temps que les signes physiques 
(le la dégénérescence présentés par les cagots. 

La rondeur et Tépaississement des oreilles est remarqua- 
blement figurée sur la tète sculptée du cag-ot de Monein. 

Dépilation et fp'ossesse ou tuhérosité des sourcils. 

Les auteurs ne parlent pas de ces symptômes chez les cagots. 
Cependant la dépilation des sourcils accompagnait toujours 
ou [)resque toujours la dépilation du cuir chevelu. Ce dernier 
symptôme en revanche est souvent signalé chez les cagots. 

La dépilation et l'épaississement des sourcils se distingue 
sur la tête du caaot de l'ég-lise de Monein. 

Dilatation et torsure des narilles par dehors, 
auec esfroitesse intérieure. 

Ces lésions nasales, comme les ulcérations buccales, ne sont 
pas signalées chez les cagots anciens, elles étaient la cause 
principale de la fétidité de l'haleine, souvent indiquée en 
revanche. Il faut penser que si les auteurs ne se sont pas arrê- 
tés à ces signes c'est par suite de la brièveté de leurs descrip- 
tions médicales des cagots ; mais tout porte à croire qu'ils exis- 
taient souvent. En effet, Zambaco-Pacha, qui a examiné de 
près un grand nombre de cagots modernes, a signalé très sou- 
vent chez eux des rhinites chroniques, signe précieux de lèpre. 

Dom Martin de Biscaye nous fait penser à l'oblitération des 
voies nasales quand il écrit des cagots qu' « ils n'éprouvent pas 
le besoin de se moucher ». Enfin Guy de Chauliac écrit 
quelque part ' à propos de la lèpre : 

« Elle est (h"tte lèpre, de « a Lepore nasi' «, d'autant que là 
apparoissent ses principaux et plus certains signes. Ou elle 
est dite de loup, d'autant que comme vn loup, deuore tous les 
membres ^ » 

1. Guy de Chauliac. Grande Chirurrjie-, éd. E. Nicaise, p. 402. 

2. Voici commenl ce mot est exprimé dans difTérenls manuscrits et édi- 
tions de la (iraiule C/tiriirgie. 

» A Lepore nasi. ■• Ms. de la Bihl. nat. Latin (1966. Datée de 1461. 
• Le|)re de lepore du nés. •• Ms. de .Montpellier, xv° siècle, papier. 
" Est dite a lepore qui est une partie du nez. ■• Éd. Canappe, lo3S. 
« De lepus, partie du nez. - K>\. L. Joul)ert, lo79. 

3. Voir plus loin le paragraphe intitulé : le nez devient camus. 



22 HISTOIRE MEDICALE 

Or la maladie des cagots s'est précisément appelée mal du 
loup, au moins à Navailles (canton de Theze, B.-P.). Là, 
raconte Fr. Michel, les cahots « entraient à l'église par une 
petite porte maintenant remplacée par un mur, au milieu 
duquel se voit Timage de saint Loup, entourée d'une branche 
de chêne supportée par deux oiseaux de la grosseur d'un 
pigeon. Les habitants de la commune atteints d'un mal qu'ils 
appellent mal du louji, vont passer un mouchoir sur l'image 
du saint, et le portent ensuite à leur tète, dans l'espoir d'être 
ainsi débarrassés de leur infirmité. On ignore à quelle é[ioque 
naquit cette folle superstition; mais tout porte à croire qu'elle 
était pratiquée par les anciens cagots, réputés lépreux' ». 

On ne voit plus l'image de saint Loup fixée dans le mur. 
Nous avons retrouvé la pierre qui porte la face de ce saint, 
toute verdie par les algues, reléguée par terre dans un coin de 
l'église de Navailles. Le caractère de la sculpture la ferait 
attribuer à la fin de la période romane. 

Laideur des lèvres. Voix rauque 
comme s'il parlait du nez. 

Les troubles de la voix semblent dus aux lésions du nez 
et du pharynx nasal, ainsi qu'à des lésions laryngées. Ils 
s'associaient souvent à la fétidité de l'haleine. Cette voix 
rauque et nasonnée était un des caractères des femmes de 
Chubitoa. A Saint-Jean-Pied-de-Port, des personnes distin- 
guées par leur haute culture nous ont dit, qu'il y a moins de 
trente ans, on se gardait encore de prendre comme nourrices 
les femmes de Chubitoa, parce que l'on craignait que la raucité 
de leur voix ne fût due à une affection contagieuse, la lèpre. 

Les lèvres étaient affreuses à voir, et ulcérées. G. des Inno- 
cents décrivant la lèpre dit : « Joint que la plus part d'eux, 
sont ulcérez en la bouche, au gozier, et au nez : dont l'air qui 
en procède demeure infect : et la voix s'en fait enrouée et 
difficile. C'est pourquoi l'escole des médecins (à mon aduis) 
a inuenté un tel expédient, pour remédier à linterest de la 

1. Michel, loc. cit., l. 1, p. 109. 




S.AlM l.OL'P. 
O saint otai invoqué par les caj^ots, en vue d'obtenir leur gtuérison. 
c't ' 'iiliitiTe Nc trouva t ;iutie ois au-dessus de la porte des Cagots, 
à l'éfrlise de Navailles (B.-P.). 



Fav. 



P. -2-23. 



LES SYMPTOMES DE LA GAUOTERIE 23 

chose publique, en empeschant la conversation des ladres, 
auec le demeurant du peuple sain et net. » Passant aux 
cagots, nous retrouvons tout cela. Gauthier de Goincy 
(im-1236) dit des cagots, qu'il appelle calTres : 

Tant par est lais qu'il est Iiom vis 
N'en doie avoir poor et liide 
Tout ses péchiez, l'or l'omecide 
A relevez et decouvers 
Li caffre pourris et cuivers 
Dont Diex la dame a si vengiè, 
Que vers li ont la char mangié 
Et les leffres dusques es dens '. 

Voilà bien cette affreuse ulcération que G. des Innocens 
décrit en ces termes : « Joinct que la plus part d'eux sont 
ulcérez en la bouche, au gozier, et au nez. » 

Ges lèvres rongées, cette bouche malade, n'étaient-elles 
point propres à propager la maladie par le contact avec les 
récipients destinés aux liquides de boisson? Gertes oui. 
« Beber en copa tocada de sus labias, sera como beber toxico » , 
dit Dom Marlin, répétant en cela ce règlement édicté par un 
notaire de Moumour en 14"! contre les cageots : 

« Que quant anassen ohrar per biele, se portassen en que 
heure, affm que no mettosen en proe a negun, ni begossen en 
los autres besiis de Momor beuen '. » 

Leurs crachats aussi étaient considérés comme virulents. 
Il y a soixante ans encore les habitants de Rébénacq (canton 
d'Arudy) se tenaient à distance des cag'ots, dans la crainte, 
dit-on, de toucher du pied leurs crachats. Gette crainte de la 
contagion ]»ar la salive faisait que partout les cagots avaient 
leur source ou leur fontaine, où nul n'allait puiser. 

Leur haleine était contaminée; aussi devaient-ils faire 
face au vent quand ils parlaient à des personnes saines. Le 
même motif leur faisait interdire les cabarets ou tavernes, et 



1. Cilc par Hoijuefort, Gloss. de la laitf/ue romane, l. 1, p. 201. 

2. « Quand ils iront travailler en ville, qu'ils portent avec eux de quoi boire, 
afin qu'ils n'exjwsent personne au conlage, et qu'ils n'aillent pas boire chez 
les autres voisins de Momor. • 



24 HISTOIRE MÉDICALE 

tous lieux publics. Enfin la conversation familière avec les sains 
leur était formellement [)roscrite, dès 1551, par le 4'' article 
du For de Béarn (Rubrique De la qualité des Personnes). 

Puanteur cChaleine et de toute la personne. 

Tout le monde reconnaissait ces deux signes de la capoterie. 
Us étaient si importants que G. des Innocents les indique 
comme caractéristiques de la capoterie, ce qui est vrai; mais 
il ajoute que c'est le seul signe qui les distingue des sains, 
ce qui est notoirement inexact. 

Nous citons le passage en entier*. 

Le o<^ signe (de la lèpre est tiré de la puanteur de l'haleine, et 
généralement de tout le corps, pour monstrer l'insigne corruption 
d'humeurs, qui est dedans le corps ou au centre d'iceluy, et a ses 
circonferances. Or auons-nous demonstré cy dessus, qu'il n'y a 
entraille en tout le corps (horsmis le cœur, qui résiste tant qu'il 
peut à telle infection, et auquel suruient finalement la lésion pour 
donner vne dernière fin à l'animal) qui ne soit attainte et entachée 
de cest horrible vice. Si que la chaleureuse vapeur qui procède d'eux, 
rapporte le tesmoignage de leur passion, par la feteur qui s'exalte 
et euapore hors, tout ainsi que l'odeur plaisante et douce (telle 
qu'on dict auoir esté en la flagrance d'Alexandre signifie la bonne 
habitude et constitution du corps, et la symmetrie ou commodera- 
tion des humeurs, et autres vapeurs subtiles et espesses, selon 
leurs qualités lesquelles viennent suauls et flairantes, comme 
l'humeur est doux, bien tempéré, et sanguin. Au contraire vio- 
lantes, aigres ou fortes (que l'on dict) ingrates, puantes et insup- 
portables, quand il y a une tresgrande infection aux humeurs, et 
en toute l'habitude du corps. Geste feteur d'haleine est aussi fami- 
lière aux Cappots, comme estant la seule des marques qui les rend 
différents d'auec les sains, laquelle procède de la pituite, qui est 
abondante en eux, qui se pourrit et s'altère facilement : d'où pro- 
cède l'haleine puante de ces ladres (improprement; blancs, selon 
maistre Jouberl. 

C'est en copiant mal Joubert, que des Innocents s'était 
imaginé que le seul symptôme pathognomonique de la cago- 
terie était la puanteur de l'baleine. Joubert avait éci"it : A 
perfecta vero sanitate, solo anhœlitus fœtore credunlur discederdy 

1. Loc. cit., p. 85-86. 



LES SYMPTOMES DE LA GAGOTERIE 25 

qui accedit ex j)>tuite facile jmtrescente. Il nous semble qu'il 
faille lire, que c'était d'une opinion courante que la fétidité 
du corps et de l'haleine fût le seul signe de capoterie; mais 
Laurent Joubert n'admettait pas cette façon de voir, car il 
n'aurait jamais consenti à classer les capots parmi les ladres 
blancs sur un seul signe; en outre, il connaissait trop l'œuvre 
de Guy de Chauliac ' pour conclure sur un signe univoque, 
sans aucun signe équivoque. 

Belleforest en 1575 répète encore qu' « ils ont tous l'haleine 
puante- ». Le Duchat, le commentateur de Rabelais, dit 
qu'ils sont « aussi puants que peu orthodoxes^ ». Du Chesne 
ajoute « que chacun fuit (les capots) comme des ladres, et 
qui ont l'haleine fort puante^ ». Ce symptôme appartient 
réellement à la lèpre. Il semble lié à des lésions des 
muqueuses des voies respiratoires. 

Venuti, commentant Marca, vient à })arler de la puanteur 
du corps de ces malheureux. L'auteur de V Histoire de liéarn 
avait « recherché l'origine de l'imputation de Ladrerie, et de 
la puanteur des gézitains ou Cagots,dans la race des Sar- 
razins ' » ; mais à Venuti il « paraît que la mauvaise odeur 
dont on accuse les Sarrazins, n'est pas une preuve qu'ils fus- 
sent attaqués de lèpre, dont les symptômes doivent être plus 
décidés'' ». C'est que la théorie de Marca déplaît au chro- 
niqueur de Bordeaux qui croit que les capots ont pris leur 
lèpre en Terre Sainte. 

Des Innocents croyait que l'odeur venait de ce que le sang 
était corrompu. Sanadon nous dit que la tradition et les 
règlements prouvent que le sang des capots était gâté '. 

Belleforest en parle longuement. Ils ont tous, dit-il, 
<' l'haleine puante, et les approchant vous sentez je ne sçay 



1. Nous devons à L. Joiibcrl plusieurs éditions de Chauliac. 

2. belleforest, loc. cit., p. 3"7. 

3. Œuvres de M" Fr. Rabelais... par Le Duchat. Anislerdam. .M.UCC.XLI, 1. 1, 
p. 285, note 82. 

4. Du Chesnes. Les anti'juilés et reclierclœs des villes..,, p. 732. 

5. De Marca, llisl. de fiéarn, cliap. xvi, § ri. 

6. Venuti (l'abbé), IHsserttUion sur les anciens monuments de la ville de 
Bardeau.!-. Sur Ips Ga/iels... Bordeaux, Chappuis, M.DGC.LIV. 

7. Sanadon, Essai sur la noblesse des basques.... Pau, Vignancourt, M.DGCG. 
LXXXV, in-8, p. 163. 



26 HISTOIRE MÉDICALE 

(juel malplaisante odeur sortir de leur rliair comme si quel- 
que malédiction, de père en lils, toinlioit sur cette race misé- 
rable d hommes... ». 

Florimond de Rœmond pense que les capots, étant des- 
cendants des Goths Ariens, on s'était toujours mélié de la sin- 
cérité de leur conversion, et que pour cette raison on les mettait 
à part dans l'église : « le peuple saisi de ceste opinion,... se 
persuade qu'ils ont l'aleine et la sueur puante (le mesmc dit- 
on des Juifs) et tient pour certain qu'ils sont tachez de quel- 
que espèce de ladrerie' ». Souvenons-nous que cet auteur 
vivait à une épo<|ue où la lèpre était presque éteinte; son 
opinion s'en ressent naturellement. 

La mauvaise odeur du lépreux est bien connue de nos 
jours. Sans vouloir discuter ses causes, remarquons que 
les auteurs anciens ont été jusqu'à nous donner des détails 
assez précis sur elle. Us auraient noté entre autres que c'était 
une odeur spéciale, que Guillaume Ader définit en ces 
termes : In quiOus {les capots) pulrescens et fœtens pituita 
loto corporis habilu fœtoris seminariiun est. Ili eticun snspecli 
sunt oh fœtoron' 

N'est-ce point pour cette raison que Dom Martin de Viscay 
dit que le peuple les soupçonne atteints d'une spermatorrhée 
continuelle? 

Plusieurs crurent ({ue c'était la transpiration des capots qui 
était fétide. L'hyperhydrose appartient en effet à la lèpre. 

Regard fixe et horrihle. 

Ce symptôme n'a pas été, que nous sachions, indiqué d'une 
façon spéciale chez les cagots. Les auteurs modernes le signa- 
lent dans les poussées congestives qui accompagnent le début 
de la lè[»re. 

Le nez devient camus, les lèvres grosses. 
Hien dans les documents recueillis ne nous avait permis de 

1. Florimond de Rœmond, UAntichrisl, p. 367. 

2. G. Ader, E narrât io nés de œrfrotis et morhis in Euangelio, p. 290. 



LES SYMPTOMES DE LA CAGOTERIE 27 

dire que ce signe ait existé chez les cag-ots, quand nos recher- 
ches nous conduisirent à Monein (B.-P.)- Dans la vieille 
église de ce chef-lieu de canton, on voit le hénitier des 
cagots, au pied d'une colonne, sur laquelle est sculptée une 
tête de cagot. Cette efflgie, qui est l'unique document de cette 
espèce que nous connaissions, présente précisément un tableau 
remarquable des symptômes de la maladie. Les oreilles sont 
rondes et grosses, les sourcils gros et proéminents, mais sur- 
tout le visage est déformé par un nez camus, et des lèvres 
grosses. La déformation du nez est due à l'eflondrement de 
la cloison; c'est une lésion qui récemment a été décrite de 
nouveau par M. Castex sous le nom de nez en lorgnette dans 
la rhinite lépreuse. La ressemblance avec le nez en lorgnette 
de la syphilis héréditaire est remarquable, si bien que l'on 
pourrait douter du diagnostic rétrospectif, si la tête n'était 
couverte du bonnet des lépreux, et si la face bouffie et les 
autres signes accumulés comme à plaisir sur l'effigie n'étaient 
caractéristiques de la maladie figurée. Les graves lésions 
nasales expliquent assez la puanteur qui devait infecter 
l'haleine de ces malheureux. 

Les lèvres grosses n'ont pas ici de caractère bien spécial. 
On note en outre que la lèvre inférieure et le menton sont 
d'un prognale; c'est là signe de dégénérescence, attribuable 
aisément à la lourde hérédité du cagot, dont le sang était 
affaibli par une série de mariages consanguins, et la misère 
|»hysiologi(jue de ses ascendants. 

B. — SIGNES ÉQUIVOOUES 

On a remarqué que les signes univoques de la lèpre (jue 
donne Guy de Chauliac, ont presque tous été constatés sur- 
abondamment chez les cagots : si bien que si nous arrêtions 
ici cette description, nos maîtres cliniciens médiévaux déclare- 
raient sans doute leur conviction parfaitement établie; cette 
conviction trouvera un appui nouveau dans les signes équi- 
voques. Malheureusement sur les seize signes qu'énumère 
Guy de Chauliac, il y en a plusieurs, tels que ceux lires de 
l'examen des urines ou du sang, qu'aucun document antérieur 



■28 HISTOIRE MEDICALE 

à 1600 ne nous permet de constater dans la cagoterie. En 
4600, un rapport médical fait à Toulouse parle bien du sang 
des cagots, mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, au xvn*' siècle 
il n'y avait [dus guère de lèpre, ce document ne ]»eut donc 
«ervir à nous éclairer dans le présent paragraphe. 

On appelle Équivoques les signes qui, avec ce quils sont 
trouvés en lèpre, se trouvent en autres maladies et partant ne 
^igyii/ient toujours lèpre. Ils sont seize. Le premier est durté et 
tuherosité de la chair, spécialement des jointures et extrémités. 

Il y a ici deux choses bien dissemblables : 1" la dureté des 
téguments qui fait penser à la sclérodermie lépreuse et à 
rinfiltration; 2" les tultercules lépreux. Si chez les cagots, 
nous n'avons rien trouvé de précis en ce qui concerne 
le premier, il n'en est pas de même du second de ces 
signes. 

Le tubercule lépreux a été longtemps confondu par le peu- 
ple avec les grains de ladrerie de la race porcine. Guillaume 
Bouchet parlant des ladres blancs ou cagots, les assimile 
aux malades qui « n'ont de lèpre que deux ou trois grains ». 
Nous avons déjà vu que très probablement c'était aux tuber- 
cules qu'il fallait souvent attribuer la déformation des 
oreilles. Veut-on nous forcer à un rapprochement, dans l'ex- 
pression jiorc gaffet qui est employée dans les Coutumes de 
Marmandet Peut-être. 

Il est certain que l'allusion aux tubercules existe dans cette 
tradition rapportée par Fr. Michel ' au sujet des Cagots de 
la vallée d'Argelès : on croit encore, dit cet auteur, qu'ils 
avaient les oreilles sans lobe et l'haleine puante. On croit 
encore qu'ils avaient sous la peau de petits grains semblables 
à ceux des cochons ladres. Il n'est pas rare de voir de vieilles 
femmes, lorsqu'elles se querellent avec quelqu'un réputé 
«agot, lui montrer la langue ou le derrière de l'oreille où 
l'on croyait que les grains de la ladrerie étaient apparents. 

1. Michel, t. I, p. 80-81. 



LES SYMPTOMES DE LA CAGOTERIE 29- 

Le tubercule est nettement affirmé encore chez ce caqueux 
dont parle une chanson bretonne du xv" siècle : 

Il ne savait pas, pauvre jeune homme, 
Qu'il était caqueux, qu'il était lépreux! 
Mais comme il retournait chez lui, 
De grosses bouffies comme des pois, 
S'élevèrent sur sa peau 

Ne ouie ket, den iaouank paour, 
E oa Kakouz, et oa klanvour ! 
Hogen pa zeuaz war he giz, 
Klogorennou kement a piz. 
War he grec' h en a oa savet ' 

Le second est de couleur nwrpJiée et ténébreuse. 

Jamais on n'a fait une allusion à ce signe chez les cagots, 
pour cette bonne raison qu'ils étaient atteints de lèpre 
blanche. Cependant comme il s'agit ici des taches dyschro- 
miques de la lèpre, nous croyons utile de rappeler que 
Tachromie est constamment signalée chez les cagots. 
Achromie généralisée ou partielle? nous demandera-t-on. 
Partielle le plus souvent, sinon toujours. Comme nous 
devons plus loin traiter longuement de la lèpre blanche, 
nous renvoyons le lecteur aux pages consacrées à ce sujet. 

Le troisième est chute des cheveux, et renaissance de suùti/s. 

Oihcnard traitant des cagots écrit : « Ipsi ^cagoti) vicissim 
nostros pellutos, hoc est pilosos vel comatos vocant. » 

Laurent Joubert de son côté dit : « Quod si in parte pilis 
obsila nascatur, eam non deglabrat, ut soient aAiot, et •xt\'r/ti 
(nisi qutc prorsus incurabilis est) sed canos omnino facit et 
pilos lanugini similes. IIo^c ({uem occupavit non facile 

dimittit, illa vero curationem non diflicilimam recipiunt 

Leuce vero vix unquam sanescit, ut annotât Celsus 

1. Hersarl de la Villemarqué, liarzaz-Brciz, chanls populaires de la Bre- 
tagne. 



30 IllSTOIIlE .MKDICALE 

Porro etsi ejiismotli vitia cutis defœdationes, potius quani 
muriti esse vidoantur et certas cor|toris partie nias, non 
coi-jtus universum, aflicere dicantur, attamcn in quihusdaui 
hominihus leuce universalis apparet, ut iis quos vulgo 
capotos... nominant. » 

Avant de commenter ces deux passages relatifs aux 
cagots, nous croyons utile de citer de courts passages de Guy 
de Chauliac et de Paré. 

« Le troisième (signe équivoque de lèpre) est, cliente de 
cheveux et renaissance de subtils '. » 

« Les passions des cheveux, selon Galen au premier du 
Miamir, sont la totale perte, et le changement de couleur, 
comme il se fait en lèpre et en allopécie-. » 

« Or les signes qui démontrent la préparation ou disposition 
à la lèpre, sont, mutation de couleur naturelle en la face, 
comme goutterose, saphirs, chute de poil* » 

Le témoignage d'Oihenard que nous avons cité })lus haut, 
est intéressant, car il montre les cagots affligés de leur 
alopécie se venger sur les personnes saines en les trai- 
tant de velues. De nos jours, à Saint-Étienne-de-Baïgorry, 
M. Etcheverry-Ainchard nous disait que l'on indique les 
gens de la ville sous le nom de i^ellutac quand on veut les 
opposer aux cagots; mais il nous faut ajouter, pour être 
véridique, que notre interlocuteur expliquait : « Ce mot dans 
notre pensée signifie, qui a la peau saine, car on sait que les 
cagots sont affligés de dartres et d'autres maladies de peau, 
peut-être encore la lèpre. » 

Fr. Michel écrit (I, p. 20 en note) : « Peloutac, s'il faut en 
croire M. Larregorry, instituteur à Larceveau, est le nom 
que donnent les agolac au reste de la population ». « Ellos 
m'écrivait D. José Mafias Elizalde, ancien supérieur des 
Prémontrés d'Urdax, à propos des Agots) llaman perlulas d 
los que no son de su raza. » Une autre personne native de 
la vallée de Bastan, et à laquelle le texte d'Oihenard était 
inconnu, me disait que dans sa jeunesse, toutes les fois qu'elle 

1. Grande Chirwf/ip, éd. E. Nicaise, p. 40 i. 

2. Id., p. 4io. 

3. A. Paré, Œuvres, éd. Rigaud, Lyon, 1652, p. 477. 



LES SYMPTOMES DE LA CAGOTERIE 31 

rencontrait un Agot, elle lui criait : Agote, Agole! A quoi 
celui-ci ré[>ondait : Perlute, Perlute! 

Quoi qu'il en soit, les recherches des médecins contem- 
porains, ainsi que les constatations que nous avons faites nous- 
même, concordent à affirmer que l'alopécie lépreuse est un des 
signes que l'on rencontre encore de nos jours chez les des- 
cendants des cagots. Nous en reparlerons plus loin (p. 75). 

Le quatrième, consomption des muscles, et principalement 
du pouce. 

Il s'agit de l'atrophie musculaire qui simule parfois l'atro- 
phie musculaire progressive. On la rencontre parfois chez les 
cagots modernes. 

Cinquième, insensibilité et stupeur, et crampes des e.vtrémités. 

Par crampe des extrémités il faut entendre sans <loute la 
main en griffe, quoiqu'il y ait dans la lèpre de véritahles 
crampes. On a pensé qu'elle avait été constatée chez les cagots, 
mais nous ne pouvons pas l'affirmer, car cette opinion est 
née, au xix*" siècle, d'une fausse hyjiothèse ]diilologi(|ue, qui 
voudrait que gajfei dérivât de gaf, gafet, crochet, en langue 
romane; toutefois il est très prohahle que ce signe coexista 
souvent, comme de nos jours, avec les destructions phalan- 
giennes. 

Quant à l'anesthésie, on comprend assez bien que vu la 
nature des documents sur lesquels nous nous appuyons, elle 
n'ait point été signalée. 

Sixième, rongne, et dartres, couperose, et ulcérations au corps. 

Cette phrase soulève un grand nombre de (pieslions. Et 
d'ahord on sait que les lépreux sont sujets, indépendam- 
ment des manifestations cutanées de leur maladie, à de nom- 
breuses dermatoses. Les dartres sont de ce nombre. Nous 
avons vu plusieurs cagots atteints d'affcclions cutanées, dartres, 



32 HISTOIRE MÉDICALE 

eczémas, etc. Les anciens avaient observé la même chose; 
mais cela n'a pas un bien grand intérêt, à côté de la gale, 
affection dont certaines manifestations, disent les dermatolo- 
gistes, peuvent simuler la Irpre. Est-ce cette ressemblance 
qui fit assimiler les gaffets de Bordeaux aux galeux? Oui, 
si nous en croyons Fr. Michel, qui cherche à démontrer 
que gahet signifiait aussi galeux. 11 se base sur ce fait que 
l'archiprètré de Cernes, Sarnesii en latin, était celui dont 
dépendait Saint-Nicolas-des-Gahets. Or sarna signifient gale; 
et même Irjire, ainsi que le dit Covarruvias en son Trésor 
de la langue castillane : « Sarna : una especie de lepra. » 
Sarna était la lèpre écailleuse, celle qui donna son nom aux 
casc-arotes '. 

L'aspect écailleux de la peau des lépreux au niveau des 
taches dyschromiques est bien connu. Il est signalé de nos 
jours chez les cagots de Saint-Pierre et de Saint-Jean-de-Lier. 

« Leur peau, dit Michel, écaillée comme le dos d'une carpe, 
sans ou presque sans poil, blanchâtre et farineuse parfois 
devenait fort rouge, surtout aux phases de la lune. Pour 
l'adoucir ils se servaient de lierre qu'ils faisaient bouillir et 
l'ajtpliquaient sur le mal. Une vieille femme encore existante 
en emploie plus d'une charretée par an-. » 

Cet auteur y voit une espèce de lèpre. 11 rapporte à ce 
sujet le couplet suivant : 

A Lié. qu'es ue grand parropi 
D'ayères ets que n'an manquât. 
Tout dret aii bos de Laùiv'de 
Sen soun anats ha un rap; 
Qu'en hen bouri à cautères, 
Encouère mey à caiiterotis ; 
Et touslem aquets misérables 
Don soun lous mûmes leprous ^. 



4. Voir : Philologie. 

2. Fr. Michel, loc. cit., t. II, p. 138. 

3. /(/.. p. 140. • A Lier, cette grande paroisse — de lierre ils n'ont pas 
manqué. — Tout droit au bois de Laurède — ils s'en sont allés faire un vol. 
— Ils en (du lierre) font bouillir à chaudières — encore plus à chaudrons; — 
et toujours ces misérables — restent les mêmes lépreux. » 



LES SYMPTOMES DE LA CAGOTERIE 33 

Rappelons que la décoction de feuille de lierre est employée 
parfois contre les ulcères sanieux et la gale. 

Les ulcères, dont parle Guy de Chauliac, se rapportent 
à deux ordres de lésions distincts : les ulcères proprement dits, 
et les destructions des extrémités, dont la première étape a 
plus d'une analogie avec le panaris analgésique du Morvan. 

Les cagots avaient des ulcères, ainsi qu'il appert de ce frag- 
ment : 

Lous Cagots qu'i a dachat, 

Pouyren leba ue armade 

Et bâtés à tout constat ; 

En dachan lous pleins d'ulcères 

Grand nombre en pouyren trouba '. 

Quant au panaris analgésique, nous ne nous étonnons 
guère de ne pas le voir signalé par Chauliac, puisque Paré 
lui-même ne le laisse qu'à peine soupçonner. Les premières 
bonnes descriptions sont de la fin du xvu'' siècle. C'est sous 
le nom vague d'ulcération que figure ce gros symptôme, cer- 
tainement connu dès la plus haute antiquité. Nous croyons 
d'ailleurs, que s'il était défendu aux lépreux comme aux 
cagots de marcher pieds nus par les rues, c'était à cause de 
ces lésions; de même que l'usage d'un bénitier spécial dans 
les églises ne relève d'aucune autre cause. Peut-être faut-il 
voir une discrète allusion à ce symptôme dans quelques chan- 
sons populaires : dans l'une d'elles, un paysan indique com- 
ment reconnaître les cagots, et dit qu'ils se distinguent 
« jus(jue au bout du doigt » ; dans une autre on les dit 
« chargés de lèpre à [)leines mains ». 



Le septième, est rjrains sous la lauf/ue, sous les paupières 
et derrière les oreilles. 

Nous en avons parlé à propos des tubercules lépreux. 



1. Fr. Michel, loc. cit., l. II, p. 13'J. « Les cagots (lu'il a laissés, — pourraient 
lever une armée — et se battre de tous côtés; — en laissant ceux tiui sont 
pleins d'ulcères, — un grand nombre on en pourrait trouver. • 

Kay . "^ 



34 HISTOIRE MÉDICALE 

Huictième, ardeur et sentiment de piqueure d'aiguilles 
au corps. 

Cette ardeur étrange, comme dit Paré dans sa description 
du caî^ot, est bien un symptôme de lèpre. Néirligé depuis 
bien longtemps, il a été décrit à nouveau en 1902 par H. de 
Brun. 

Voici ce qu'il écrit à propos d'une lépreuse à forme de 
syringomyélie. 

« Un signe plus important ({ue notre malade nous a signalé 
c'est une sensation de chaleur, « de brûlure, de feu ardent », 
— ce sont ses expressions, — dans tout le corps, sensations 
qui l'obligeaient à se découvrir, et se transformaient alors 
en un froid vif, très intense et très désagréable. Bien que ce 
symptôme n'ait pas été noté par les léprologues, je le consi- 
dère comme ayant une valeur réelle. Je l'ai retrouvé dans 
un grand nombre de cas de lèpre nerveuse, et je me souviens 
encore en particulier d'un malade atteint de lèpre anesthé- 
sique type... qui, pendant les quelques jours qu'il passa dans 
mon service, se plaignit [)res({ue exclusivement de ces sensa- 
tions de chaleur d'autant plus singulières qu'il était atteint 
de tliermo-anesthésie absolue'. » 

(^e symptôme est nettement signalé chez les cagots. C'est 
ainsi que, dans une vieille chanson béarnaise, un couplet 
fait dire à des jeunes filles qui ne veulent pas épouser un 
cagot : 

L'hibtT qu'es ret, diseneres; 

Nous bens bolem apriga, 

E ue soulete couberture 

A bous aiites que-bs hey trembla '^ 

A ce sujet voici ce qu'écrivait Ambroise Paré : « Une 
ardeur et chaleur estrange leur sort du corps ce que par 
expérience j'ay veu : quelquefois l'un d'iceux tenant en sa 

1. H. de Brun, l'resse médicale, 9 avril 1002, p. 340, col. 1. 

2. « L'hiver est dur. disent-elles, — nous voulons bien nous abriter, — et une 
seule couverture, — vous autres, vous fait trembler ». Chanson du XV* siècle, 
citée par Fr. .Michel, t. II, p. 141. 



LES SYMPTOMES DE LA GAGOTERIE 35 

main l'espace d'une heure une pomme fresche, icelle après 
apparoissoit aussi aride et ridée, que si elle eut été l'espace 
de huict jours au Soleil. » 

Le fait est étrange, d'autant plus qu'il remonte à bien des 
années avant Paré. Caxart-Arnaud, huissier au conseil royal 
de Navarre (1517), dit qu'une pomme ou tout autre fruit se 
pourrit immédiatement dans la main de l'agot'. Une telle 
opinion est encore vivante en certains points de Bretagne où 
il s'agit <les cacous. Enfin Cordier au siècle dernier recueil- 
lait le même récit de la bouche d'un vieillard. Le voici : 

« Un jeune homme aimait une jeune fille qui le payait de 
retour. Elle était belle, elle avait de la vertu; il la priait 
sans cesse de consentir à l'épouser. La jeune fille s'y refu- 
sait disant : « Ah! si vous saviez vous ne me feriez 

« plus aucune instance. » Enfin il la pressa tant, qu'un jour 
elle lui dit : « Voici une pomme, divisons-la en deux, 
« prenez-en une moitié, et gardez-la sous votre aisselle durant 
« la nuit. Je ferai de même pour Tautre moitié : je vous por- 
te terai la mienne demain, et vous me porterez la vôtre. » Le 
jour suivant le jeune garçon porta sa demi-pomme qui était 
parfaitement saine. La jeune tille lui montra tristement la 
moitié qu'elle avait prise et retenue sous son bras ; elle était 
entièrement corronipue la pauvre enfant était cagote '. » 

Quoique nous réservions notre opinion quant à l'interpré- 
tation de l'anecdote, nous ne pouvons pas faire autrement 
que de remarquer la diffusion de cette opinion en Espagne, 
Béarn, et Bretagne, et sa persistance jusqu'à nos jours. 

Neufiesme, crespure de leur peau exposée à l'air, à la mode 
d'oi/e plumée. 

Dixième, quand on telle de l'eau sur eux ils semblent 
oingts. 

Vnzième ils nont guère souuenl fièure. 

Ces signes ne sont pas signalés chez les cagots. 

« 

I. Ce plaidoyer fait partie d'un ensemble de pièces concernant les cagots 
de Navarre. Voir Pièces Justilicatives, N" 160. 
'1. Cordier, Bullelin de la Société Ramond. 



36 HISTOIRE MEDICALK 

Douzième, ils sont fins et trompeurs, furieux, et se veulent 
trop int/érer sur le peuple. 

On s'étonne de voir, dans la symptomatologie des lépreux, 
figurer un tel point. Le caractère, que leur prête Chau- 
liac, est sans doute non point inhérent à leur maladie, 
mais bien secondaire; il semble être l'expression d'un état 
mental lié à la condition sociale qu'on leur imposait. Tout 
le monde regardait le lépreux comme dangereux, on le 
fuvait, on l'accablait de traitements durs et cruels pour un 
homme dont toute la faute consistait à être malade. Ajoutez 
à cela l'irritabilité qu'engendre la souffrance, le désir du 
lépreux de vivre un peu moins à l'écart, ses efforts pour 
pénétrer auprès de ses contemporains pour leur inspirer la 
pitié et provoquer leur charité; comparez à cela l'attitude de 
la foule méfiante qui sous les haillons de ce mendiant 
soupçonne une lèpre cachée \ qui sous la cagoule, ou la 
garnache devine le fléau hypocritement voilé, qui s'indigne 
de voir ces pauvres hères venir dans leurs rues, sur leurs 
places, parler, mendier, et vous comprendrez comment est 
née cette double mentalité, celle du malade et celle du sain, 
qui faisait dire au second que le premier était fin, trompeur, 
et voulait s'ingérer par trop dans les affaires du peuple. 

Qu'eût donc écrit Guy de Ghauliac s'il avait vécu au 
xvii'^ siècle? C'est alors qu'il aurait vu les cagots forts de leur 
apparente santé, s'insurgeant contre les usages anciens et 
les lois, faire des efforts inouïs pour arriver à la considération 
publique, s'arroger des droits réservés à la noblesse, et ne 
rentrant en eux-mêmes que frappés par des arrêts et des règle- 
ments dont la sévérité ne trouve d'excuse que dans la peur, 
et de raison d'être que dans la haine. 

Sans doute, la mentalité des cagots ne fut pas toujours 
normale, mais peut-on étendre à l'universalité de ces malheu- 
reux des signes que quelques-uns seuls ont présentés? Nous 



1. H est vraisemblaljle que la lèpre cachée et peu manifeste des cagots, ait 
fait considérer la cagoterie comme une maladie hy[)ocrite, et ait été pour 
quelque chose dans l'acception la plus connue du mot cagot, que Rabelais 
indique déjà, à savoir : Cagot = hypocrite. Voir plus haut. p. 10. 



LES SYMPTOMES DE LA GAGOTERIE 37 

parlons ici de ce qu'on a appelé la cagoutille, sorte de raptus 
ou de fugue, signalée par quelques auteurs et qui ressemble 
étrangement aux fugues épileptiques. 

Les quatre derniers signes indiqués par Ghauliac con- 
cernent les songes, le pouls, le sang et les urines; rien n'est 
signalé sur ce sujet chez les cagots. Seul l'examen fait à Tou- 
louse, en 1600, de cagots de Saint-Clar et de Lectoure, dit 
que les examens du sang et des urines furent négatifs. 

Il faut ajouter à la nomenclature de Guy de Ghauliac 
quelques autres signes équivoques que cet auteur ne cite pas. 

La Bou fissure de la face. 

Celle-ci est une des manifestations de la lèpre tuberculeuse. 
Il s'agit d'une sorte de faux œdème qui contribue à la for- 
mation du masque léonin. Laurent Joubert en parle quand il 
dit : « capotiam vero illam ex pituita ortum ducere, indicio 

est color plane albus faciesque subtumida ». On 

distingue ce symptôme sur la tête de cagot de Monein. 

Les Chrislailles. 

Qu'était-ce que les christailles? Ce mot, qui rappelle étran- 
gement le mot christianus que portaient les cagots, vient soit 
de Christian, soit peut-être de saint Christau que l'on invo- 
quait pour la guérison de la lèpre. Nous ne saurions, pour le 
moment, décider avec certitude de l'origine de cette expression. 

Les christailles étaient des bourgeons qui venaient à la 
figure, des croûtes, une alTection cutanée caractérisée par 
des écailles, en un mot quebjue chose qui pourrait bien 
être de la lèpre. Cette affection ne portait ce nom que dans 
le Gers aux environs d'Auch. C'est là que s'élevait le château 
de Saint-Christau et la chapelle de Saint-Christau ou Chris- 
tophe. Voici d'ailleurs les quelques textes que nous avons pu 
recueillir sur ce sujet encore fort obscur '.M. Cazauran [tarie, 

1. Ces textes nous ont été signalt's ou communiqués par M. A. Lavergne 
de Caslillon de Batz. et M. l'abbé Lalague, archiviste du grand séminaire 
d'AucJi. Nous les en remercions bien vivement. 



38 HISTOIRE MÉDICALE 

sur la foi de Mongaillard, du sanctuaire de Saint-Christuu, qui, 
dit-il, est signalé « à ceux qui sont atteints d'un jienre de 
lèpre appelé christailles' ». Voici d'ailleurs le texte de Mon- 
gaillard : « Sunt.... in hàc eadeni diœcesi (Auscis), varia 
loca, ut variie sunt scabiosorum species : Boulauci, quod est 
nionaliuni monasteriuni ; ad S. Mennu; reliquias incolumi- 
tatem recij»iunl alii qui alj illà diversa scaijie scatent. A 
Christallis, quie est iterum distincla et fœda scabiosorum 
lues, curantur, (|ui ad fanuni Cbristophori, quod 4 parte 
leuca; Auscis non est dissitum, adeunt'. » 

Dom Brugeles dit que la chapelle domestique du château 
de Saint-Christau est dédiée à ce saint martyr, auquel on 
recommande les enfants qui ont la gale et la teigne de quoi 
on a souvent vu des effets favorables '. — Enliii F. Lafforgue 
dit que cette chapelle était fort fréquentée « par les per- 
sonnes (|ui avaient sur la figure des bourgeons qu'on appelle 
en |)alois christailles ' ». 

A l'heure actuelle, on ne voit plus guère à Saint-Christau, 
que des mères qui amènent leurs enfants atteints de croûtes 
de lait, et invoquent le saint selon un rite d'allure païenne. 

Sans aller jusqu'à certifier que les christailles étaient la 
lèpre, nous sommes pourtant enclin à le croire, surtout après 
avoir lu les lignes qu'écrivait Mongaillard. 

Stigmates de dégénérescence. 

« Il est probable, a dit le professeur Roger, que la lèpre 
exerce une influence dystrophique. » Cette influence, jointe 
aux mauvaises conditions hygiéniques où vivaient les cagots, 
explique la présence chez ces malheureux de nombreux sig^nes 
de dégénérescence. En dehors de la scrofule (petitesse de la 
taille, jambes torses, grosse tète) qui est signalée parfois, on 
doit donner une attention spéciale à un signe, C absence du 

\. Cazauran, Saint Ghrislophe, son culte dans le diocèse d'Auch, et parliculiè- 
remenl au château de Saint-Christau, in : La Semaine reliçjieuse du diocèse cVAuch, 
XXIIP année, 18yi-189o, p. 23i-238. 

2. .Mongaillard, Hommes illustres. Manuscrit de la Bililiothéquc du trrand 
séminaire d'Auch, f" 1059. 

3. Doni Brufreies, Chroniques de la ville d'Auch. 

4. P. LalForgue, Histoires de la ville d'Auch, 1831, t. H, p. 169, 



LES SYMPTOMES DE LA GAGOTERIE 39 

lobule de foreille, qui est considéré comme caractérisant les 
cagots. Nous ne nions pas la fréquence de ce signe chez nos 
parias d'autrefois, mais nous devons reconnaître que les sta- 
tistiques publiées par De Rochas*, et nos observations per- 
sonnelles, sont fort peu favorables à l'opinion qui veut que de 
nos jours l'absence du lobule soit encore un signe propre aux 
cagots. Quoi qu'il en soit, nous reconnaissons que les faits 
historiques montrent que ce qui était observé jadis était diffé- 
rent de ce qui se voit aujourd'hui sur ce point. 

En 131o et 1319 on appelait à Bayonne, les cagots, ésau- 
7'illés; à Montrejeau (Haute-Garonne) on appelle encore les 
cagots, courle-oreille\ à Arcangues on nous a dit que pour 
insulter les agots on imitait le bêlement parce qu'on avait 
coutume de couper les oreilles aux brebis. 

Voici quelques fragments de chansons où ces faits sont 
rappelés. 

Eh! ne t'y trompis pas, louts que t'recounechem 
Ail pénou de laiiillere, né Tas pas en pénen -. 

Ou encore : 

Que tas-tu heit dé l'aureillou 

Jean-Pierre, Ion niey aniigou? 

L"as-tu dat a Tenchère 

Tan tn-a hère, hère? 

Ou bien l'a dat dé grat a grat. 

Ta poudé presti lou miussat^. 

Voici enfin une chanson basque, oîi ce signe concourt à 
l'asymétrie faciale. 

Soyçu nuntic eçagulien dien coin den Agota : 
Lehen soua eguiten çayo harri beharriala; 
Batn liandiago dieu, eta ahliz bestia? 
Bii'il)il eta orolaric bilhoz unguratia. 

Ce symptôme s'accompagnait souvent au dire Àe Brous- 

1. Maladies infectieuses, lfl02, p. 1238. 

2. « Eh! ne l'y lromi)e pas, Ions nous le reconnaissons, — au pendant de 
loreille, tu ne l'as pas suspendu. » Michel, loc. cil., t. II, p. lU. 

3. Michel, loc. cit. T. 11, p. 148. 

4. • Voici par où l'on reconnaît celui qui est cagol : — on lui jette le premier 
regard sur l'oreille; — il en aune plus granile, comment est I autre? — Plus ronde 
et de tout côté couverte d'un long duvet. •• Michel, loc. cil., t. 11, p. 151-152. 



40 HISTOIRE MÉDICALE 

sonet, de troubles de l'intelligence (crétinisme) et de scrofule 
(écrouelles). 

C'est par l'inspection du lo)>e de l'oreille que l'on reconnaît les 
individus qui appartiennent aux familles des Crétins. Ces malheu- 
reux désignés aussi sous le nom de Cagots, habitent le pied de Hautes- 
Pyrénées : et lorsqu'un peu plus d'intelligence ou des manières 
plus humaines, les font échapper aux regards des étrangers, leurs 
compati'iotes les reconnaissent au lobe de l'oreille, qui est à peine 
sensible : le mépris et l'horreur accompagnent cette race infortunée. 
Depuis que l'on me présenta cette remarque à faire, pendant mon 
séjour aux Pyrénées, je me suis aperçu que presque tous les indi- 
vidus qui étaient affectés d'écrouelles, présentaient cette môme 
petitesse du lobe auriculaire, plus ou moins bien marquée*. 

La même raison poussait Esquirol à classer les cagots 
jtarini les dégénérés. 

Ajoutons que le prognatisme, autre signe physique de la 
dégénérescence est très visible dans le masque du -cagot de 
Monein dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises. 

IV. — RAPPORTS ET EXAMENS MÉDICAUX 

Les rapports médico-légaux, ou les examens médicaux de 
cagots, faits à l'occasion d'une ordonnance ou d'un arrêt, 
sont fort rares. Bien plus, nous ne connaissons la plupart des 
rapports que par ce qu'en disent les historiens, les pièces 
originales étant pour le moment introuvables. — Il ressort 
des faits que nous avons réunis, que la lèpre des cagots, 
encore fréquente et grave dans le Languedoc au xv* siècle, 
était plus bénigne en Béarn à la même époque. A la fin 
du XVI- elle tendait à quitter le Béarn et la Navarre ; enfin 
au XVII* siècle elle paraît être éteinte presque entièrement dans 
tout le Sud-Ouest. 

Les premiers rapports sur les cagots que nous connais- 
sions remontent à 14-39. Le 10 juillet de cette année, le 
dauphin Louis, fils de Charles YII, fit examiner les capots, 
afin que Ton chassa de la ville ces gens « malades ou entichés 
d'une très horrible et griève maladie appelée la maladie de 

1. Broussonet (J.-L.-V.), Tableau élémentaire de Séméiotiqiie ou de la connais- 
sance des signes de la Maladie. A Montpellier. Tournai père et fils. An VI. 



RAPPORTS ET EXAMENS MÉDICAUX 41 

la lèpre ou capoterie ». Ce furent des commissaires qui se 
chargèrent de la mission. Il n'est pas douteux que cette 
ordonnance fut exécutée avec la même faiblesse que les 
ordres contenus dans la lettre royale du " mars 1407 que 
nous avons déjà citée. Les Toulousains étaient très induli;ents 
pour les lépreux. En effet le 12 novembre 1499 on dut payer 
un garde de la porte Saint-Etienne pour veiller à ce que les 
lépreux n'entrassent point dans la ville'; vers la même 
époque Philippe VI ordonnait que, conformément à la cou- 
tume, le sénéchal ferait examiner les personnes suspectes et 
veillerait à leur isolement-. Cela n'empêcha pas que Guil- 
laume Gourdin, huissier au parlement, atteint de lèpre, fut 
condamné à l'isolement en 14o6; 1 arrêté resté sans effet, fut 
renouvelé en 145" (I9déc.) et deux ans plus tard, 1439{9fév.). 
Le n avril 14o9 seulement on prit contre le malade récalci- 
trant des mesures de force ^ 

Il est possible que le comte Gaston de Béarn, prince de 
Navarre (1460) et que la Reyne Jeanne de Navarre (1562), 
aient fait faire des examens sur la prière des Etals de ce pays, 
mais ce n'est là qu'une hypothèse bien peu vraisemblable. 
Quoique ces princes n'aient point défendu, comme on les en 
priait, « aux cagols de marcher pieds nuds, ou permis, en cas 
de contravention, de leur percer les pieds avec un fer », nous ne 
croyons pas pouvoir en déduire qu'ils estimassent, après 
examen, que ces malheureux fussent indemnes de lèpre, 
ainsi que le pense Marca '\ Nous croyons bien plutôt à l'huma- 
nité de ces souverains, qui peut-être, en outre, croyaient la 
lèpre des cagots non contagieuse. N'était-ce point l'avis de 
L. Joubert en 1563. Cela n'empêcha d'ailleurs pas toutes 
les mesures de prophylaxie d'être rigoureusement appli(|uées 
en Navarre comme en Béarn, ainsi (|u'il appert d'une déci- 
sion notariale datée de 1471 •'. 

Le 12 novembre 1480, le sénéchal de Périgord ordonna 

1. Archives du Donjon, citées par Cuguilière, Les lépreux el léproseries de 
Toulouse, thèse de doctorat en médecine de Toulouse, 1892, p. 30. 
•2. Ul., id. 

3. Archives du l'arlemcnl, in Ciiguiliore, p. 3"-38. 

4. Ue Marca, llisloire du Bciirn. 

5. Archives des Basses-Pyrénées, E. 1168, f" 228. 



42 HISTOIRE MKDIGALE 

loxaineii des lé|>reux. Quoique le mot gahet ne soit pas 
pronoucr dans le document (P. J., ii" 29) on ne |)eut douter 
que ces malheureux y sont indiqués quand il y est dit que 
selon la (jualité des personnes les malades seront envoyés 
aux léproseries publiques ou dans les autres maisons sépa- 
rées des gens sains. La commission médicale était formée 
de deux médecins et de deux chirurgiens, disposition que 
nous retrouvons, dans la commission de 1600. 

Plus tard les cagots, qui venaient d'obtenir en Espagne 
des jugements favorables (loi 9), s'agitèrent en Béarn, si bien 
qu'ils obtenaient en 1562 des lettres |>atentes du Hoy « qui 
leur accordèrent d'être traités comme les autres subjects, 
pourvu qu'ils fussent trouvés sains de leur personne ' ». La 
lèpre commençait, on le voit, à disparaître chez les cagots. 
Malheureusement les examens médicaux qu'on était en droit 
d'attendre après ces lettres royaux ne furent point faits et 
les lettres ne furent pas enregistrées. 

Vers 1600, alors que la lè[»re commençait à disparaître, 
une grave afl'aire surgit à Toulouse. Divers charpentiers de 
Saint-(ilar et de Lectoure ayant été traités de descendants de 
capots et gésitains, firent un procès tendant à les laver de ce 
qu'ils considéraient comme une injure. La preuve pouvait 
se faire par examen médical. C'est ce qui fut ordonné par 
arrêt du 21 avril 1600. Le rapport médical fut rédigé le 
15 juin 1600. Sur quoi fut plaidé le 9 août IG02, puis, par arrêt 
du 20 décembre 1602, on ordonna que dans le mois fut faite 
la preuve que les charpentiers étaient descendants des capots. 

L'affaire ne devait se terminer que le 27 août 1627, par 
un arrêt qui déclara que lesdits charpentiers sont exempts de 
toute espèce de lèpre, ladrerie, et autres semblables maladies 
contagieuses, et défendait aux habitants de les traiter de 
capots et de gésites. 

Les pièces se rapportant à cette alTaire sont encore inédites, 
sauf le rapport médical (|u'a publié Palassou; aussi vu leur 
importance nous croyons bien faire de les publierici en entier-. 

1. .Mémoire de Du Bois de Baillet. 

2. Nous devons la copie de ces arrêts à M. Moudenc qui a Jjien voulu, sur 
noire prière, les rechercher dans les Archives de Toulouse. 



RAPPORTS ET EXAMENS MEDICAUX 43 

ARRKT DU 21 AVRIL ICOÛ 
{Archives du Parlement de Toulouse, B 179, fol" ISS.) 

Vendredry, vingt uniesme avril mil six cens, en la Grand Chambre, 
présans Messieurs Dul'aur et de Lestang, présidents, Calmelz, 
Vedelly, Rudelle, S' Félix, Ouvrier, Laporte. 

Entre Barthélémy Barens, scindic des M'^' charpentiers des villes 
de Lectoure et Saint Cla, appelans du seneschal d'Armaignac ou 
son lieutenant, siège dud. Lectoure, et autrement deffendeur, d'une 
part; et le scindic des consuls dcsd. villes de Lectore et Saint Cla, 
Guilhaume et Jean Belins, frères, appelles et autrement requérans 
l'inthérinement de certaines lettres royaulx, pour estre comme 
appelans dud. seneschal et autres fins y contenues, d'autre. Et 
entre led. Barens au nom que procède, requérant l'inthérinement 
d'autres lettres royaulx du 29' janvier dernier passé sur les fins y 
contenues suppliant et demandeur en réparation d'attemtatz et 
autrement delTendeur, dune part, et Madame, sœur unique du 
roy, comtesse dArmaignac, prenant la cause pour ses procu- 
reurset fermiers aud. comté, delfenderesse et autrement suppliante 
et demanderesse en condempnation du droit d'amparance, d'autre; 

Veu le procès playdes des Xll' juilliet mil cinq cens quatre vingt 
dix neuf et XXMIU' febvrier dernier sentence et appelant dud. 
seneschal, desquelz a esté appelle des MIT aoust et dixiesme 
décembre mil cinq cens soixante dix neuf, dire par escript et 
autres productions des parties: ensemble le dire et conclusions du 
procureur général du roy.. 

11 sera dict que la Court, sans avoir esgard auxd. lettres du 
scindic desd. villes de Lectore et S' Cla, a mis et mect l'appellation 
dud. Barens au néant, et a ordonné et ordonne que ce dont a esté 
appelle sortira elïect, et pour aucunes causes et considérations 
a ce la mouvans, a évocqué et retenu, évocque et retient la 
cognoissance de la cause et instance principale, en laquelle a 
<irdonné et ordonne que dans le moys sera procédé à la visite 
ordonnée par lesd. sentence et appellant par deux médecins et 
deux cirurgiens, desquels lesd. parties accordées pardevant le 
commissaire que ace sera dei)puté, autrement seront parluy prins 
d'office, suivant et comme est porté par icelle sentence et appel- 
lant; dans lequel délay lesd. parties seront plus anqîlement ouyes 
sur les requestes et lettres dud. Barens et requeste de lad. dame 
sœur du Roy en condempnation dud. droit damparance, diront et 
produiront ce que bon leur semblera pour après, et la relation 
desd. médecins et cirurgiens rapportée et joincte, et le tout 
communiqué aud. procureur général du roy, estant fait droit 



44 HISTOIRE MÉDICALE 

auxd. parties rommo il njuiartiendra sans despcns de l'appel et 
lettres jugés, les autres réservés en fin de cause. 

Signés : Dlfalk, J)E Hldei.le. 



Examen médical des Cagots. 

Le texte que nous publions est celui donné par Palassou 
[Mémoires pour servir à FUistoire naturelle des Pyrénées, 
p. 3~"-379). Cet examen fut praticjué en juin IGOO et le rap- 
port daté du 45 de ce mois. Le texte est extrait d'une pièce 
datée du 24 avril 4 606; ce n'est sans doute qu'un fragment. 

François Vedally tut député commissaire, et faute par les parties 
d'avoir accordé des médecins et chirurgiens, à leffet de la vérifica- 
tion et visite, le commissaire ayant pris d'office Emmauel d'Albarrus 
et Antoine Dumay, docteurs en faculté de médecine de l'univer- 
sité de Toulouse; Raymond Valladier et François*, maîtres-clii- 
rurgiens de ladite ville, que par la relation du 15 juin IGOO attes- 
tèrent avoir visité vingt-deux personnes dont un enfant de quatre 
mois, tous charpentiers ou menuisiers, soi-disant cagots, et après 
avoir palpé, regardé exactement chacun à part, en tous les endroits 
de leur corps par plusieurs et divers jours, et fait saigner du bras 
droit, sauf l'enfant à cause de son bas âge, non plus que sa mère, 
parce quelle était nourrice, lui ayant fait néanmoins tirer du sang 
par ventouses appliquées sur les épaules, observé et coulé le sang 
d'un chacun d'eux, et avoir fait les preuves accoutumées, examiné 
les urines et discouru diligemment sur tous les signes de ladite 
maladie, le tout suivant les règles de l'art de médecine et chirurgie, 
sans avoir omis aucune chose nécessaire pour porter un bon et 
solide jugement en fait de si grande importance; et pour voir si 
les soupçonnés ou quelques-uns d'eux étoicnt atteints de ladrerie 
ou de quelqu'autre maladie qui y eut quelque affinité, et qui par 
communication put préjudicier au public ou au particulier; exa- 
miné aussi si les accusés avoient quelque disposition ou inclina- 
tion à ladite maladie; le tout mûrement considéré par lesdits méde- 
cins et chirurgiens, ils rapportèrent d'un commun accord que leur 
relation, qu'ils déclaroient avoir trouvé les vingt-deux personnes 
dont il s'agit, toutes bien saines et nettes de leurs corps, exemptes 
de toutes maladies contagieuses, et sans aucune disposition à des 
maladies qui dût les séparer de la compagnie des autres hommes 
et personnes saines; qu'il leur devoit, au contraire, être permis de 
Jianter, commercer et fréquenter toutes sortes de gens, tant en 

{. 11 s'agit de Erançois Perpan, 



RAPPORTS ET EXAMENS MÉDICAUX 45^ 

public qu'en particulier, et Ibrmer tous actes de société permis 
par les lois, sans crainte d'aucun danger d'infection, comme étant 
tous bien disposés et sains de leurs personnes. 



ARRÊT DU 20 DECEMBRE 1G02 
{Ar-chiues du Parlement de Toulouse, B '206, fol'^ -{^6). 

Vendredy, vingtiesme décembre mil six cens deux, en la Grand 
Chambre, présans M'"'* de Verdun, premier président, de Paulo, 
président, Calvet, Vedelly, Asséjat, Sabatier, Filère, G. Sabatier, 
Laporte, Papus, Le Conte, Mansencal, Borrel, Mélet et Rudelle. 

Entre les scindiez et consulz des villes de Lectoure et Saint Clar, 
supplians et demandeurs, d'une part, et Barthélémy Barens, scindic 
des M''^ Charpentiers desd. villes de Lectoure et Saint Clar, def- 
l'endeurs, d'autre; et entre Oddet de Caumont, dud. Saint-Clar, 
demandeur en excès, dune part Guilhaume et Jehan Belin, delfen- 
deurs, d'autre; et entre led. Jehan Belin, demandeur aussy en 
excès contre led. Barens, d'autre; et entre Madame, sœur 
unique du Roy, comtesse d'Armaignac et de Rodez, prenant la 
cause pour ses procureurs et fermiers aud. Comté d'Armaignac, 
sup[)]iant et demanderesse en condempnation du droit d'amparance 
et autrement deffenderesse, d'une part, et led. Barens scindic, 
deffendeur et autrement impétrant et requérant l'inthérinement de 
certaines lettres royaux du vingt-neufvième janvier mil six cens, 
tendans en cassation de la transaction du dix-septiesme may mil 
cinq cens soixante y mentionnée et autres fins y contenues, 
d'autre. 

Veu le procès, playdès du neufviesme d'aou^t mil six cens deux, 
arrest du vingtuniesme d'apvril mil six cens, rellation faicte suy- 
vant l'arrest de la court par les Médecins et Sirurgiens à ce dep- 
putés du quinziesme juing mil six cens, dires par escript, 
requestes, remontrances, desd. parties; ensemble le dire et con- 
clusions du procureur général du roy, et autres i)roductions desd. 
parties. 

Il sera dict que la Court, avant dire droit sur les conclusions 
desd. parties, a Ordonné et ordonne (jue lesd. scindiez de Lectoure 
cl Saint Clar preuveront et vériffieront dans le moys, led. scindic 
desd. M'^* Charpentiers et ses adhérans cstre descendeus des vul- 
gairement nommez capotz et jésites, et led. scindic desd. charpen- 
tiers, au contraire, sy bon luy semble, pour les enquestes faictes 
etrap|)ortés, estredictdroict auxd. parties ainsinqu'il appartiendra, 

loulz despans réservez. 

Siiinés : DE Verdun, de IUdelle. 

Prononcé le 23 décembre 1602. 



46 HISTOIRE MKUICALE 

AlUllVr or 2-, AOLT 1G27 
Archives du Parlement, H 477, folio 6:iS. 

Du \'endredy XXVII« aoust 1027, de Cainynade, président- Entre 
le Sindic des M^ charpentiers des villes de Lectoure et Saint Clar 
impétrant et requérant linthérinement de troys lettres royaux 
des Xll'' et XV'" mars IGli et XX^ lebvrier dernier passé, pour estre 
receu à porsuivre et continuer l'instance pendante en la Cour y 
mentionnée et ce faizant à ce que les conclusions par luy prinzes 
en icellcs luy soint adjugées, et en appel de la i)rocédure aussy y 
mentionnée faite par .Messire (iiles Le Mazuyer, premier président 
en lad. Cour et Commissaire depputé par le Roy à l'exécution du 
bail de son ancien domayne, et autres fins portées par lesd. lettres, 
d'une part; et le procureur g-'"' du roy et les consuls desd. villes 
de Lectoure et Saint (^lar et M" Guilhaume Lalont, cy devant 
fermier du domaine d'Armaignac, deffandeurs, d'aultrc. 

Veu le procès, arrests donnés en lad. instance les 21 apvril 1600 
et 23 décembre 1602, le premier donné sur l'appel rellepvé de la 
sentence y mentionnée par le Seneschal d'Armaignac ou son lieute- 
nant, par laquelle et certain appoinctement dud. Senesclial auroit 
esté ordonné que les y comprins et nommés dit et soutenus estre 
capots et de mauvais sang, seroint vizittés par deux médecins et 
deux Sirurgiens; Led. arrest contenant entre autres choses qu'il 
seroit procédé à lad. vizitte suivant lesd. sentence et app""', rella- 
tion faite par M« Emanuel Albarus, Anthoine Dumay, docteurs 
régens en Médecine en l'Université de Tolose, Raymond Valladier 
et François Perpan, ^l"" Sirurgiens dud. Tolose sur la vizitte 
ordonnée par led. arrest des comprins et nommés en icelle du 
quinziesme juins: aud. an mil six cens. Et par l'autre arrest, lesd. 
consuls de Lectoure et Saint Clar, sont receuz à preuver et verif- 
fîer fj^ue led. sindic des charpentiers estoint dessendeus des vul- 
gairement nommés capots et gésites et autres adhérans; et led. 
sindic des charpentiers, au contraire, dans le moys plaider sur 
lesd. lettres du 18'= Juing dernier passé, requesles de forclusion et 
autres productions faites par les parties, dire et conclusions du 
procureur général du roy. 

Il sera dit que la Cour, faizant droit sur lesd. lettres et autres 
fins et conclusions desd. parties, a déclairé et déclairé lesd. sindic 
charpentiers sindicqués et adhérens, leurs femmes et enfans, estre 
exemptz de toute espèce de lèpre, ladrerie et autres semblables 
maladies contagieuses et, ce faizant, n'entendre empêcher qu'ils ne 
puissent hanter, fréquanter et converser avec toute sorte de per- 
sonnes et en tous lieux, tant parliculiers que pul)lics, nommés et 
pourveus de toutes charges indiférament comme les autres habi- 



RAPPORTS ET EXAMENS MEDICAUX 47 

tans desd. villes de Lectoure et Saint Clar; et a fait inhibitions et 
deffeiises auxd. consuls et habitans de en ce leur donner aulcung 
trouble n'y empêchement, les injurier ny les appeller Capots et 
gésites, à peyne de cinq cens livres et autre arbitrayre, sy a 
rellaxé et rellaxe lesd. charpentiers du droit d"emparance à eux 
demandé, et par mesme moyen a mis et met led. Lafont hors de 
procès et instance, et a condempné et condempne lesd. consuls 
aux despans de lad. rellation envers lesd. charpentiers, et sans 

autres despans et pour cauze. 

Siijné : Ca.mynade. 
Prononcé le dernier d'aoust 162". 



En 1616 Just Zinzerling parle dans son Itincraire de la 
Gaule d'un examen médical fait récemment à Toulouse. Il 
s'agit vraisemblablement de celui de juin 1600. Voici en quels 
termes il en parle : « Cum Tolosam transiremus, incidimus 
in virum iuvenem, doctissimum, humanissimum, quem lau- 
daui in itenerario; ab illo liabui, quod gens haec (les cagols) 
nuper petierit, vt liceret sibi cum quibus vellet se matrimonio 
iungere, demonstrarintque; a[>ertis venis et sanguine ducto, 
nihil impuritatis sibi in sanguine consistere : id quod de ipsis 
iactatur. » 

Vers la même époque sans doute, la Jurade de Bordeaux 
ordonna aux médecins assermentés d'aller s'assurer si les 
cayefs étaient lépreux. Le document où figure cette ordon- 
nance est signalé par Boucbard (de Bordeaux) ' comme ayant 
appartenu à M. Pery, alors bibliothécaire à la Faculté de 
Bordeaux. Les recherches que nous avons fait faire tant dans 
la bibliothèque de ce savant, qu'à la Faculté, aux archives 
municipales et départementales pour retrouver ce document 
encore inédit, sont restées absolument infructueuses. 

Un peu plus tard ce fut en Béarn que l'on constata que les 
cagots n'étaient plus lépreux. L'examen fut fait par de 
Noguès, médecin du pays de Béarn, et par Perrey, (jui dressè- 
rent un rapport en exécution d'une ordonnance du Sieur de la 
Force ^. La date de cet événement est environ 1611. P. de 
Marca (16i0) en parle dans les termes suivants : « Car à vrai 

1. Houchard, Coiigi-ès scienlifi'/ui^ de l'ait, 1892. 

2. Mémoire de Du Bois Baillet. 



48 - HISTOIUE MÉDICALE 

dire, ces pauvres gens ne sont point tachés de lèpre, comme 
les Médecins |>lus sc;ivans attestent, et entr'autres le sieur de 
Nog'ués médecin du Roi et du pais de Bearn, très recomman- 
dalile par sa doctrine et pour les autres bonnes qualités qui 
sont en lui ; lequel après avoir examiné leur sang^ (ju'il a 
trouvé bon et louable, et considéré la constitution de leurs 
corps, qui est ordinairement forte, vigoureuse et pleine de 
santé, leur a accordé son certificat; afin qu'ils se pourveus- 
sent par «levant le Roi, pour estre descliargés de la tache de 
leur infamie, puis (|ue c'estoit la seule maladie (jui les pouvoit 
rendre justement odieux au peuple. » 

11 est possible que FI. de RoMiiond (1613) fasse allusion à 
cette alTaire quand il écrit : « Les médecins ne sont pas d'ac- 
c()rd (jue ces hommes soient touchez d'aucun mal contagieux. 
Us en ont fait preuve par la saignée, n'ayant peu recognaislre 
aucune chaleur extraordinaire en leur sang, qui eust fondu 
tout aussi lost le sel s il eust esté entasché de lèpre '. » 

Quoique partout, dès les premières années ilu xvh^ siècle, 
les cagots fussent reconnus exempts de la lèpre île leurs pères, 
le préjugé populaire était si fort que les règlements vexa- 
toires abondèrent pendant bien des années encore. Enfin, 
le Roy conseillé par Colbert devait affranchir les cagots, 
en i(J83, moyennant finance. Du Bois de Baillet, alors inten- 
dant de Béarn, chercha à faire aboutir Tairaire. 

Mais ce fut surtout dans les premières années du xvn*^ siècle 
que les décisions des Parlements devaient enfin faire dispa- 
raître officiellement du moins toute distinction injurieuse 
entre les cagots et le peuple. Les esprits se calmèrent peu à 
peu. Lorsque vint la Révolution, quelques auteurs plus sou- 
cieux d'obtenir les faveurs du pouvoir nouveau que de 
défendre la vérité historique, voulurent mettre sur le compte 
de la République les actes d humanité que Louis XIV avait 
à son actif. Il faut avouer que les préjugés populaires 
vivants avant l"9.j le furent tout autant depuis, puisque après 
plus de cent ans de lois égalitaires, on désigne en plus d'un 
endroit les cagots, et que ce n'est que depuis fort peu d'années 

1. I.oc. cit., p. oC7. 



LA LEPRE BLANCHE 49 

que se rencontrent des unions avec ces parias. La facilité des 
transports, le souci de Tinformation scientifique, l'arrivée 
annuelle de touristes, soucieux de confort, ont amené un mou- 
vement commercial et intellectuel qui a beaucoup plus fait 
pendant ces dernières années pour rafîranchissement des 
cagots, que toutes les lois. 



V. - LA LEPRE BLANCHE 

Il est permis de se demander, quand il s'agit de décrire la 
capoterie, si entre Téléphantiasis et la lèpre vulgaire, « il y 
a une autre forme morbide sans laquelle l'histoire de la lèpre 
aumoyen-àge n'est pas complète ))?Dezeimeris le croit quand 
il dit : « C'est la lèpre blanche dont il faut joindre l'histoire 
à l'éléphantiasis pour avoir complète celle de la lèpre du 
moyen-àge '. » 

Quoiqu'il nous paraisse certain que la prédominance de la 
leucodermie ait caractérisé la lèpre de la plupart des cagots, 
nous n'avons pas de raisons suffisantes pour maintenir une 
forme de cette afFection qui doit rentrer dans la lèpre anes- 
thésique. 

Les cliniciens modernes s'accordent à décrire deux formes 
de lèpre : I" La lèpre tuberculeuse, caractérisée par les taches 
érythémateuses, la chute des sourcils et des poils, les lépromes, 
les tubercules, les nappes d'infiltration dermiques, des lésions 
muqueuses, la fétidité de l'haleine, et les adénopathies; 2" La 
lèpre anesthésique ou tropho-nerveuse, à laquelle appar- 
tiennent le pemphigus lépreux, les taches pigmenlaires et 
apigmcntaires, les névrites, les aneslhésies, l'atrophie mus- 
culaire, le panaris analgésique, la sclérodermie, etc. 

Les cagots ont beaucoup plus pris à la seconde forme 
qu'à la première; la plupart d'entre eux étaient des tropho- 
neuroliques; mais il n'en est pas moins certain que la lèpre 
tuberculeuse se rencontrait chez eux, ainsi que les formes 
mixtes de l'affection. 

13e quelques-unes des descriptions anciennes de la lèpre 

1. Dictionnaire de Médecine, en 30 voL, t. XL 'irL Éléphantiasis. 

FXY. 4 



50 lIISTlimiC MEDICALE 

Idanrlic, il seiiildo ressortir (|ue l.i totalité du tégument 
externe était blanc comme neige. Il s'agit manifestement là 
d'une de ces exagérations, dont on rencontre de fréquents 
exemples chez nos anciens. Ainsi : les taches érythémateuscs 
de la lèpre tuberculeuse, quand elles sont récentes, sont d'un 
rose vif, ordinairement planes, brillantes, huileuses au tou- 
cher et ne descjuament pas; ces lâches ont des dimensions 
variables à l'infini (Jeanselme); leur aspect huileux parait 
dû à une hvpersécrétion des glandes sébacées. Un seul pas- 
sage de Guy de Chauliac s'y rapporte. Cet auteur dit, en 
généralisant, que « (juand on iette de l'eau sur eux (les 
lépreux), ils semblent oints ». Autre exemple du même genre : 
les taches pigmentaires et apigmentaires de la lèpre anesthé- 
sique sont brillantes, légèrement grenues, donnant au doigt 
la sensation rugueuse de la chair de poule (Jeanselme). Chau- 
liac dit que chez les lépreux on note « crepure de leur peau 
exposée à l'air, à mode d'oye plumée ». Cet auteur prend 
évidemment le tout pour la jiartie; jamais il ne parle de 
taches. Aussi croyons-nous l'interpréter correctement en 
disant que «. la couleur uniformément blanche et pres(jue de 
neige » qu'il attribue aux cagots, se doit entendre seulement 
des taches apigmentaires. Cette interprétation ne force pas le 
sens de cette phrase, (ju'on lit dans Vllisloirc de la Toison 
cVor, ou les taches achromatiques sont décrites comme symp- 
tôme dominant de la lèpre : « Quant la chair de l'homme se 
monstre toute blanche, sans mixture de sang, et reluisant 

comme neige, c'est signe infaillible de mesellerie'. » 

Ainsi comprise, la lèpre blanche n'a vraiment plus sa 
raison d'être en tant que forme spéciale. Si les anciens l'ont 
voulu classer à part, c'est sous l'influence des Grecs et des 
Latins. Laurent Joubert ne Irouve-t-il pas moyen de parler 
cagoterie en interprétant le passage suivant, tiré de la Méde- 
cine de Celse. 

\'itiligo quoque, quamvis per se nullutn periculum affert, tamen 
et lœdaest et ex malo corporis habitu fil. Ejus ires species sunt : 
alphos vocatur ubi color albus est fere subasper et non continuas, 

1. Histoire de la Toison d'o)', H, fol. 82. 



LA LEPRE BLANCHE 51 

ut qiiœdam quasi gultse dispersée videantur; interdum etiam 
latius et cum quibusdam intermissionibus scrpit. Mêlas colore ab 
hoc differt quia niger est et umbra.' similis: cœlera eadem sunt. 
Leuee habet quiddam simile alpho sed magis albida est et altius 
descendit' ; in eaque albi pili sunt et lanugini similes. Omnia haec 
serpunt : sed in aliis celerius, in aliis tardius. Alphos et mêlas in 
• piibusdam teniporibus et oriuntur et desiaunt. Leuce quem occu- 
pavit non facile diniittit. Priora curationem non dificilliniam reci- 
piunt : ultimum vix unquam sanescit; ac si quid ei vitio demptum 
est, tamen non ex toto sanus color redditur -. 

De nos jours, nous voyons dans Y Alphos, le psoriasis; dans 
la Leucc, les taches dépigmentées du vitiligo et de la lèpre; 
dans la Morphée, une des formes de la lèpre maculeuse. 

La Leucé seule nous intéresse ici. L'auteur du Prorrhé- 
tique (II, 43) classe cette affection parmi les plus graves, 
connue aussi la maladie phénicienne (cpo'.vlxri'lr,). Et Galien 
n'hésite [)as à reconnaître que c'est là Véléphantiasis, maladie 
très connue dans l'Anatolie, ou Levant. Hérodote écrit qu'en 
Perse, « si quelque citoyen vient à être affecté de lèpre ou 
de leucé, il ne lui est pas permis de rester dans la ville, ni 
d'avoir de relations avec les autres Perses » (I, 138). 

On admet généralement qu'Hérodote avait vu en Asie la 
Tsarâhal de Moïse, ou éléphantiasis. 

La Leucé, dont la notion fut à peine précisée par Galien 
et Celse, n'est en vérité que la lèpre de Moïse, ou lèpre à 
manifestations cutanées. Elle devait être connue en Egypte 
avant l'Exode; « et la preuve, c'est que l'Éternel intimant 
l'ordre à Moïse de persuader Pharaon de permettre à son 
[)euple d'aller prier dans le désert, en faisant des miracles 
lievant lui, dit à son Prophète : Mettez votre main dans votre 
sein. Sortez-la. El la main était couverte de lèpre blanche^. Or 
Pharaon devait connaître la lèpre hlanche, pour être en état 
de constater le miracle^ ». 

1. Dans VAlphos les taches blanches ne sont pas conlluenles, mais disiiersécs 
comme des goultes: dans la Leiicc il y a confluence, c'esl-à-dire des plaques 
blanches. 

2. Medicina, lib. V. 

3. Exode, iV, (5. 

4. Zambaco-i'acha, Bullelin de l'Académie de Médecine de l'aris, 1892, 
t. XXVUi, p. 630. 



52 HISTOIRE MÉDICALE 

L'Ancien Testament parle souvent de la lèpre. Nous ren- 
voyons le lecteur à quelqu'une des nombreuses concordances 
bibliques, s'il veut connaître les textes qui concernent le 
sujet'. Nous n'en citerons que trois. Au livre des Nombres 
(XII, 10) un verset cite la lèpre blanche : « Maria apparuit 
candens lepra qnaai nix. » Dans Job il y a une belle descrip- 
tion de la maladie, mais elle est disséminée par tout le livre. 
J'en rapporte les fragments principaux à dessein d'en mon- 
trer les particularités les plus intéressantes. 

« Indula est caro mea putredine et sordihus puheris, cutis 
mea aruit et contracta est » (VII, 5). 

11 faut voir, dans cette sale poussière, les squames furfu- 
racées, farineuses et, dans la peau sèche et rétractée, la scléro- 
dermie lé[)reuse. 

« Terrebis me per somnia, etper visiones liorrore concuties » 

(VU, 14). 

Les rêves terrifiants sont déjà signalés par Guy de Gliau- 
liac. Nous les avons recherchés avec succès chez plusieurs 
lépreux, chez lesquels tout soupçon d'alcoolisme était écarté. 

« Halitum meum exhorruit iixor mea » (XIX, 17). 

C'est un des signes le plus souvent indiqués chez les ca- 
gots. 

« Pelli meœ, consumptis carnilms, adhœsit os meum et 
derelicla sunt tantummodo labia circa dentés meas » (XIX, 20). 

L'atrophie musculaire est ici reconnaissable. On peut aussi 
se demander si le second frag-ment du verset n'est pas compa- 
rable à la description que donne Gauthier de Coinci du cafj're, 
et que nous avons citée plus haut. 

« Nocte os meum "perforatur doloribus » (XXX, 17). 

N'est-ce point là V ardeur qui faisait souffrir les cagots la 
nuit? 

Enfin nous rappellerons que l'histoire du Giezi qui fut 
frappé de lèpre blanche en punition de son avarice, et qui 
donna son nom aux Gezitains ou cagots, est contenue au 
Quatrième Livre des Rois (ch. v). 

i. On trouvera les prescriptions de Moïse concernant la lèpre dans le Lévi- 
tiqtie. Il y emploie le même mot Tsaràhat pour désigner la lèpre des hom- 
mes (XIII, 9), celle des habits (XllI, 4"), et celle des maisons (XIV, 34). 



LA LÈPRE BLANCHE 53 

« Sed et lepra Naaman adhserebit tibi. Et egressus est ab eo 
leprosus quasi nix ' », avait dit le prophète ; et depuis la race 
de Giézi fut lépreuse et les Gezitains sont ses enfants, disent 
de vieux auteurs. 

Au moyen âge la lèpre Manche fut appelée à cause des 
textes de l'Ancien Testament, lèpre des Hébreux. C'est pour- 
quoi nous ne nous étonnons pas de lire dans Ph. Ouselius 
{Dissertatio philologico-medica de lepra cutis Iiebrœoruin) : 
« cumque varia cuti accidere passint vitia;... Intérim defi- 
nitio illa, qua /ivipa diciturr^ àv to^; tlo^xt. -apà e^j^'.v Xz'jxôrr^:; 
prœlernaturalis corporum albedo, non longe recedit ab illa 
Maimonidis laudata si vero omnia cutis externae examinemus 
vitia, proxime ad hanc Hebrœorum Lepram accedere videtur 
illavitiliginis species, quamaAcpovetX/iuxTr.vgrœci appellant». 

La question de la lèpre blanche resta stationnaire long- 
temps. Lèpre cutanée, peu affreuse, ressemblant au vitiligo 
et aux plaques de sclérodermie-, elle fut étiquetée par Jou- 
bert comme lèpre des cagots; on répéta cette opinion après 
lui, et on exagéra l'importance de la leucodermie. 

Avec Spengel, la question de la lèpre blanche devait entrer 
dans une phase spéciale. En son Histoire de la Médecine, il 
écrit : « La lèpre blanche ou celle dont parle Moïse, fut éga- 
lement rencontrée dans les temps modernes par Voigt, Vidal 
et Heusler. Elle est fréquente sous les tropiques, oii l'on 
donne le nom àWlbinos ou de Kakerlaks à ceux qui en sont 
affectés, Drapper est le premier qui fasse mention de cette 
prétendue variété d'hommes : il rapporte déjà l'opinion bien 
fondée du célèbre Vossius qui pensait que les nègres blancs 
sont vraisemblablement des lépreux. Lionnel Wafer ' décrivit 
le premier cette lèpre avec beaucoup d'exactitude dans son 
ouvrage sur la péninsule du Darien, située entre les deux 
Amériques, et où les Albinos sont |>lus communs que partout 

1. IV. Kois, V, 2". Il faiil reniari]uer que l'expression leprosus quasi ni.r est 
celle-là iiiênie qui se lit dans les passages cités plus haut : Nombres, XII, 10, et 
Ex., IV, (1, où on lit : leprosa sicul nix, dans la Vulgate. Les ternies hébreux 
sont identiques dans les trois citations : melsorafiai casàlef/. 

2. Zanibaco-Pacha, Semaine méd., 1S93, n" 37. 

3. Wafer (Lionel), \ew voijar/e and description of t/ie Isthmus of America, 
Londres, 1704; traduit dans les Voyages du capitaine Dampierre. 



54 HISTOIRE MÉDICALE 

railleurs; François do Vfilciitvii la vit à Ainlioino et niiimrn- 
bacli dans la Savoie'. » 

Lalhinisme fut d'ailleurs considéi'é |iar |dusieurs auteurs 
comme une forme de lèpre. Hlunicnlnuli -, Winterbotlom, 
Otio avec Spen^el voulaient y voir une cacliexie, Texpression 
dune dyscrasie, dont la lèj)re liéréililairc serait le point de 
départ. Sans doute il est exact de dii'e (|ue les alliinos portent 
souvent l'empreinte d'un état dyscrasique; Esquirol les étudie 
avec les idiots; et l'on sait que nos asiles d'aliénés en comp- 
tent assez souvent parmi leurs pensionnaires; on sait aussi 
que leur santé physique est habituellement faible; mais de là à 
dire que l'albinisme est une maladie, une lèpre, il y a ung^rand 
pas ((ue l'état actuel de la science ne permet pas de franchir. 

L'albinisme est une anomalie congénitale de la peau : il 
peut être partiel ou généralisé. Cette an<»malie trouve des 
causes prédisjiosantes dans tout ce qui est propre à débiliter 
l'organisme des parents; ces causes peuvent d'ailleurs se 
manifester par d'autres vices de conformation, et une prédis- 
position spéciale aux maladies mentales. 

La lèpre ne ressemble pas à l'albinisme. Cependant un 
passage de Forster, où sont décrits des albinos, est intéressant 
à citer, car on y voit la description d'une maladie ressem- 
blant à la lèpre blanche. « Il y a une autre maladie, dit cet 
auteur, plus universelle dans ces îles (de l'Océanie), qui a 
différents degrés et qui semble être une espèce de lè[)re 
lorsqu'elle est la plus invétérée. Dans l'état le moins alar- 
mant, c'est une sorte d'exfoliation écaillée de la peau de cou- 
leur blanchâtre, ou souvent blanche, quelquefois tout le 
corps en est couvert. Quand la maladie est plus grave, j'ai 
remarqué dans les taches blanches des ulcères qui semblaient 
s'étendre par-dessous la peau et qui avaient des orifices 
entourés de chair rouge, fongueuse^ » 

1. Medizinische, etc., Bibliollu^que de Médecine, l. Il, p. 3ri8, traduction 
Jourdan (Cité d'après De Rochas, loc. cit., p. 199-200). 

2. Bhimenbach (J.-Fr.), De oculis Leuc/r//nopium et Iridis' motu commenlutio, 
in Soc. Ho;/, des Se. de Giitlinr/ue, t. VII, 1781; — et De l'unité du genre humain 
el de sex variétés, 179,S, traduit par Cliardel, Paris, 1804. 

3. Forster, Observations sur l'espèce humaine, faites pendant le deuxième 
voyage de Cook, dans l'Iiémisphère austral, par Forster, père, traduit de 
l'anglais, Paris, 1778, t. V, p. 399. 



LA LEPRE BLANCHE 55 

Cette description se ra])porte peut-être à la lèpre. Il faut 
en rapproclier cette autre, donnée par De Rochas ', des Kaker- 
laks d'Océanie. Il ont, dit cet auteur, « les cheveux et la 
harbe d'un blond de lin, et non pas blanc; l'iris bleu et la 
pupille noire Ils ont la peau de couleur blafarde, c'est- 
à-dire d'un blanc terne, l'épiderme sec, rugueux, plus ou 
moins écailleux, et chez quelques-uns parsemé de croûtes 
brunes et infectes dues à une exsudation séreuse du derme 
crevassé ou dénudé par la chute des écailles épidermiques. 
L'état écailleux et croùteux de la surface cutanée n'est pas 
absolument inhérent à cette forme d'albinisme, car quelques- 
uns ne l'ont point. Il en est qui paraissent forts et bien por- 
tants, mais la plupart sont malsains et puants, porteurs de 
ganglions engorgés, de croûtes ou d'ulcères ». L'auteur a 
remarqué aussi la tendance aux suffusions séreuses. 

Ces deux descriptions, il faut l'avouer, rappellent beaucoup 
celles que les médecins anciens faisaient de la cagoterie à la 
fin du xYi"' siècle. Cette blancheur de la peau, contrastant 
avec une santé relativement bonne, la squamosité des tégu- 
ments, les cheveux lanugineux, la puanteur du corps, tout 
cela a été désigné comme propre aux cagots. Mais tandis que 
pour ces derniers, nous savons avec certitude que leur 
maladie était la léprose, pour les Kakerlaks nous sommes 
réduits, faute d'un examen médical complet, à dire que leur 
a(Teclion ressemble à la lèpre blanche, et c'est tout. 

I*our terminer cette dissertation sur la lèpre blanche, qu'il 
nous soit permis d'indiquer sommairement les bases du 
diagnostic différentiel de cette affection. Rappelons que les 
taches achromatiques senles ne sont jamais suffisantes pour 
faire le diagnostic, qui toujours s'établira sur la coexis- 
tence d'autres signes : placjues ou zones d'anesthésie, rétrac- 
tions tendineuses, épaississcment et nodosités du nerf 
cultital, etc. 

\jachromie congénitale partielle ou généralisée, n'ayant 
aucune tendance à évoluer, s'appelle albinisme; elle est en 

I. De Ftoclias, Maladies des Néo-Calédoniens{Bull. de la Soc. dWnlUvopolofiie, 
t. I, p. 236). 



56 HISTOIRE MÉDICALE 

dehors des ressources de la thérapeulique, et ne peut en 
aucune manière être assimilée à la lèpre, dont les plaques 
achromiques évoluent, sont souvent cernées de rouge, repo- 
sent sur une réiiion infiltrée, ont tendance à s'ulcérer et sont 
anesthési(|ues. 

La leucodermie vraie est caractérisée par une simple déco- 
loration de la peau, sans augmentation périphéri(|ue de la 
piiîinentalion normale (Brocq). Fort rare, elle est toujours 
svmptomatique. Elle se rencontre : I" dans l'atrcjphic de la 
peau dite xérodermie de Kaposi dans laquelle « les tégu- 
ments sont blancs, tendus sur les parties sous-jacentes, 
amincis, fort sensibles, recouverts d'un épidémie terne, 
ridé, en desquamation' ». Cette maladie par son évolution 
et son aspect ditîère absolument de la lèpre; 2" dans l'atrophie 
partielle idiopathitjue de la peau, où elle se développe par 
petites plaques qui foncent à mesure qu'elles sont plus 
anciennes; à leur niveau la peau est flasque et se plisse aisé- 
ment; 3" dans la sclérodermie qui pour Zambaco est une 
manifestation de la léprose ; 4" dans la lèpre; o° dans la 
syphilis. Les autres signes de cette maladie, et son évolution 
suffisent souvent à la faire reconnaître. Parfois le diagnostic 
est presque impossible. 

Le vitiligo, que les anciens avaient tendance à confondre 
avec la lèpre, est caractérisé par le développement graduel, 
en divers points de la peau , de taches d'un blanc mat, à 
limites nettes, entourées d'une zone d'hyperpigmentalion qui 
se confond insensiblement avec la peau saine. Il y a dépla- 
cement du pigment; c'est une dyschromie (Brocq). Ces pla- 
ques ont une sensibilité normale, et ne sont jamais squa- 
meuses; de ])lus la peau conserve sa souplesse et son épais- 
seur normales. 



VI. - LE TRAITEMENT DE LA CAGOTERIE 

On ignore presque tout du traitement de la cagoterie. On 
sait toutefois, ainsi qu'on a [>u le voir plus haut, qu'à Saint- 

1. Traitement des maladies de lapeau, par le D' L. Brocq, Paris, Doin, 1890. 



TRAITEMENT DE LA CAGOTERIE 57 

Pierre-de-Lier les capots appliquaient sur leurs ulcères et 
leur peau une décoction de feuilles de lierre; le lierre aurait 
une certaine action, action faible sans doute, sur les ulcères 
atones. Ce traitement tirait probablement la plus grande part 
de ses bienfaits de la stérilisation de l'eau employée pour les 
lavages et les pansements. 

Le seul traitement important et un peu efficace fut la 
balnéothérapie. Celle-ci fut fort utilisée par les lépreux; elle 
l'est encore de nos jours en Grèce et en Turquie. En France, 
les lépreux et les cagots recouraient surtout aux sources 
thermales, dont on utilise encore les propriétés curatives 
contre les afTcctions de la peau. Tel est le cas de Plombières 
dans les Vosges'. Là où il n'y avait pas de source thermale 
on se baignait dans des cuves ou des « mares » réservées aux 
lépreux -. 

En ce ([ui concerne les cagots, nous savons qu'ils fréquen- 
taient diverses stations. A Cauterets, dès le xv*" siècle, un 
cagot médecin était propriétaire d'une des sources. Le 
10 mai 1472, la cabane située sous les bains de Cauterets fut 
donnée à Jean de Mailhoc, médecin-chirurgien. La cabane 
fut plus tard propriété collective de Guillaume de Bouix, 
gezitain (c'est-à-dire cagot) de Lourdes, et de Bernard 
Mailhoc-Debat, gezitain de la paroisse de Saint-Savin, un des 
descendants de Jean de Mailhoc. Ceux-ci la vendirent le 
28 décembre 16G3 à Bertomide et Jean de Canarie, cagots 
d'Argelès. Quelques années plus tôt un document daté du 
i) mai 1617 nous apprend que les habitants de la cabane des 
capots s'étaient arrogé le droit de se dire maîtres du petit 
bain, et de s'y baigner quand bon leur semblait. Dom 
Calmel, religieux réformé et vicaire général de l'abbaye de 
Saint-Savin, pour mettre ordre à cet abus, leur enjoignit, 
d'accord avec les consuls de Saint-Savin, de Nestalas, de 

1. I.es lépreux à Plombières, par le 11' H. -M. Fay, Bulletin de la Société 
française d'Histoire de la médecine, 11)06, et France médicale, l'J06. 

2. Un exemple : Fréiiéric Pliiquet, en son Essai historique sur la ville de 
Bai/eux, dit à propos des nialadreries de ceUe ville : « Je ne crois pas que 
dans ces hospices on admiiiislràt de médicaments, cependant on peut pré- 
sumer qu'on y faisait, usage de bains; ■■ jouxte la marre aux lépreux à 
Nilhaut •, dit une charte de 1301. • 



58 HISTOIRE MEDICALE 

Lau et d'Uz, de ne se baiîïner qu'apri's les autres personnes. 
Voici cet important document : 



Dr ".) MAY KJÎT. — OlUXiNNANCE CONTRK LES CaI'OTS. 

L'an mil six cens (juaranle sept et le nculviènie jour du mois 
de may, dans le monastère de Saint-Savin, ordre de Saint-Iienoist, 
en Lavedan, par devant moy notoire royal soussigné, et présents 
les témoins Ijas-nonimés. de malin se sont constitués en leurs per- 
sonnes, le Révérend père Doni Hugues Caliuel, religieux réforme 
et vicaire général dans ledit monastère de Saint-Savin, nssisté 
de Guilhem Lavigne, Pierre Lamonsse, consuls dud. lieu de 
Saint-Savin, Micliel Gaze Dailheau, consul de Nestalas; Jean Pêne, 
consul de Lau, et Jean Poney, consul dUz, lesquels consuls pro- 
mettent Caire ratifier le pi'ésent acte aux autres consuls des lieux 
restants de ladite rivière de Snint-Savin. Ledit sieur vicaire et 
consuls étant assemblés dans led. monastère ou l'on a accoutumé 
tenir le man commun de lad. rivière, ce faisant lesd. consuls pour 
l.es manants et habitans de lad. rivière qui sont de présent et 
seront à l'avenir, de leur gré et volonté, onl porté l'ordonnance qui 
suit sur les plaintes qui sont été laites aud. Révérend père, vicaire 
général et auxd. consuls de lad. rivière, sur les mauvais déporle- 
ments et insolences que diverses sortes de capots ou gésitains 
rendent aux bains de Cautarès dans la cabane appelée des Capots, 
située au-dessus du petit bain de l>as, pour se baigner, s'élant 
licentiés di'|)uis quelques années de se dire maîtres au petit bain 
et de se baigner quand bon leur semble, tant de nuit fpie de jour, 
croyant y avoir quelques droit, ce qu'il n'est pas, et pour les désa- 
buser de ce et leur faire voir qu'ils se trompent et qu'il ne leur est 
permis par une pure charité, ils le prennent autrement a leur grand 
avantage, et désavantage tant desd. manants habitants de ladite 
Rivière qu'aux autres gens du pays, et pour mettre ordre aux abus 
et mauvais déportements desd. capots et gésitaints, tant pour le pré- 
sent que pour tout jamais, de quel pays et contrée que ce soit, ont 
ordonné et par vertu de ce présent acte ordonnent lesd. vicaire 
général et consuls susdits de lad. rivière de Saint-Savin, tant 
pour eux qui sont de présent et seront à l'avenir, que d'ors en 
avant lesd. capots ne se baigneront dans ledit bain de bas dud. 
Cautarès, soit-il de nuit ou de jour, que. après que les autres 
seront baignés, à peine de payer un écu petit pour une seule fois 
qu'ils contreviendront, un écu petit soit de jour ou de nuit, led. 
écu applicable, la moitié au profit dud. vicaire-général, et l'autre 
moitié aux consuls de ladite rivière de Saint-Savin; que lesdits 
consuls dudit lieu de Cautarès seront tenus et obligés de tenir la 



TRAITEMENT DE LA CAGOTERIE 59 

main sur eux et de faire garder et observer le contenu du présent 
acte de point en point, sans aucune contradiction ni consitlération 
quelconques, à peine de payer tous dépens, dommages intérêts, et 
d'être pignorés par le reste des autres consuls de ladite rivière, 
en cas il se trouvera qu'ils ne fassent observer le présent acte, et 
de pignorer d'un écu petit aux dits Capots ou autres, à la moindre 
insolence qu'ils fairont ou rébellion à l'oljservation de cette pré- 
sente ordonnance; et même seront punis, saisis pour être mis 
aux septs de la maison de ville dudit Cautères, illec ('tant être 
ordonné par ledit sieur vicaire et consuls de ladite rivière 
comme ils verront être de droit et de raison; et la présente ordon- 
nance leur sera intimée, afin qu'ils n'en prétendent cause d'igno- 
rance. De plus a été arrêté entre lesdits révérend père et les 
susdits consuls qu'ils ne pourront prendre les pignorations qui se 
fairont par cy après, ains qu'elles seront baillées aux consuls îles 
lieux où icelles se fairont jour, après être distribués, la moitié 
aud. révérend père vicaire général, et l'autre moitié auxdits consuls 
de la rivière; et le consul qui recevra icelles sera tenu d'en rendre 
conq)te audit sieur vicaire et consuls. Et de tout ce dessus lesdits 
révérend père vicaire général et susdits consuls ont requis à moy 
notaii-e leur retenir le présent acte et ordonnance : ce que leur ay 
accordé faire, présents Jean Lamarque, praticien, d'Arrcns, et 
Jean d'Auga, natif de Saint-Lezer en Bigori-e. à présent habitant à 
Saint-Savin, soussignés, avec led. révérend père et Lavigne consul 
(les autres ont dit ne savoir), et moy Cometz, notaire royal, ainsi 
signé sur l'original; duquel le présent extrait a été tiré par moy 
Jean Dujjont, notaire royal du lieu de Saint-Savin, détenteur 
d'icellui, mot à mot sans y avoir rien changé, augmenté ni 
diminué, et duement collationné, au requis de Dom Gotty, sindic 
de ral)l)aye de Saint-Savin, et à la présence du sieur Dupau, sindic 
de la vallée de la Rivière, comme appert du verbal par moy dressé 
cejourd'huy. En foy ay expédié le présent à Saint-Savin, le 
vingt-unième juillet mil sept cent cinquante cinc]. Signé Dupont, 
notaire '. 

Il est |)robal)le que les eaux tl'Argelès étaient fréquentées 
par les cagols qui étaient particulièrement nonilueux dans la 
région, puisque sur un rayon de 4 kiloméli-es à peine autour 
d'Argclès on coni|)le huit villages de cagots. 

Dans le Gers on doit citer Saint-Christau près Audi 
oîi les lépreux allaient prier à la chapelle de Saint-Gliris- 

i. Cet acte a été antérieurement publié par Fr. Michel, Histoire dfs Races 
maudites, t. II, p. 243, et par Diihoiircaii, Les caf/ots aux eaux de Caulerets, 
Toulouse, l'rivat, 1892; il est extrait des Archives des Basses-Pyrénées, H, 08. 



60 HISTOIRE MEDICALE 

tophe et probablement aussi se baigner à. la source voisine. 

Moniraillard sii^nale Sainte-Dodeet Saint-Mennée à Boulau, 
comme stations thermales pour les lé|»reux. 

Saint-Christau pn-s Lurbe (Basses-Pyrénées) fut aussi un 
centre important de cure. Le D' Em. Tillot rapporte un récit 
légendaire à ce sujet : « En l'an 13U0, écrit-il, un berger qui 
était lépreux avait l'habitude de laver de temps en temps ses 
mains et sa figure à une source placée au |)ied de la montagne, 
et quelle ne fut |»as sa surprise de voir disparaître peu à peu 
la lèpre qui le rendait hideux et méconnaissable? Depuis ce 
temps d'autres lépreux allèrent se laver à la source, furent 
guéris, et la fontaine prit le nom de source des Dartres'. » 

Citons encore Ax dans le pays de Foix, où une piscine 
était réservée aux lépreux. Il est certain que cette liste pour- 
rait être allongée, mais les indications propres à nous guider 
utilement dans leur recherches manquent absolument. 

Peut-on classer au nombre des traitements, celui qui se 
faisait dans les léproseries? Oui, sans doute, mais nous igno- 
rons ce que l'on faisait, médicalement parlant, dans ces 
établissements. A part l'isolement, les soins d'hygiène et de 
propreté (fort précaires, semble-t-il), il est vraisemblable qu'on 
n'y faisait rien du tout. 

11 n'est pas étonnant, qu'en présence des pauvres moyens 
(|ue la thérapeutique metlait à la disposition des lépreux 
et des cagots, ceux-ci se soient retournés, par un élan 
bien naturel, vers le ciel dont ils espéraient en dernier 
ressort une guérison à leurs maux. Avons-nous besoin de 
dire qu'à saint Lazare, sainte Madeleine et même sainte 
Marthe s'adressaient le plus souvent leurs prières. A ce sujet, 
il est curieux de remarquer que la confusion établie entre 
Lazare, le lépreux de l'Evangile, et saint Lazare, l'ami du 
Christ, devait faire que les deux sœurs de ce dernier, Marthe 
et Marie-Madeleine, devinrent patronnes des lépreux. 

On n'oubliait pas non plus saint Nicolas. C'était à lui 
qu'étaient consacrés les gahels ou cagots de Bordeaux et les 



1. Tillot, De l'action des eaux ferro-cuirreuses de Sainl-Chrislau (Basses- 
Pyrénées) dans quelques affections cutanées, Paris, Coccoz, 1864, p. 14. 



SAINTS GUÉRISSEURS DES CAGOTS 61 

cagots de Bayonne. Ce saint n'est autre que l'évêque cleMyre, 
qui ressuscita les trois enfants mis au saloir, et dont la fête 
est populaire. Nous avons vu sa statue dans les chapelles de 
plu sieurs Madeleines en Bretag-ne et dans les Vosges. Nous 
croyons que le culte de ce saint chez les lépreux est dû à 
saint Nicolas de Tolentino, qui fonda au xin" siècle l'ordre 
des Augustins, adonnés au soin des lépreux; de là vient sans 
doute que plusieurs maladreries se sont appelées de saint 
Nicolas. Le fondateur de l'ordre avait-il institué un culte 
spécial en l'honneur de son patron, ou bien les Augustins 
vénéraient-ils sous son nom leur fondateur, que le peuple 
confondit avec le saint évêque de Myre? C'est ce que nous 
ignorons. 

Est-il besoin de rappeler le culte de saint Loup qui se 
remarquait surtout à Navailles, et dont nous avons déjà parlé 
plus haut. 

Sainte Quitterie, bien connue dans le Gers et les Landes, 
semble avoir été spécialement invoquée par les cagots. C'est 
un fait qui jusqu'ici n'a jamais été signalé, croyons-nous'. 

Très honorée en Gascogne, cette sainte donna son nom à 
la basilique du Mas d'Aire, ainsi qu'à quelques villes qui 
sont : Sainte-Quitterie de Ribaute, aujourd'hui Plaisance du 
Gers; Sainte-Quitterie de Loumné, aujourd'hui Larée; elle 
est la patronne de Tachousin et de Castelnau de Barbarens. 
Dans cette dernière ville, dit Dom Brugèles, elle était invo- 
quée contre la rage. 

En ce ([ux concerne la lèpre, il faut noter qu'entre Lanne- 
maignan et Tachousin, sur le flanc de la colline, s'élève une 
fontaine réputée miraculeuse et dédiée à sainte Quitterie; de 
même à Sainte-Quitterie de Loumné (Larée) il y avait une 
piscine miraculeuse située à 200 mètres de l'église, et oîi tous 
les malades, et spécialement les lépreux, venaient se plonger. 
La chapelle du quartier des Cagots à Vic-Fezensac était dédiée 

1. ^^ainle-Quitleric serait née dans une iielile capitale nommée Belcagie, 
que gouvernait son père Catilius, païen, éjioux de Calsia. Elevée en secret 
dans la religion chr('tienne, elle refusa de s'unir au mari que lui avait choisi 
son père; elle s'enfuit, mais liientôt rattrapée elle eut la tête tranchée. La 
sainte prit alors sa létc et la porta à Aire, où ses restes furent conservée, 
(m" ou IV" siècle.) Sa fête se célèbre le 22 mai. 



62 HISTOIRE MÉDICALE 

à la sainte; elle s'élevait à l'endroit où se voit la croix dite 
des Capucins (J.-J. Moulezun). Ce (|iiarti('r des capots est à 
(juatre cents mètres au couchant de la ville; il s'y voit une 
fontaine jadis réservée aux seuls lépreux. Enfin à Demu le 
cimetièi'e des cagols s'appelait de Sainte-Qiiitterie ' . 

Enfin rappelons que les cahots invoquaient saint Chris- 
tophe, en sa chapelle sise à Saint-Christau près d'Auch -. 

vil. — LES CAGOTS MÉDECINS 

On ne rencontre guère de cagots médecins qu'aux xiv et 
xv" siècles. Nous n'en connaissons que quatre qui figurent 
dans des litres déjà |)ubliés avant nous. En 1374 Maître 
P[ierre], crestia de Lac, médecin, est appcdé pour examiner 
des plaies'; eu 13Si, Berduc de Cazenave promet par-devant 
notaire à Joluin, chestiaa de Meritein de lui payer 23 florins 
d'or pour cure de plaie de tète'*; en 1434 maître Herdol, 
médecin et chrestia d'Oloron, accepte un arrangement pour 
le paiement des honoraires que lui doivent deux habitants 
d'Aramitz'"; enfin en li"2 c'est encore un médecin cagot que 
Jean de Mailhoc qui reçut la cahane de Cauterets''. 

Il faut admettre que ces cagots devaient être assez bien 
portants pour pouvoir exercer la médecine. Le droit pour 
eux d'exercer une profession libérale s'explique par la con- 
dition libre où ils vivaient et le peu de surveillance dont on 
les entourait; on ne leur eût pas laissé cette licence au 
xu« siècle et encore moins peut-être au xvr. 

Au sujet des cagots médecins, M. Sansot a dit avec beau- 
coup de justesse, que s'il y avait eu en France des écoles de 
médecine, on n'y aurait pas reçu les cagots, et qu'il est plus 
probable qu'ils aient appris leur art en Espagne, où l'on 

1. Nous devons ces deu.\ derniers renseignements à M. Adrien Lavergne, 
de Castillon de Batz, qui a eu l'extrême obligeance de souvent nous aider 
dans nos recherches sur les cagots du Gers. 

2. On l'invoquait pour la guérison des chrislailles. On trouvera à ce sujet 
de plus amples détails, p. 37. 

3. Archives des Basses-Pyrénées. E 1918, fol. o7, publié par llaymond, 
Conr/rès srAenlifique de France, SO*" session, Pau, 1873. vol. I, p. 285-287. 

4. Arch. B.-P. E l'.l22. fol. 37. publié par Raymond, loc. cil. 

5. Arch. B.-P. E 17-67, fol. 22, id., id. 

6. Duhourcau, loc. cil. 



LES CAGOTS MÉDECINS 63 

trouvait des médecins juifs et arabes'. L'observation serait 
tout à fait justifiée s'il était prouvé que nos cagots avaient 
appris leur art dans quelque université, et qu'ils n'étaient 
point de ces médecins non officiels qui abondaient jusqu'au 
xv" siècle, et contre lesquels on fit plus d'une ordonnance -. 

De même que dans les léproseries, certains lépreux 
faisaient office de médecin, de même devait-il en être chez 
les cagots. Serait-ce là l'origine de cette opinion populaire 
tjui vit en eux parfois des sorciers. 

On sait qu'en Poitou, les devins étaient uniquement recrutés 
parmi les charpentiers et bûcherons de père en fils. Ces 
métiers étaient précisément les seuls qu'exerçaient les cagots 
(ils ne travaillaient que le bois). Il est probalde que cette 
réputation de sorcellerie attachée aux familles de bûcherons 
marque la persistance d'une coutume, celle des cagots méde- 
cins ou sorciers. Divers petits faits relevés par Fr. Michel 
tendraient à confirmer cette opinion : quand on met le pain 
à l'envers sur la table, dans certains villages, les cagots ont 
le droit d'entrer et de prendre ce pain; de même qu'un cagot 
a droit à la charge que porte une bête de somme si elle 
n'est pas bien empaquetée : ce sont bien là des droits compa- 
rables à ceux des sorciers. Mazure reconnaît cette assimila- 
lion, mais il en tire des conclusions inadmissibles, à savoir 
(|ue c'est à la sorcellerie qu'il faut imputer la proscription des 
cagots. Il écrit : « Le Parlement de Bordeaux, vers la fin du 
règne de Henri IV, sévit avec une extrême rigueur contre les 
sorciers et contre les cagoths qu'il semble réunir pour la 
même cause dans la même proscription, les accusant à - la - fois 
de ladrerie et d'œuvres noires^. » 

Une chanson originaire de Mugroii (Landes) prouve clai- 
rement que l'on croyait les cagots sorciers : 

Gabot, gabot, gabère 
Coiiaii a bis ta niay soiircicre 
Et toiin pay loHp-Qdvons 
Gros Patapouf. 

1. De Vor'ujine (les caçjols (Bullelin de la Société Ramond, III" trimestre, 1008.) 

2. Une (le ces ordonnances se lit à la fin de l'ordonnance dn sénéchal du 
Périgord du 12 novembre 1480 qui est reproduite aux Pièces juslificalives, n" 29. 

3. Mazure, Histoire du Bénrii et du Pat/s Hasque. Pau, 1839, p. 413. 



04 HISTOIRE MEDICALE 

A Perqnie (Landes), on croyait que les caresses et même 
les rei-anls des cagots communiquaient les plus graves 
maladies ou des infirmités incurables aux enfants. 

Rappelons (ju'à la fin du xvii'' siècle et surtout au xviii% un 
iirand nombre de cagotes, dans la Chalosse, étaient sages- 
femmes. 



CHAPITRE II 

LA MÉDECINE MODERNE 

RECONNAIT CHEZ LES CAGOTS DES TRACES 

DE LEUR LÈPRE HÉRÉDITAIRE 

I. — LA LÈPRE LARVÉE 

La Lèpre, dans les foyers mêmes où on la rencontre en 
pleine activité, se présente parfois sous des formes très 
légères, la maladie s'arrétant définitivement après avoir 
parcouru seulement une courte partie de son évolution; 
quelquefois, après une longue période d'attente, elle reprendra 
pour poursuivre sa marche normale. De même que lors 
d'épidémies, de scarlatine, ou de typhoïde par exemple, il 
suffit de quelques légers signes pour établir le diagnostic, de 
même pour ces formes de lèpre larvée, la connaissance de 
l'endémie permet au clinicien de reconnaître l'aflection. Ce 
qui existe, lors des épidémies et des endémies, existe aussi 
en dehors d'elles. Pour ce qui concerne la lèpre, il est certain 
qu'il y a des formes larvées, et il est non moins certain 
qu'elles sont souvent méconnues dans les pays où on admet 
l'endémie éteinte. 

Les mauvaises conditions hygiéniques qui se rencontrent 
encore dans nos campagnes, seraient pour beaucoup dans 
l'étiologie de l'affection. Zambaco-Pacha, un des plus com- 
pétents léprologues qui soient, n'allait-il pas jusqu'à dire : 
« La lèpre est, selon moi, une maladie dyscrasique, par 
laquelle le sang est vicié par suite d'une existence anti-hygié- 
nique et surtout d'une nourriture composée d'aliments de 
mauvaise nature et en décomposition, et cela au même titre 

Fa Y. S 



66 HISTOIRE MÉDICALE 

que pour la pellagre et le béribéri On peut donc définir 

la lèpre : (ne <iffection nervense, consécutive à une di/scnisie 
du snnrj \ » Pour que cet éniinent médecin (qui n'a jamais 
négligé de rechercher le bacille de Hansen, et sait qu'il est 
introuvable parfois dans les formes les mieux caractérisées 
<le la maladie) ait soutenu une telle opinion, il faut croire 
qu'en vérité le facteur mauvaise liijfjiène a une im|iortance 
considérable. Mais ce facteur, si important soit-il, ne suffit 
pas. Le bacille et l;i prédisposition héréditaire sont des causes 
plus nécessaires. C'est en considérant l'hérédité , que 
M. Roger a dit : « 11 est probable que la lèpre exerce une 
influence dystrophique et peut-être faut-il considérer que les 
cagots sont des victimes de la paraléprose '. » Chez les cagots, 
on rencontre l'hérédité lépreuse et souvent la misère, c'est- 
à-dire tout ce qui est nécessaire pour faire se développer la 
maladie, non plus sous sa forme ancienne, grave, mais 
presque uniquement sous des formes larvées, ou mieux atté- 
nuées. Ces formes de la maladie sont aussi celles qu'on 
rencontre le plus souvent en Bretagne. Ces manifestations 
atténuées sont à la lèpre, dans le même rapport que la tuber- 
culose d'une part, et la scrofule et le lupus d'autre part. 
L'absence pi*esque constante du bacille de Hansen dans les 
syringomyélies et les myélites lépreuses, et en général dans 
toutes les manifestations larvées de la maladie, ne fait-elle pas 
penser à l'absence du bacille de Koch dans le lupus? Ici, sans 
doute, le cobaye, ce réactif vivant si sensible, a fait juger la 
question; mais pour la lèpre, nous ne possédons point 
d'animal aisément inoculable. Est-ce à dire que le bacille de 
Hansen n'ait rien à voir dans la question? Non certes. Aussi 
devons-nous nous cantonner pour le moment dans le 
domaine de l'observation clinique, et nous y laisser guider 
par ceux dont la compétence est indiscutable; partout en effet 
nous possédons, selon le mot de Verneuil, « l'immense et 
impérissable laboratoire de l'observation clinique qui, à 



{. Voyage chez les Lépreux, par le D' Zambaco-Paclia, Paris, Masson, 18'JI, 
p. 50-5 i. 
2. Roger, Maladies infectieuses, 1902, p. 1238. 



TROUBLES TROPHIQUBS DES ONGLES 67 

défaut d'autres, peut suffire aux vrais et sincères travail- 
leurs ' ». 

C'est dans ce laboratoire que peu à peu on s'est aperçu que 
les cagots étaient affligés de lésions diverses, de troubles 
trophiques; que leurs lésions ressemblaient à celles de la lèpre 
atténuée; enfin que quelques-uns d'entre eux étaient atteints 
de la lèpre la mieux caractérisée. Ces constatations 
amenèrent des recherches spéciales sur la syringomyélie, 
d'abord mal accueillies, mais qui peu à peu prirent une 
importance si grande, que maintenant beaucoup de cliniciens 
reconnaissent l'existence d'une syringomyélie lépreuse ou 
|>seudo-syringomyélie. Ce que l'on observe le plus souvent 
chez les cagots ce sont des lésions trophiques des ongles, de la 
peau, des cheveux, des plaques d'analgésie avec différenciation 
des sensibilités, l'absence congénitale de plusieurs dents, la 
rhinite chronique, le pemphigus, les mutilations de doigts, 
enfin la main en griflé. Nous allons étudier brièvement les 
plus importantes et les plus caractéristiques de ces lésions,* 
en nous reposant uniquement sur des faits d'observation. 
Puis nous signalerons les cas de lèpre type autochtones, qui 
ont été observés dans le Sud-Ouest. 

Troubles trophiques des ongles. 

Les altérations des ongles des cagots ont été beaucoup 
étudiées par Magitot, Lajard et Rcgnault, et Zambaco-Pacha. 
Ces auteurs, et particulièrement le dernier, ont apporté une 
somme assez considérable de documents. Aidé des faits que 
nous avons observés nous-même nous pouvons dire que chez 
les cagots on observe deux principales variétés de lésions 
unguéales : 

1° Les onychatrophies, caractérisées par V arrêt de la crois- 
sance de l'ongle et son atrophie : 

2° Les dysonychoses, caractérisées par ïarrc't de la crois- 
sance do l'ongle avec épaississement et déformation totale ou 
partielle. 

I. (ia:.. méd., 13 février 1885. 



68 HISTOIRE MEDICALE 

Onvciiatrophik. — Les onvchatro|>hies des cahots sont des 
troubles troi>liiques dus probahlenient à des lésions nerveuses 
soit |)(''ri|»l)éri(jues, soit centrales, et s'accompagnant le plus 
souvent de troubles Irophiques des autres tissus, ou de pla- 
ques d'anestliésie ou d'bvpoestbésie : ce sont des lésions fré- 
quemment oltservées dans la lèpre. De même que Tonyxis 
psoriasique, les onychatrophies lépreuses peuvent être la 
première manifestation de la maladie, qui, comme nous 
l'avons dit, est susceptible, dans ses formes frustes, de se 
borner à ces lésions. On oj)serve chez les cagots deux formes 
différentes de l'affection : 1 amincissement et l'arrêt de la 
croissance de lonele qui ost curactéristi(|ue des troubles tro- 
phiques, et l'incurvation do l'ongle avec décollement partiel 
qui s'accompagne souvml d onyxis et de perionyxis. 

\Salrophie unguéale est un symptôme de la lèpre tropho- 
nerveuse; elle se manifeste par l'amincissement de l'ongle 
qui devient petit et plat, et même quelquefois vient à dispa- 
raître, d'autres fois il ne laisse après lui qu'un vestige 
informe. Elle coexiste, le plus souvent, soit avec la résorption 
osseuse des phalanges, soit avec le panaris mutilant, ou les 
plaques analgésiques. Cette lésion a été quelquefois observée 
chez des cagots. C'est ainsi qu'une jeune fille de treize ans, 
originaire de Salies, et de famille cagote, présentait cette 
lésion à ses deux auriculaires, et aux cinquièmes orteils, tandis 
que ses autres ongles étaient atteints d'une autre lésion connue 
vulgairement sous le nom d'ongles de carcoï/s dont il sera 
parlé plus loin. Cette malade présentait des pla(|ues d'anes- 
thésie à la piqûre, à droite à l'avant-bras près du poignet, au 
dos de la main et des doigts et à la joue droite; thermo- 
anesthésie, au tiers inférieur de l'avant-bras, à la paume de 
la main et à la face palmaire des doigts du côté droit. En 
outre elle avait une absence presque complète de sourcils, les 
cheveux clairsemés, pales et fins, le corps glabre'. Plusieurs 
membres de sa famille présentaient des signes de léprose 
atténuée. 

h'oufjle de carco'il est une déformation de l'ongle qui 

1. Zambaco-Paclia, Bull, de l'Acnd. d'' mid., 1893, t. XXIX. p. 12-ol3. 




ONGLES DE CARCOILS. 

Cagot de Salies. 



70 HISTOIRE MEDICALE 

semble propre aux cagots', qui est héréditaire, et qui s'acconi- 
pagne souvent de divers symptômes caractéristiques de la 
lèpre. La lésion frappe habituellement tous les doigts. 

Cette lésion est caractérisée i>ar un arrêt de la croissance 
de l'ongle qui, d'apparence normale dans sa moitié supé- 
rieure, est au contraire bombé transversalement à la façon 
de l'arche d'un pont, dans sa moitié inférieure. En ce dernier 
point, l'ongle est décollé sur la ligne médiane, tandis que sur 
les bords il demeure adhérent. Son extrémité libre est épaisse, 
et décrit de droite à gauche un arc. Sous cet arc, entre 
l'ongle et le doigt se trouve une cavité remplie de débris 
épithéliaux et de poussières habituellement noires, quelquefois 
fétides et imprégnées d'un suintement purulent. Cette cavité 
atteint en moyenne de 3 à 4 millimètres de longueur sur 2 de 
large. L'ongle, ne poussant guère, n'a pas besoin d'être 
coupé, il s'use ou se casse ou s'effrite à son extrémité ; dans 
son ensemble il paraît plutôt petit et court. Il repose sur un 
doigt généralement gros, épais, dur, dont la pulpe est sou- 
vent analgésique et insensible à la chaleur. Chez certains 
malades, cette lésion s'accompagne d'onyxis; chez d'autres, 
on observe des panaris analgésiques, des résorptions 
osseuses, ou autres lésions qui en se développant compro- 
mettent la vitalité de l'ongle et amènent sa chute ou sa dispa- 
rition partielle. L'ongle en carcoïl, ou en colimaçon, est 
parfois bombé longitudinalement '". 

Cette lésion rappelle de loin les dystrophies unguéales 
qui accom])agnent les états dyscrasiques et les infections. Si 
bien qu'il est permis de se demander si ce trouble trophique 
est lié à une lésion nerveuse périphérique ou centrale, ou à 
l'état dyscrasique individuel ou héréditaire que crée la lèpre, 
si atténuée soit-elle. Il nous a souvent été donné d'observer 
dans la psychose maniaque-dépressive, en particulier dans les 
formes à prédominance dépressive, au cours d'un long accès 

i. Nous avons observé à Paris un homme atteint de lésions tout à fait 
comparables. Mais l'examen le plus approfondi et l'élude des antécédents ne 
nous ont fourni aucun renseignement propre à éclairer l'étiologie de ce cas. 

2. Dans la lèpre on rencontre cette altération. On pourra la voir repro- 
duite au musée de l'hôpital Saint-Louis (Auriculaire de la pièce 1186, 
vitrine 24). 



TROUBLES TROPHIQUES DES ONGLES 71 

mélancolique, des dystrophies unguéales, caractérisées par 
l'arrêt presque absolu de la croissance de l'ongle, qui se 
bombe et devient cassant; cette lésion rappelle l'ongle hippo- 
cratique'. Or, si dans ce cas, le trouble trophique paraît bien 
dû à une auto-intoxication, il est juste de se demander si 
dans la lèpre atténuée héréditaire, dans laquelle les oncles 
présentent une lésion presque semblable, il ne faut pas incri- 
miner, comme cause principale, la viciation de la masse 
sanguine par des toxines, que celles-ci soient endogènes ou 
microbiennes. D'ailleurs, la lésion qui nous occupe diffère 
de celles qui sont liées aux névrites ou aux altérations 
médullaires, ces dernières étant caractérisées par l'atrophie 
unguéale telle que celle que nous avons décrite plus haut. 

Magitot, Lajard et Regnault, qui n'avaient observé l'ongle 
de carcoïl qu'à Salies, croyaient qu'il était dû à l'usage des 
salaisons. (L'influence des salaisons dans l'étiologie de la 
lèpre a été souvent défendue.) Il est certain que les salaisons 
plus ou moins avariées font souvent partie des aliments dont 
usent les lépreux, mais ces substances ne doivent entrer dans 
l'étiologie de l'affection (jue comme facteurs propres à débi- 
liter l'organisme, ils préparent le terrain déjà infecté, qu'une 
bonne hygiène eût suffl à mettre à l'abri. Mais cette altéra- 
tion des ongles n'est pas propre à Salies, ainsi que l'a 
démontré Zambaco, qui l'a rencontrée dans un grand nombre 
d'autres localités. 

Nous résumerons ici quelques-unes des observations qui 
concernent les ongles de carcoïls; on verra que toujours il 
s'agit d'une affection héréditaire, souvent accompagnée 
d'autres signes de lèpre, 

A Salies. — Voir à la page suivante le tableau des 
familles B... et L..., dont l'observation est fournie par Lajard 
et Regnault et complétée par Zambaco. 

A Escos, Zambaco a vu une femme dont tous les ongles 
sont en carcoïl, avec suintement purulent et exulcérations 
péri-unguéales. De ses quatre enfants un seul est normal. 



1. L'ongle prenii parfois dans la lèpre l'aspect dit hippocraliqiie. Voir inusée 
de Sainl-Louis, n' 2312, vitrine 24. 



72 



HISTOIRE MEDICALE 



Les autres ont la même lésion et de plus sa fille aînée, 
âgée de quinze ans, a peu de cheveux, et pas de sourcils. 

A Jurançon, près de Pau, à Oloron, Lesctin, Charre, 
Baifjt, etc., on a signalé d'autres cas. 

D'ailleurs nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le 
lecteur aux travaux où nous puisons ces renseignements : il 
y trouvera plusieurs autres observations détaillées '. 



TABLEAU DES FAMILLES B.. 

B... 



ET L.. 



Homme 1 homme 1 homme marié à Marie L..., 

hypertrophie rien. rien. ongles hj'pertro- 

unguéale. phics dentition 

incomplète. 



6 enfants ne 
présentant rien. 



Catherine, 
ongles hyper- 
trophiés. 



Josci>oim, 
ongles carcoïls. 

I 

i I 

Un fils, vivant à R. à Bordeaux, 

Bordeaux, ongles ongles carcoïls. 
hypertrophiés. 

I 
4 enfants, 
ongles hyper- 
trophiés. 



.Jeantin. 
ongles carcoïls, 
cheveux rares. 

I 

B... 
ongles carcoïls. 



Pierre, 
cheveux rares, 
ongles carcoïls, den- 
tition incomplète. 



P... X... Héloïse, femme L., 

ongles ongles ongles carcoïls, 
carcoïls. carcoïls. teint blafard, pla- 
ques de thermo- 
anesthésie et d'anal- 
gésie, membres 
glabres. 



André, -21 ans i en ls03), menui- 
sier', cheveux rares, visage 
et corps glabres, ongles car- 
coïls, plaques d'analgésie, 
de thermo-anesthcsie et 
diminution du sens du 
toucher en plaque. 



I 
Lucie, 13 ans, 
rhinite chronique, cheveux 
rares, peu de sourcils, 
4 ongles atrophies, les autres 
carcoïls: plaques d'anal- 
gésie et de thermo- 
anesthésie. 



I 
Fille, 18 ans, 
normale. 



1. Lajard et Regnault, De Vexislence de la lèpre ullénuéa chez les cagols 
des Pijrénées. Profjrès médical, 1892, 2" S., p. 406-466 et 484-497. 

Lajard, Sociélé de biolor/ie, 15 oct. 1892 et 22 ocl. 1892; Société annlomic/ue 
de Paris, 21 oct. 1892, t. LXVII, p. 649-652. 

Magilot, Sur une variété des cagots des Pyrénées, Congres de Pau, 1892, 
t. II, p. 6.u9-6i9; Bull, de l'Acad. de mcd. de Paris, 3« s., t.'xXVIli, p. 596-600 ; 
Bulletin de la Société anlhropolgique de Paris, 4" s., p. 553-572. 

Zambaco-Paclia, Les cagots des Pyrénées, Bull, de l'Acad. de méd. de 
Paris, t. XXIX, p. 504-563; 1893. 

2. Nous possédons, grâce à l'obligeance de notre excellent confrère, le 
D' Pierre Lafont, aîné, de Salies, trois excellentes photographies, d'André L., 
menuisier, prises en 1900. Nous reproduisons ici deux d'entre elles, ou l'alo- 
pécie d'une part, les déformations unguéales de l'autre sont des plus mani- 
festes. Le corps de cet homme est absolument glabre même aux régions 
axillaires et pubienne. 




LES MATN'S D UN CAGOT DE SALIES. 




LK- MAINS MITILKES I)'UN AGOT DE VILLEFRANQUE. 

A droite une main normale dans la demi-flexion. Les doigts de lagot sont ici dans le maximum 

d'extension que nous ayons pu obtenir. 



Fay. - P. 'r2-ri. 



TROUBLES TROPHIQUES DES ONGLES 73 

Hypertrophies unguéales. — L'hypertrophie des ongles est 
assez fréquente chez les cagots; elle se présente sous deux 
aspects. 

a) H[iperti'ophie partielle de V ongle. — Chez quelques indi- 
vidus, les ongles sont « épais, lisses, luisants, normaux à 
leurs trois quarts supérieurs; tandis que leur quart inférieur 
est comme décortiqué, terne, inégal à sa surface, rugueux, 
brun et plus haut de niveau ». Ils peuvent atteindre à leur 
extrémité lihre une épaisseur de un centimètre. Il y a parfois 
concomitamment de l'onyxis, avec cercle suppuratif et 
ulcéré, où se développent des petits bourgeons charnus. 
Cette forme d'hypertrophie a été observée en particulier par 
Zambaco-Pacha chez une famille cagote de Lasclaverie 
(près Morlaas, Basses- Pyrénées) dont plusieurs membres 
présentaient héréditairement ces lésions accompagnées de 
divers autres symptômes plus franchement lépreux, tels que 
pemphigus lépreux, rhinite chronique, plaques d'analgé- 
sie, etc. 

^) Hypertrophie totale de fongle. — L'ongle est partout 
rugueux, épais, opaque, strié transversalement, les couches 
kératinisées se superposent formant de véritables cornes que 
seules la lime ou le couteau peuvent râper pour permettre 
le port des chaussures. Cette lésion, quelquefois vue chez les 
cagots, n'a pas une grande valeur par elle-même, car elle se 
rencontre bien ailleurs que dans la lèpre. Nous l'avons 
observée très souvent dans la population des asiles, en parti- 
culier chez les vieillards, déments et cachectiques. Elle n'a que 
la valeur d'un trouble trophique, sans préjuger de la nature 
de ce trouble. Elle se présente chez les cagots concomitam- 
ment avec l'ongle de carcoïl, et revêt parfois l'aspect de l'ony- 
chogrypose. 



Hyper lié rat oses. 

Les hyperkératoses dont il s'agit en Tespèce, sont héré- 
ditaires, et s'accompagnent d'autres lésions d'apparence 
lépreuse. Elles ont été observées à Jurançon et à Lasclaverie. 



74 HISTUIUE MEDICALE 

Précédées de bulles peinphyg^oïdes, elles peuvent de ce fait 
laisser soupçonner leur origine. J^^a description (|ui suit, et 
qui se raj)porleàun malade de Lasclaverie, montre l'évolution 
et l'aspect de la lésion. 

« A 2 centimètres environ du pli du poii^net, la main droite 
|>rés('nte une callosité grande comme une pièce de cinq francs 
en argent, proéminente de 1 centimètre, avec une crevasse 
profonde en son milieu. Plusieurs autres excroissances, plus 
petites, sont placées tout autour; d'autres sont étagées sur 
cluKjue doigt: et une volumineuse, avec une déhiscence à son 
milieu, siège entre le pouce et l'index. L^s pulpes des doigts 
sont d'une dureté extrême quoique sans verrues. On dirait 
qu'elles sont enduites d'un enduit épais, jusqu'au milieu de 
la phalangette (le malade présente une dysonychose à tous 

les. ongles des mains) Aux pieds un épaississement de 

l'épiderme, de plus de 1 centimètre i/2, remonte tout autour 
du talon jusqu'à 3 centimètres, comme le derrière d'une san- 
dale, et y forme bourrelet. Cette grosse callosité se continue 
sous le talon, jusqu'à la voûte plantaire, et ressemble à une 
semelle de gros cuir surajoutée, comme celle que l'on cloue 
aux chaussures des chasseurs. Au delà de la voûte du pied, 
qui est normale et qui ressemble à un vallon entre deux mon- 
ticules, il existe un autre épaississement en masse de toute 
la peau faisant encore comme une semelle ajoutée, antérieu- 
rement. Ces hijjjerkéraloses sont jaunes, irrégulières à leur 
surface, sectionnées par des crevasses d'où il suinte un pus 
infect. La semelle antérieure est stratifiée en schiste comme 
l'ardoise. Ces épaississements épidermiques atteignent, quand 
ils sont abandonnés à eux-mêmes, une hauteur de quatre et 
de cin(| travers de doigt, et rendent la marche très doulou- 
reuse Ces callosités se détachent parfois spontanément, 

surtout au printemps, et laissent à nu une surface exulcérée, 
douloureuse, qui se couvre ensuite d'un épiderme qui s'épaissit 
progressivement'. » 

Ces lésions se développaient vers le sixième mois après la 
naissance. Elles étaient précédées d'une poussée de grosses 

1. Zambaco-Pacha, Bull, de l'Acad. de méd. de l'aris, 18y3, t. XXIX, p. 518. 



l'alopécie des CAGOTS 7b 

phlyctènes , de la grosseur d'une pièce de 50 centimes 
environ. A ces phlyctènes succédaient des ulcérations, puis la 
peau s'épaississait. Cette évolution durait deux mois environ. 
L'hyperkératose n'est donc pas fonctionnelle, mais patholo- 
gique. Chez l'un des memhres de cette famille il y avait des 
plaques d'analgésie. Les trois enfants étaient atteints de 
rhinite chronique, et leur père était mort couvert de grands 
ulcères, ayant des mutilations digitales et la main gauche en 
grifîe. Cette famille serait désignée dans les environs sous le 
nom de cagote et de lépreuse. Des lésions analogues auraient 
été vues à Jurançon près de Pau. 

Alopécie. 

L'alopécie lépreuse se présente sous deux formes. Tantôt, 
le corps entier est glabre; tantôt les sourcils seuls manquent 
ainsi que la barbe et la moustache; tantôt enfin les cheveux 
sont rares ou fins et lanugineux. 

Voici la description que donnent Lajard et Regnault de ce 
symptôme chez les cagots : 

« La couleur des cheveux qui restent chez les alopéciques 
est |)articulière. Elle a un aspect blond filasse. Nous avons 
remarqué le fait suivant dans la famille B... Le père qui est 
sain, la mère cagote sont bruns, La fille cadette, saine, est 
brune et a un teint fraîchement coloré. Les deux autres 
enfants sont alopéciques, leurs cils sont très rares, leurs 
sourcils manquent complètement, leur teint est blafard, et 
les cheveux qui restent sont d'un blond très clair. Cette 
couleur peut tromper les savants qui s'occupent exclusive- 
ment d'aiifhroi»ologie et leur faire croire qu'il s'agit d'une race 
blonde, ce qui ne semble pas être si on considère les yeux de 
la fillette qui sont bruns. 

« Examinés à la loupe ou plutôt au microscope à un faible 
grossissement, ces cheveux se présentent avec un faible 
diamètre ; ils ne se distinguent guère sous ce rapport des 
poils du corps. Ils ne sont couverts d'aucune striation parti- 
culière, leur surface n'est pas raboteuse. Ils sont courts, 
très lins; la peau se voit partout à travers. Us continuent à 



76 HISTOIRE MÉDIGALK 

s'éclaircir «le plus «mi plus avec l'âge, et ils ne repoussent 
pas'. » Ce que Lajard et Hognault rapportent dans cette 
page pour l'avoir vu à Salies, a aussi «}té observé par nous 
aussi bien à Salies qu'en Bretagne chez des cacous. Fr. Michel 
l'avait aussi vu dans les Landes puisqu'il dit que la peau des 
cagots de Saint-Jean et de Saint-IMerre-de-Lier était sans ou 
presque sans poils, écaillée, blanchâtre et farineuse'. Dans le 
tableau que nous avons inséré j)lus haut on remarquera que 
j)lusieurs personnes sont glabres, ou sans sourcils, ou [)or- 
teurs de cheveux pâles et clairsemés. 

De même dans la famille Esp..., cagote de Salies, un 
enfant de douze ans a les cheveux blond clair, rares, et peu 
de sourcils, en même temps que des déformations unguéales, 
des plaques d'analgésie; un autre plus jeune présente les 
mêmes symptômes plus accentués. Zambaco en cite «juelques 
autres exemples. 

Teint blafard. 

La coloration terne, blafarde, blanche, de la peau est 
signalée quelquefois chez les cagots, en particuliei; à Salies. 
Elle s'accompagne toujours de lésions unguéales. 

Nous ne pouvons pas donner à ce symptôme une grande 
importance, connaissant sa rareté et ne l'ayant jamais observé 
par nous-mêmes. Rappelons toutefois que Guy de Chauliac le 
définit : « une certaine couleur vilaine qui saute aux yeux, la 
morphée ou teinte blafarde de la peau », et que Laurent Jou- 
heri, Paré, Ader, etc., la signalent chez les cagots. 



Maladie de Morvan. — Lèpre. 

La main en griffe avec mutilations des doigts et analgésie 
€st une des manifestations les plus fréquentes de la lèpre. 

1. Lajard el Regnauld, loc. cil. De Vexislence de la lèpre atleniie'e chez 
les cagots des l'yrénéfs : Publications du Progrès médical, Paris, Lecrosnier 
et IJabé, 1893, p. 24-2.o. 

2. Fr. Michel, l. II, p. 138. 

Le D' Alcocq aurait vu récemment un lépreux tuberculeux à face léonine 
à Saint-Jean-de-Lier. 



MALADIE DE MORVAN ET LEPRE 77 

Grâce à ces lésions, et même en l'absence d'analgésie on peut 
encore, comme dans le cas de Thiercelin et Lesag-e, diagnos- 
tiquer la lèpre. Accompagnées ou non d'autres signes de 
lèpre, elles ont été très souvent rencontrées chez les cagots 
des Pyrénées. 

Nous en avons observé un cas typique chez un cagot de 
Villefranque, près Ustaritz, dans le pays Basque. A Ville- 
franque il y avait une colonie d'agots habitant jadis un 
quartier isolé que l'on voit encore; ils avaient constitué une 
confrérie qui tenait des réunions très secrètes. L'évêque de 
Bayonne au cours d'une de ses visites pastorales eut à s'en 
occuper, au xv]!" siècle, parce que les confréries du village 
refusaient de les admettre dans leur sein. 

L'agot que nous avons vu est âgé d'environ quarante ans; 
presque toujours assis à cause de la faiblesse de ses jambes, 
il présente des mutilations multiples des doigts. Ses mains 
sont grosses, ses doigts épais, durs, comme infiltrés. Il 
présente des deux côtés, la main en griffe, avec atrophie des 
interosseux et des éminences thénars. La photographie que 
nous publions représente ses mains dans le maximum 
d'extension que nous ayons pu obtenir artificiellement à 
dessein de faire voir les extrémités digitales. Une main 
normale dans la demi-flexion a été placée à côté pour que 
l'on puisse mieux saisir le raccourcissement extrême des 
doigts. Le pouce des deux côtés est très court (3 centimètres 
depuis le pli interdigital), il se termine par un ongle bombé. 
A droite le petit doigt est tordu, boudiné et court, le médius 
est bosselé de cicatrices; on sent les deux dernières phalanges 
irrégulières, comme rongées et adhérentes par places au 
derme. L'index est légèrement difforme. A gauche l'index 
présente une cicatrice d'amputation chirurgicale; il ne reste 
que la première phalange; le médius ne conserve aussi qu'une 
phalange partiellement résorbée, et au bout une petite pro- 
duction cornée représente l'ongle. L'annulaire est encore 
plus déformé et sans ongle. Enfin le petit doigt a aussi été 
partiellement détruit; ce qui en reste est un moignon conique 
oij l'on sent des fragments osseux ankylosés; le doigt est 
fortement en adduction et en flexion; il est surmonté d'un 



78 HISTOIRE MEDICALE 

fout |)«'tit onirle raboteux et irréçulier. L'analirésie est 
complète au niveau de ces doigts. Les mutilations ont ôvolué 
lentement et successivement. Les conditions dans lesquelles 
nous avons Vu ce malade ne nous ont pas permis d'en faire un 
examen plus détaillé. 

Cette observation concorde d'ailleurs avec un i^rand nombre 
d'autres rapportées par les auteurs (jue nous avons déjà 
maintes fois cités. Nous relèverons dans le travail de 
Zambaco quelques faits caractéristiques. Le D' Dupourqué 
cité par ce savant a vu à Salies de nombreux panaris, ou 
mieux des dactilites à long^ue durée aboutissant à la perte 
de l'extrémité du doigt. Catherine la Manchote d'Andrein 
près Salies, (jue Lajard et Hegnault ont signalée, et chez 
laquelle M. Reclus a diagnostiqué la maladie de Morvan', 
est cagote; elle présente de l'hypoalgésie dubraseldeTavant- 
bras, ainsi que des jambes, des pieds et des orteils, et un 
placard analgésique au dos de la main et de lavant-bras; 
l'ongle des cinquièmes orteils manque aux deux pieds; 
panaris indolore du pouce droit suivi de perte de la phalan- 
gette et déformation de l'ongle; mains en grille, atrophie des 
interosseux, ulcère lent au poignet. 

A Castagnède, à Saint- Palais, à Pau, à Jurançon, à 
Lourdes, à Estaing, à Oloron, etc., on a signalé plusieurs cas 
semblables. 

A Castagnède il y avait récemment un lépreux autochtone; 
à Lasclaverie une famille cagote est désignée sous le nom de 
la famille des lépreux; un de ses membres paraît être mort 
de lèpre, ses enfants dont nous avons parlé plus haut ont des 
manifestations atténuées de cette maladie; à Argelès, 
à Gerde, on a signalé des cas de lèpre. Et si nous passons à 
Toulouse, à Montpellier, à Bordeaux, nous trouvons là encore 
de nombreux cas. M. Pitres* a dressé pour cette dernière ville 
et ses environs une statistique où figurent .33 cas, recueillis 
dans ces vingt dernières années, et qui .se répartis.sent ainsi : 

1. Reclus, De l'existence de la lèpre aUénuéechez les cagols des Pyrénées, 
Propres médical, 12 nov., 3, 10 et 17 déc. 1892. 

2. Pitres, La lèpre en Gironde à notre époque, Soc. méd. d chir. de Bor- 
deaux, 19 déc. 1902. Gazette hehd. des sciences méd. de B., 28 déc. 1002 et 
4 el 11 janv. 1903. 



SYRINGOMYÉLIE ET LÈPRE 79 

Cas publiés avant Pitres, 8 ; 

Cas personnels à cet auteur (dont un autochtone), 8; 

Autres cas inédits, 14; 

Cas signalés dans le département, 3. 

Le fait que certains troubles trophiques n'ayant pas de 
caractère contradictoire avec ce qui se voit dans la lèpre, se 
rencontrent presque uni(|uement chez les cagots, ills de lépreux , 
est propre à imposer un rapprochement et à faire soupçonner 
la nature lépreuse des lésions diverses que nous venons 
d'examiner. 

Zamhaco-Pacha faisant une communication à l'Académie de 
médecine, sur les lépreux de Bretagne, faisait naître, unique- 
ment à l'aide d'observations cliniques, la question des rap- 
ports de la lèpre et de la syringomyélie. Il soutint entre autres 
choses la nature lépreuse de la maladie de Morvan, dont 
la fréquence en Bretagne est bien connue, et que les observa- 
teurs modernes font entrer dans la syringomyélie. Dom Sauton 
embrassa à peu près les idées de Zambaco et dans un para- 
graphe de son beau livre sur la léprose', mit la sclérodermie, 
la maladie de Morvan et celle de Maurice Reynaudau nombre 
des paraléproses. 

Mais nous estimons que ce mot de paraléprose est incor- 
rect, aussi lui substituons-nous celui de manifestations atté- 
nuées de la lèpre, qui diffère un peu de l'expression lèpre 
larvée de Zambaco. 

La syringomyélie à type Morvan appartient tout entière à 
la lèpre, affirme Zambaco (à l'appui de son dire il appelle la 
clinique, et des observations); les autres formes de syringo- 
myélie au contraire ne lui appartiennent pas. Et en eflet, les 
mutilations de doigts, les plaques d'anesthésie, les troubles 
névritiques, la main en griffe, le pemphigus, le mal perforant, 
l'hérédité môme sont décrits dans l'une et l'autre affection, 
sous le même aspect. 

Depuis 1892 le nombre des travaux tendant à éclaircir cet 
obscur sujet fut considérable, les uns s'élevant, au nom de la 

1. Dom Siiiilon, La Léprose, 1897. 



80 HISTOIRE MEDICALE 

clini(iiie et «le l'anatomie pathologique, contre ces nouvelles 
idées, les autres au contraire apportant des faits nouveaux 
toujours ini|iortants. 

En ce qui concerne le [)anaris analgésique, on peut dire 
qu'il ne dilTère en rien de la lèpre', en particulier quand 
(et le fait est presque constant) il s'accompagne de main en 
griffe, et surtout quand le nerf cubital est gros, et afîecté de 
renflements fusiformes. Ce dernier symptôme est maintenant 
regardé comme caractéristique de la lèpre. Cela n'a point 
empêché qu'en 1803, M. Déjerine-, soutenu par M. Rendu, 
n'osait pas porter d'une façon ferme le diagnostic chez un 
individu ayant eu 9 panaris indolores, dont la main droite 
ainyotrophiée avait tendance à se mettre en griffe et qui 
présentait en outre des plaques d'analgésie et de thermo- 
anesthésie, enfin des renflements fusiformes sur le cubital. 
En 1889 Hanot avait présenté un cas analogue ^ 

En 1898 Cardamatis (d'Athènes) montre un cas de lèpre, 
type intermédiaire entre la syringomyélie et la maladie de 
Morvan'. 

Kalindero et Marinesco, cherchant à faire un diagnostic 
différentiel, décrivent dans la lèpre trois types de lésions de 
la main : 1" type syringomyélique (atrophie musculaire Aran- 
Duchenne et troubles sensitifs); 2' type Morvan; 3" type patte 
d'ours de Leloir '. Depuis, Marinesco a présenté un cas de 
lèpre simulant la maladie de Morvan (1904) ''. 

Un cas de lèpre mutilante autochtone fut présenté par 
M. Bérillon au Congrès de Nancy (1896). Le malade avait 

1. Le panaris analgésique a «lepiiis longtenips été décrit comme signe de 
lèpre; à preuve ce passage de Barthelemi : 

« Imprimis digitos manuum hac lue (lepra) aiïerlos sœpe videmus; nas- 
cuntur scilicel sub unguibus vesicul.e, apices digilorum crassescunt, et 
sensuni aiiiillunl; serpit malnm de prima in alleram phalangem, nullum 
omnino ilolorcm cxcitans; conduntur aliquando sub tumore progrediente 
digiturum apices, jamque oscicula sine dolore et levi opère eximi possunt, 
vel etiam spontc delabuntur. Observari interdum in uno tantum digito 
hujusmodi corruptionem diu exlitisse, antequam in alium transicrit • 
(p. 15). 

2. Déjerine, Maladie de Morvan ou lèpre. Soc. méd. des hôp., 28 juillet 1898. 

3. Hanoi, Archives générales de médecine, 1889. 

4. Prof/rés médical, 13 et 20 août IS'.iS. 
0. Soc. méd. des hôp., 16 juillet 1897. 

G. Bulle Lin de la Soc. méd. de Bucarest, n° 1, 1904. 



SYRINGOMYÉLIE ET LÈPRE 81 

été antérieurement décrit comme maladie de Reynaud, puis 
syringomyélie typeMorvan; Zambaco l'avait reconnu lépreux 
en 1893'.' 

Rappelons encore la belle observation de Lesage et Thier- 
celin -, qui concerne un malade présentant seulement : 1" une 
série de panaris ayant provoqué la chute de plusieurs doigts; 
2° une anesthésie totale aux membres remontant au-dessus 
des coudes et des genoux. A l'autopsie on constata des lésions 
de névrite périphérique correspondant aux zones anesthé- 
siques, la dégénérescence du cordon de Goll, des faisceaux en 
virgule, et des triangles cornu-marginaux dans la moelle cer- 
vicale. Nulle part on ne vit de bacille de Hansen. Le dia- 
gnostic de lèpre se trouvait confirmé par les lésions médul- 
laires, conformes à celles décrites par Jeanselme et Marie. 

Nous pourrions multiplier les citations, mais nous pensons 
qu'il est préférable de renvoyer le lecteur aux auteurs qui 
ont publié les observations qui sont indiquées dans un cha- 
pitre de bibliographie, spécialement consacré à ce sujet, que 
l'on trouvera à la fin du volume. 

L'anatomie pathologique apporte, elle aussi, des observa- 
tions très importantes. 11 faut se rappeler que souvent dans la 
lèpre nerveuse, on n'a pas pu à l'autopsie découvrir de 
bacilles, en particulier dans la moelle, où les lésions se fixent 
de préférence sur les cordons postérieurs. Sangui l'expliquait 
en disant que la dégénérescence des cordons de Goll était 
secondaire à la dégénérescence ascendante des nerfs qui pré- 
sentaient uno infiltration microbienne à leur extrémité péri- 
fdiérique '. Mais Jeanselme et Pierre Marie ^ ont trouvé des 
lésions médullaires qu'ils pensent endogènes, sans bacilles, 
et Soudakewisch, Chasiati, Babès, ont trouvé des bacilles 
dans la moelle. Il est possible que les toxines lépreuses 
soient, comme on l'a dit, suffisantes à provoquer les lésions. 

Le diagnostic difTérentiel de la lèpre anesthésique et de la 

1. Associalion Fraiiçaitie pour l'avancp.ment des sc/ewces. Section des sciences 
niéd. Session de IJosançon, 9 août 189:?. 

2. Société nPAiroloqique^ 3 mai 1900, et Revue neurologique, 1900, p. 650. 

3. San^'iii, Un cas de lèpre anesthésique avec autopsie, Deutsche med. 
Wochenschrifl, 2" Juillet 1898. 

4. Revue wjurolorjujue, 18'J8. 

Fav. 6 



82 HISTOIRE MEDICALE . 

syringomyélie de Morvan devient encore plus délicat quand 
on examine la question des cavités syringomyéliques. On a 
décrit dans la lèjire des cavités médullaires dans la région des 
cornes et des cordons postérieurs. Jiienplus, Souza-Martins et 
L. de Camara-Peslana ont vu une cavité médullaire conte- 
nant un grand nombre de bacilles de Hansen '. 

Avant de conclure rie ces faits et de tant d'autres, en ce qui 
concerne la syringomyélie, il est bon de se souvenir qu'il y a 
des observations contradictoires; aussi, croyons-nous qu'il y 
a une syrinconivélie type Morvan et une lèpre à type syringo- 
myélique de Morvan. (^ar l'aspbyxie locale, l'amyotropiiie, le 
panaris analgésique, les plaques d'anesthésie, sont des syn- 
dromes médullaires, pouvant ressortir de causes diverses. La 
lèpre est une de ces causes. Qu'il faille faire entrer la lèpre 
dans l'étiologie de la syringomyélie, ou non, c'est une simple 
question de doctrine. Si avec Schulze, Roth et Baûmler on 
limite les lésions de la syringomyélie à la gliomatose médul- 
laire, il faut classer à part sous le nom de fausses syrin- 
gomyélies (Déjerine et Thomas) celles qui sont de nature 
inflammatoire. Mais si l'on veut voir dans certains cas une 
épendymite chronique progressive (syringomyélie primitive 
de Marinesco) il est permis de rechercher dans les affections 
microbiennes la cause de cette épendymite. Alors le champ 
de la discussion se déplace, et l'on est en droit de dire que le 
bacille de Hansen et la lèpre, quoique frappant de préférence 
les cordons postérieurs de la moelle, sont susceptibles de se 
localiser ailleurs et de produire les lésions de la syringo- 
myélie comme certaines observations l'ont prouvé. Dès lors 
la lèpre a droit de cité dans l'étiologie de la syringomyélie 
intlammatoire. 

Sans doute l'avenir nous apprendra à mieux juger ces 
faits. Mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que 
la clinique, qui a beaucoup fait pour la théorie que nous 
défendons, ne i»erd pas aisément ses droits. L'anatomie patho- 
logique vient donner plus de poids aux résultats que la cli- 
nique a découverts, mais elle n'invente rien. La clinique 

1. Souza-Marlins, Conr/rês médical inlernationul de Rome, 1894. 



SYRINGOMYÉLIE ET LÈPRE 83 

avait vu le panaris mutilant de la lèpre et celui de la syringo- 
myélie; elle avait vu la syringomyélie et la lèpre qui la simu- 
lait; l'anatomie patholoprique affirme qu'elle ne se trompe 
pas, montrant pour le [lanaris, ici des lésions lépreuses, là 
des lésions épendymaires, elle a même montré qu'il existe 
une épendymile lépreuse. 

N'empêche que la reconnaissance au lit du malade de la 
nature de l'afTection qui le dévore reste difficile, et la preuve 
en est dans la multitude des signes ditTérentiels que les 
auteurs ont tour à tour mis en lumière. Mais l'anesthésie 
segmentaire, la scoliose, les arthropathies, les contractures, 
qui ont été considérées comme typique de la syringomyélie, 
existent parfois dans la lèpre, et dans cette dernière les 
épaississements du nerf cubital, la paralysie faciale, la parésie 
de l'orLiculaire des paupières peuvent manquer. La recherche 
du bacille de Hansen sera en réalité la pierre angulaire. Mais 
tous les moyens proposés sont infidèles. Qu'on le cherche 
dans le sang avec Fliigge, Ferré ou Boinet; dans le contenu 
du pemphigus avec Muller; dans la sérosité d'un vésicatoire 
avec Kalindero ou Bodin; dans les doigts mutilés et amputés 
(Straus et Nocard), on risque à l'exemple de Pitres et 
Sabrazès de ne le point trouver. Aussi avec ces derniers 
faudra-t-il (encore que le moyen soit infidèle) exciser un 
fragment de nerf et le plus souvent le bacille s'y rencontrera. 
Devant un examen négatif on ne pourra pas conclure avec 
certitude. L'avenir nous apprendra peut-être, par une meilleure 
connaissance de la cytologie, l'étude des toxines répandues 
dans le sang, la réaction de l'organisme en présence de cer- 
taines lymphes lépreuses ' ou quelque réaction agglutinante, 
à mieux distinguer ce que l'insuffisance des connaissances 
cliniques de beaucoup, en ce qui concerne la lèpre, ne permet 
pas à tous de reconnaître. 

1. La découverte récente de la Itfproline et les expériences faites avec ce 
pruduil, permellenl d'espérer qu'elle rendra à la palliolo^ie les mêmes ser- 
vices que la luOerculine, en facilitant le diagnostic de la lèpre même 
atténuée. 



84 HISTOIIIE MEDICALE 



[j. _ ANTHROPOLOGIE. — ETHNOLOGIE 

Depuis que les cag^ots ont intéressé les historiens et les 
savants, on a discuté pour savoir si ces individus apparte- 
naient à une race spéciale. Marca consacra plusieurs pages 
à la discussion de ce point, et depuis chacun, imitant son 
exemple, a voulu faire comme lui. Gustave Lagneau dans son 
bel article (Cagot) du Dictionnaire enci/clopcdiqne Dcchambre, 
a résumé en maître tout ce qui avait été dit avant lui. Depuis, 
la Société d'anthropologie a étudié la question. Mais les 
contradictions sont si nombreuses qu'elles prouvent à elles 
seules que c'est faire fausse route que de demander à cette 
science de solutionner une question, qui n'est d'ailleurs pas 
de sa compétence. Quoique les résultats d'une enquête 
anthropologique soient négatifs, le débat a trop d'intérêt, et 
les théories soulevées trop de partisans, même de nos jours, 
pour (|ue nous puissions nous dispenser de les étudier, avec un 
soin scrupuleux. Nous emprunterons beaucoup à Lagneau dans 
l'exposé d'une question, qu'il a su faire avec tant de science, 
qu'il reste peu à ajouter aux pages qu'il écrivait en 1870. 

Nous diviserons cette étude ethnologique en 5 parties : 

A. Les Cagots sont-ils originaires de peuplades ayant 
habité anciennement la Gaule, ou l'ayant envahie (Ligures 
et Celtes, etc.)? 

B. Sont-ils Goths? 

C. Sont-ils d'origine sémitique? La race des Cascarots; 

D. Sont-ils d'origine espagnole? 

E. N'y a-t-il aucune différence ethnogénique entre les 
Cagots et les autres habitants des pays où ils vivent? 

A. — LES CAGOTS SONT-ILS DESCENDANTS 
DES ANCIENNES PEUPLADES DE LA GAULE? 

Court de Gébelin pensait que les cagots étaient « les restes 
d'un ancien peuple qui habitait ces contrées (Pyrénées, 
Guyenne, Bretagne) avant que les Bretons et les Cantabres 



QUESTIONS ]) ETHNOLOGIE 85 

fussent venus habiter la Bretagne et le Béarn ». Il les consi- 
dérait comme de malheureux vaincus. Cette hypothèse ne 
repose que sur une interprétation d'ordre philologique. « Cette 
opinion, dit Lagneau, qui aurait l'avantage de s'appliquer 
aussi bien aux Caeths du pays de Galles qu'aux Caqueux de 
Bretagne et qu'aux Gagots dés Pyrénées, est cependant 
difficilement acceptable. En effet quel serait ce peuple vaincu, 
auquel les Celtes auraient donné ces dénominations inju- 
rieuses, et qui serait antérieur aux Cantabres? Feslus 
Avenius nous parle bien des Celtes vainqueurs des Ligures 
{Orœ Mariiimn', vers 129 à 136), mais ces Ligures sont 
généralement rattachés à la race ibérienne ainsi que les 
Cantabres eux-mêmes. D'ailleurs, d'après MM. Nicolucci et 
Pruner-Bey, les Ligures à la stature peu élevée, au crâne 
brachycéphale ne présenteraient nullement les caractères 
anthropologiques offerts actuellement par les Cagots. » 

iSous estimons que c'est une erreur que de mettre les Caeths 
du pays de Galles à côté des cagots, car la i)hilologie montre 
que ces deux mots n'ont qu'une analogie lointaine, et d'autre 
part, qui aura lu l'étude qu'Aurélien de Courson place en 
tête de son édition du Cartulaire de Redon, s'apercevra qu'il 
n'y a rien de comparable dans la condition sociale de ces 
deux ordres d'individus. Quant au reste, nous nous rallions 
à l'opinion de Lagneau, et puisque les Ligures ne peuvent 
être retenus, avec lui nous posons la question de savoir si 
les ossements préhistoriques de la vallée de la Vézère appar- 
tiennent aux ancêtres des cagots Passons au déluge, 

pourrait-on dire. Il suffit de poser de telles questions 
pour les résoudre, car à côté de l'invraisemblance d'une telle 
théorie, on peut affirmer que la fusion n'aurait pas manqué 
de se faire avec les peuples envahisseurs, et même que César 
ou à son défaut, les plus anciens historiens des Gaules n'au- 
raient pas manqué de signaler l'étrange situation d'une race 
vivant au milieu d'une autre sans s'y fondre. Uappelons-lc, 
la distinction des cagots date du x" ou xi" siècle. 

Faut-il, avec Hasselt, voir chez les cagots les derniers 
représentants des Celtes? Ce serait étrangement méconnaître 
la gloire et la considération dont jouirent ces peuples illustres 



86 HISTOIRE MÉDICALE 

parmi les Gaulois (Strahon, Géograpltie, liv. IV, cliap. i), qui 
participèrent à la plupart des droits des Romains et que l'his- 
toire s'oppose à nous faire considérer comme étant tombés 
dans l'état de dégradation cjue suppose l'auteur allemand. 



B. — LES CAGOTS DESCENDENT-ILS DES (lOTIIS? 

Les invasions germaniques avaient sollicité l'attention de 
Littré ' pour des raisons d'ordre philologique. Mais nous ne 
saurions suivre cet auteur. Si nous admettons que cette inva- 
sion a provoqué en Gaule une recrudescence de la lèpre, si 
nous croyons que le mot (kiffol est originaire de Germanie 
et a été importé par ses peuples, nous ne pouvons par contre, 
car rien ne nous y autorise, dire que les Cagots sont les des- 
cendants des restes des armées germaniques. 

L'invasion des peuples de la Gothie et de la Lombardie 
ne tire son intérêt, que de l'analogie des mots Cagot et Goth, 
analogie qui a fait naître une hypothèse ethnogénique à 
laquelle la majorité des auteurs s'est ralliée. Cette hypothèse 
n'est guère soulenable cependant, comme nous allons le 
démontrer. Quoique le mot Cayot n'ait été employé en Béarn 
qu'à partir du xvi" siècle, on croyait déjà au temps de Marca 
que ce nom venait de Caas Goths, c'est-à-dire Chiens Gots. 
L'illustre prélat béarnais s'élevait dès 1640 contre une 
théorie qui avait déjà été combattue dans la Coi^mofjrajj/iie 
de Fr. de Belleforest, et à laquelle il ne trouvait d'autre fon- 
dement que la consonance des mots. D'ailleurs les faits 
historiques suffisent à y contredire. Augustin Thierry- a 
exposé avec trop de science l'histoire des Goths pour que 
nous osions la refaire. Sans doute l'envahissement n'avait 
pu se faire sans combat, mais elle s'était accomplie avec 
moins de violence que la conquête franfjue. A leur entrée en 
Gaule, les Goths étaient chrétiens, mais ariens, leur tolé- 
rance fut d'ailleurs remarquable. La cour de Toulouse où 
régnaient les successeurs d'Alaric resta longtemps le centre 



i. Litlré, DirtioJinaire de la langue française, au mot Capot, 1863. 
"2. Aiig. Thierry, Dix ans d'études historiques, chap. xiit, p. 270. 



CAGOTS ET ÛOTH 87 

de la politique et de la civilisation occidentale, et inspirait 
l'admiration de Sidoine Apollinaire. Bienveillant envers les 
catholiques qu'il protège, Alaric II alla jusqu'à constituer 
un code inspiré de l'ancien droit romain, et ne l'appliqua 
qu'après l'avoir soumis à l'approbation des évêques et des 
nobles'. Code admirable qui devait plus tard inspirer les 
Fors pyrénéens. 

Lorsque les Francs envahirent le royaume des Goths, 
ceux-ci après avoir essuyé la défaite de Vouillé perdaient 
l'Aquitaine et se retranchaient dans la région Narbonaise. 
Le nord de l'Espag-ne comptait encore des Wisigoths qui furent 
le noyau du royaume Ibérique. Si la condition des Goths 
restés en Novempopulanie avait, sous les Francs, été misé- 
rable, on ne comprend pas pounjuoi ces Goths n'auraient pas 
fui chez leurs frères dans la Septi manie ou dans la péninsule 
Ibérique. 

François de Belleforest écrit à ce sujet : « D'autres dient 
que ce sont les restes des Goths demourés en Gascoig'ne, 
mais c'est fort mal parlé, car la plupart des maisons d'Aqui- 
taine et d'Espaigne, voire les plus grandes, sont issues des 
Goths. » 

On a parfois pensé que l'arianisme des Goths avait été la 
raison pour laquelle on avait mis à part leurs descendants. 
C'est oublier qu'au concile de Tolède (589) cette nation 
avait abjuré son erreur. Il n'existe d'ailleurs pas de titre 
qui montre le nom des Goths comme entaché de flétrissure; 
bien au contraire, « l'histoire de Pelage et de ses héroïques 
compagnons témoigne assez de l'auréole glorieuse qui a tou- 
jours entouré le nom des Wisigoths dans la Péninsule Ibé- 
rique », et faut-il rappeler, après De Rochas, que l'origine 
gothi(|uc était en honneur chez nous au xiii'' siècle, puisque 
Higord, religieux de Saint-Denys, dont parle Dom Vaissette 
en son histoire du Languedoc, et qui fut une gloire de sa 
province, se réclamait de cette race. 

Nous faut-il rejeter de suite une hypothèse qui ne paraît 



\. Cf. Abb(' Fleury, //Js^o/iY ecclésiastique, t. VII; Heinauci, Invasion des 
Sarrasins en France, p. 81. 



88 HISTOIRE MÉDICALE 

avoir aucun fondement dans l'histoire, ni dans la philologie, 
et qui n'apporte aucun texte pour s'y appuyer? Non, car 
Serres et Corcellet, qui adoptaient les opinions de Ramond 
sur le crétinisme, soutiennent que cette maladie ne s'est 
montrée dans les Pyrénées que depuis la défaite des Goths. 
Refoulés au fond des Pyrénées, l'organisme de ces vaincus 
n'aurait pu s'accommoder aux conditions climatériques des 
gorges qu'ils habitèrent. Cette théorie, en supposant qu'elle 
fût démontrée, ne |iermet pas de confondre cagots et crétins, 
mais jtrouverait seulement la survivance des Goths dans les 
Pyrénées. La question de l'origine des cagots n'en est pas 
éclaircie pour cela, puisque les cacous de Bretagne et de 
Guyenne ne sont pas expliqués de ce chef. 

L'anthropologie a repris la question avec Guyon (1842), qui 
a étudié l'absence du lobule de l'oreille chez les cagots. Ce 
signe partout mentionné serait d'après cet auteur plus parti- 
culièrement propre aux Goths et aux Vandales (qui sont 
de même origine ethnique). Les Vandales, selon Marcus*, 
après avoir franchi le Rhin et s'être emparé de là partie 
orientale des Gaules en 406, auraient franchi les Pyrénées en 
409. La persistance de leur race serait notée à Nancy, où 
Godron- aurait observé l'absence complète de lobule chez 
quehjues habitants, et considérait ce signe comme stigmati- 
sant la race vandale. En serait-il de même dans les Pyrénées? 

Guyon a constaté cette disposition de l'oreille chez les 
grands et blonds Chaouias des monts Aurès, en Algérie. Cette 
chaîne aurait été le dernier refuge des Vandales vaincus en 
534 par Bélisaire. 

L'hypothèse est séduisante, mais insuffisante. En effet, s'il 
est indubitable que de nombreux observateurs décrivent les 
cagots comme de grands blonds aux yeux bleus, il n'en est 
pas moins certain que d'autres ont vu des petits cagots à 
cheveux bruns, et qu'en particulier les cacous de Bretagne 
s'éloignent franchement des caractères que l'on suppose aux 
Vandales. 



1. Marciis, Histoire des Vandales, liv. II. 

2. Godron, Élude ethnologique sur les populations lorraines, Nancy, 1S62, 
p, 30. 



CAGOTS, JUIFS ET SARRASINS 89 

D'autre part, et notre observation confirme celle de tant 
d'autres observateurs, nous avons toujours constaté que les 
cagots basques présentaient le type basque, les béarnais le 
type béarnais, les bretons le plus pur type breton. Ajoutons 
que l'absence du lobule de l'oreille est un stigmate de dégé- 
nérescence et qu'il n'y a rien d'étonnant aie voir souvent dans 
des familles où les mariages sont même de nos jours presque 
toujours consanguins. Nous avons vu beaucoup de cagots et 
de cacous, et rarement nous avons constaté chez eux Vahsence 
de lobule, qui est loin d'être exceptionnelle dans la population 
béarnaise. Ce stigmate ne peut avoir la valeur d'un signe en 
anthropologie. 

Que reste-t-il donc pour appuyer Ihypothèse de l'origine 
gothe des cagots? Nous pouvons répondre qu'il ne reste rien de 
sérieux. Cependant, la question a été récemment reprise 
par Th. Roussel et H. Racine. Ces auteurs n'ont pas apporté 
d'argument nouveau en faveur de leur thèse. 

C. — LES CAGOTS SONT- ILS D'ORIGIXE SÉMITIQUE? 
JUIFS OU SARRASINS? 

Les hypothèses qui tendent à faire descendre les cagots 
des races sémitiques sont peu en vogue de nos jours, mais 
en revanche ont connu jadis un très grand nombre d'illustres 
partisans. Le grand intérêt historique, qui s'attache à ce point 
d'ethnologie, suffit à expliquer pounjuoinous nous y arrêtons 
longuement. 

Dans les Pyrénées, à Bordeaux, en Bretagne, le peuple a 
souvent confondu cagots et juifs. Etait-ce pour cette raison 
qu'ils furent appelés (iezitains? C'était l'opinion de Caxar- 
Arnaud (1517), huissier au conseil royal de Navarre, qui 
combattit la requête que les cagots venaient d'adresser au 
pape Léon X; après avoir raconté l'histoire de Giézi, ser- 
viteur de Nahaman, qui à cause An son avarice avait élé 
maudit et frappé de lèpre par Elisée, lui et tous ses descen- 
dants, il disnit en effet : « Les cagots qui sont ses descen- 
dants et non de la compagnie du comte Raymond, souffrent 
encore les effets de cette malédiction, car ils sont lépreux et 



90 HISTOIRE MEDICALE 

corrompus en dedans autant (jue maudits. » Celte opinion 
remonte, nous semble-t-ii, au commencement du xin*" siècle. 
— C'était en 1320. Les lépreux de concert avec les juifs sont 
accusés d'empoisonner les fontaines et les sources. Lépreux, 
juifs et gahets sont aussitôt poursuivis et exécutés en grand 
nombre dans les années qui suivirent. Pourquoi cette alliance? 
11 était naturel (ju'on y soupçonnât TelTet d'une communauté 
de race. Un statut de Kaoul, évèque de Trég^uier, de 1436, 
allait confirmer ce soupçon : « Quia cognovimus, dit-il, in 
dicta civitate (Trecorensis) et diocesi plures liomines utrius(|ue 
sexus qui dicuntur esse de lege et in vulgari verbo Gacosi 

nominantur ' » Du ('ange, qui en son Glossaire expliquait 

celte jdirase, fait suivre les mots esse de lege de [idesl Judœi). 
C'est l'opinion à laquelle tout le monde se rallia. Mais, comme 
le fait justement remarquer De Hochas, « il est plus naturel 
d'enlondre (dans les mots de lege) la loi canonique dont 
il (l'Évoque) est le gardien naturel, calquée du reste sur la loi 
judaïque en ce qui concerne les lépreux- ». 

La discussion a lieu d'être reprise quand de Bretagne on 
passe à Bordeaux. Là, les juifs portugais faisaient grand 
commerce, et même étaient venus s'établir en nombre. Leurs 
intérêts les avaient poussés à se convertir au catholicisme, 
mais cette conversion fui toujours soupçonnée d'être peu 
sincère. On les appelait Nouveaux Chrétiens. La confusion 
de ceux-ci avec les cagots appelés aussi Chrétiens ne devait 
pas manquer de se faire ^ Elle est manifeste dans une ordon- 
nance de police rendue en looo par la Jurade de Bordeaux (jui 
commence ainsi d'après Bernardau : « Aucun de ceux que 
l'on nomme Nouveaux Chrétiens ou gahets ne pourront sortir 
hors de leur maison ni entrer dans la ville sinon qu'ils jior- 

tent une enseigne de drap rouge ^ » — Cette ordonnance 

reparut en lo"3 sous une forme nouvelle : « Item est estably 
et ordonné que doresnavantnul Chrétien ne Chrétienne appelés 

1. Mémoires }iour servir de preuve à V histoire de Bretagne, par Dom 
H. Moricc. t. II. p. 1277. 

2. Ue Hochas, loc. cit., p. 81. 

3. Cf. Gasnos, État des Juifs.... Thèse de doct. en droit, de Rennes, 1897. 
Imp. à Angers. 

4. Bernardau. Tableau de Bordeaux, ISIO, p. 6o. Y. P. J. N" 44. 



CAGOTS, JUIFS ET SARRASINS 91 

gahectz » — Une rédaction un peu postérieure porte : 

« ... Ceux que l'on nomme Chrestiens et Chrestiennes, ou 

autrement galiets » Il est très possible que là confusion 

soit née au xvi*" siècle non seulement de la similitude des 
noms, mais encore de ce fait que les Juifs portugais étaient 
en grand nombre lépreux '. 

Mais y a-t-il, parmi les faits que nous rapportons, un seul 
qui permette de dire avec certitude que les cagots du xi" et 
du xu* siècle fussent juifs? Évidemment non. D'ailleurs, si les 
quelques arguments invoqués visent à la même fin, ils sont 
trop dissemblables pour pouvoir former un corps. En parti- 
culier en ce qui concerne Bordeaux, les Chrestiens Cag^ots y 
étaient connus deux siècles avant l'arrivée des juifs portu- 
gais, et rex))lication n'est pas applicable à la Brelag"ne. 
L'affaire d'empoisonnement de 1320 unit juifs et lépreux 
ég-alement détestés ; et l'interprétation philologique de Caxar- 
Arnaud n'est (|u'un amusement d'avocat sans fondement. 
Que le mot Gezitain vienne de Giezi, soit; mais de Là à dire 
qu'ils sont les enfants de sa race, il y a un fossé, et l'huissier 
du conseil de Navarre n'avait rien qui l'autorisât à tirer 
argument de ce qui aurait pu passer s'il en avait fait seule- 
ment une figure. D'ailleurs nous avons une preuve que juifs 
et cagots étaient bien distincts. Les juifs portaient sur leur 
vêtement une marque d'étotTe jaune', et les cagots un mor- 
ceau de drap rouge. (Les lépreux se reconnaissaient selon les 
régnons à l'étofle rouge ou bleue.) 

Les cag-ots sont-ils Sarrasins? Marca et beaucou]) après 
lui, l'ont cru. — « Je pense, écrivait l'auteur de VHistoire de 
Béant, qu'ils sont descendus des Sarrasins qui restèrent en 
Gascogne après que Charles Martel eut deffait Abdirama, qui 
en son passage avoit occupé les avenues des Monts Pyrénées, 



1. De Ilociias, loc. cil., p. 81. 

2. " Qiioniain voiuimis, (|iio(I Jiiddi a Ctirislianis disconii valeanl et 
cognosci, vobis mandaimis, (juatemis iiiiponatis omniljiis et sinpiiiis Judci'is 
utriiisqiic sexiis signa, videlictil iinani rolam de fillro. son panno crocco in 
supcriori veste consutam ante peclus, et rétro ad eorumdem cognitionem : 
cujus Iota lalitudo sit in circonferentia IV digitornm: concavilas autem 

contineat unani palniam ■■ (liar/a Alphonsi, comilis l'iclavensis, anno 120'J 

(Du Cange, Glossarium..., t. 111, col. 1566). 



92 HISTOIRE MÉDICALK 

et toute la Province d'Aux On leur donna la vie en faveur 

de leur conversion à la Holiirion Clirrstienne, d'où ils tirèrent 
le nom de clirestiens; et n«îantinoins on conserva toute 
entière en leur persone, la haine de la nation Sarasinesque; 
d'où vient le surnom de Gezitains, la persuasion qu'ils sont 
ladres, et la manjue du pied d'oye. » Et il explique que la 
lèpre est fréquente en Syrie et en Judée, que les Sarrasins 
en sont soupçonnés à cause de la mauvaise odeur qui 
« accompagrnait ordinairement leur race », et que les maho- 
mélans onl coutume de se baigner souvent, d'où la marque 
du pied d'oie « qui est un animal qui se plaist à nager 
ordinairement dans les eaux ». L'opinion de P. Marca fut 
acceptée presque unanimement. Le Ducliat en 1741, Vanque- 
Bellecourt quelques années plus tard, soutinrent le système 
par des arguments nouveaux. Beaucoup d'auteurs suivirent 
ces traces, et Palassou en 1815 apporta des considérations 
nouvelles, d'une importance très grande, qui l'amenèrent à 
conclure qu' « il n'est pas douteux que de grandes probabi- 
lités autorisent à penser, avec M. de Marca, que les cagots 
descendent des Sarrasins défaits par Charles Martel, à la 
mémorable bataille de Tours ». 

A l'heure actuelle, sous l'impulsion de Zambaco Pacha, la 
question se représente sous un jour nouveau. Cet auteur, qui 
admet l'origine phénicienne de la lèpre en France, pense que 
la maladie subit une recrudescence énorme lors de l'invasion 
des Sarrasins. Ce peuple infesté de lèpre apporta sa maladie 
en Espagne, puis en France. Dans notre pays on en rencontre 
diverses traces. Près de Dax les ruines d'un castel sarrasin 
se voient encore près de quelques hameaux riches en cagots, 
dont le type ethnique est franchement sarrasin. Il en est de 
même dans la vallée d'Argelès, dont les habitants conservent 
le type arabe; cette vallée est riche en cagots, et la lèpre est 
encore désignée dans la région sous le nom de mal arabe. 

Ces faits contribueraient à prouver le rôle énorme que 
joua l'invasion sarrasine dans l'épidémie lépreuse des viii" et 
ix^ siècles. Mais de là à dire que tous les cagots sont Sarra- 
sins, qu'ils sont descendants de ces peuples, et que la cause 
de leur éloignement tient à leur origine, il y a un pas qui ne 



LES GASCAROTS 93 

peut être franchi et que Zambaco d'ailleurs ne cherche pas à 
sauter. 

Nous croyons donc que l'hypothèse de l'origine sarrasine 
des cagots est la plus soutenable de toutes celles que l'anthro- 
pologie et l'ethnologie puissent fournir, mais cependant elle 
est inacceptable sans la restriction considérable que nous 
venons de faire, à savoir : que l'invasion sarrasine amena en 
France une recrudescence de la lèpre, et que s'il est pos- 
sibh' que quelques sarrasins lépreux restèrent isolés dans 
les Pyrénées, cela ne peut être qu'un fait exceptionnel. Tous 
les cagots ne sont certainement pas d'origine sarrasine, mais 
il est admissible qu'un très petit nombre d'entre eux (en 
particulier dans la vallée d'Argelès), descendent de cette race, 
dont une faible partie de la population pyrénéenne paraît 
d'ailleurs être issue. 

En Espagne les Sarrasins laissèrent aussi la lèpre. Les 
juifs espagnols sont les héritiers de ce mal qui sévit encore 
terriblement chez eux. 11 est i)Ossible qu'ils aient importé à 
Bordeaux le (léau à une époque plus rapprochée de la notre, 
et que les Nouveaux Chrestiens portugais dont nous avons 
parlé plus haut aient été des malades. 

A l'heure actuelle, les juifs espagnols répandent encore 
leur mal en Algérie, comme ils l'ont fait jadis en Turquie, 
oîi presque tous les lépreux sont descendants d'Espagnols 
depuis longtemps émigrés. 

La Race des Cascarots. 

Si l'on parcourt le pays Basque, à la recherche des Casca- 
rots, on ne tarde pas à apprendre que cette race ne se ren- 
contre qu'à Saint-Jean-de-Luz et à Giboure. On dit bien 
qu'il y en a (pielques représentants à Biarritz, et aux envi- 
rons de Saint-Jean-de-Luz, mais la chose est contestée, et 
contestable. Ce n'est que dans les deux premières localités 
que nous citions que l'on trouve cette race, nettement indivi- 
dualisée. 

A Ciboure, les cascarots habitent le quartier de Borde- 
gain; leurs maisons sont toutes situées dans l'ancienne rue 



94 HISTOIRE MÉDICALE 

Agorrcla, aujotinrhui nie Evarisle-Baignol, au-dessus de la 
Croix Uouge (jui s'rlèvc sur une potito j)lace. Quartier pauvre 
s'il en fut. A Saint-Jeau-de-Luz ils habitaient des masures 
jadis formant quartier à l'endroit même où s'élèvent aujour- 
d'hui rhùl(d d'Ang-leterre et le Casino. Expropriés, ils se réfu- 
irièrcnt dans une L'rande maison, ancien hôtel Mazarin. situé 

o 

derrière la maison île rinfanlc, et mieux connue aujourd'hui 
sous le nom de la maison aux volets verts, ou maison des 
Cascarols. 

Kace franchement distincte du peuple basque, les casca- 
rots présentent manifestement le type bohémien. De taille 
moyenne, aux formes belles et arrondies, à la peau mate et 
lég^èrement brune, ils ont les yeux noirs et vifs, les cheveux 
noirs et qiiehiue peu crépus. Les femmes, d'une précoce 
beauté, laissent deviner sous le débraillé et la sordidité de 
leur lonue, la perfection de leur cor()s; belles trop tôt, elles 
vieillissent et se fanent presque aussitôt que les Algériennes. 
Les hommes sont aussi d'une beauté jdastique remarquable. 
Mais ces perfections sont gâtées parla nonchalance, la saleté, 
et les vices que cultivent chez eux l'hérédité et la paresse. 

Ils sont presque tous mariniers (c'est le métier des fai- 
néants, dit-on, là-bas) ; les femmes vendent le poisson le matin, 
et l'après-midi jasent et se reposent sur les bancs de la place 
publique : c'est là qu'on peut les observer le mieux et le 
plus souvent. Le cascarot est voleur, hâbleur, org-ueilleux ; 
dormir, boire et danser sont ses occupations favorites. La 
femme, dès qu'elle le peut, se livre à la prostitution plus par 
goût que par amour de l'argent; elle se mariera ce[tendant 
assez jeune avec quelqu'un de sa race, et de ce jour-là il n'y 
aura plus rien à dire sur ses mœurs. Les enfants pullulent chez 
eux; ils naissent on ne sait où, et souvent ne figurent pas sur 
les registres de l'état civil; ils meurent on ne sait quand, et 
la mairie ne connaît souvent ni le lieu du trépas, ni celui de 
la sépulture. Ils écha[)pent sans cesse au service militaire. 
Le maire d'une des communes voisines de Saint-Jean-de-Luz, 
homme érudit, et très au fait de ces questions, nous a rap- 
porté plus d'un exemple de ce que nous avançons. Mais s'ils 
méprisent l'autorité civile, les cascarots professent en revanche 



Lb;S GASCAROTS 95 

le plus grand respect envers l'Église. Leur foi est vive, quoique 
très mitigée de superstitions. Ils sont tous baptisés; le prêtre 
est toujours appelé auprès des moribonds; mais pour le reste 
ils pratiquent une religion un peu à leur manière. 

Tout le monde les regarde comme Bohémiens, les déteste 
et les craint. On n'aime pas à épouser leurs filles (quoique 
des exceptions manjuantes se soient produites depuis quelques 
années). Le peuple ne veut pas encore admettre les enfants 
cascarots au nombre des enfants de chœur, malgré les efforts 
du Doyen (c'est-à-dire du curé) qui veut abolir cette distinction. 

De Rochas, traitant des Bohémiens au pays Basque, a 
publié la plupart des faits qui marquent l'histoire des casca- 
rots. Les longues recherches auxquelles nous nous sommes 
livré sur les lieux mêmes, les faits que nous a révélés la phi- 
lologie, nous permirent un jour de penser que les cascarots 
avaient un lien avec les cagots. C'est pourquoi nous avons 
jugé utile de donner de cette race (car les cascarots consti- 
tuent une race) une étude un peu détaillée. Nous ne rappor- 
terons ici que des faits encore peu connus. 

A Ciboure, les cascarots sont mieux individualisés peut- 
être qu'à Saint-Jean-de-Luz; d'abord ils y furent toujours 
|)lus nombreux. Leur quartier est assez vaste, et ils jouis- 
saient peut-être jadis d'une chapelle, aujourd'hui en ruines, 
la chapelle de Bordegain, que nous avons entendu désigner 
sous le nom de chapelle des Cascarots '. 

Ils sont installés dans le pays depuis au moins le commen- 
cement du XVII*' siècle -. Le premier document qui semble les 
désigner remonte à 1642; c'est un acte de baptême : 

« Anno ut supra (1G42) die 13 octobr. ego Joannes de 
llaristeguy rector hujus ecclesia^ baptizavj infantem natum 
("X Joannem et (-atarina Egiptianis coniugibus cuj impositum 
est nomen Joannis patrini fuerunt Joannis de Haraneder et 
Maria Sorhainder ^ » 

1. Nous donnons cette information sous tontes réserves, d'autant qu'elle 
est en contradiction avec un certain nombre de témoignages que nous avons 
recueillis de la bouche de personnes autorisées. 

2. Rappelons toutefois (juc les arcabols signalés au début du xiv° siècle, à 
ttayoïine. pourraient bien être les ancêtres des cascarots. 

3. Archives de la mairie de Ciboure. 



06 HISTOIRE MÉDICALE 

M. l'abbé Haristoy, qui avant nous avait lu cet acte, 
pensait qu'il s'agissait de cascarots. Nous bésitons à l'ad- 
mettre d'autant que c'est le seul titre de ce genre où le mot 
wgi/'tianus ligure, et que n'y figure pas de nom de famille, 
alors que tous les Cascarots en portaient. 

En i"0;), une ordonnance du maréchal de Montrevel 
chassait tous les IJohéniiens, peuple nomade, qui «iésolail le 
pays. 

Coppie de l'ordonnance de Monseigneur le maréchal de Mon- 
trevel. 

Le maréchal de Montrevel, chevallier des ordres du Roy, lieute- 
nant gênerai pour sa majesté de la province de bourgogne, gou- 
verneur de monroyal, Commandant gênerai en guienne et autres 
pays voisins. 

Sur ce qui nous a été liepiésenté quil y a dans Celte province 
quantité de bohèmes qui commettent des désordres très grands, 
et Volent Impunément par tout, aquoy Voulant Remédier, et 
Empêcher de pareilles Suittes : Nous ordonnons à tous Viccne- 
chaux. Maires, Jurais, Consuls, Scindicqs et Collecteurs des lieux 
de les faire arrestés et de les Conduire bien seurement dans les 
prisons plus prochaines afin de leur faire subir la peine portée par 
les ordonnances du Roy, mesmes les gens qui se trouveront mêlés 
avec Eux et qui les aydent dans leurs Entreprises* faisants très 
expresse deffences a toutes Sortes des personnes de leur donner 
aucune sorte de Retraite, aux mesmes peines et pour que per.-:onne 
ne l'ignore la présente ordonnance sera publiée et affichée par 
tout ou besoin sera a la diligence des dits Maires, Jurats, Consulz, 
Sindicqs et Collecteurs, fait a Rordeaux le premier octobre 1705. 
— Signé a l'original le Maréchal de Montrevel, et plus bas par 
Monseigneur gromal. 

L'original de la présente ordonnance a esté Leue, publiée, et 
affichée En La manière Accoutumée le 9<^ Octobre 1705 2. 

Le Maire, au reçu de cette pièce, répondit : 

Monseigneur, 

.Nous avons Reccu l'ordonnance qu il a pieu à V. Ex'''= de nous 
faire l'honneur de nous envoyer au sujet des Rohemes que nous 
n'avons pas manqué de la faire publier et afficher, nous prenons la 

1. Ces gens qui aidaient les Bohèmes élaient peut-être les cagots. 

2. Archives de la mairie de Saint-Jean-de-Luz, F F 12. 



LES CASCAROTS 97 

liberté de Représenter a Votre Exelence qu'il n'est pas en nostre 
pouvoir de chasser cette triste nation qui ne fait que désoler 
nostre Campagne en y tuant toute sorte de bétail et s'ils sont 
aujourd'huy dans nos terres liuit jours après ils sont dans d'autres 
parroisses et ils font trambler nos paissanes qui n'osent pas 
mesme se plaindre. Sy Vostre Exellance donnoit Un ordre au Scin- 
dicq et au prevot il est seur que nous n'en aurions pas, leur 
déroute dépendant Uniquement de leurs soins tous les pajs seroit 
très oblige a Vostre Exellance et particulièrement nous qui 
sommes avec tout le Respect possible '. 

A Saint Jean de Luz !e 10* octobre 1705. 

Nous ne doutons point que l'ordonnance du Maréchal ne fut 
exécutée quelques jours plus tard. 

Une ordonnance de l'Intendant, dont dépendait le Pays de 
Labourd, fut faite vingt-deux ans plus tard sur le même sujet. 
Les maire et jurats de Saint-Jean-de-Luz, firent remarquer 
à son sujet qu'il fallait distinguer les bohèmes vagabonds 
de ceux qui ne l'étaient pas, et que l'ordonnance ne pouvait 
s'apjdiquer aux seconds. De Lespés de Ilureaux leur répondit 
en ces termes : 

A Bayonne, 11 août 1727. 

Je reçois Messieurs dans ce moment la lettre que vous m'aviés 
l'ait l'honneur de m'écrire, si les particuUiers dont vous me parlés 
ne sont pas de la profession des liohèmes, ie veux dire qu'ils ne 
soient points errants, mais au contraire domicilliés et ayants 
quelque mestiers, que d'ailleurs ils ne retirent point dans leurs 
maisons d'autres Rohémiens ou Bohémiennes, il est certain qu'ils 
ne sont plus dans le cas de l'ord'^ de M. l'Intendant qui m'écrit 
vous avoir envoyé cet ord'"^, la naissance n'est pas rigoureusement 
ce qui fait le Boheïm, mais bien la profession vagabonde, c'est 
donc a vous .Messieurs a examiner si ceux pour qui vous m'écrives 
sont dans le cas, d'eslre domiciliés et establis sans soupçon de mau- 
vaise vie. J'ay l'honneur d'estre très parfaitement Messieurs vostre 
très humble et très obéissant serviteur. 

Signé : De Lespés de Hureaux ^. 

C'était reconnaître en autres termes l'existence du groupe 
des Bohèmes-Cascarots. Mais l'on s'étonnera qu'une modifi- 

1. Archives de la mairie de Saint-Jean-de-Luz. FF 12. 

2. Id. 

Fa Y. ~ 



98 HISTOIRE MÉDICALE 

cation si profonde dans le régime de cette race habituellement 
vagabonde ait été si vite adoptée. Notons pourtant que l'ordon- 
nance de nOo ne paraît i»as avoir été appliquée aux casca- 
rols ({ui habitaient Ciboure dès 1707 et y exerçaient [)0ur la 
plupart le métier de mariniers. 

Le nom de cascarot semble ne pouvoir s'appliquer qu'à 
des descendants de lé{)rcux, à des cagots '. Nous croyons 
même pouvoir aflirmer que, vers la fin du xvu' siècle, les 
Agotac et les Bohémiens, tous deux traités en parias, se 
virent en quelque sorte obligés de vivre dans les mômes lieux 
écartés des villages. La similitude de leur condition, à cette 
époque, fit-elle que des unions s'accomplirent entre eux? 
C'est probable. Les Agotac donnèrent ainsi à leur nouvelle 
famille les quelques avantages dont ils jouissaient, tandis 
que leur race dégénérée trouvait chez les Bohèmes un sang 
nouveau, vigoureux, qui devait imprimer à leurs descendants 
des caractères physiques nouveaux; l'absence du lobule 
de l'oreille très fréquente chez les cascarots serait un des 
stygmates que les Agotac leur transmirent. Cette hypothèse 
est vérifiée par j)lu sieurs faits. La disparition complète des 
Agotac pur sang à Ciboure, est l'un d'entre eux. Autre- 
fois la porte du fond de l'église de cette paroisse, que l'on voit 
sur la façade principale, mais qui fut restaurée il n'y a pas 
bien longtemps, était réservée aux agots. C'est par là que 
[tendant longtemps passaient les cascarots, mais on ne sait 
pas bien de quand date cet usage. Leur bénitier se voyait 
encore scellé au mur il y a environ soixante ans. Comme les 
cagots, les cascarots avaient leur coin de cimetière à Ciboure. 

L'union des Agots et des Bohèmes dut aussi se faire près 
de Saint-Jean-le- Vieux. Le hameau dit de La Madeleine avait 
attiré notre attention par son exiguïté, son nom, sa chapelle, 
son cimetière, sa situation, qui rappelaient étrangement 
certains hameaux de lépreux. Nous apprîmes que ses habi- 
tants étaient traités de Bohémiens. 

Dans une requête des agots au pajte Léon X (1514), 

1. Il faut le rapprocher des mots arcahot (Bayonne, 1309) et cagarot (Tou- 
louse) qui servaient à désigner les cagots. Voir à la V' partie de ce volume 
ce que nous disons du mot cascarot. 



LES CASGAROTS 99 

nous avons appris qu'à Saint-Jean-de-la-Madeleine il y avait 
des agots; ne s'agirait-il pas de la Madeleine de Saint-Jean- 
le-Vieux? 

L'assimilation des cascarots à des cagots mitigés de 
Bohèmes est confirmée par la lecture des registres paroissiaux 
de Saint-.Iean-de-Luz et de Giboure. Il y figure des noms 
de meuniers et de charpentiers qui nous sont connus, comme 
ayant été portés par des Agots dans la région : c'est ainsi 
(juc nous avons relevé le nom de Miguellenna, qui montre 
que son porteur était originaire de Michelenia, hameau 
d'agots près de Saint-Etienne-de-Baigorry. Des agots, surtout 
à Saint-Jean-de-Luz, figurent sans cesse comme parrains ou 
témoins, ou conjoints dans des actes où figurent des Bohé- 
miens; les noms mêmes de ces Bohémiens sont souvent ceux 
de cagots notoirement connus dans les environs. C'est ainsi 
que nous relevons : harosteguyagotd'Arcangue, et harosteguy 
hohème de la Madeleine; Iturbide agot et Iturbide cascarot; 
D'Aguerre agot d'Arhonne et D'Aguerre cascarot; Carrica- 
huru agot et Garricaburu cascarot; Erguy agot de Michelenia 
et Erguy, bohème de la Madeleine, etc. D'autres portaient 
des noms de villes, qui étaient aussi noms de cagots, mais 
n'ont jamais été des centres de bohémiens. Tels sontD'Uhart, 
De Sara (ou Sare), De Gelos, Momas, Bidart, D'Olette, 
Saint-Pée, etc. 

Enfin chez les cascarots il y a des noms bohémiens, tels 
(juc Meharra (de Meharren, quartier général de Bohémiens), 
Maignhar, Navorça. 

La lecture des registres paroissiaux rend ces faits saisis- 
sants, mais, pour tirer de leur étude tout le fruit, il est 
nécessaire de bien connaître les familles agotes de la région; 
(;ette science permet de les distinguer dans les registres où 
le qualificatif charpentier les caractérise insuffisamment, 
tous les charpentiers n'étant points agots. 

En ce qui concerne la Madeleine près Saint-Jean-le- Vieux, 
on peut réj)éter ce (jui vient d'être dit de Saint-Jean-de-Luz 
et de Giboure. On y trouve en effet des noms de cagots et de 
cascarots, ce sont : Arosleguy, Uhalde, Ilirigoien, Ithuralde, 
Erguy, Irribaren, Aguerre, etc. 



1110 HISTOIRE MÉDICALE 

En résumé, nous croyons que les cascarots et les habitants 
de la Madeleine de Saint-Jean constituent une race mitigée de 
Basijues (cagols) et de Bohèmes. Cette race |»rit aux cagots 
son nom, et les quelques avantages de leur condition; elle 
représente la descendance des agots. 



D. — LES CAGOTS SONT-ILS D'ORKHNE ESPAGNOLE? 

Francisque Michel, qui a beaucoup approfondi au point de 
vue historique les théories ethnologiques que nous venons 
d'exposer et de combattre, s'était aperçu de leur insuffisance; 
mais ne connaissant pas encore tous les documents décisifs 
que nous possédons, il ne supposait pas qu'on pût trouver 
ailleurs que dans les derniers représentants d'une race étran- 
gère l'explication de l'ostracisme qui frappait les cagots. Il 
imagina donc une théorie nouvelle basée sur quelques docu- 
ments, et sur beaucoup d'hypothèses. Cet illustre savant dit, 
en eflet, que lorsque Charlemagne eut levé le siège de 
Saragosse, des chrétiens espagnols suivirent l'empereur pour 
se réfugier en Gaule devant l'invasion sarrasine; leur pos- 
térité, ainsi que l'atteste une charte de l'an 812, vécut long- 
temps en Gaule dans un état assez misérable; pour y remé- 
dier, Charlemagne, puis Louis le Débonnaire leur donnèrent 
une constitution et des privilèges. Mais cette constitution 
était mauvaise, et les Espagnols, qu'elle tendait à favo- 
riser, s'en plaignirent bientôt ; aussi fut-elle modifiée. A ces 
faits histori(}uement vrais, Michel a le tort d'ajouter une suite 
d'hypothèses ou il insinue sans preuves que la jalousie régna 
entre les Francs et les Espagnols; ces derniers auraient été 
mis à l'index et confondus avec les Goths ariens qui passaient 
pour lépreux. 

De toutes les hypothèses ethnologiques émises pour expli- 
quer l'origine des cagots, celle de Michel reste, comme l'a 
dit De Rochas, la moins probable. 



UNE QUESTION I) 'ETHNOLOGIE 101 

E. — N'Y A-T-IL AUCUNE DIFFÉRENCE ETHNOGÉNIQUE 
ENTRE LES CAGOTS ET LES HARITANTS DES PAYS 
OU ILS VIVENT? 

La question de la race des Cagots, reprise avec une cer- 
taine autorité par Th. Roussel', puis par Racine-, en 1892, 
mérite d'être examinée de près. Quoique l'argument histo- 
rique s'élève fortement contre toute théorie qui veut voir 
dans les cagots les reliques d'une race jadis envahissante 
puis repoussée, il ne s'ensuit [>as fatalement que la question 
soit définitivement jugée. De très nombreux observateurs 
affirment que nos parias sont de grands blonds, à yeux bleus, 
à peau blanche, et apportent divers arguments pour arriver 
à conclure qu'ils appartiennent à la race des Goths. 

L'enquête doit être poussée dans toutes les régions à 
cagots; on conclura ensuite. 

Au cours de cette enquête, le premier point qui frappe, 
c'est que l'oreille à lobule adhérent, que Guyon considérait 
et que les populations disent encore être un signe de cago- 
terie, est en réalité assez rare chez les cagots. Nous ne l'avons 
guère plus observé chez eux que dans le reste de la popula- 
tion. C'est un signe physique de dégénérescence; il est aussi 
souvent unilatéral que bilatéral; dans le premier cas il con- 
court à l'asymétrie faciale. 

Dans le pays Basque français, que nous avons visité 
presque en entier, la majorité des cagots, comme des Casca- 
rotes, présente le type bohémien, cheveux bruns, peau brune, 
tête ronde; le reste est manifestement basque. 

Dans les Landes, près de Dax, on observe dans la population 
deux types non autochtones. Les uns sont d'aspect arabe, les 
autres sont au contraire blonds, à yeux bleus, et appar- 
tiennent aux races du Nord. Les hameaux qu'ils habitent sont 
isolés, et les hai)itants tiennent à conserver leurs caractères 
par des mariages non croisés. Les cagots de ces hameaux ont, 
comme la population ambiante, les uns le type arabe, les 
autres le type du Nord. 

1. Tli. Roussel, Rull. de l'Acad. de inéd. de Paris, 1892. 

2. Racine, Luchon-Thermal, 1892. 



102 lllSTdlUE MKDICALK 

La grande majorité des cagols béarnais sont béarnais de 
race. Cependant il y en a de blonds et de bruns, des dolycbo- 
céjdialos et des bracbycépbales; c'est un mélange de races 
nuilliplcs. Leurs ancêtres lépreux mis à part, n'ayant pas eu 
le tem|)S ni la possibilité d'uniformiser leur type, ont pour ce 
motif conservé les caractères de telle ou t(dlerace, à ln(pielle 
appartenaientleurs pères. La Vallée d'Aspe, qui |)endant long- 
temps fut le refuge des Sarrasins, a conservé le type de la 
race sarrasine, ainsi que certaines habitudes ou coutumes de 
cachet oriental ; les cagots indigènes y sont de vrais Sarrasins, 
leur lèpre s'appela inal arabe, et un hôpital qui fut fon^lé à 
Somport par Gaston IV et reçut des dotations des rois de 
Hongrie et de Bohème, ouvrait ses portes aux lépreux. 

Ces faits et tant d'autres sont jtropres à faire comprendre 
que les cagots n'ont pas de type ethnique spécial, mais bien 
présentent une grande variété de types comme la population 
au milieu de laquelle ils vivent. C'est la lèpre, et non une 
question de race qui amena la séparation des cagots. 

La lèpre fut introduite dans les Pyrénées dès la |>lus haute 
antiquité. De ce (\ue les Phéniciens, ainsi que les (Irecs, seiB- 
hlenl avoir visité la région des Gaves, il ne s'ensuit pas fata- 
lement qu'ils y aient importé le fléau. La chose est seulement 
possible. Ce qui est certain, et c'est ce qu'il convient de retenir, 
c'est que les invasions gothique et sarrazine, apportèrent dans 
le Sud-Ouest à la fois des types ethniques nouveaux, et une 
recrudescence énorme de la lèpre. Que les lépreux, plus ou 
moins isolés dès le début, aient conservé, plus que la |»opu- 
lation ambiante, les ty[)es des peuples envahisseurs et con- 
taminés, il n'y a |)as là de quoi nous étonner; mais nous ne 
saurions trop nous élever contre des théories qui veulent faire 
de la question des cagots, une question purementethnologique. 



m.— FAUT-IL CONFONDRE 
LES CAGOTS AVEC LES CRÉTINS ET LES GOITREUX. 

Une opinion assez répandue encore est celle qui consiste à 
croire que les cagots doivent être confondus avec les crétins. 



CAGOTS, CRÉTINS ET GOITREUX 103 

Cette erreur, qui a pris naissance à la fin du xvni'' siècle, fut 
mise en lumière par Ramond de Garbonnières. 

Cette fâcheuse habitude des gens de peu d'esprit, (jui 
consiste à copier ce que les autres ont dit, sans se donner la 
peine de vérifier le bien fondé de leurs dires, a fait que 
l'erreur scientifique d'un homme fut répétée et embellie par 
dix autres. Et voilà comment beaucoup s'imaginèrent que les 
cagots sont des crétins. 

L'idée fit des progrès depuis Palassau, qui en 1781 lit 
paraître dans un fort intéressant Essai sur la MinéiYilogie 
des Monts-Pijrénées les quelques lignes qu'on va lire, sur les 
crétins ou goitreux : « Si l'observateur a lieu d'être satisfait 
des points de vue que présentent Barèges et ses environs, 1«> 
jdaisir qu'il éprouve cède bien vite au sentiment de compas- 
sion (jue les habitants inspirent : c'est un spectacle affligeant 
pour une àme sensible de voir la plupart de ces malheureux, 
sujets aux goitres. Cette maladie donne à ceux qui en sont 
attaqués un air de stupidité, d'autant plus remarquable, qu'à 
cette (liflbrmité se joint une articulation peu distincte; ils 
prorjoncent difficilement les mots. La couleur de leur peau, 
livide et basanée, fait encore présumer que la nature a été 
avare i)Our eux du bien précieux de la santé, qu'elle prodigue 

ordinairement aux montagnards Ils sont faiblement animés 

au travail, et paraissent n'avoir d'aptitude que pour le 

repos On observe que l'espèce humaine semble tomber 

dans l'engourdissement, à proportion que le pays <[u"elle 
habite se trouve situé à une plus grande distance de la mer, 
et par conséquent dans les endroits les plus élevés. » Les 
Basques sont agiles, les Béarnais moins lestes. 

« En passant dans les vallées de Bigorre, on apperçoit que 
le peuple commence à s'appesantir, et enfin l'extrémité de la 
vallée de Luchon olîre des êtres tout à fait engourdis, relati- 
vement aux peuples précédents; ils semblent qu'ils se sentent 

de l'antiquité de leur sol Les habitants de la vallée 

d'Aran, et surtout du village de Bosaste, ont une grande 
ressemblance avec ceux des environs de Bagnères '. » 

1. Et^sni sur la )ninéralo(/ie des Monls-Pi/renées par l'A. P., Paris, Stoiipe, 
inip. M.DCC.LXXI, p. 230-231. 



104 HISTOIRE MÉDICALE 

Quelques années plus tard, Hamond de Carbonnières ' 
disait au sujet des liiiiies qu'on vient de lire : « Décrire ces 
malheureux, c'est décrire des Crétins »; et il ajoute : « Ce 
n'est pas seulement dans la vallée de Ludion, où la mendi- 
cité plus commune, offre davantage en spectacle cette 
miséralile portion de l'humanité, c'est encore dans la vallée 
d'Aure, dans celle de Barèges, dans le Béarn et la Navarre, 
que, plus écartés des regards, ces Crétins présentent, dans 
des lieux rarement fréquentés, l'affligeant exemple d'une 
dégradation, d'un assoupissement, dune stupidité, que 
l'imbécillité des Crétins du Valais même ne surpasse point". » 
L'auteur ne veut se rallier, pour expliquer le crétinisme 
pyrénéen, à aucune des opinions émises de son temps, car, 
dit-il, « mon commerce habituel avec le peuple changea 
pour moi la nature de la question, en m 'apprenant que céloit 
dcms la race infortunée des Car/ots, que je trouvois les Crétins 
de la Vallée de Luchon ». 

« Ce fut avec une pudeur dont il me fut difficile de 
triompher que les habitants de cette contrée m'avouèrent que 
leurs vallées renfermoient un certain nombre de familles qui 
de temps immémorial étoient considérées comme faisant 
partie d'une race infâme et maudite; qu'on n'avoit jamais 
compté au nombre des citoyens ceux qui les composent; que 
par tout ils étoient désarmés; et que nulle profession ne leur 
étoit permise, hormis celle de bûcheron ou de charpentier, 
qui en est devenue ignoble comme eux, et dont ils tirèrent 
un de leurs noms, réputé injurieux parce qu'ils le portent, à 
l'égal de celui de Cagots, qui les a toujours désignée » Ce 
rapprochement, Ramond cherche à le justifier par quelques 
faits; mais il n'a|)porte rien de net, rien de précis, dans ses 
preuves, qui n'en sont pas. C'est surtout dans Marca qu'il 
puise le fond des pages où il trace l'histoire des cagots; 
puis il constate que « les conjectures des uns, les fables des 
autres, ont eu longtemps cela de commun, de remonter aux 

1. Ramond de Carbonnières, Obsercations faites dans tes Pyrénées^ Insérées, 
dans une traduction.... Paris, Belin. M.UCC.LXXLII, in-8, p. 204 à 224 el p. 42o. 

2. Id., p. 205. 

3. Id., p. 208. 



GAGOTS, CRÉTINS ET GOITREUX 105. 

époques les plus obscures de notre histoire, et de faire inter- 
venir les ravages de la lèpre' ». Mais, « on ne croira [dus 
que ces malheureux doivent l'existence à des lépreux bannis 
de la société des hommes sains : on a chassé et enfermé les- 
lépreux, mais on ne les a ni vendus, ni légués, ni donnés-. » 
Voilà le gros argument! Il se ressent de l'esprit de cette fin 
du xviu" siècle, trop pressé de condamner tout ce qui avait 
été pensé dans les siècles précédents. Quand donc a-t-on 
vendu, légué, donné, des lépreux? Nous ne connaissons sur 
ce point que l'opinion de Marca concernant Auriol Donat, 
cagot, (|ui est cité dans le Garlulaire de Luc; encore est-ce 
une erreur de traduction et une erreur d'interprétation qui 
ont fait croire à l'état de servitude de ce malheureux \ Vrai- 
ment c'est peu de chose. Pour expliquer le crétinisme des 
cagots, Ramond pense qu'ils descendent des Goths, qui 
étaient Ariens : « C'est sous des traits avilis par douze cents 
ans de misères, que les derniers restes de la lierté gothique 
sont ensevelis. Un teint livide, des difformités, les stigmates 
de ces maladies que produit l'altération héréditaire des 
humeurs; voilà ce qui, seul, distingue la postérité d'un, 
peuple de conquérants; voilà ce qui a tout effacé, hormis, 
peut-être, quelques traces d'une structure étrangère que la 

dégradation de l'espèce n'a pu entièrement détruire » Mais 

il ne nous dit pas quelle est cette structure, ces « traits carac- 
téristiques qui ne cèdent qu'au mélange des races, et non à 
leur infortune ». 

On comprend mal comment une théorie, si incomplètement 
défendue et exposée, ait pu avoir un succès considérable. La 
renommée de l'homme qui la lançait était grande sans doute, 
mais ne sont-ce pas [dutôt sa grande éloquence et ses ten- 
dances philosoj)hi(pies (|ui plurent aux esprits de son temps. 



1. Cela n'a point emprché Uaniond de dire que la lèpre avait fait dégé- 
nérer la lymiihe des cagots, et qne de cette dégénération est né le critinisnie. 
Fodéré ne put s'empêcher plus tard de plaisanter cette « luétamorpliose 
singulière ». 

2. Rainond, loc. cit., [>. 212. 

3. Voir plus haut. Nous avons déjà longuement parle du document visé par 
cet auteur, p. G et 1. Voir aussi divers passa^'<'s de notre ciiapitre juridique,. 
en particulier p. 218. 



106 HISTOIUE MEDICALK 

Nous pensons toutefois (|uo lidée que Rainond défend, com- 
ment^ait alors à se dévelo|>|)ei' dans les Pyrénées, nous ne 
savons sous quelle impulsion ; car il est curieux de noter qu'en 
cette même année 4789 un anonyme, que Fr. Michel croit se 
nommer Picquet', défendit la môme théorie, mais avec 
(|uelle iiinoranco! Dans son livre cet auteur paraît bien plus 
préoccupé de faire profession de foi révolutionnaire (|u\cuvre 
de savant et de criticjue. Travail sans intérêt qui mérite à 
peine d'être cité. 

En 1794 Dusaulx^ présente roj)inion de Ramond comme le 
dernier mot de la Science. 

Puis Fodéré ^ dans son important travail sur le goitre et le 
crétinisme, montre que les idées de Ramond ont trouvé 
quelque crédit aujtrès de lui, car parlant des cagots il dit : 

« 1/habitude qu'ont ces familles de ne s'allier qu'entre 
elles, a contribué puissamment à perpétuer cette maladie » 
{le crétinisme). Pour lui, la cause de cette atîection se trouve 
dans l'atmosphère chaude et humide des vallées pyré- 
néennes. « Quant aux maladies de la peau, elles accom|)ag-nent 
dans beaucoup de vallées le g"oitre et le crétinisme, parce 
qu'ils sont nourris par la même cause. » 

Une opinion qui a pris comme un feu de paille, ne s'éteint 
pas toujours facilement, et quoique dès 1810 Gréj^oire, ancien 
évêfjue de Blois, ait réfuté avec soin Ramond*, des hommes 
d'une autorité incontestée, tout en ne disant plus que les 



1. Vo>jar/e aux Pyrénées françaises, etc.. par J.-P.-P. On .juffera de l'auteur 
à cette phrase : « L'archevêque .Marca, né à Gand en Béarn, auteur d'une 
histoire insignifiante de son pays, a donné une grande preuve d'ignorance 
en faisant descendre les crétins, gegistains de l'hchreu Giezi, serviteur 
d'Elisée et frappé •• de la lèpre ». Suit une tirade anticléricale dans le goût 
de l'époque. 

2. Dusaulx, Voijar/e à Bar^r/es et dans les Hautes-Pj/rénées, fait en i'flU, 
Paris. Didot jeune. M.DCC.XCVl, 2 vol. in-8, t. II, p. 11-12. 

3. Fodéré, Traité du goitre et du crétinisme précédé d'un discours sur l'in- 
fluence de Vair humide sur Centendement humain, Paris, Bernard. Germinal 
an VIII, in-S, p. 19:i-196. 

4. Grégoire (Henri), Rechcches sur les Oiseliers, les Coliherts, les Cagous, 
les Gahets, les Cagots, etc. Mémoire lu à l'Institut en 1810 (inédit). Le manu- 
scrit, en la possession de la famille Carnot, a été traduit en allemand par 
Lindenau, et résumé par Ginguené. in : Extrait des travaux de la classe 
d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut, M(if/asi7i enojclopédir/ue, 
t. IV, août, 1810, p. 2.Ï1-2.Ï7. 



CAGOTS, CRÉTINS ET GOITREUX 107 

cagots sont des crétins, donnent cependant dans leurs écrits 
l'impression qu'ils ne désapprouvent pas de front cette 
théorie. Ce sont (lérard-Marchant (le père) et Esquirol. 

Gérard-Marchant ' n'a guère fait dans sa thèse de 4842 
que répéter les documents concernant les crétins qu'il avait 
recueillis pour Es(}iiirol. Ce dernier avait fait paraître en 1838 
un article sur l'idiotie qui se termine par des considérations 
sur les cagots-. Il les regarde un peu comme crétins et voit 
en eux « une preuve des déplorables effets de la misère, du 
mépris, et de l'ignorance sur l'intelligence humaine ». Du 
reste il s'insj)ire presque uniquement de l'œuvre de Ramond. 

Depuis la vigoureuse réfutation du D'Auzouy^ cette théorie 
a perdu ses derniers partisans, et quoiqu'on en rencontre 
parfois de loin en loin, et même dans les Pyrénées, on peut 
dire qu'aujourd'hui les idées de Ramond ont cessé de vivre. 

1. Gérard-Marclianl, Observa lionf faites dans les Pyrénées pour seruir à 
lélnde du crélinisme. Thèse de doctorat en médecine de Paris, Paris, 
Ripnoux. 1842. 

2. Ksciuiroi. Des maladies mentales, considérées sous les rapports médical- 
hijriicnifjue et médico-légal, Paris, Bailiière, 1838, t. II, p. 370-373. 

3. Auzouy, Les Crétins et les Gagols, Annales médico-psyclwlogiques, 4'' s., 
l. IX, janvier, 1867, p. 1-31. 



DEUXIEiME PARTIE 



HISTOIRE DES CAGOTS 

Nous exposerons ici l'histoire des cagots en nous basant 
presque exclusivement sur les documents figurant dans nos 
Pièces justificatives; ne donnant, pour ainsi dire, aucun déve- 
loppement aux questions de droit civil, mais en nous atta- 
chant avant tout à la succession historique des faits. Cette 
partie aura donc quelque ressemblance avec ce qui a été écrit 
avant nous par les historiens des cagots. Nous suivrons pour 
l'exposition des faits l'ordre très rationnel qu'avait adopté 
Y. de Rochas, ordre qui d'ailleurs nous a guidé dans la clas- 
sification de nos documents. Nous diviserons le sujet en trois 
chapitres : 

I. Les Gahets de Bordeaux et du Ressort du Parlenioil de 
Bordeaux; 

II. Les Cagots de Béarn et Navarre; 

III. Les Cafjots du Languedoc. 

Nous n'étudierons pas les Agots de la Navarre espagnole, 
car leur histoire n'entre pas dans le cadre que nous nous 
sommes proposé. Cependant pour permettre au lecteur de 
juger un peu la situation des agots espagnols, nous avons 
transcrit ou résumé aux pièces justificatives les documents 
les plus intéressants les concernant. Pour le reste noiis 
ne pouvons que renvoyer aux pag-es que F. Michel leur a 
consacrées. 



CHAPITRE I 

LES GAHETS DE BORDEAUX ET DU RESSORT 
DU PARLEMENT DE BORDEAUX 

I. — AVANT 1462 

On sait qu'en 1462 fut créé le Parlement de Bordeaux. 
Celte cour devait étendre son ressort à un certain nombre de 
j)rovinces et de villes qui jusqu'alors jouissaient de leur 
autonomie. C'est pourquoi nous étudierons individuellement 
ces villes et ces provinces, avant la création du Parlement. 

Bordeaux'. — Dès le xni" siècle, Bordeaux, l'une des 
villes les plus importantes de l'ancienne France, avait ses 
(jaJiPU. La première mention qu'on en trouve remonte au 
14 novembre 1287. A cette date, dans le testament de noble 
dame Rose de Bourg-, dame de Vayres, veuve d'Ayquem 
Wilhem, seigneur de Lesparre, figure un legs de vingt sous 
aux fjaffets de Bordeaux. Quelques années plus tard, les 
« f/aherlz de Bordeu » bénéficiaient d'un legs de cinquante 
sous, fait par Pierre Amanieu, ca])tal de Buch, le 7 mai 1300. 
Puis le 13 mai 1309, Assahilde de Bordeaux faisait un testa- 
ment laissant soixante sous à la communauté de gaffets de 
Bordeaux. Ce testament ne fut pas exécuté, puisque dix-neuf 
ans plus tard (3 avril 1328), la même dame rédigeait un nou- 
veau testament, où les tjuafetz de Bordeaux figurent pour dix 
livres, et ceux des honneurs de Benauge, Castillon et Cas- 
telnau de Médoc, pour la même somme. 

1. Voir Pifces juslilicatives, N"' 3i à 38. 



LES GAHETS UE BORDEAUX Hl 

Il faut retenir du testament de 1309, qu'à Bordeaux les 
gahets vivaient en commun'. Il est possible d'assimiler leur 
résidence à ces villages-léproseries, assez répandus en 
France, comprenant une chapelle (Saint-Nicolas-de-Graves) 
et peut être aussi un hôpital-. Le terme « enclos des Gahets » 
employé par Baurein, au sujet de la fondation de cette lépro- 
serie (xnf siècle), confirme d'ailleurs notre opinion. 

En 1328 encore, il y eut de grandes exécutions de gahets, 
si nous en crovons le Livre des coutumes de Bordeaux. 11 est 
possible que ces exécutions aient un rapport avec la grave 
affaire d'empoisonnement des sources qui avait éclaté en 
1320. Cependant la justice étant assez expéditive au moyen 
âge, un doute peut rester dans l'esprit quant à l'interprétation 
du fait que nous signalons. 

Il est presque certain que les gahets étaient chassés de la 
ville, et n'avaient qu'exceptionnellement le droit d'y entrer 
pour faire des quêtes. Enfin on sait que le hameau des 
Gahets s'étendait dès le xin" siècle autour de l'église Saint- 
Nicolas-de-Graves, dans l'archiprêtré de Cernes, et que les 
terres sur lesquelles il s'élevait, dépendaient du chapitre de 
Saint-André de Bordeaux, auquel les gahets versait un cens de 
IV deniers. En 4427 la redevance des « lépreux de Bordeaux », 
pour l'église Saint-Nicolas et les vignes qui l'entouraient, 
s'élevait à 16 sous. 

Quoiqu'il n'y ait pas eu à Bordeaux, avant 1462, de règle- 
ments spéciaux concernant les gahets, il est probable qu'ils 
vivaient soumis aux mêmes coutumes que celles que nous 
trouvons en usage dans d'autres villes de la région, tels le 
Mas-d'Agenais et Marmande. 

Le Mas-d"Agenais '\ — Les coutumes de cette ville 
(1388) sont intéressantes, en ce qui concerne les gahets, parce 
qu'elles visent deux points qui ont peu préoccupé les autres 
villes de Guyenne et de Gascogne. Elles furent rédigées avec 



1. .. Au commun deux fjaffels » (1309), « A loi lo communal deh (iua/'clz de 
liordeu » (1328). 

2. Dans les plus anciens plans de Bordeaux on voit au quartier des gahets, 
figuré le bâtiment ou hôpital des gahets. 

3. P. J. N" 0. 



112 HISTOIRE DES CAGOTS 

cette préoccupation, que c'est par les aliments que se transmet 
la lèpre; aussi (iéfondent-elles crachoter bestiaux et .volailles 
aux gaHets, et de louer ceux-ci pour les vendani^es, le tout 
sous peine d'amendes. 

Ces règlements contiennent implicitement la défense aux 
gahets d'être bouchers; pareille chose ne doit pas nous 
étonner, car ce métier était partout interdit aux lépreux, et 
^n plusieurs lieux on interdisait même la vente d'animaux 
nourris chez les lépreux. Ainsi dans les règlements donnés, 
•en i3G2, aux bouchers de la montagne Sainte-Geneviève à 
Paris cette dernière défense était spécifiée. 

L'article 34 de la coutume du Mas, dit qu'on n'est pas tenu 
de rendre au gaffet ceux de ses animaux, que l'on trouve 
errant sur les terres voisines. 

Condom'. — La coutume du Condom, applicable à tout 
le Condommois, ne contient qu'un article sur les fjafedz, 
article curieux en ceci qu'il éclaire le sens d'autres coutumes 
locales telles que celles de Mont-de-Marsan ou de Saint-Sever. 

« Tout boucher qui vend, en la ville de Condom, de la 
riantle de boucherie provenant de bêtes mortes naturellement, 
ou de la truie pour du porc, de la brebis ou de la chèvre au 
lieu de mouton, ou d'autres viandes mauvaises, au su du sei- 
gneur ou des consuls, paiera 30 sous de bons morlaas ou 
peine arbitraire, et la viande sera donnée aux gafedz. » Si nous 
.parcourons la coutume de Mont-de-Marsan, par exemple, nous 
lisons que pareilles viandes « seront données à Dieu », ces 
deux textes s'éclairent. On serait tenté de voir dans la cou- 
tume de Condom un signe de mépris pour les gafets; alors 
qu'en réalité il n'y faut voir qu'une aumône forcée. Les 
lépreux étant considérés comme appartenant à l'Eglise, et dès 
lors choses pies, nous pouvons voir un sens tout à fait iden- 
tique dans ces deux locutions : « seront données à Dieu », et 
« sera donnée aux gafedz ». L'usage de donner des viandes 
saisies ou de mauvaise qualité aux pauvres et aux malades 
pourrait répugner à notre sensibilité, et pourtant c'est une 
règle souvent observée même de nos jours. Ainsi, en Espagne, 

1. P. J. N" 7. 



LES GAHETS DE MARMANDE 113 

les taureaux sont débités aux pauvres et aux hôpitaux; en 
France même, malgré les lois protectrices de l'hygiène, il 
serait aisé de trouver des exemples analogues. 

Marmande ' . — Il est permis de croire qu'avant 1396, 
date de la rédaction des coutumes de cette ville, les gafîets 
avaient eu de nombreux démêlés avec les autorités de Mar- 
mande; les coutumes anciennes, en effet, répondaient presque 
toujours à des besoins locaux; c'est ce qui explique la rédac- 
tion des articles si spéciaux de certains coutumiers, con- 
trastant avec l'absence de règlements ayant une portée plus 
générale, mais dont la rédaction paraissait inutile du moment 
011 ils n'avaient pas à régler de différend sur des points unani- 
mement adoptés par l'usage. A cet égard les coutumes de 
Condom, du Mas-d'Agenais, et les constitutions de Dax offrent 
des exemples caractéristiques. 

A Marmande, nous connaissons le tableau de la vie du 
galï'et; ses traits principaux sont ceux-là mêmes que nous 
retrouverons en Béarn. Les galTets étaient chassés hors la 
ville (ainsi en était-il à Bordeaux, Bayonne, Toulouse, et en 
général dans toutes les villes enceintes de murs); ils n'y 
pouvaient pénétrer que munis d'un signal de drap rouge visi- 
blement fixé sur la poitrine; le stationnement dans la ville 
était interdit, sauf les jours de fête et le lundi matin, ou devant 
l'église des Frères mineurs, là on leur permettait, suivant un 
vieil usage, de quêter assis sur le bord du mur d'enclos; ils 
devaient aller les pieds chaussés, car le contact de leurs tégu- 
ments pouvait souiller les routes, et lorsque quelqu'un les 
croisait, ils devaient s'écarter jusqu'après le [lassage de 
létranger. Ce dernier usage était observé un peu partout, 
nous avons même lu qu'en certains lieux le lépreux devait 
être ganté pour s'a()puyer contre les maisons et faire la place 
aux passants dans les rues étroites. 

La vie commune, la conversation des hommes leur étaient 
interdites puisqu'ils ne pouvaient entrer dans les tavernes pour 
vendre, acheter, ou boire du vin. Comme au Mas-d'Agenais 
le métier de boucher leur était fermé. Entin, ils ne pouvaient 

I. P. J. N"8. 

Fav. 8 



m HISTOIHE DKS CAiiOTS 

faire de riiuilc <le noix, ni lioireaiix fontaines publiques. Per- 
sonne ne pouvait les toucher. Toutes ces défenses étaient 
sanctionnées par des |)eines, soit amendes, soit confiscations. 

Dax'. — A Dax et le pays de Maremne, les lépreux 
paraissent avoir été assez longtemps soumis à la seule juri- 
diction de l'Evécjue; c'est du moins ce qu'on peut déduire des 
documents antérieurs à 14G2 que nous possédons sur ce 
pays. 

En 1321, le duc d'Alhret ayant fait condamner des lépreux, 
probablement à propos de l'affaire d'empoisonnement des 
sources, l'Evêque de Dax manifesta de son mécontentement, 
jugeant qu'il y avait là atteinte à ses droits. Aussi, pour 
prouver jusqu'où allait son autorité, ce dernier fit-il arrêter 
tous les lépreux de Maremne. On ignore quelle fut la sen- 
tence arbitrale qui clôt cette affaire, mais on peut admettre 
qu'elle fut calquée sur les usages reçus au sujet des clercs, 
c'est-à-dire que l'Evêque ne garda pas les droits exclusifs de 
justicier dans toute affaire où figurait un lépreux, he Livre des 
Coutumes du Dax (xiv" siècle) est favorable à cette thèse, car, 
réglant la question des saisies mobiliaires, il reconnaît au 
cagot le droit de saisir un laïc, conformément au for du sei- 
gneur, auquel le cagot n'appartenait j)ouitant pas. 

Ces coutumes définissent en outre le mot lépreux comme 
terme injurieux, j)assible d'amende. C'est là un fait très 
commun. Les mots caf/ot, cassât, gafo, étaient considérés de 
même, ainsi (|ue de nombreux documents le prouvent. 
De même (ju'à Marmande, à Dax le lépreux ne pouvait 
vendre ni acheter de vin. 

Enfin les constitutions de 4 401 règlent la question des 
successions des car/ois. Ce point sera étudié dans la troisième 
partie de cet ouvrage. 

Saint-Sever. — Quelques documents antérieurs à 1462 
nous apprennent qu'en 1430 de nombreuses familles decagots 
habitaient sur les terres de l'abbaye de Saint-Sever, à laquelle 
ils payaient une redevance minime. Leurs noms sont Maître 
Pes, Maître Bertran, les héritiers de Jean. Des documents de 

1. P. J. V 13, 14 el 181. 



RESSORT UU PARLEMENT DE BORDEAUX 115 

1430 et 1446 montrent l'hérédité et le partage des biens ' des 
cag-ots, dont pourtant la propriété appartenait à une abbaye, 
dont ils dépendaient comme fermiers, avec des beaux uniment 
emphytéotes. 

Bayonne. — En 1266 les cagots figurent parmi les censi- 
taires de Sainte-Marie, et habitent un quartier situé hors la 
ville, le quartier Saint-Léon. Ils ne pouvaient rester dans 
Bayonne, ainsi que le prouvent deux règlements de police, de 
1315 et 1319, où ils figurent sous le nom (Yarcahots et peut- 
être aussi (ï ischaure/l/iatz. Ces règlements eurent leur pen- 
dant à Bordeaux en looo, ainsi qu'à Mont-de-Marsan, dont le 
coutumier porte : « Est permis ausditz Maire et Jurats, pour 
la conservation de la santé de la dite ville, ou pour le repos 
et tranquillité d'icelle, expeller f/ens contagieux, vaga- 
bonds, etc. » 



11. — DE 1462 AU DÉBUT DU XVII SIÈCLE 
PÉRIODE TRADITIONNELLE 

C'est à Louis XI que nous devons la création du Parlement 
de Bordeaux. Cette cour s'est plus que toute autre occupée 
des cagots, }>arce que sur toute l'étendue de son ressort ces 
malheureux étaient en grand nombre, et certainement aussi 
parce que la condition des cagots n'était réglée pour la plus 
grande partie de ce ressort que par des usages anciens, 
transmis le plus souvent par la seule tradition, et non par 
des lois ou des règlements; Marmande et Dax étaient seuls à 
avoir rédigé des coutumes un peu explicites sur le sujet qui 
nous intéresse. Il convient aussi de remarquer que Bordeaux 
d'une part, la Soûle et le Labourd d'autre, sont presque seuls 
à figurer dans les contestations ou les procès dont nous nous 
occuperons ici. 

Le premier document ([ue nous ayons à signaler est une 
ordonnance du sénéchal de Périgord-, dont l'importance est 



1. Les pièces en question figurent à la Topo^rraphie, au mol Saiiil-Si'ver. 
•2. P. J. N" 29. 



116 IllSÏUlIŒ DES CAGOTS 

considérable vu les nombreux faits qui y sont révélés (12 nov. 
1480). On avait exposé à Loys Sorbier, sénéchal, qu'il y avait 
en Périgord de nombreux lépreux et (ju'il serait utile de leur 
donner la (diasse et de les faire examiner par des médecins 
experts, sur le rapport desquels on séparerait ces malades 
d'avec les sains. Une commission médicale fut donc nommée 
composée de deux médecins, André Houlx et Pierre de Por- 
teria, et de deux chirurgiens, Jean Rougier et Jean Martin, 
assistés d'un notaire. Cette commission fut chargée de « donner 
regard et visita tion sur toutes personnes infectées de ladrerie 

ou suspecte d'icelle maladie et de les faire séparei' de la 

consortc et conversation des sains, et de les faire aller et mectre 
et colloquer es ladreries publicques ou autres maisons séparées 
des r/eïis saines, selon la (jnalité et condition des personnes, 
comme verront au cas appartenir ». On voit nettement ici la 
distinction entre les gahets et les lépreux dont la condition 
était différente; le gahet, lépreux héréditaire, jouissait d'une 
condition définie par l'usage, dont la présente ordonnance 
indique deux caractères, à savoir qu'ils sont séparés du consor- 
tium et de la conversation des personnes saines, et qu'ils 
doivent vivre dans des maisons séparées qui ne sont pas des 
léproseries, ces derniers établissements étant réservés aux 
gens ayant une autre condition. Ces détails sont conformes à 
tout ce que l'on sait des cagots dans les autres provinces. 

Quoique le Périgord dépendît du Parlement de Bor- 
deaux, nous ne traiterons plus ici de cette province, qui sort 
du cadre départemental que nous nous sommes fixé. Nous 
avons cependant voulu citer ce document qui présente un cer- 
tain intérêt pour notre sujet. 

La grande immigration des juifs portugais marque le début 
de la période que nous étudions maintenant. Elle se produisit 
dès la promulgation de l'édit de Louis XI (fév. 1474) permet- 
tant aux étrangers, exception faite pour les Anglais, de s'ins- 
taller cà Bordeaux afin d'en accroître la population. Les grandes 
persécutions contre les israélites avaient délivré la France de 
cette race au xiv" siècle. Les Templiers dans les derniers temps 
étaient envahis par les juifs qui accaparaient les fortunes; 
la dissolution de l'Ordre et les massacres de 1320 et 1321 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 11"; 

avaient fait fuir Israël; mais la France, pays riche et com- 
merçant, restait enviée et enviable à ceux qui s'étaient réfu- 
giés de l'autre côté des Pyrénées. En Portugal, la vie leur 
étant devenue difficile, les juifs revinrent en France par 
Bayonne et Bordeaux dont le commerce était florissant. Sous 
les dehors d'une conversion intéressée, on pouvait se faire 
ouvrir les portes de ces villes; c'est ce qui arriva. 

Bordeaux d'abord, puis Bayonne connurent les Nouveaux 
Chréliens, nom qui stigmatisa de suite ces juifs portugais, qui 
si habilement avaient tourné la loi. Il est possible qu'ils 
apportèrent avec eux un nouveau contingent de lèpre; il est 
possible aussi que l'affaire de 1320 n'était pas oubliée et que 
le peuple citait sans cesse, côte à côte, juifs et lépreux; peut- 
être enfin les anciens usages, qui voulaient que ces deux classes 
de parias portassent un signal, étaient-ils encore dans toutes les 
mémoires; toujours est-il qu'une confusion s'établit, facilitée 
par la similitude des noms de nouveaux chrétiens donné aux 
juifs et de chrétiens porté par les gahets. En 1552 ou mieux 
en 1555, si nous en croyons Darnal et Bernardau, un règle- 
ment de police, dont le texte nous est fourni par ce dernier 
auteur', affirme cette confusion en disant qu' « aucun de ceux 
(ju'on nomme Nouveaux Chrétiens ou gahets ne pourra sortir 
hors de leurs maisons, ni entrer dans la ville sinon qu'ils 
portent une enseigne de drap rouge cousue au devant de leur 

poitrine et qu'ils n'aient les pieds chaussés » Ce règlement 

ne visait certainement pas les juifs, ainsi que le prouvent la 
note que J. Darnal lui consacre et la rédaction nouvelle qui en 
fut faite en 1573 -; il formule seulement des usages qui étaient 
habituellement reçus dans toute la France, et que d'ailleurs 
nous avons déjà vus exprimés dans les coutumes de Mar- 
mande. 

Vers la même époque, en 1577, les ordonnances pour 



1. Nous croyons utile d'avi'i'lir \v lecteur que le texte cité pnr Rernanlan 
ne présente pas toutes les garanties d'authenticité, cet auteur ayant négligé 
d'indiquei' sa source, et ses écrits ne faisant pas autorité. Nous admettons 
cependant que la réilaction qu'il indique est pr(d)al)lenient correcte, quoi- 
que l'ortliograplie employée ne soit pas celle d'une pièce du milieu «lu 
xvi" siècle. — P. J. N° 44. 

2. P. J. N» 46. 



118 HISTOIRE DES CAGOTS 

« f Elatdes Pâtissiers » àBonleaux, définissent que ne pourront 
être pâtissiers ou rôtisseurs, les léprenx', r/aliets, ou malades 
de quehjue autre maladie contag-ieuse '. Les pâtissiers et hou- 
laniiers étaient habituellement en bons termes avec les lépro- 
series auxquelles, comme à Paris, ils donnaient beaucoup. 
Dans la capitale on recevait aisénnent les boulangers lépreux 
dans les maladreries, si bien (ju'on n'a cessé de considérer 
comme un fait exceptionnel les difficultés qui intervinrent en 
1390 et amenèrent une sentence du prévôt, datée du 15 mai, 
condamnant le prieur de Saint-Lazare à recevoir un boulanger 
malade. Pareille difficulté ne se présenta pas à Bordeaux, 
quand en 1520 un certain Jacquenau, pâtissier, fut arrêté 
comme lépreux, et conduit à Agouillis, après examen fait par 
médecins et barbiers '. 

Jusqu'ici le Parlement de Bordeaux n'avait pas eu à se [»ro- 
noncer sur les gahets. C'est le 5 mai 1578 que sur la requête 
de Jacques Laligne, habitant de Casteljaloux, le Parlement 
eut à décider, pour la première fois, si les caf/ots ou gahels 
devaient continuer à porter en leur poitrine le signe du pied 
de guid qui permettait de les reconnaître et « d'obvier à la 
contagion », Les règlements de Bordeaux in Huèrent sans 
doute sur l'arrêt, car il fut conforme à la prière du requérant. 
La Cour ordonna, à peine de mille escus, aux officiers et con- 
suls de Casteljaloux de policer ladres et gahets de leur ville 
et juridiction; puis, allant plus loin que ne le demandait la 
requête, elle fit une distinction que nécessitait la condition 
des personnes, spécifiant qu'on fera porter aux cfu/ots et 
gahets la marque traditionnelle, et aux ladres les cliquettes, à 
peine du fouet. L'arrêt était applicable à tout le ressort, ainsi 
que le fait entendre une note des Statuts de Bordeaux. Il en 
fut de même de l'arrêt du 12 août 1581, concernant spéciale- 
ment Capbreton. 

Les Statuts imprimés à Bordeaux en 1593, mais réunis dès 
1592, confirmèrent les dispositions des précédents arrêts \ 

A Capbreton, il y avait des cagots dès 1506. Ils habitaient 

1. P. h N" 45. 

2. P. J. N<" 40 et 41. 
• 3. P. J. N" 47. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 119 

presque tous à la Pointe des Gahets, sorte de cap limité par 
un bras de mer, aujourd'hui représenté par l'étang: de la Pointe 
et le ruisseau de Boudigan d'une part, et par la rivière de 
Bouret, d'autre. Un grand procès eut lieu en 1574 contre les 
agots de cette localité, tendant à leur interdire le port des 
armes et le padouensage commun, c'est-à-dire, le droit de 
pacage sur les territoires communaux. Les jurats firent acte 
portant charge de poursuivre le procès. Alors une requête fut 
adressée au sénéchal de Guyenne par lesagots, pour demander 
une enquête sur le démolissement du bâtiment des agots, bel 
édifice sans doute, dont la haine populaire n'avait pu sup- 
porter l'existence'. Comment l'affaire se termina-t-elle? Cer- 
tainement au désavantage des agots. 

Les esprits étaient encore aigris par le procès quand on eut 
connaissance de l'arrêt de 1578. Etienne de Laudoir, habitant 
de Capbreton, ne tarda pas à se prévaloir de cet arrêt pour 
réclamer une sentence analogue pour sa ville, et demander 
en outre l'interdiction pour les gahets de toucher aux vivres 
exposés dans les marchés. L'arrêt prononcé en réponse à 
cette requête, et daté du 12 août 1581 , ordonna aux officiers et 
jurats de Capbreton, sous peine de mille écus et privation de 
h'urs états, de policer les cagots et gahets de la Punte et de 
la juridiction de Capbreton, leurs femmes et leurs enfants, de 
leur faire porter le signe du j)ied d'oie et de leur permettre de 
ne toucher qu'aux vivres qu'ils voudraient acheter; le tout à 
peine du fouet ou autres peines que de droit. L'arrêt fut 
signifié plusieurs mois plus tard, en 1582. La pièce qui jus- 
tifie de cette signification nous fait connaître les noms des 
cagots de Capbreton : Saubat Menjon, autre Menjon, Ber- 
tranon, Mingot Colas et autre Colas, Saubat Biroucq de Saint- 
Jehan, Arnault Guilhem, Menjon Peyraton, Pierre et Jhanon 
Dongius, Jehan Desbarry dit l'Homme, Jehan Desbarry dit 
Pachon, Eslienne Saubaton, et Arnaulton Ducasso". 

1. Pour li's pièces coiiccrnaiit ces difrérciits i)i)iiils, voir à la partit' topogra- 
piiiquf : Cap/ii-eton (Lamles). 

2. Ces noms sont précieux ;i connaitre, car ils fixent à quatorze le 
nombre des ffimiiles de ffahels de la Punte. Les Menjon ou Menjou sont fort 
connus dans les Basses-Pyrénéfs, c'est une famille di- cagxils très répamlue. 
Les Birouc(4 de Saint-Jehan descendent des Saint-Jehan qui constituaient 



120 HISTOIRE DES CAGOTS 

Dix ans plus tard ', c'est Espelette qui eut recours au Parle- 
ment, auquel une requête fut adressée par les abbé (maire) et 
jurais de la ville. Celle requête, visiblement inspirée des arrêts 
de i578 et 1581, ne se contenta plus de réclamer ce que Cap- 
breton avait obtenu, elle ajouta qu'il fallait défendre aux cagots 
de la paroisse et des environs daller à l'oUrande avec les autres 
paroissiens. Cette pièce fut présentée le 9 décembre 1592 au 
Parlement, ainsi que deux requêtes réclamant Tintérinement 
des précédents arrêts. Il y fut répondu deux jours plus tard 
par un arrêt, donnant satisfaction aux requérants et menaçant 
les cag^ots de peines graves au cas de contravention, c'est-à- 
dire du fouet, de l'exil, et d'interdiction de séjour dans la juri- 
diction d'Espelette. Cet arrêt élait applicable à tout le ressort 
de la Cour. 

Cela n'empêcha pas, quelques mois plus tard, Saubat Dar- 
moise, notaire et syndic deLabourd, d'adresser une nouvelle 
requête au Parlement. Non seulement il y demandait que les 
cagots de Labourd portassent le signal rouge, qu'on leur 
interdît de toucher aux viandes et autres vivres exposés en 
vente, et d'aller à l'offrande, mais encore il voulait que ces 
malheureux ne touchassent plus à l'eau bénite, à peine du 
fouet et d'être exilés et chassés du bailliag"e. L'arrêt du 
20 mai 1593 donna satisfaction à la requête en termes qui 
méritent de nous arrêter : 

« Les cagots et gahets résidants au bailiage de Labourd, et 
lieux circonvoisins, leurs femmes et enfants, prendront sur 
leurs accoutrements et poitrines un signal rouge en forme de 
pied de guid, pour être discernés, distincts, et séparés du reste 
du peuple; et la Cour leur défend de toucher dorénavant 
aucuns vivres, qui se débitent aux marchés et places publiques, 
sauf ceux qui leur seront baillés, et délivrés par ceux qui les 



deux foyers en 1506 à Capl)reton et à la Punie; cette famille est assez connue, 
on la trouve vers la même époque à Aybar. Les Ducasso sont aussi fort 
répandus parmi les cagots. P. J. N"' 50 et 51. 

1. C'est vers cette époque (1589) que survinrent, à Cazères, des troubles 
graves au sujet d'un cagol condamné sur le soupçon où on le tenait d'avoir 
jeté un sort sur un haiiilant de la race pure. Celte curieuse affaire n'a qu'un 
intérêt secondaire; on la trouvera à la Topographis. an mot Cazères-sur- 
/'vlrfour (Landes). 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 121 

débitent; quant aux ladres, s'il ij en a encore, ils porteront les 
cliquettes. La Cour défend en outre auxdits cagots et lépreux 
d'aller à l'offrande avec les autres habitants aux églises, et de 
toucher de leurs mains l'eau bénite, au lieu oii les hahitans 
ont coutume de la prendre '. » 

Remarquons tout d'abord que c'est la seconde fois oij, à une 
requête Avisant les cagots, le Parlement répond par un arrêt 
où l'on distingue cagots et ladres; ici il va jusqu'à laisser 
entendre qu'il pense que les cagots sont les seuls lépreux du 
Labourd, car parlant des ladres il dit : « si avans en y « », 
« s'il y en a encore ». Bien plus, il nous donne à penser que 
les ladres ne sont pas reclus puisqu'il les considère entrant à 
l'église commune'. Le signe du pied d'oie servait, est-il dit 
encore, à reconnaître et à séparer les cagots; ils vivaient donc 
séparés. Enfin, en ce qui concerne l'eau bénite, le Parlement 
spécifie que cagots et lépreux ne la prendront plus dans le 
bénitier commun. C'est alors seulement que dans les églises 
apparurent les bénitiers de cagots et certainement aussi les 
portes auxquelles ces bénitiers étaientannexés. Ce qui tendrait 
à le prouver, ce sont les rares dates qui figurent encore sur 
ces portes, et leur caractère architectural. 11 est vrai, que 
certains bénitiers sont fort antérieurs au xvu" siècle, que cer- 
taines portes étaient ornées de sculptures du xn*" et du xiu% 
mais est-on bien certain que les uns et les autres aient dès 
l'origine servi cà l'unique usage des cagots? Certes non. Il 
suffit de voir les églises où figurent ces portes pour s'en con- 
vaincre. Au contraire, dans les monuments les plus anciens, 
ou aucune porte ne pouvait être détournée de son utilisation 
piimitive, la petite porte des cagots est une pièce ajoutée ^ 

Le procès-verbal d'exécution de l'arrêt du 20 mai 1593 est 

i. P. J., N" 53. 

2. Il n'y fivail à celte époque aucune léproserie dans le Labourd. Celle de 
Sainl-Jean-dc-Lu7. citée dans Ylîital des Maladreries, dressé par onlre de Lou- 
vois, ne parait être en réalité qu'un quartier de cagots. 

3. Le fameux bénitier de Saint-Savin pai'ail contredire notre opinion. 11 
n'en est rien. Ce bénitier appartenait primiiivement à l'abbaye, dont la cha- 
pelle n'a fait qu'assez tard office d'église paroissiale. Nous ne voyons d'ailleurs 
dans les deux personnages qui l'ornent absolument aucun indice de la qualité 
(le cngot qu'on a cru y distinguer depuis. Hnlin la tradition qui se rapporte 
à ce l)énilier ne nous parait pas tout à fait solide, d'autant que Bascle de 
Lagréze dans sa Monoyraphie de Sainl-Savin, n'en parle pas. 



122 HISTOIHK DHS CAGOTS 

daté du 1'' juillet de la même année. Mais il y fut fait appel, si 
bien que le 20 mai 1a04 intervint un arrêt de contrariette, 
auquel les demandeurs répondirent par une re(juète, qui pro- 
voqua une enquête auprès des défendeurs. Après divers actes 
de procédure, un nouvel arrêt (22 juin loOo mit à néant l'appel. 
Les défendeurs furent assig^nés, et le 8 avril 1596 un arrêt 
intervint disant que les parties produiront et contrediront ce 
que bon leur semblera à la prochaine session juridique. Le 
syndic de Labourd présenta alors une requête tenant conclu- 
sions sur le second chef d'arrêt, retenu le 22 juin 1595, qui 
était d'ailleurs en tout conforme aux termes de l'arrêt du 
20 mai 1593. Sur cette requête fut enfin rendu, le 5 sep- 
tembre 1596, un dernier arrêt visant sj)écialement la femme 
Laiiarette, capote de Saint-Pée en Labourd, et les siens, dans 
le([uel il convient de relever deux dispositions nouvelles ajou- 
tées à celles que l'on connaît déjà : 

1" Il est défendu aux ragots de se mêler au peuple soit aux 
églises, marchés, et autres lieux publics; 

2° Ils ne pourront prendre à l'église aucune autre place que 
celle qu'eux et leurs prédécesseurs avaient coulume (Voc- 
cuper, à savoir, pour l'église de Saint-Pée : les hommes sur 
les degrés de l'échelle qui mène aux tribunes, et les femmes 
contre celle-ci. 

Nous remarquerons encore qu'il est écrit, dans cet arrêt, 
que les cagots ne pourront toucher ni manier, aux marchés, 
d'autres vivre* « (pie cenlx qui leur seront baillés et délivrés 
pour leur entrelenemenl ». Cette phrase pourrait signifier que 
les capots recevaient en don ou aumône les aliments néces- 
saires à leur entretien; mais cette interprétation doit être 
écartée d'autant que l'arrêt de 12 août 1581 étal)lit qu'ils ne 
pourront toucher qu'aux vivres qu'ils voudi'ont acheter. 

Enfin l'existence en Labourd de lépreux autres que les 
cagots, paraît contestée par ces mots : « pour le regard des 
ladres, sy aulcungs en y a, porteront les cliquettes' ». 

Quelques années plus tard, à la requête de Gregaray, 
syndic du Tiers-Etat de Soûle, le Parlement de Bordeaux 

I. P. J .N" 50. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 123 

rendait un arrêt identique à celui ci-dessus, mais concernant 
le pays de Soûle (3 juillet 1604). Les dispositions de cet 
arrêt furent aggravées le 29 juin 1606 par une ordonnance 
des Etals de ce pays, rendue à la requête de Bernard d'Ichard, 
défendant aux cagots de faire l'office de meunier, de toucher 
à la farine du commun peuple et de se mêler aux danses 
publiques. 

En l'espace de vingt-six ans (1378-1604) le Parlement de 
Bordeaux avait donc défini par des arrêts successifs, dictés par 
les circonstances, tous les usages, depuis longtemps plus ou 
moins bien observés dans l'étendue de son ressort. Ces usages 
avaient antérieurement été définis en Béarn et en Navarre. 

Les quelques traits qui manquent au tableau fourni par les 
pièces jusqu'ici citées, sont fournis par FI. de Rœmond, con- 
seiller au Parlement de Bordeaux. Traitant de la séparation 
des ladres, il écrit : « Nous voyons en notre Guyenne, cela 
avoir été pratiqué à l'endroit de ceux qu'on nomme Ccuujols 
ou Capots, race, quoique chrétienne et catholique, qui n'a 
pourtant aucun commerce, ni ne peut prendre alliance avec 
les autres chrestiens, moins habiter aux villes, leur estant 
mesme défendu de se mettre à la table sacrée avec les autres 
catholiques et ayant lieu séparé à l'église. » 

De tous ces usages aucun n'est propre aux cagots, tous sont 
communs aux lépreux libres de la France entière. 



111. - FIN DU XVII ET XVIII SIÈCLE 
L'AFFRANCHISSEMENT DES CAGOTS 

On sait qu'aux environs de l'an 1600, des examens médicaux 
de cagots avaient été faits, soit à Toulouse, soit en Béarn, 
soit même à Bordeaux. Les résultats négatifs obtenus, l'état 
d'esprit de la plupart des penseurs et des historiens du temps 
ne furent pas d'un poids suffisant pour atténuer aussitôt 
l'elTet des arrêts prononcés coup sur coup par le Parlement. 
L'alVranchissement des malheureux cagots se fit progressi- 
vement grâce surtout au mauvais vouloir qu'ils mettaient 
à rester asservis à des mesures que leur état de santé actuel 



-124 HISTOIIΠl)ES CAGOTS 

nv jiislillait plus. Nous tenons pour certain que cette libéra- 
tion progressive se fit un peu partout à la fois; elle ne trouva 
lie sérieux obstacles qu'à Biarritz, à Condom et à Rivière. 
A Biarritz surtout, l'opposition intense des habitants donna 
lieu à de nombreux procès, dont nous avons pu réunir toutes 
les pièces et dont la succession est des plus instructives. 

En 1()80 lies a;^ots de Biarritz ayant été, contrairement à 
l'usage, enterrés dans le cimetière commun, un procès fut 
entrepris. P. Dalbarade, jurât, adressa une retp^èle au bail- 
liage de Labourd, et prit consultation de l'avocat Bruix. Celte 
curieuse consultation roule sur des questions de juridiction. 
Elle ne permet pas, contrairement à l'impression première 
qu'on tire de sa lecture, de conclure à ce fait que les cagots 
dépondaient du tribunal de l'Evèque. Dans le cas dont il 
s'agit, c'est le cimetière qui est considéré comme relevant de 
l'Evèque. C'est pourquoi voulant s'assurer des juges tempo- 
rels, on décida de commencer l'affaire comme procès cri- 
minel; c'est pourquoi faudra-t-il, dit l'avocat, « prendre dans 
la suite la chose comme une voie de fait et un trouble à la 
possession; on pourra aussi parler de l'eau bénite et de l'of- 
frande », parce que ces sujets sont touchés par l'arrêt de 1593. 
Cependant, le conseil jugeait utile de prévenir révè([ue, ])oi(r 
qu'il ne se forinalisàl pohil; enfin il pensait qu'il conviendrait 
d'exécuter promptement le jugement pour éviter que son exé- 
cution ne fût retardée par un appel. 

Ces dispositions amenèrent la marche rapide du procès qui 
fut à la satisfaction des demandeurs, ainsi qu'on en peut juger 
par l'exposé des frais qui figurent dans les comptes de la commu- 
nauté de Biarritz. Ce fut le dernier triomphe des oppresseurs. 

L'état des choses à cette époque est parfaitement résumé 
dans un document concernant Arbonne. Les cagots, y est-il 
dit, se mettent à l'église dans un coin à part, ils viennent 
recevoir la paix après les autres fidèles et baisent le bas de 
l'étole, au lieu de la croix d'argent'. 

Une ordonnance de M. de Besons, commissaire de parti en 
la généralité de la Guyenne, du 29 avril 1697, marque le 

1. On lira ce document à la Topographie, au mot /Irionne (Basses-Pyrénées). 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 125 

début de la libération des cagots, amorcée en Béarn, en 1683, 
par Du Bois de Baillet. Par cette ordonnance les cagots de 
Biarritz et d' Arcangues devaient être admis dans les assemblées 
générales et particulières de la commune, et reçus à participer 
aux charges municipales et honneurs de l'église, comme les 
autres habitants. L'exclusion de ces assemblées et charges 
avait toujours été appliquée aux lépreux, mais puisqu'on 
avait reconnu que les cagots n'étaient plus touchés de la 
maladie de leurs ancêtres, il était naturel que ces usages 
prissent fin. Un arrêt du Parlement daté du 12 mai 1699, et 
rendu à la requête des cagots, vint d'ailleurs corroborer les 
décisions de l'ordonnance. 

Les habitants de Biarritz et d'Arcangues, représentés par 
le syndic général du Labourd, Pierre Du Halde de Iribarren, 
ne pouvant soulTrir ces mesures nouvelles, firent une requête 
au Parlement pour s'opposer à l'ordonnance de M. de Besons, 
et, faisant valoir les arrêts de 1578, 1581, 1592, 1593 et 1596, 
espérèrent amener le retrait de l'arrêt nouveau sin^pris, disent- 
ils, par les cagots, arrêt que ces derniers voulaient à toute 
force faire exécuter. L'opposition avait été décidée dans 
l'assemblée capitulaire du 31 mai 1699, et dans le bilçar 
du 21 juillet 1699, où l'on avait en outre [tris des mesures 
au sujet du procès entrepris par les cagots pour l'exécution 
du récent arrêt et de l'ordonnance. On fit appel à l'ordon- 
nance. Louis XIV accorda, en décembre 1699, des lettres dans 
ce sens, qui ne furent signifiées que le 16 décembre 1700, soit 
un an plus tard. La signification en fut faite à Jean d'Oyham- 
bourc, charpentier habitant Biarritz, et François d'Oyham- 
boure, charpentier à Arcangues, pour eux et leurs semblables ; 
elle convoquait ces cagots à comparaître dans les deux mois, 
afin qu'on put procéder sur l'appel fait par les maires et 
juratz de leurs paroisses à l'ordonnance de M. de Besons. 

Fidèle à sa précédente décision, le Parlement de Bordeaux 
termina l'affaire par l'arrêt du 12 mai 1701 confirmant celui 
de 1699 ainsi que l'ordonnance de 1697 '. 

Jean Dalbarade, jurât de Biarritz, qui s'était chargé du 

1. P. J., N- 02 à 6y. 



12G HISTIIIUK DES CAGOTS 

procès, et vouait aux cahots une liaine féroce, mit sans doute 
tout le mauvais vouloir |iossible à exécuter l'arrêt, et tout 
son soin à ennuyer ses ennemis. Aussi poursuivit-il François 
d'Oyliamboure, demandant qu'il fît la preuve de ce que lui, 
Dalharade, s'opposait à l'exécution de l'arrêt de Cour. On 
iprnore comment se termina ce dernier procès. Mais l'animo- 
sité n'en fut qu'accrue, les enfants eux-mêmes épousaient les 
querelles des parents, si bien qu'en 1710, l'évêquede Bayonne 
dut intervenir, au cours de sa visite pastorale, pour faire 
cesser les insultes que les enfants de sang pur adressaient 
aux jeunes cag^ots'. 

Quelques années plus tard, Condom, prenant exemple sur 
Biarritz, commençait à s'agiter à son tour. C'était en 4706 : 
un certain Laurent Arboucan et sa femme Jeanne Cazenave, 
cagots, étant venu à perdre leur fîUe Marie, voulurent la faire 
enterrer au cimetière commun. Les babitants en s'y opposant 
amenèrent une bagarre. Aussi Arboucan poursuivit-il, devant 
le juge-bailli de Condom, seize babitants. Plusieurs arresta- 
tions eurent lieu, on commença l'instruction, et l'atTaire, 
portée devant la Cour du Parlement, se termina par un arrêt 
du 31 janvier 1710, sur la réquisition du procureur général 
au sénéchal de Condom, faisant défenses expresses aux habi- 
tants (lu diocèse de s'opposer à l'enterrement des charpentiers 
au cimetière commun. 

Sur ces entrefaites Arboucan mourut, e fut enterré à Lia- 
lores, selon les décisions du Parlement et la coutume nou- 
velle. Mais des troubles nouveaux éclatèrent à ce sujet, car 
les habitants ne pouvaient consentir à ce que leurs tombes 
fussent contiguës à celles des Capots, autrement Ladres, et 
voulaient que ces derniers eussent des cimetières difîérents. 
C'est pourquoi ils s'assemblèrent en tumulte pour « empêcher, 
par force et violence et à main armée, que le corps dudit 
Arboucan ne fût enterré dans le cimetière commun, ayant 
menacé de tuer ceux qui voudraient exécuter ledit arrêt, et 
enlevèrent au sonneur de cloche la bêche dont il se servait » 
pour creuser la tombe. Le corps fut gardé en la sacristie et 

1. P. J., N" 70, el Topographie au mol Biarritz. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 127 

le procureur g-énéral informa et décréta à ce sujet. Puis, après 
l'arrestation d'un des coupables, une instruction fut ouverte, et 
l'affaire portée devant le Parlement, puisqu'il s'agissait d'une 
contravention à un arrêt de cette Cour. Un arrêt s'ensuivit 
(28 mai 1710), qui fit remettre les procédures, en raison de 
voies de fait, au lieutenant criminel de Gondom, et ordonna 
l'exécution des décrets du procureur général. Le 4 juin 1110, 
Louis XIY ratifia ces décisions par lettres patentes; et le tout 
fut signifié aux intéressés dans le mois qui suivit'. 

Dans les Landes, à Rivière-Saas, une grave affaire éclata 
en 1718". Arnaud Moscardès, son valet, Jean et Pierre Tar- 
difs, et huit autres gézitains ou cagots de Rivière, ayant voulu 
aller à l'offrande le jour de Pentecôte, quelques habitants les 
en empêchèrent par la force et les coups. Le sang ayant été 
répandu, les offices furent suspendus de la Pentecôte à la 
Saint-Jean. Le dimanche 24 juillet, la même scène se renou- 
vela, et Darrieulat, théologal et vicaire général, régla que 
dorénavant, ainsi que l'usage le voulait depuis quarante ans, 
les habitants de race pure, ou premiers fidèles, iraient à 
l'offrande avant les gézitains. Ce règlement fut renouvelé par 
M'" Destrac, avocat. Mais les gézitains portèrent plainte au 
sénéchal criminel de Dax, qui le 8 octobre 1718 condamna les 
sieurs Duboué, Marbat et Lamoliatte, coupal)les d'avoir pro- 
voqué les désordres, à une « réparation publique, à 200 livres 
de domages, 50 livres d'amende au Roy, 100 livres d'au- 
mônes, et les dépends ». 

Simultanément, et malgré les décisions successives du 
Parlement de Bordeaux, la haine des habitants de Biarritz 
pour les cagots faisait naître un nouveau confiit. En 1718, 
un certain Arnaut, jadis meunier, devenu cagot jiar suite de 
son mariage avec l'héritière d'Erreteguy, se plaça dans les 
galeries de l'église et demanda l'entrée aux charges munici- 
pales et locales, sur la présentation d'un décret d'ajournement 
personnel. Les habitants s'en émurent, et la question ayant 
été posée devant l'assemblée capitulaire du 8 mai 1718, 

1. P. J., N"74. 

'J. Les pièces coiicfi-n.inl ces procès figurent aux Pièces justilicatives, N"' 75, 
16 et 77. 



128 HISTOIUE DES CÂGOTS 

celle-ci charg^ea Jean Petil-Labat, second juré, dentre- 
prcndre un procès pour faire cesser cet état de choses. A la 
suite d'une instance en date du 25 juin, Etienne Arnaut 
olitinl une sentence au bailliage de Lahourd, signifiée le 
5 juillet, qui lui donnait satisfaction. C'est pourquoi dans 
l'asseuiMée caj)ilnlaire du 10 juillet 1718, Pelit-Lahat lut un 
ap|)el à cette sentence, qui avait été interjeté le G juillet i)ar 
son avocat Jacques de Lalande. L'affaire n'eut pas de suites. 

Nous ne sommes pas éloignés de penser que Pierre Dalba- 
rade ait été pour quelque chose dans l'aflaire de 1718. Il 
avait joué et devait encore jouer un rôle important dans tous 
les procès intentés contre les cagots. L'échec subi en 1718 
l'avait aisri. En 1721, il insultait, de concert avec Lartio-ue 
et Paillet, le cagot Legaret. Mais tandis que ses complices 
furent emprisonnés, il sut conserver sa liberté, sans doute en 
raison de son titre de syndic des habitants de Biarritz; il 
n'en fut pas moins condamné, avec ses deux amis, à faire 
réparation publique à la porte de l'église, à genoux, à l'issue 
de la grand'-messe, et cela par sentence du lieutenant criminel 
d'Ustaritz du 6 mars 1722. Pour diverses raisons de procé- 
dure appel fut interjeté à cette sentence; à lire la consul- 
tation de l'avocat Rochet, qui est un document remarquable, 
on devine que les appelants cherchèrent à déplacer la discus- 
sion, ainsi que la chose eut lieu à Toulouse vers la môme 
époque. Mais l'appel fut mis à néant et le Parlement de 
Bordeaux, le 9 juillet 172-3, rendit aux anciens cagots tous 
leurs droits civils, défendant même l'usage d'un nom devenu 
injurieux et injustifié. 

Les cagots triomphaient; au droit leurs ennemis opposèrent 
la force. Lorsqu'en effet le substitut au procureur général eut 
envoyé, à toutes les paroisses du pays de Labourd, une 
copie de l'arrêt (26 août 1723), Legaret, en la faveur duquel 
cet arrêt était rendu, réclama que dès le lendemain il fut 
signifié aux jurats de Biarritz. Saint-Martin, sergent royal, 
assisté de deux archers vint donc à Biarritz pour lire et 
afficher l'arrêt devant la porte de l'église du lieu; mais une 
foule considérable d'hommes et surtout de femmes se préci- 
pitèrent sur lui avec menaces et insultes, si bien que le ser- 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 129 

g-ent se retira sans avoir rien fait, et dressa un rapport des 
événements (29 août). Après enquête, l'affaire revint devant 
le Parlement, alors présidé par Montesquieu; et la Cour 
rendit un arrêt en date du 19 janvier 1724, confirmant celui 
du 4 juillet 1723, ordonnant la publication de ce dernier 
et demandant qu'on informa contre les contrevenants. 

Les cagots ne firent cette fois aucune démarche pour 
obliger la communauté à se soumettre, mais les jurats, qui 
leur étaient hostiles, écrivirent le 12 février 1724 à Lartigues 
qu'ils ne pouvaient exécuter l'arrêt, car le soulèvement de 
la population saine serait inévitable, même dans les paroisses 
voisines, au cas où l'on insisterait. La Cour ne céda pas. 
Quatre ans plus tard, P. Dalbarade ne tentait plus de se 
révolter; il avait dépensé beaucoup d'argent pour la cause, et 
la communauté de Biarritz, lui gardant rancune de ses échecs, 
ne songreait pas à le dédommager. Il plaida donc sa bonne foi 
devant le conseiller du Roy, lui demandant d'obliger la com- 
mune à lui rembourser ses frais. Il oljtint, sur ce point, pleine 
satisfaction (1729) '. 

Biarritz resta dejtuis lors dans le calme. 

Le 22 novembre 1735, le Parlement de Bordeaux rendit 
un nouvel arrêt confirmatif des deux précédents, à "la suite 
d'une affaire survenue à Orx. 

En 1736 quelques troubles survinrent encore à Rivière- 
Saas, à propos des places occupées par les cagots à l'église. 
Ces troubles n'eurent pas de suites"-. 

A partir de cette époque on n'entendit plus parler des 
cagols ou </alie(s de Guyenne, Gascogne et Labourd. Quand 
survint la Révolution et l'Empire, les quelques distinctions, 
qui avaient survécu, tendirent à disparaître rapidement, 
d'autant que beaucoup de jeunes cagots fatigués de ne pou- 
voir trouver femme ailleurs que chez leurs congénères, ou 
vexés de la sourde méfiance qui survivait encore en quelques 
lieux à leur égard, profitèrcut du service militaire obligatoire 
pour quitter un pays où la vie leur était ing-rate. 

De nos jours les cagots ont presque disparu du Sud-Ouest 

1. 1». J. N'o" 87 à 94. 

2. Voir à la ToPor.nAF'iiiE lo mot Rivière (Landes). 

Kay. 9 



130 HISTOIRE DES GAGOTS 

c'est à grand" [X'ine que nous avons pu en retrouver quelques- 
uns dans le Labourd et les Landes. On peut présager que, 
dans cinquante ans à peine, ces derniers survivants des lépreux 
seront oubliés par les j)aysans et villageois, si bien que les 
médecins auront quelque peine à s'assurer de l'origine cagote 
des (juelques cas de paraléprose que le hasard leur fera 
rencontrer. 



CHAPITRE II 

LES CAGOTS DE BÉARN ET NAVARRE 

I. — AVANT LA RÉDACTION DU FOR DE HENRI II 

L'histoire des cagots de Béarn et de Navarre commence 
avec lexi" siècle. Les quelques faits appartenant aux périodes 
antérieures ont surtout un intérêt juridique, c'est pourquoi 
les avons-nous exposés dans le chapitre préliminaire de la 
partie juridique du jtrésent ouvrage (p. 162). Quand s'ouvre 
le xT siècle, les lépreux ne sont pas nettement classés en 
catégories; ils le seront seulement deux siècles et demi plus 
tard. C'est pour cette raison qu'Auriol Donat, dont il est 
parlé dans le cartulaire de Lucq (an lUOO), ne peut être, malgré 
son qualificatif de clinstianns, classé au nombre des cagots ou 
lépreux libres et héréditaires. Il en est de même des gafos dont 
parlent les Fors de Navarre (1155). On lit en effet dans ces 
Fors que lorsqu'un homme devient gafo, il faut le séparer de 
la vie commune et le conduire dans une cabane solitaire située 
hors de la ville, cabane que les voisins construiront pour lui. 
('es dispositions sont conformes à un usage que rapporte le 
troisième concile de Latran, quand il parle des lépreux vivants 
extra civitates et villas, et transférés ad loca so/itaria. Ces 
lépreux ne tardèrent pas à constituer de petits g-roupements 
en certains lieux ; alors ils eurent une chapelle et un cimetière 
ainsi (|uc le réclame le concile de Latran : « Leprosi sihiinet- 
ipsis privataut liaheanl ccclesiam et cœmeterium ». Ce fut là h; 
novau des cagoteries et des villages-léproseries. 

Les premières cagoteries du Sud-Ouest ne remontent pas 



132 HISTOIllE DES CAGOTS 

au delà de la fin du xii' siècle, on en connaît fort peu 
au xn!*" siècle^ encore celles-ci ressemhlaient-elles, à cette 
c|tO(|ue lointaine, aux villapres-léproseries qui couvraient le 
sol de la France, et où les malades ne jouissaient pas des 
grandes libertés que nous trouverons plus tard chez les cag-ots. 

On sait qu'en Béarn, il y avait à Oloron, en 1080, la mai- 
son des Mesegs, qui fut plus tard une léproserie. 

Ce ne fut qu'en 1288 que Ton commença à parler des 
cagots, et ce fut dans les Fors de Béarn. On y lit que, dans 
les témoignages en cas de délit et de meurtre, la voix des 
cagots ne valait pas celle des autres hommes : il fallait de 
quatre à cinq de ces malheureux pour suppléer un seul 
témoin ordinaire, 

« Art. 6o. Item. Fut établi et octroyé que, si par aventure, lesdits 
jurés ne peuvent point avoir une véritable connaissance de celui 
qui aura commis le délit, celui contre lequel on aura mauvais 
soupçon pourra se justifier grâce au témoignage de sept témoins 
ordinaires ou de trente cagots. 

" Art. 170. Item. Si d'aventure quelqu'un est accusé de meurtre 
qui ait été commis sans cris ni appel à main forte, l'accusé pourra 
établir son innocence par le témoignage de six personnes, et s'il 
n'y en a pas, de trente cagots. » 

Nous discuterons ailleurs ces articles, ici nous nous conten- 
terons de remarquer qu'ils impliquent une distinction entre 
les cagots et les lépreux reclus qui paraissent avoir toujours 
été considérés comme impropres à témoigner en justice. 
Nous ne pensons pas que les articles du For de Béarn 
cités plus haut constituent une exception juridique, car les 
lépreux, dans les autres provinces, étaient selon leur état 
d'internement ou de liberté, aptes ou non à témoigner. 11 est 
certain aussi que dès cette année 1288, les cagots étaient 
nombreux en Béarn. Deux ans plus tard, par testament, 
Gaston VIII léguait cent sous aux lépreux de Béarn que les 
exécuteurs testamentaires choisiraient. Ce testament rédigé 
en latin porte le mot leprosus ; il vise vraisemblablement les 
cagots. Il n'en est pas de même du testament de Gaston IX, 
qui, en 1.315, léguait omnibus hospitalibus leprosorum cent 



Fort cl 




Avdu. 



• MonI 
Conchez 



• Cadillon Vi^^ei Crouscd I e s 

An-jcau 

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"^X^- Narres se ^Q^bp -^ Lilon g-iie .Çaslilli 

l U î'&lrw (• n« k Lcs pielle 
Laba.sli<jpVil)elran«^^ "] - - ■* 

SiiTiacour)>e . Leinl)eva 



.\loris«^ur 




Fay. — P. 132-13:<. 




'■■"■ - I'. i;«-i3:t. 



LES CAGOTS DE BEARN AVANT lo51 133 

livres tournoises, pour être divisées entre ces établissements. 
La même clause est plus nettement encore spécifiée dans le 
testament de Marguerite de Béarn. Cette princesse léguait à 
tous les lépreux de Béarn et Marsan, c est-à-dire aux hospices 
où sont élevées leurs maisons, dix sous morlaas. Par ces mots 
on voit que les léproseries de Béarn affectaient le type des 
villages-maladreries, du genre de ceux de Bordeaux ou de 
Bayonne; il s'agit ici des léproseries d'Orthez, Lescar, 
Oloron, Morlaas, qui existaient vraisemblablement dès cette 
époque, et certainement pas des cagoteries qui n'avaient rien 
de commun avec l'administration des hospices. 

On connaît bien les cagoteries du Béarn au xiv^ siècle, et 
pourtant leur dénombrement n'est guère possible, car les 
documents qui les citent ne donnent pas des listes absolu- 
ment superposables. On en connaît cinquante-sept, avant 1363, 
quatre-vingt-huit en 1379, quatre-A'ingt-seize en 1385. Si l'on 
complète, à l'aide du dénombrement de 1385, les listes 
fournies par les deux documents de 1383, on remarque qu'il 
existait, pendant ces sept années, cent trente-sept cagoteries 
en Béarn; chacune d'elles abritant au moins une famille de 
cinq individus, on arrive à estimer à peu près à six cents le 
nombre des cagots béarnais, à une époque où seulement 
quatre léproseries hospitalisaient chacune au plus dix 
malades. 

La progression du nombre des cagots, déjà sensible au 
cours des dernières années du xiv" siècle, devait se continuer. 
Nous avons retrouvé un censier du xvi'' siècle, pour une 
partie du Vicbilh; on y voit figurer quarante-sept cagoteries, 
sur un territoire oij de 1379 à 1383 on n'en signale que vingt. 
En supposant la proportion gardée pour le reste du Béarn, 
on arriverait à plus de deux cent quatre-vingts catégories, ou 
près de 1 400 cagots au xvf siècle. 

En eux-mêmes les censiers, hommages, dénombrement 
du xiv^ siècle ont un autre intérêt encore. C'est ainsi qu'un 
censier (N° 15 des Pièces justificatives) indique les cagots des 
vallées du Gave de Pau et de l'Ourse son affluent; celui de 
1300 concerne les mêmes vallées et de plus celle du Luy de 
France; celui de 1305 seulement celle du Lées, c'est-à-dire le 



134 HISTOIRE DES CAGOTS 

futur pays de Vicl)ilh; le rôle des feux pour 1379 ne signale 
que les cagots du nord-est du Béarn; enlin la convention de 
4379 et le dénombrement de 1385 rej^ardent tout le pays. 

Les rôles pour les années 1360 et 1365 nous apprennent 
que les cagots payaient des redevances pour leurs terres ou 
fiefs, ainsi que des taxes sur le revenu de celles-ci. Le 6 dé- 
cembre 1379 les cagots passèrent un traité avec Gaston 
Phœbus par lequel ils s'engageaient à exécuter toute la char- 
]>ente du cliùteau de Montaner, ainsi que les ferrures 
nécessaires, le tout à leurs frais; en revancbe le prince leur 
accordait la remise de deux francs sur rim[iosition de 
chaque feu, les dispensait de la taille, et leur permettait de 
prendre le bois dans ses forêts'. Les exemptions d'impôts 
dont il est ici question ne regardaient que les cagoteries 
existantes en 1379, et non celles à venir, ainsi qu'il est spécifié 
dans le For de 1551. Ce privilège ne fut aboli qu'en 1707. 
On ignore si les cagoteries anciennes qui avaient été aban- 
données en 1385 (Aydie, Montardon, Lagor, Laas) jouirent 
des bénéfices du traité de 1379, lorsque plus tard elles furent 
à nouveau occupées par les parias. Plusieurs des cagots qui 
figurent dans le dénombrement de 1385 semblent n'avoir 
pas eu à payer le droit de feu. 

La reconnaissance des cagots envers Gaston Phœbus s'était 
manifestée deux ans plus tôt (1383) par un hommage au souve- 
rain, hommage où figurent quatre-vingt-dix-huit d'entre eux^ 

1. P. J. N" 21. Ce (Incunient prouve suraliondamment que les cagots 
n'étaient point serfs. Il est intéressant de remarquer que le contrat dont 
il s'agit fut passé de gré à gré entre les deux parties, dans l'église i\c Pau, 
en présence de témoins, et par-devant notaire. F. Michel cioit en pouvoir 
conclure que les ca.gots n'étaient pas tenus à cette époque pour infâmes et 
lépreux. Nous ne pouvons pas adhérer à lie telles conclusions. Ainsi que 
nous le montrons, en traitant de la condition des cagots, ceux-ci jouissaient 
et ont toujours joui d'une libei-té à laquelle ne pouvaient prétendie les 
lépreux enfermés. Il est en outre certain que les cagots soulfrant de 
lésions graves de lèpre, étaient impropres aux travaux que pouvaient accom- 
plir les membres de leur famille chez lesquels la lèpre héréditaire ne s'était 
que peu manifestée. D'ailleurs le métier de charpentier était réservé aux 
lépreux par suite d'un préjugé qui voulait que le bois fût impropre à trans- 
mettre, la maladie. 

Ajoutons qu'au xiv' siècle, la lèpre n'était pas une cause d'infamie, et que 
si plus tard les cagots furent honnis, ce fut par suite d'une erreur populaire 
concernant leur origine, et peut-être aussi à cause de la crainte slupidc du 
peuple ignorant de la pathologie presqueautant que de nos jours. 

2. P. J. N°' 23 et 2i. Quatre d'entre les cagots s'engageaient, solidairement 



I 



LES GAGOTS DE BEARN AVANT 1551 135 

La Rénovation de Cour-Mayour (1398) consacra définitive- 
ment la générosité de Gaston Phœbus à l'égard des cagots. 
L'article 9 ' de ce code assimile les cagots aux lépreux, d'autant 
qu'il est inspiré manifestement, autant dans sa forme que 
dans son fond, du texte d'un article analogue des conciles de 
Morcenx (1326) et de Paris (1346), où les prêtres et les 
hôpitaux sont cités à côté des léproseries. De Maria com- 
mentant cet article émet une opinion que nous ne pouvons 
accepter. Tandis que cet auteur reconnaît que prêtres et hospi- 
taliers furent dispensés de la taille « par le privilège qu'on 
doit aux choses pies », il croit que les cagots ne bénéficièrent 
du même avantage qu'en raison du mépris qu'ils inspiraient 
et « afin qu'ils n'aient rien de commun avec les autres gens 
de la province- ». La rédaction seule de l'article contredit 
cette opinion, car il est invraisemblable qu'on ait mis côte à 
côte, sans commentaire, des privilégiés d'espèces si opposées. 
Les cagots figurent ici comme « choses pies », comme 
lépreux; d'ailleurs ils n'étaient pas encore en butte au mépris 
public; ce sentiment à leur égard ne naquit que plus tard, 
lorsque la lèpre qui les rendait sacrés au xiv" siècle aura 
presque disparu, ne laissant après elle que des coutumes qui 
persisteront incomprises parce que injustifiées. Alors le 
jteuple, se refusant d'être illogique, cherchera à expliquer ses 
usages par une légende peu soutenable (l'origine gothe), que 
les historiens les plus graves contribueront à faire vivre. 

Quoique jouissant de grandes libertés, les cagots n'en 
étaient pas moins lépreux; comme tels ils avaient à se sou- 
mettre à quelques mesures que réclamaient les préoccupa- 
tions prophylactiques de leur époque. C'est ainsi qu'ils por- 
taient sur leurs habits une marque d'étoffe rouge en forme de 
patte d'oie, étaient contraints d'aller par les routes munis de 
chaussures, habitaient dans une maison ou un quartier 
isolé, etc. En 1460, plusieurs d'entre eux s'étaient déjà libérés 

el par coips, à payer, à Gaston, comte de Foix, la somme de 64 florins d or 
à peine du double si cette somme n'était pas versée dans les huit jours. 

1. Art. 'J. — Idem. Fut établi et ordonné que les prèlres, lioi^pilaliers, cl 
cagots n'auront pas à payer la taille ni à cniilribuer aux dons faits au Seigneur, 
pour le sol des églises, liôidtaux, ou cagolerics. 

2. Commentaires su7- le For. Voir: P. J. N" 183. 



l:i6 HISTOIRE DES CAGOTS 

(Je quelques-unes de ces obligations, ce qui poussa les États 
(le liéarn à demander à Gaston de Béarn un règlement par 
lequel, entre autres choses, il défendrait aux cagots, sous 
peine de se voir percer les pieds d'un fer rouge, d'aller par 
les chemins autrement que chaussés; ce règlement ressuscite- 
rait en outre la marque du pied d'oie un peu trop oublié. Le 
prince trouvant sans doute ces prétentions exagérées ne 
statua pas sur la requête, mais n'en laissa pas moins per- 
sister les autres usages que peu d'années plus tard un notaire 
d'Oloron devait rédiger. Cet intéressant document, daté du 
4 août 1471', est comparable par son contenu à tous les 
usages ou règlements auxquels étaient soumis les lépreux 
dans les autres régions de la France; c'est à peine si quelques 
fragments ont une couleur plus spécialement locale. Ce règle- 
ment fait pour les cagots de Moumour prescrit ce qui suit : 

// est défendu aux ccujols d'élever du hélail, ou d'être labou- 
reurs; ils peuvent, selon Ciisage^ nètre que charpentiers; 

Il leur est défendu de se promener déchaussés au milieu des 
l/ens de la ville; 

Ils ne peuvent entrer au moulin pour moudre le blé, mais 
doivent déposer leur sac à la porte du moulin; 

Ils peuvent demander Vaumône et faire la (/uéte accoutumée 
de maison en maison, vu leur état de car/oterie ^ lèpre ; 

Quand ils iront travailler à la ville ils emporteront leur tasse, 
afin de ne contaminer personne, et n'entreront boire en aucun 
lieu de la ville; 

Ils sont tenus de travailler pour les habitants de Moumour 
avant les autres, et à un pirix raisonnable; 

Ils ne peuvent laver aux fontaines publi/jues ni autres 
lavoirs; 

Ils ne peuvent aller danser avec les habitants de la ville. 

Les dispositions de ce règlement sont toutes inspirées par 
les mêmes préoccupations qui dictèrent les statuts des lépro- 
series de nos autres provinces; elles n'en dilTèrent que par 
ceci, qu'elles s'adressent à des lépreux libres, tandis que les 
statuts de léproseries concernent les lépreux reclus qui vivaient 

1. P. J. N' 30. 



LES CâGOTS de BÉARN DE 1351 A 1682 13T 

sous l'autorité d'un maître ou prieur, à rohéissance duquel 
ils étaient tenus '. 



II. — DE 1551 A 1 682 

Le For de Henri II (1551) rappelait brièvement tout ce 
que les documents précédemment indiqués avaient déjà fixé, 
il n'y ajoutait que deux points nouveaux, l'un concernant les- 
cagots, l'autre les lépreux reclus. Le tout constitue quatre 
articles. 

Le premier traite de l'exemption de la taille, exemption uni- 
quement applicable aux anciennes cag^oteries, et dont ne pour- 
ront bénéficier les biens ruraux dont les cagots feront acqui- 
sition. 

L'article IV de la rubri({ue 55 interdit aux cagots la « con- 
versation familière » avec les personnes saines, c'est-à-dire- 
la vie commune dans toutes ses manifestations : mariage, 
présence aux réunions, confréries, bals, tavernes, etc. ; le For 
spécifie à ce sujet que leurs maisons doivent être séparées,, 
et qu'à l'église et aux processions ils seront isolés derrière 
les autres personnes, le tout sous peine d'une loi majeure. 

Ces disj)Ositions leur sont communes avec tous les lépreux 
qui nulle part en France ne pouvaient jouir de la vie com- 

1. V'^oici quelques articles extraits de statuts de léproseries où figurent des 
dispositions analogues à celles qu'on a lues dans le règlement contre les 
cagots de Mou mou r. 

« Leprosi non possunt nec délient ynanducare in civitutfm Lexoviensis, nec 
bibere in taherna.... » (Lisieux). 

XuK Andelys, ils ne peuvent •■ repuirer à Veau de Verqon •>. 

« Nec extra domum comedant, hibant... • (G"" Beaulieu de Chartres). 

" Li frère malade ne doivent approcher... à la grange là oie l'on but le blé et 
l'avoine » {Saint-Lazare d'Amiens). 

... Les lépreu.v ne peuvent avoir qu'un coq et une poule, et un porc pour 
leur usage personnel, selon les statuts de Lisieux; ils ne peuvent donc faire 
élevage de bétail. 

A Saint-Lazare île Meaux le lépreux qui va « par les villes et tavernes » 
est considéré comme rebelle et désobéissant. 

A Sainl-Lazare de Soyon les lépreux sortent avec « solers à deux noyaux ' » 
et ne peuvent se mêler aux réunions des personnes saines : •■ que nulz ma- 
lades ne se mesclie en congrégation de sains ». 

Ils ne pouvaient laver aux fontaines publiques; à Meaux ils possédaient 
chacun pour cet usage, un •• cuvier à lessive- ». 

1. Souliers à deux boucles. 

2. On trouvora les statuts dont il s'agit ici dans : Statuts d'Hotels-Dieii et de léprose- 
ries... jiar Louis le Grand. Paris-Picard. 1901. 



138 HISTOIRE DES CA(;OTS 

lîiune, et qui ilans les églises occupaient le fond de l'édifice, 
dans cette jiartie qui est située sous les cloches', ainsi qu'il 
avait été déjà sj>écifié dans les conciles des premiers siècles. 
Lorsque la population cagote ou lépreuse était nombreuse, 
elle possédait une chapelle privée, ainsi que de très nombreux 
exemples en font foi, et cela selon les prescriptions du 
Iir concile de Latran. 

L'article V de la même rubriijue interdit aux cagots « de 
porter autres armes que celles dont ils ont besoin pour leur 
métier de charpentier ». Qu'on ne s'étonne point de cette 
règle, elle est conforme à divers statuts de léjiroseries; nous 
nous contenterons de citer ceux de Saint-Lazare d'Amiens où 
on lit : « NoKS deffendons t/ue frères malcuh's ne porte, ne ail 
sur lii7, ne enfour son lit, ne en son huchel, ne ailleurs, conlel à 
pointe-, ne hache, ne fanrjuet, ne espée, ne broque de fer ne 
d'acher^ » 

L'article V prendra par la suite une im[)ortance considé- 
rable, car les cagots se reposeront sur lui pour refuser d'aller 
à la guerre, et les gens sains pour leur interdire l'entrée de 
carrières autres que celle de menuisier. 

L'article VI se rapporte aux lépreux reclus, ainsi qu'on en 
peut juger par le mot ladres dont il est fait ici usage, et par 
les termes qui leur interdisent d'aller vivre ailleurs que dans 
les maisons à eux destinées, « qui los son depputadas per los 
domiciliis ». Il ajoute que quoique dans chaque maison ne 
peut demeurer qu'un ladre et sa famille, ceux qui seront de 
passage pourront venir y logei' seulement deux jours. Une 
disposition analogue se trouve dans les statuts des léproseries 
de Lisieux : « non debent recipere hospites leprosos extraneos 
msi semel in quindena», et dans ceux de Chàteaudun : « ignotos 
autem leprosos per locum illum trasilum facientes recipiet 
frater leprosus, una nocte ». 

Le For de Henri II sera pendant plus d'un siècle l'unique 

1. On constate cette même disposition, en ce qui concerne les cagots, en 
particulier aux églises d'Argelos, Bescat, Saint-Pé de Bigorre, etc., où Ion 
connaît avec certitude la place qu'occupaient ces malheureux. 

2. .Nous verrons que plus tard le couteau pointu et l'épée furent spécialement 
interdits aux cagots. 

3. Art. 17. 



LES GAGOTS DE BÉARN DE 1551 A 1682 139 

texte sur lequel on discutera, c'est lui qui fera la base des 
persécutions dirig-ées contre les cag-ots, persécutions qui ne 
seront combattues qu'à partir de 1683. 

Le For, rédigé en 1551, fut imprimé et répandu en 1552. 
Peu d'années plus tard, les Etats de Béarn réunis à Sauve- 
terre, en 1562, renouvelaient, après délibération, une requête, 
qu'en 1460 ils avaient vainement présentée à Gaston XI; elle 
fut remise à Jeanne d'Albret. Cette reine trouvant que l'obli- 
gation du port de la patte d'oie par les cagots, et la trans- 
fixion des pieds au fer rouge réclamée contre ceux de leur 
espèce qui iraient déchaussés, étaient choses cruelles et sans 
doute inutiles vu les usages déjà en rig-ueur, « admonesta 
l'assemblée sur son manque de charité », et refusa de statuer 
sur ce sujet. L'attitude de l'illustre reine lui était dictée sans 
doute aussi par le souvenir du feu roi, Antoine de Bourbon, 
mort cette année même au siège de Rouen, et qui peu de 
mois jdus tôt avait montré quelque bienveillance à l'égard 
des cagots, en leur accordant des lettres patentes, sur leur 
demande ; par ces lettres, qui ne furent pas enregistrées, « les 
canots devaient être traités comme les autres sujets ruraux, 
pourvu qui/s fussent trouvés sains de leurs personnes ' ». 

11 est regrettable qu'on ne possède pas ces lettres, dont 
l'existence n'est révélée que par un mémoire de Du Bois de 
Baillet (1683); le ])eu qu'on en sait prouve que les cagots 
étaient des malades héréditaires, et que dès cette année 1562 
la lèpre s'atténuait chez eux au point même de disparaître 
apparemment chez quelques-uns. Quarante ans plus lard la 
lèpre commencera à être mise en doute chez les cagots. 

Ln rôle d'impôts pour le pays de Vic-Bilh, fait au xvi" siècle, 
montre que dans cette petite partie du Béarn on comptait 
alors 47 maisons de cagots; il y en avait souvent 2 et même 3 
par villag^e; chaque cagot payait douze deniers d'impôts; un 
censier de 1507 indique seulement 7 cagots, pour 3 villages, 
payant un cens^ 

Ce fut en 1604 que commencèrent les conflits entre les 
États de Béarn, attachés aux vieilles coutumes, et les cagots, 
qui, forts des récents examens médicaux à eux favorables, 

1 cl 2. I', J. N- lui et 102. 



140 HISTOIRE DES CAGOTS 

faits à Toulouse et peut-être aussi à Bordeaux, cherchaient 
pou à peu à jouir de la condition des autres hommes. 

Le 15 juin 1G04, et les jours suivants, à la requête des 
jurais de Nay, les États décidèrent de demander qu'il fût 
interdit aux cagots de faire du commerce, ou de mettre en vente 
aucune sorte de fruit ou autres comestihles, et qu'on taxât le 
salaire dû aux cagots pour leurs travaux. Sur le vote unanime 
de l'assemblée, une requête fut adressée à Monseigneur de La 
Force, lieutenant irénéral rejtrésentant le seiirneur souverain 
de Béarn, dans laquelle, prenant texte du IV' article de la 
55*^ Rubrique du For, les Etats se plaignirent de ce que depuis 
peu « les cagots se permettaient de fréquenter familièrement le 
reste du peuple, achetant et vendant des denrées et marchan- 
dises comme les autres gens, en particulier à Nay, où ils 
jetaient le trouble parmi bourgeois et marchands, en ache- 
tant à plus haut prix et vendant meilleur marché que les 
autres; de même ils débitaient en public des comestibles, 
faisaient le trafic du vin, et exposaient leurs marchandises dans 
les tavernes; ainsi ils violaient le For, car il n'y a pas de 
meilleurs moyens pour se mêler au peuple que celui dont ils 
usaient. Le peuple non seulement avait, disait-on, à souffrir 
de cet état de choses, mais encore de ce que les cagots 
acceptaient d'exécuter d'autres travaux que ceux auxquels ils 
avaient droit en tant que charpentiers et menuisiers, et qu'ils 
allaient jusqu'rà refuser d'exercer ces derniers métiers aux- 
quels ils étaient pourtant obligés par le Y' article du For; de 
plus ils ne voulaient travailler qu'à double salaire, et pendant 
une seule partie du jour : en conséquence les Etats deman- 
daient qu'il fût interdit aux cagots de faire toute espèce de 
commerce, et qu'il leur fut ordonné de servir les habitants 
de leur métier de charpentier soit à la journée, soit à prix 
fixe, et de demander aux Jurats en quel lieu ils devraient 
habiter ». La Force répondit j»ar un règlement ordonnant 
l'exacte observance des IV' et V' articles du For visés par la 
requête ' . 

On remarquera qu'ici il n'est fait aucune allusion à la 
lèpre, dont on aurait pu tirer parti pour légitimer le mécon- 

1. P. J. N°' lOi, 105 et 106. 



LES GAGOTS DE BEARN DE 1551 A 1682 141 

lentement du peuple. C'est probablement que la lèpre des 
cagots était déjà fort atténuée ou rare, et qu'à l'invoquer les 
Etats risquaient fort de perdre leur cause. Ils la firent triom- 
pher grâce au For, dont les articles demeuraient inviolables, 
quoique les motifs qui les avait dictés eussent perdu peu à peu 
de leur valeur. L'argument que les cagots auraient pu tirer 
de cette considération ne sera pas utilisé non plus par eux, 
avant plusieurs années, sans doute parce qu'ils jouissaient de 
certains avantages qu'ils craignaient de perdre par leurs 
réclamations. 

Malgré le règlement de 1604, les cagots ne se plièrent pas 
partout aux exigences des Etats : c'est ainsi qu'à Garos, en 
1607, ils refusèrent de fabriquer les cercueils. Une ordon- 
nance des jurais et députés de cette ville, du 1" octobre de la 
môme année, les obligea alors à faire les cercueils à toute 
réquisition, et ce moyennant un salaire fixe, payable par les 
maîtres de la maison oii le décès avait eu lieu, et sous peine, 
à toute contravention, d'une amende majeure divisée par 
tiers entre les pauvres, la garde et le bayle '. 

Trois ans plus tard, les Etats de Béarn délibéraient de 
nouveau sur des questions presque identiques (2o et 27 juin 
1610), et adressaient aussitôt au gouverneur La Force une 
requête dans laquelle ils rappelaient les dispositions du For, 
et disaient que « néanmoins les Cagots depuis peu se permet- 
tent de faire trafic de vins, graines, et autres marchandises, 
et de les vendre en gros et au détail, en outre ils exercent 
depuis quelque temps le métier de marchands de laine, et 
louent à leur service des experts en la matière et autres habi- 
tants francs-, ont valets et serviteurs en leurs maisons, portent 
comme tout le monde des armes quand ils vont par le pays, 
ainsi qu'il apjjcrt plus amplement de la retjuète des maîtres 
experts laneficiers d'Oloron, Sainte-Marie, Monein, Luc, Mou- 
niour, Gurmenson, Arros et Anhos ». En conséquence les 
Etats demandèrent non seulement de défendre aux cagots de 



1. P. J. N" 108. 

2. On ne peut conclure de ce nuit à l'état de servage des ca^ols; le franc 
nous appai'.iit ici être celui qui jouit de tous ses droits civils, et qui ajuste 
titre peut être opposé aux cagots dont les droits sont limités par le For. 



142 lllSTtilUK DES CAdOTS 

se livrer aux commerces ci-dessus indiqués*, mais de leur 
ordonner de n'ouvrer que de leur métier de charpentier, sous 
peine tlamende, et de leur faire porter, pour qu'on les recon- 
nût, une marque apparente laissée au choix du gouverneur-. 
Le gouverneur répondit par un arrêt ordonnant l'exacte obser- 
vance du For, sous telles peines (|ue celui-ci [>ortait\ Il est 
vraisemblable que ces deux arrêts du gouverneur général 
furent observés. Ceux-ci prennent à nos yeux une importance 
d'autant plus grande qu'ils furent vraisemblablement pro- 
mulgués peu de temps avant que fût fait en Jîéarn un examen 
médical de cagots suivi d'un rapport. Ce rapport, fait en exé- 
cution d'une ordonnance du marquis de La Force, concluait 
à la parfaite santé des malheureux parias'. Il est curieux 
de remarquer que ce document n'eut d'autre conséquence 
que de persuader à tous que la lèpre n'était pas la vraie cause 
de la séparation des cagots, et que dès lors les règlements 
récents ou anciens n'avaient rien à perdre de leur autorité. 
Ce fut peut-être l'avis des cagots qui préféraient, par amour- 
propre, être considérés comme descendants d'une race, si 
honnie fût-elle, que comme fils de lépreux. Rien ne pourrait, 
en effet, en dehors de ces considérations, expliquer le silence 
des documents béarnais qui reste complet jusqu'en 1640. 

A cette date fut portée une plainte par les jurats d'Oloron 
contre Jean de Nay, cagot d'Oloron, et Jean de Capdeville, 
cagot de Mont, qui s'étaient arrogé certains droits dont la 
noblesse aurait pu prendre ombrage. La nature des faits 
reprochés est exposée dans la requête des États ; ce document 
contient en outre des détails si complets sur la situation des 
cagots que nous jugeons devoir en donner ici la traduction, 
qui mieux que toutes les descriptions faites par les historiens 
anciens satisfera la curiosité du lecteur. 



1. On tolérerait cependant la vente en gros des fruits poussés sur leurs terres. 

2. Les délibérations d'où sortit cette requiHe sont curieuses à lire, 
elles avaient conclu tout d'abord à autoriser les cagots à vendre seulement 
en gros les vins de leurs crus. 

En ce qui concerne la marque distinclive, le député de Pau en demanda la 
su[ipression ; celui de Salies i-éclama un bonnet vert; celui de Rivièregabe 
voulut un brassard. 

3. I». J. V 109, HO et 111. 

i. Voir p. 47 ce que nous disons au sujet de ce rai)port. 



LES CAGOTS DE BÉARN DE 1551 A 1682 143 

Du 13 décembre 1640. — « Par les quatrième et cinquième articles 
du For, rubrique De la qualité des personnes, il est interdit aux Cagots 
de se mêler aux autres hommes pour la conversation familière, et 
de porter autres armes que celles dont ils ont besoin pour l'exer- 
cice de leur profession de charpentier; et pour montrer que telles 
gens sont exclus de tous les avantages et privilèges dont jouissent 
les autres personnes, les dits articles ajoutent que les dits cagots 
doivent habiter séparés des autres hommes, et en effet leurs cime- 
tières sont à part, et de même leurs places sont isolées au fond 
des églises; et cependant les Etats ont reçu une plainte disant 
qu'au préjudice des règlements, certains cagots d'Oloron ont bâti 
des colombiers sur leurs maisons, possèdent et élèvent des colombes 
(pigeons) qui vont se nourrir sur les terres des autres habitants 
de la ville; et qu'un autre cagot, habitant à Mont, porte l'épée au 
côté, manteau, bottes et éperons, et de plus se permet de chasser 
avec des armes à feu et des chiens'. Comme ces choses sont en 
contradiction avec l'état d'avilissement où ils sont nés, et montrent 
visiblement qu'ils cherchent à vivre dans une condition égale à 
celle des autres hommes, et que par ce moyen ils violent le For et 
les statuts municipaux, les Etats supplient le gouverneur d'ordonner 
la démolition et la suppression du colombier du cagot d'Oloron, et 
de lui défendre ainsi qu'à tous autres d'en dresser aucun: et de 
défendre aussi au cagot de Mont de porter manteau, bottes, épée, 
armes à feu, ou autres instruments en fer ou armes que ceux que 
nécessite son métier de charpentier, selon le For, et de ne s'habil- 
ler autrement qu'il convient à sa condition-. » 

Par règlement du 30 décembre 1G40, le fiouverneur, comte 
(le Gramont, donna pleine satisfaction aux États. 

Les cagots, quoique péniblement frappés dans leur orgeuil, 
cherchèrent alors dans les Fors mômes le moyen d'adoucir 
leur situation. Ce fut encore de la vallée du Gave d'Oloron 
(jue partit la révolte. Cette fois ce furent les cagots de Cas- 
letner, Sauvelade, Loubieng et Maslacij qui envoyèrent une 
requête au gouverneur le suppliant que, conformément au 
For, qui leur défendait de j»orter des armes et d'être mêlés au 
reste du [)euple, ils ne fussent pas appelés à être soldats; ils 
accepteraient toutefois, sur l'appel de leur souverain, d'aller 
à la guerre [)Our servir de leur métier en cas de siège, ou 



1. I.a i)lainti! des Jnrals portail en oiili'e que ce cagnl se mèlail dans le 
temple aux auU'Cs fidèles. 

2. I^e texte béarnais se lit aux !'. J. N" 122. 



144 HISTOIRE DES CAG0T8 

■autres occasions ; ils rappelaient en outre qu'ils n'étaient 
point taillables pour les anciennes cagoteries du pays. 

Les Etats examinèrent la requête; quoique les avis fussent 
très partagés, les cagots eurent pour eux la majorité, et 
Monseigneur de Poyanne, lieutenant général, fit un règlement 
<lu 8 juin lGi2 conforme à la refjuète, en ce qui concernait 
le service dans les armées; ce fut le comte de Gramont qui 
renouvela par règlement l'exemption de la taille conformé- 
ment aux termes mêmes du 23' article de la première Rubrique 
du For. 

L'interdiction du port des armes et l'exemption relative 
■du service militaire n'empêchaient pas les cagots de faire 
partie des milices bourgeoises. Ce n'est qu'en 1663, par déli- 
bération du Corps de la ville de Pau, du 19 juin, et sur la 
requête du premier sergent, que « les cagots qui se devaient 
fournir dans la compagnie lorsque la bourgeoisie prenait les 
armes par ordre de messieurs les Jurats », purent être ren- 
voyés au cas où ils viendraient encore à se présenter. Les 
motifs invoqués étaient : que quoique séparés des bourgeois 
<( en toutes rencontres, néanmoins en celle-ci ils étaient leurs 
compagnons », et de là arrivait que les chefs de famille ne 
voulaient point se présenter à la milice et envoyaient à leur 
place leurs valets et « souvent de la canaille' ». 

Les cagots du royaume de Navarre avaient, comme ceux de 
Béarn, fait parler d'eux dès le xvf siècle. Depuis les guerres 
■de Navarre, et la création du petit royaume de Navarre, 
ils avaient perdu les quelques avantages que le pape Léon X 
leur avait fait accorder, quelques années auparavant. Plus 
remuants sans doute que les Béarnais, ce sont eux qui com- 
mencèrent les conflits, dictant à leurs voisins la règle de con- 
<luite qu'ils devaient suivre. 

En lo"9, Saint-Geniès président aux États de Navarre 
ordonna, sur la requête desdits Etats, le prélèvement d'un 
impôt sur le revenu du travail des cagots; il leur défendit en 
■outre le port d'armes autres que l'épée-. 

En 1.581, à la suite de quelque tentative d'émancipation, 

1. On lira ce document à la Topogk.\piiie, au mot Pau. 

2. P. J. V H3. 



LES CAGOTS DE NAVARRE DE 1379 A 1682 145 

le même seigneur de Saint-Geniès, octroyait, aux États de 
Navarre assemblés à Saint-Palais, un règlement par lequel 
il interdisait aux cagots de se marier avec des personnes 
de race pure, et à peine de mort de se joindre à elles par adul- 
tère ou autrement; de plus il leur enjoignait de se tenir 
séparément dans les églises et d'habiter à part. Ce règlement 
fut confirmé en 1608. 

En 4606, dans le pays de Soûle', conformément à ce que 
nous avons déjà vu dans un document béarnais de 1471, on 
interdit aux cagots, sous peine du fouet, de faire office de 
meunier ou de toucher à la farine du commun peuple". 

Ces règlements successifs restèrent-ils sans efTet? Il est 
permis de le croire, car, dès 1609, les trois Etats de Navarre 
demandaient au marquis de La Force, lieutenant général du 
royaume, d'ordonner l'exacte observance des règlements an- 
térieurs. Ce qui fut fait. 

Les cagots eurent dès lors à souffrir de la sévérité des 
magistrats. Aussi en 1611 demandaient-ils, mais en vain, aux 
États leur libération. 

Après une période de calme, qui coïncide avec celle que 
nous avons observée en Béarn, une nouvelle tentative 
d'émancipation se dessina, vivement réprimée par un règle- 
ment des États, sous la présidence du comte de Gramont, daté 
de La Baslide-Clairence, le 21 octobre 1628, ordonnant aux 
magistrats, peut-être trop complaisants, d'informer contre les 
contrevenants aux règlements de 1381 et 1608. Trente-deux 
ans plus tard seulement (1660), on introduisit en Navarre un 
règlement analogue à celui octroyé en Béarn en 1640, et 
dont une des clauses contredit ce qui avait été décidé en 1579, 
à savoir, qu'il était dorénavant interdit aux cagots de porter 
des armes à feu, poignards, bâtons ferrés, el mènie des épées; 
on leur défendait en outre de tenir des cabarets. 

En 1672, les députés du pays de Cise présentèrent une 
requête aux États de Navarre, car une fois de plus les anciens 

1. Nous rapi^elons que le pays de Soiile dépendait à celle dale du Parle- 
ment de Bordeaux; il n'en fut séparé qu'en 1C20. 

2. 11 est possible que pareil usage ait été observé dans le Labourd à cette 
épo<iue, mais il est bon de remarquer qu'au xviii' siècle il n'en était plus 
ainsi dans ce pays, du moins à Biarritz. 

Fav. 10 



1*6 IIISTOIUE DES CAGOTS 

règlements étaient insuffisants à maintenir les cagots dans les 
limites étroites antérieurement fixées. On ne s'étonnera point 
(lu mauvais vouloir de ces malheureux chez lesquels la lèpre 
avait disparu complètement, et qui acceptaient mal leur 
condition, qu'une lég-ende ethnologique, certainement fausse 
à leurs yeux, était insuffisante à justifier. C'est pourquoi les 
coups réitérés des États de Navarre et du gouverneur, qui 
renouvelaient sans cesse les mêmes défenses, le 8 juillet 
1G72, le ir; octohre 1078, le 23 août 1680, le 7 octobre 1082, 
restèrent-ils insuffisants à calmer cette soif de liberté qui ne 
tarda plus longtemps à être assouvie. 

III. — DE 1683 A NOS JOURS 

Ce fut dans la personne d'un contrôleur des finances, 
M. Du Bois de Baillet, et dans l'esprit de justice du Parlement 
de Navarre, que se rencontrèrent les premiers défenseurs des 
cagots. 

Sans doute le Parlement avait rendu récemment un arrêt* 
interdisant le mariage des cagots avec les gens de race 
pure, mais faut-il lui en tenir rigueur quand on songe à la 
pression que durent exercer sur l'esprit de cette assemblée, 
les décisions récentes et répétées des Etats de Navarre, et les 
idées intransigeantes du comte de Gramont ? 

On peut estimer que Du Bois de Baillet montra par son 
initiative (Quelque courage, et aussi quelque habileté. Colbert 
venait en effet de transformer profondément l'organisation 
financière du pays ; les intendants auxquels il avait donné 
une haute autorité dans leurs provinces, s'occupaient active- 
ment aussi à fournir au Trésor les sommes que réclamait la 
gloire de Louis XIV. En Béarn, il était peut-être malaisé de 
trouver dans les impôts des ressources nouvelles, aussi Du 
Bois de Baillet s'avisa-t-il de demander aux cagots de payer leur 
affranchissement. Colbert accepta la proposition à la condi- 
tion qu'elle pût rapporter trente ou trente-cinq mille livres; 

1. H esl intéressant de remarquer que, quoique le royaume de Navarre et 
le Béarn aient été réunis en 1620, le parlement de Navarre, que Louis XIII 
avait crée pour harmoniser l'organisation judiciaire de la nouvelle province, 
ne s'occupa pour la première fois des cagots que vers 1680. 



LES CAGOTS DE BÉARN ET NAVARRE DEPUIS 1683 147 

elle en rapporta près de cinquante. L'intendant avait en 
eftet convenu de faire payer aux cagots, pour jouir de la 
déclaration royale d'affranchissement, à chacun, deux louis 
d'or; il dit à ce sujet : « quoyque la somme soit peu 
considérable, neantmoins j'ay creu que c'estoit assez à 
cause de la pauvreté de ces gens là, et le grand nombre qui 
s'en rencontre dans ces provinces fera monter cette con- 
tribution à la somme de (juarante-cinq ou cinquante mil 
livres ' » 

Le geste un peu trop pratique de l'intendant nous paraît 
manquer totalement de dignité, d'autant que si nous admirons 
l'idée humanitaire et un peu le courage de celui qui n'hési- 
tait pas à rompre avec les vieux usages, nous ne pouvons que 
blâmer l'hypocrisie qu'il manifeste dans son projet de décla- 
ration royale, où, gardant le silence sur le marché qu'il a 
convenu, il fait dire au roi qu'il « désire traiter les cagots 
avec bonté, effacer les marques de l'esclavage qui peuvent 
persister encore, entretenir l'égalité de tous et lever les 
distinctions qui n'étaient établies que sur une erreur populaire, 
ne servant qu'à troubler la concorde entre les sujets ». S'il 
avait réellement dans l'esprit de si nobles pensées, il n'avait 
pas besoin de réclamer du roi la libération des cagots au cas 
seulement où ils paieraient-. 

Le projet de lettre patente présente un certain intérêt 
historique, en ce qu'on y trouve exposés d'une façon nette 
tous les usages jus(ju'alors acceptés au sujet des cagots. Il y 
est écrit en effet qu'afin que les cagots jouissent dorénavant 
des mêmes privilèges et avantages que les autres sujets du 
royaume, 

« Nous abolissons les dits noms de Christians, Cagots, 
Agots et Capots 

« Voulons qu'ils soient admis aux ordres sacrés et reçus 
dans les monastères, qu'ils soient placés dans les paroisses 

1. p. J. N" 137. Oïl voit i)ar les lettres de Du Bois de Baillet que les cagots 
étaient alors en Héarn au nombre de deux mille cinq cents environ (le louis 
d"or valait 10 livres), et que leur situation financière était [leii enviable. 

2. S'il s'était agi d'un véritable alTranchissement, si les cagots avaient été 
serfs, on comprendrait mieux qu'ils eussent eu à payer un droit de fran- 
chise ; mais il n'en était pas ainsi. 



148 HISTOIRE DES CAGOTS 

(le leur tlemeure indifféremment avec autres liabitants, qu'ils 
puissent aller à rolTrande, prendre et rendre le [)ain l)«''nit, 
chacun à leur tour, et que les séparations qui sont dans les 
églises des places qu'ils occupent seront abattues, et les 

portes de leur entrée bouchées 

« Permettons à nos sujets affranchis de choisir leurs habi- 
tations où bon leur semblera, même dans les villes, 

« Voulons qu'ils puissent être choisis pour toutes les 
charges des communautés, dans les([uelles ils feront leur 
demeure, tant honorables qu'onéreuses, qu'ils soient appelés 
aux assemblées des communautés dont ils font partie, 

« Levons les défenses qui leur sont faites... de contracter 
mariage avec nos autres sujets, 

« Laissons liberté de choisir telle profession qu'il leur 
jdaira... et y être reçus maîtres, 

« Permettons porter... les armes permises par nos ordon- 
nances. » 

Mais ces privilèges n'étaient accordés, et les cagots ne 
pouvaient en jouir qu'en « payant les sommes auxquelles ils 
seraient taxés ». 

Les usages auxquels le roi mettait fin par ces lettres, 
adressées au ressort des Parlements de Navarre, Bordeaux et 
Toulouse, remontaient certainement au xiv'' siècle; plusieurs 
de ceux-ci avaient toujours été admis sans conteste, d'autres 
avaient été combattus par les cagots (ce sont ceux à propos 
desquels intervinrent soit les articles du For de Henri II, soit 
des règlements ultérieurs); d'autres étaient tombés en désué- 
tude, la lettre n'en fait pas mention, ce sont le port de la 
marque rouge et l'usage obligatoire des chaussures; un 
autre enfin persistait (c'était un privilège), l'exemption de la 
taille pour les anciennes cagoteries. 

Le roi signa-t-il la déclaration rédigée par l'intendant de 
Béarn, ou bien s'arrêta-t-il à une formule où l'indemnité ne 
figurait pas; c'est ce que nous ne saurions décider. Il est 
toutefois certain, qu'il le fit vers 1684; on lit en effet dans le 
Mémoire sur le Déarn de l'intendant Lebret, écrit en 1703 : 
« Ce n'est que depuis environ quinze ou vingt ans qu'ils (les 
cagots) ne sont plus distingués des autres habitants de Béarn 



LES CAGOTS DE BEARN ET NAVARRE DEPUIS 1683 149 

par toutes ces marques d'ignominies défendues par une décla- 
ration du roi '. » 

Le Parlement de Navarre se conforma aussitôt à la volonté 
royale. Le 4 décembre 1688 il défendit aux Jurais d'Aubertin 
de distinguer sous prétexte de cagoterie un certain Pédezert, 
des autres babitants. C'était une nouveauté juridique. Elle 
suscita un toUe général si l'on en juge par la délibération et 
la requête des Etats de Navarre du 29 juin 1690. Rien n'est 
curieux comme ce document; tout y est mis en œuvre contre 
la décision du Parlement; on y cite les règlements des Etats 
accordés par de Saint-Geniès, et de Gramont, on y flatte le 
roi en lui montrant la grandeur et la noblesse des Navarrais 
qui perdraient de leur prestige à la libération des cagots 
méprisés; le danger est d'autant plus grand qu'à la suite des 
récents arrêts qui rendaient les cagots de certaines villes 
capables de tous offices et bénéfices, les cagots se sont syn- 
diqués pour faire déclarer, communs à tous, les arrêts rendus, 
et qu'ils viennent de faire assigner à cette fin leur syndic au 
Parlement". 

La requête des Etats resta lettre morte. 

Deux ans plus tard (9 juillet 1692), le Parlement de Navarre 
intervenait en faveur de Bernard de Capdepont et tous les 
autres cbarpentiers et tisserands des paroisses Sainte-Croix 
et Saint-Pierre d'OIoron, qui demandaient d'être reçus à 
présenter le pain bénit, à leur tour, dans l'église. Non seule- 
ment la Cour donna satisfaction aux demandeurs, mais encore 
défendit, sous peine de 500 livres d'amende, de distinguer, 
en quoi que ce fût, les anciens cagots. On remarquera que 
dans cet arrêt la qualité de cagot n'est pas donnée à 
B. de Capdepont, et ({ue pour la première fois on dit les 
charpentier?, et tisserands, au lieu du nom que la Cour voulait 
rayer du vocabulaire'. 

\. Mémoires des intendants Pinoti, Lebrel et de Hezons, sur le Béarn 

[publiés par M. Soulice], Pau, V" L. Hihaul, l'JOG. 

2. P. J. N" 139. 

3. P. J. N" 140. Nous ne connaissons pas <le titre antérieur à celui-ci où il 
soit (lit que les cagols étaient tisseramls. Dans la suite un grand nombre 
embrasseront celle i)rofession, autant dans la vallée du Gave d'OIoron que 
dans celle de la Nive. A Cluibitoa, et à Miclielenia en particulier, tous les 
tisserands sont d'origine cagote, même de nos jours. 



150 HISTOIRE DES GAGOTS 

En 1695, les cagots de Nay, de Pau, de Mont, de Bruges, 
« et autres en nombre considérable », s'adressèrent à 
M. Pinon, maître des requêtes, intendant de justice, police et 
finances en Héarn, Navarre, Bigorre et Soûle, demandant 
qu'on fît observer les récents arrêts de Parlement, d'autant 
qu'on continuait à les injurier, les appelant Ladres, cagots et 
capots, qu'on leur interdisait de participer aux votes ou même 
d'être présents aux assemblées publiques, et qu'on les 
séparait encore dans les églises, allant jusqu'à leur faire 
refuser par les curés la bénédiction du pain ({uils [)résentaient. 
A cause de cela, les suppliants avaient eu recours au roi qui 
envoya des ordres à l'intendant'. 

Ces ordres adressés par Louis XIV à Pinon, le o octobre 
dG95, enjoignaient de veiller à l'exécution des récents arrêts 
du Parlement selon leur forme et teneur. Dès ce jour 
auraient dû cesser toutes les contestations, toutes les tra- 
casseries dont étaient victimes les cagots. Mais telle était 
la force des préjugés, que le peuple fit longtemps encore 
opposition aux idées nouvelles, car tout en cédant à la loi 
il conserva à l'égard des anciens parias une attitude hostile 
et méprisante. 

L'intendant de Béarn sur le vu de ces lettres et des arrêts de 
4688 et 1692, rendit, à la requête des cagots, une ordonnance 
datée du 8 mars 4696, enjoignant à tous les juges royaux, 
maires et jurats de faire respecter les dé(îisions récentes-. 

Force resta à la loi. 

Les anciens cagots jouirent alors d'une condition après 
laquelle ils soupiraient depuis longtemps. Bien plus, ils 
gardèrent vis-à-vis du peuple un avantage, celui de ne pas 
payer la taille pour les cagoteries anciennes. Le maintien 
de ce privilège était contraire aux décisions qui voulaient 
faire disparaître toute distinction entre les cagots et le reste 
du peuple. C'est ce que comprirent les maire et jurats de 
Monein qui, malgré les réclamations de Pierre de Crestiaa de 
Cardesse, obtinrent, le 49 février 1707, l'abrogation du privi- 
lège créée en 1379 par Gaston Phœbus*. 

1. P. J. N»* d41 et 112. 

2. P. J. N" 1 13. 

3. P. J. V 144. 



LES CAGOTS DE BEARN ET NAVARRE DEPUIS 1683 151 

Ici devrait se terminer l'histoire des cagots de Béarn et 
de Navarre. En fait, aucun événement nouveau ne modifia 
l'état des choses établi dès lors. Mais le peuple, chez qui 
les préjugés ne se laissent pas déraciner aisément, provoqua 
encore plusieurs arrêts du Parlement de Navarre, qui ne 
firent que répéter et confirmer les décisions antérieures de 
cette Cour. 

Le 20 septembre 1721, Pierre Lostalot de Lembeye, le 
21 avril 1722, les ci-devant cagots de Pau, Nay, Tgon et 
Bruges, obtenaient des arrêts propres à donner toutes satis- 
factions à leurs plaintes dirigées contre les jurais et le peuple 
récalcitrants. A Lurbe et Asasp l'hostilité publique contre les 
cagots alla jusqu'à provoquer des émeutes auxquelles mit fin 
un arrêt du 28 novembre 1730. 

Enfin un arrêt du 28 septembre 1763 condamna un habitant 
de Gurs qui avait eu l'imprudence de traiter de cagots les 
membres de la famille Lacaze. 

Depuis, le silence des documents laisse penser que les 
cagots vécurent en paix. Mais alors même qu'on leur 
concédait partout la jouissance des droits communs, on n'en 
continua pas moins à les distinguer, évitant de leur parler, 
de les épouser, de les fréquenter, si bien que deux siècles se 
sont écoulés depuis 1707, sans que la race des cagots ait pu 
se faire complètement oublier. 



CHAPITRE III 
LES CAPOTS DU LANGUEDOC 

Quand, quittant la Gascogne et la Navarre, on pénètre dans 
le Languedoc, on s'étonne de ne plus guère trouver trace des 
cagols. C'est que ceux-ci ne constituaient pas en Languedoc 
une classe nettement individualisée. Ici, ils étaient intimement 
confondus avec les autres lépreux, et c'est par exception 
qu'on trouve quelques individus nommés cagots ou capots 
dans la partie la plus occidentale de la province, partie qui 
seule entre dans le cadre du présent ouvrage, et qui est 
limitée à l'est par la Garonne et l'Ariège. 

Quoique Toulouse soit sur la rive droite de la Garonne, 
il est utile que nous en parlions ici, car elle joue un rôle 
prépondérant dans l'histoire de la lèpre et de la capoterie 
en Languedoc. 

Toulouse tient en effet une place à part parmi les villes 
du Sud-Ouest, par le nombre considérable d'établissements 
hospitaliers qui s y élevaient. Catel, en ses mémoires, en cite 
vingt-neuf, comme ayant jadis existé dans la capitale du 
Languedoc. Faut-il voir là une manifestation spontanée de 
la charité publique, ou croire au contraire que la pitié fut 
sollicitée par l'abondance extrême de malades? C'est à cette 
seconde hypothèse que nous nous arrêtons de préférence, car 
tout nous fait penser que les hôpitaux et maladreries de 
Toulouse étaient ouverts aux malades de toute la région 
avoisinante. Pourrait-on comprendre sans cela que celte 
ville ait compté, fait exceptionnel, sept léproseries au 
xiv' siècle, et trois encore au xvu' siècle '? 

1. Voir plus loin, p. 2"2-27«. 



LES CAPOTS DU LANGUEDOC 153 

C'est pourquoi il ne faut point s'étonner que nous cher- 
cliions à Toulouse les éléments de l'histoire des lépreux du 
Languedoc. 

Dès la première moitié du xiv" siècle, les Coutumes de 
Toulouse interdisaient aux lépreux la fréquentation journa- 
lière avec les autres hommes, et faisaient examiner les suspects 
afin qu'il fût aussitôt pourvu à leur isolement. Cet isole- 
ment se faisait dans les léproseries alors si nombreuses en la 
ville. On ne peut douter que ces sages mesures fussent 
propres à éviter l'expansion du mal et surtout sa propension 
par voie héréditaire. C'est en conformité a\ec la coutume, 
que Philippe VI ordonnait au sénéchal de Toulouse de 
veiller à l'isolement des lépreux qui contrairement à leurs 
droits se mêlaient au peuple. 

En 1404, Charles VI interdisait aux lépreux de toute la 
France d'habiter, ni entrer dans les maisons ou lieux de 
réunion, ni converser avec les personnes saines. Cet ordre 
était applicable à Toulouse. 

Pareilles défenses furent renouvelées, le 7 mars 1407, par 
le même prince, ({ui avait appris qu'en Guyenne et dans les 
sénéchaussées de Toulouse, Carcassone, Beaucaire, Rouergue, 
Bigorre et Quercy se trouvaient certaines gens frappés d'une 
espèce de lèpre, appelés capots ou casots, qui de toute 
ancienneté vivaient séparés des personnes saines, et étaient 
distingués par une marque afin (jue les sains ne fussent point 
contagionnés par eux. Ces malades, grâce à de grands et 
puissants amis, étaient arrivés à jouir de certaines faveurs, 
vivaient librement parmi les autres, buvant, mangeant et 
habitant au milieu de tous. Le roi, devant le danger que de 
tels abus faisaient courir à la santé publique, ordonna (jue, 
comme l'usage ancien le voulait, les cagots portassent 
dorénavant le signal accoutumé. 

Peu après, Toulouse eut encore maille à partir avec 
les lépreux ou capots qui s'étaient répandus dans la ville 
et la sénéchaussée. Le dauphin Louis, de passage dans la 
ville, nomma le 10 juillet 1439 des commissaires chargés 
de visiter plusieurs personnes qui étaient « malades et enti- 
chées d'une très honible et griève maladie, appelée la mala- 



134 HISTOIRE DES CAGOTS 

die de lèpre et capoterie », pour qu'on put les séparer d'avec 
les sains. 

Il est vraisemblable cjue les capots de Toulouse ne furent 
pas mis dans des capoteries comparables à celles du Béarn, 
mais dans des léproseries. Le régime de quelques-unes des 
léproseries de Toulouse convenait en effet à leur situation. 
Parmi celles-ci on sait en eflet que plusieurs n'avaient rien 
de commun avec les maladreries-hôpitaux, mais revêtaient 
bien plutôt l'aspect des cagoteries béarnaises, où la famille 
entière vivait en commun, sans être soumise à la direction 
d'un supérieur ecclésiastique. 

Mais des lépreux récalcitrants rendaient la tâche difficile 
à la municipalité, ainsi ([u'au Parlement. On lit en effet 
dans les archives du Parlement, qu'un huissier à cette Cour, 
Guillaume Gourdin, ayant été reconnu lépreux, se vit inter- 
dire, le 18 décembre 1456, l'entrée du marché et de l'église, si 
ce n'est de i>on matin avant qu'il n'y vînt d'autres personnes. 
Cet homme peu soucieux sans doute de la santé publique, 
n'en continua pas moins à agir à sa guise, si bien qu'un ordre 
vint le toucher le 19 décembre suivant, lui imposant de 
quitter sa maison et « d'aller vivre en quelque hostel loing 
des gens bien au large et aéré ». Ordre inutile. Le 9 février 1459 
on lui défendit à nouveau de rester en son domicile à peine 
de perdre son office, et le 1" avril suivant on l'emmenait de 
force. 

Qu'on ne s'étonne point que, de la sorte, Toulouse ait été un 
véritable foyer de maladie. La municipalité s'efforça cepen- 
dant d'améliorer l'hygiène de la ville, car on sait, par les 
archives du Donjon, que le 12 novembre 1499 on payait un 
garde, à la porte Saint-Etienne, « pour empêcher d'entrer 
en ville les mesels et les roigneux et autres gens infectés* ». 

Jusqu'à la fin du xv- siècle, dans le Languedoc, lépreux 
et cagots semblent avoir été soumis aux mêmes règlements; 
s'il existait une différence entre eux, elle ne devait tenir qu'à 
leur condition de vie, les uns vivant dans des léproseries sous 
la tutelle d'un maître, les autres vivant en famille dans les 

1. Nous avons puisé plusieurs de ces renseignemenls clans la thèse du 
D' Cuguilières : Les Léproseries de Toulouse. 



LES CAPOTS DU LANGUEDOC 155 

cagoteries. Tous avaient interdiction d'aller dans la ville, de 
se mêler au peuple dans les maisons, assemblées et églises, 
enfin ils signalaient leur présence par leur vêtement ou une 
marque spéciale. 

On ignore si les capots jouissaient en Languedoc des 
mêmes avantages qu'en Béarn. La chose est probable. 
On sait en effet qu'au xvi' siècle ils avaient le droit de 
signer certains actes. C'est ainsi que, le 17 mai 1560, les 
capots de Saint-Clar et Lectoure (Gers. Juridiction du Parle- 
ment de Toulouse) passaient une transaction avec les 
procureurs ou fermiers du comté d'Armagnac, moyennant 
laquelle, il est vraisemblable ({u'ils renonçaient à certains 
droits et gagnaient certaines libertés. La question de leur 
origine lépreuse entrait certainement en ligne de compte 
dans cet acte, car du jour où les capots comprirent qu'ils 
pourraient arriver à faire laver la tache de leur origine par un 
arrêt du Parlement, ils demandèrent au roi des lettres tendant 
à la cassation de leur transaction (29 janvier 1600). 

Vers le milieu de la seconde moitié du xvi' siècle éclataient 
à Saint-Glar et à Lectoure des conflits entre les cagots et le 
peuple. Les premiers voulaient se mêler aux seconds en 
foutes circonstances. De là des scènes de violence et des 
injures, qui amenèrent un procès terminé par sentences du 
sénéchal d'Armagnac, auxquelles il fut fait appel (1579). Une 
nouvelle affaire du même genre réunissait les plaideurs en 
1599 et 1600. Le Parlement avant déjuger si les charpentiers 
de Lectoure et Saint-Clar étaient en droit de se plaindre 
d'avoir été injuriés du nom de capots, ordonna qu'il fût 
procédé à un examen médical. Le 15 juin 1600, les méde- 
("ins reconnurent que les capots en question étaient absolu- 
ment sains de leur personne. Ce n'est qu'en 1627 que les 
anciens parias obtinrent du Parlement entière satisfaction, et 
la jouissance de tous les privilèi,'es qui jusqu'alors leur étaient 
refusés '. 

Cet arrêt de 1627 eut sans doute un retentissement 
considérable, car il n'y a aucune trace de procès nouveaux 
avant la fin du xvn' siècle. 

1. P. J. V" 150 à {y)-i. 



156 HISTOIRE DES CAGOTS 

En 1GG4 un différend éclata entre les dominicains de 
BaLaières-de-Biiorre et l'archiprèlre, les premiers voulant 
autoriser la sépulture d'une femme cagole en leur couvent, 
le second s'y opposant. L'assemblée municipale de la ville se 
réunit à ce sujet (19 septembre) et décida qu'elle s'oppose- 
rait à cet enterrement si contraire « aux bonnes et anciennes 
coutumes ». Les cagots intervinrent alors jiar une instance 
portée devant l'Official de Tarbes, mais le corps municipal se 
bcHa à son tour de représenter à ce tribunal ses prétentions. 
Tandis que cette instance était encore pendante, un cagot fit 
enterrer son enfant chez les dominicains. Il est probable (jue 
rOffîcial permit aux cagots de faire ensevelir les leurs aussi 
bien chez les dominicains qu'à la chapelle Saint-Biaise'. 
Cependant, par suite d'une requête des consuls de Bagnères, 
l'affaire fut portée devant le Parlement de Toulouse. Nous 
croyons que cette requête resta sans effet, et que la Cour 
évita de statuer à son sujet, puisque le Parlement désirait 
rester fidèle à ses décisions de 4627 ^ 

Cependant les préjugés n'étaient point vaincus; ils se 
manifestèrent, tout à coup, au début du xxm'' siècle. Déjà en 
1G99, le vicaire général d'Auch avait dû rendre des ordon- 
nances en faveur des cagots de Montbert, quand, sur une 
requête des cliar|)entiers d'Averon, de Sabazan, de Sainte- 
Christie, de Bascous, de Lanne-Soubiran et de Bctous, le 
Parlement interdit à peine de 500 livres d'amende « à toute 
sorte de personne, de quelle qualité que ce soit, de les injurier 
de Ladres, Cagots,. Capots et Gahiz, ni même de refuser 
leurs suffrages dans toutes les assemblées où ils se trou- 
veront » ; il ordonnait en outre qu'ils fussent admis aux 
mêmes charges et droits honorifiques que les autres habi- 
tants (30 juillet ^00)^ 

En 1703 les capots de Mombert\ n'ayant pas obtenu 
toutes les satisfactions que le vicaire général d'Auch avait 
décidées, en ce qui concernait leurs rapports avec le curé du 
lieu, firent au Parlement une requête pour obtenir l'exhuma- 

1. C'était le nom de la cliapelle des cagots. 

2. P. J. ^"'iU à 157. 

3. P. J. N"^ 138 et 159. 

4. Momberl était en Armagnac. 



LES CAPOTS DU LANGUEDOC 157 

tion d'une jeune fille de leur caste et la translation du corps 
dans le cimetière commun. Le Parlement par arrêt du 20 août 
leur accorda ce qu'ils demandaient et ordonna que dorénavant 
ils fussent traités, comme le reste du peuple, à l'église, aussi 
bien de leur vivant qu'après leur mort; il renouvelait en outre 
les déclarations de l'arrêt du 30 juillet 1"00 '. 

Cet arrêt fut confirmé en 17 io et 1746. Depuis, le Parle- 
ment de Toulouse n'eut plus à s'occuper des descendants des 
capots. 

1. P. J. N" i:;9. 



TROISIEME PARTIE 



HISTOIRE JURIDIQUE DES GAGOTS 



Jusqu'ici les juristes, à de très rares exceptions [)rès', 
ont complètement négligé l'étude de la condition des cagots ; 
cest qu'ils ont estimé sans doute que ce sujet était d'un 
intérêt médiocre. Il mériterait en effet fort peu qu'on s'y 
arrêtât, si les cagots n'étaient que des serfs comme l'avait 
pensé Marca. 11 n'en est pas de même du moment où on les 
considère comme appartenant à une classe spéciale de lépreux. 
C'est pourquoi nous avons cru utile de bien montrer dès le 
début de cet ouvrage que les cagots étaient lépreux. 

Lorsqu'on parcourt les nombreuses monographies où sont 
publiés des documents, concernant des lépreux libres d'une 
région quelconque de la France, on voit que les auteurs 
s'étonnent toujours lorsqu'ils constatent que ces malheureux 
jouissaient d'une condition très spéciale, n'ayant que des 
rapports éloignés avec ce que l'on sait de la condition des 
lépreux enfermés. Nous avons acquis la conviction que les 
faits ainsi mis en lumière ne constituent pas des exceptions, 
mais des cas particuliers d'une règle générale, dont les cagots 
fournissent l'exemple le plus intéressant. 

Le grand nombre de documents que nous avons recueillis 
sur le sujet, nous permet aujourd'hui d'aborder l'histoire 
juridique des cagots. On remarquera que certaines des ques- 
tions que nous étudions restent encore bien obscures, que 

1. De Maria el Bascle de Lagrèze ont consacré deux el trois pages à la con- 
dition des cagots. 



HISTOIRE JI.'RIDIQL'E DES GAGOTS 159 

d'autres ne peuvent être tranchées par des règles générales, 
et que les faits d'exception prennent en certains cas une place 
importante. La plupart des difficultés qui se présentent 
tiennent à la nouveauté du sujet qui ne recevra une 
lumière complète que lorsque nous aurons, dans un avenir 
que nous souhaitons prochain, réuni les éléments néces- 
saires pour écrire l'histoire des lépreux libres de la France 
entière. Encore restera-t-il toujours des questions difficiles à 
trancher puisqu'il nous faudra sans cesse reposer sur les lois 
et usages du moyen âge, dont la complexité et la multi- 
plicité sont peu propres à rendre notre tâche aisée. 

Nous n'avons certes point la présomption de penser que 
nous écrivons, d'une façon définitive, ce chapitre jusqu'ici 
négligé de l'histoire du droit, mais nous espérons, grâce à 
l'abondance de nos documents, établir des bases sur lesquelles 
d'autres, plus savants ou plus heureux que nous, pourront 
s'appuyer pour construire mieux ou compléter les pages que 
l'état actuel de nos recherches ne nous aura pas permis décrire. 

DIVISION DU SUJET 

La condition des lépreux reclus est assez connue par un 
grand nombre de documents publiés de-ci de-là; celle des 
lépreux libres est presque ignorée; c'est elle pourtant qui 
rappelle le plus ce que nous pouvons observer aujourd'hui 
en Tunjuie, et que Zambaco-Pacha a décrit si merveilleuse- 
ment, dans ses Voyages aux pays des Lépreux. La condition du 
lépreux turc ne nous émeut et ne nous étonne guère ; c'est, 
avec un peu de civilisation en moins, celle de nos tuberculeux 
dans les sanatoria; et nous ne sommes pas éloigné de croire 
qu'au moven âge le peuple n'était souvent pas plus féroce 
pour les cagots, que ne sont nos paysans modernes à l'égard 
des malheureux phtisiques', 

1. Un médecin de nos amis, dont la Ijonne foi ne peut être susi)ectée, nous 
a dit, après avoir fait un séjour de quelques mois dans un sanatorium du 
centre de la France, que les habitants des villa>.'es ou hameaux voisins évi- 
taient de parler aux pensionnaires de rétablissement, que les enfants leur 
jetaient couramment des pierres, et que même on allait jusqu'à les traiter 
de lépreux et pestiférés. Aussi les malades évitaient-ils d'aller du côté des 



160 lIlSTdlKK .IIIUIIKJL'R 

Dans les départements du Sud-Ouesl, il y avait très peu de 
lépreux reclus; les quelques léproseries, sur lesquelles nous 
avons pu recueillir des notes, restent encore à peine connues, 
on ne sait même rien de leurs règlements ou statuts. Aussi 
nous bornerons-nous ici à étudier les lépreux libres ou cagots 
au point de vue du droit civil, certain d'a[)porter des vues 
nouvelles dans une question que l'abondance des matériaux 
accumulés nous permet d'étudier dans ses détails. 

Nous diviserons le sujet en trois chapitres, que nous ferons 
précéder d'un chapitre historique et ferons suivre d'un a[)pen- 
dice sur le droit pénal. 

Dans les deux premiers chapitres nous étudierons la con- 
dition des cagots, en nous basant sur le texte du For de 
Henry II, dont la rubrique oo% De qualilalz de personnes^ 
comporte trois articles qui nous intéressent, et dont le 
contenu peut se diviser ainsi : 

(Art. IV.) — 1" Les cagots ne doivent pas se mêler aux 
autres hommes pour la conversation familière; 

2° Ils doivent habiter séparés des autres hommes; 

3" A l'église, ils doivent se mettre derrière les personnes 
saines. 

(Art. V.) — 4" Les cagots ne peuvent porter d'autres 
armes que celles nécessaires à leur profession de menuisier. 

Nous subdiviserons les deux premiers chapitres de la façon 
suivante : 

Ch. I. Séparation des cagots. 

1. Pourquoi séparer les lépreux? 

2. Qui est lépreux? 

3. Les moyens employés pour reconnaître les 

lépreux. 

4. Séparation des cagots. Leur demeure; 

5. Séparation des cagots. Leur famille; 

G. Séparation des cagots dans les rapports sociaux; 
7. Séparation des cagots à l'église. 
Ch. IL Privilèges et Incapacité. Obligations des cagots. 

lieux habiles. Ces mœurs regrettables ne sont heureusement pas encore trop 
répandues. La nécessité d'une prophylaxie ne doit pas exclure la pitié, ni 
surtout la charité. L'Église l'avait compris au moyen âge en prenant sous sa 
sauvegarde les lépreux. 



DIVISION DU SUJET 161 

1. Privilèges de juridiction ; 

2. Cagots et colliberts; cagots affranchis et vassaux: 

3. Les cagots et le droit de bourgeoisie; 

4. Privilège de la taille; 

5. Obligations professionnelles; 

6. Service militaire et interdiction du port des armes ; 

7. Le droit de quête. 

Le troisième chapitre aura trait aux biens et contrats et 
se divisera en quatre paragraphes : 

i. Tenures féodales et censives; 

2. Ventes, cessions et baux; 

3. Contrats de mariages; 

4. Testaments et héritages; ^ 

5. Contrats professionnels; 
G. Confréries, corporations. 

Enfin, dans un appendice, nous traiterons de quelques 
points se rattachant au droit pénal et à la procédure. 



Fay. 



11 



CHAPITRE PRÉLIMlNAIRn: 

HISTORIQUE 

L'histoire des lépreux, dans les départements du Sud-Ouest 
de la France commence sans doute avec rétablissement des 
Phéniciens en Aquitaine. C'est un fait depuis longtemps 
étahli que les Phéniciens « ont porté ]>artout avec eux le 
morhus Phœnicus, c'est-à-dire la lèpre qu'ils avaient contractée 
en Eg-ypte, comme les Hébreux, et qu'ils ont semée partout 
où ils ont étahli leurs nombreux comptoirs commerciaux* ». 
Ceci remonte au xv' siècle avant notre ère. Nous ne pouvons 
nous empêcher de croire que la maladie, si grave put-elle 
être à cette époque, s'atténua peu à peu et finalement disparut 
presque totalement de notre territoire. En eCfet il faut 
attendre plus de vingt siècles pour entendre à nouveau 
parler du fléau. C'est vers le vi" siècle, époque des invasions 
germaniques, que la lèpre reparaît chez nous comme un fléau. 
Dès o~0, une léproserie existait dans le Jura, à Saint-Claude, 
et en 583 le concile de Lyon s'occupait du sort des lépreux, et 
en décrétant que les évêques devraient s'occuper de fournir à 
ces malades la nourriture et le vêtement, afin de leur ôter 
tout motif d'aller d'une cité à une autre transporter leur mal, 
sous le prétexte de chercher du travail ou des aumônes qui 
leur permettraient de pourvoir à leur subsistance -. Ce concile 

1. Zambaco-Pacha. Bull, de l'Acad. de méd. de Paris. Séance du ?A octo- 
\)V<- 1893. t. XXVIll, p. 630. 

2. Conciliioh Luf/dunense III. — «... Placuit eliam uni verso conciiio, ut 
unuscujusque civitalis ipsius aut nascunlur, aut virlentur consislere, ah 
episcopo ecclesiie ipsius sufficientia alimenta, cl necessaria vestimenta ac- 
cipiant, ut iliis per alias civilates vagandi licentia denegetur. » 

Acla Conciliorum et epistolse décrétâtes ad constituliones summorurn pon- 
lificum. Ah anno DLI ad annum DCCLXXXVII. — Parisiensis ex lypographia 
Regia MDCCXIV. — T. 111, col. 456. 



APERÇU HISTORIQUE 163 

inaugurait du môme coup cet état de choses qui devait faire 
que les lépreux pendant plusieurs siècles ne relevèrent que 
du pouvoir ecclésiastique. 

L'origine germanique de la lèpre en France a trouvé de 
nombreux partisans. Le Danemark et la péninsule Scandinave 
étaient et sont encore (cette dernière du moins) des foyers où 
la lèpre sévissait terriblement d'une façon endémique. Les 
races anglo-saxonnes devaient dès lors être frappées et trans- 
porter partout derrière elles ce mal qu'elles répandirent par 
toute la Germanie, le nord et l'est de la France, enfin dans 
les Iles Britanniques, où la plus ancienne législation, celle de 
Howel le Grand, fait souvent mention de la maladie. C'est par 
cette voie que la Bretagne vit réapparaître le fléau ; c'est par 
la grande invasion qui visita les Pyrénées, l'Espagne, les 
Alpes, puis l'Italie, que le mal s'établit pour longtemps dans 
ces régions. L'hypothèse est rendue d'autant plus vraisem- 
blable que les mots Kakod et Caffo, formes les plus anciennes 
de la racine d'où devait dériver le mot cciaot (lépreux), se 
rencontrent en Bretagne, dans les Pyrénées, l'Espagne, les 
Hautes-Alpes, et l'Italie, et que ces mots, manifestement ger- 
maniques d'origine, ne peuvent avoir été introduits dans ces 
régions que par l'invasion qui avait importé la lèpre et aussi 
les termes qui devaient servir à nommer ses victimes. Si la 
maladie avait été bien connue antérieurement, il y aurait eu 
toutes les chances pour qu'on n'ait pas emprunté à l'envahis- 
seur un mot qui eût fait double emploi. 

Quand avec les premières années du viii'' siècle, les 
Sarrasins apparurent en Espagne, puis en France, ils firent 
éclore de nouveau l'épidémie qui commençait à s'éteindre. 
Pépin le Bref décréta alors ({ue la lèpre était cause suffisante 
[)0ur l'annulation du mariage; puis Charlemagne en ses 
Capitulaircs d'Aix-la-Chapelle (789) répéta cette décision'. 
Mais l'empereur, qui avait su repousser les Sarrasins, ne 
put pas chasser l'épidémie, que quelques familles arabes 
eiilretinrent pendant plusieurs siècles au fond des vallées 

1. CipiLiilaire dAix-la-CIiapelle. — Tilre : •• Hem, alio capitula de diversis 
re/jus, pariim ecciesiasticis, parlim polilicis. § XX. De le[)rosis, ul se non in- 
liTiiiisceant alii populo. » (Une autre version porte : chrisliano populo.) ^c/a 
coiiciliuru)/!..., t. IV, col. 84fJ. 



164 HISTOIRE JURIDIQUE 

pyrénéennes. La vallée d'Argelès, celle de l'Aspe, celle de la 
Nive, et certains coins des Landes, non seulement ont 
conservé jusqu'à nos jours le souvenir du mal arabe, mais 
encore leurs populations a gardé le type ethnique de ses 
ancêtres les Sarrasins. L'Rspagne, où le Musulman vécut 
plusieurs siècles, a plus encore souflert de la lèpre que la 
France, car non seulement elle nourrit aujourd'hui encore, 
en certaines de ses provinces, l'endémie, mais encore elle est 
depuis longtemps le centre d'où la maladie est partie pour 
envahir la Turquie, la Grèce et l'Algérie. Lorsque vinrent les 
croisades, avec le retour des preux, la lèpre qui depuis le 
vi*^ siècle sévissait en France prit tout à coup une importance 
et une extension considérables. La foi, particulièrement vive 
chez nous, faisait s'élever dès le xi- siècle, sur notre sol, des 
fondations pieuses, des monastères, des églises, et aussi des 
hôpitaux. L'exemple de saint Louis, dont les regards étaient 
constamment tournés vers ceux qui souffraient, allait accen- 
tuer les tendances philanthropiques, si bien que le sol français 
fut couvert, sous le règne de ce roi, de près de 2 000 léproseries. 
Il nous paraît difficile d'établir, d'une façon précise, quelle 
pouvait être la condition des lépreux avant le IIF concile de 
Latran (1179). Il est probable que rien de très net n'avait été 
institué, et que l'arbitraire régnait en maître. Tous étaient 
soumis à la juridiction ecclésiastique; pour cette raison il est 
probable que la plupart des malades vivaient hospitalisés, 
obéissant en cela à l'autorité des prêtres ou des religieux, qui 
veillaient de leur mieux à la santé publique; mais si l'hospi- 
talisation était pratiquée pour les grands malades, il est 
vraisemblable que ceux qui étaient moins atteints pouvaient 
vivre en famille, aller par les villes, quêter, et même travailler. 
Tous les règlements en vigueur se résumaient d'ailleurs à peu 
de chose : les sources où ils sont consignés sont les textes 
conciliaires. Il n'y a évidemment dans ces textes rien qui 
soit propre à la région limitée qui nous occupe; cependant, 
nous croyons utile d'insister un peu sur des règles qui plus 
tard auront une influence très marquée sur la législation 
béarnaise et qui contiennent déjà l'ébauche de ce qui plus 
tard caractérisera le lépreux libre et le lépreux reclus. 



APERÇU HISTORIQUE 165 

En 314 le concile d'Ancyre décida que les lépreux se 
tiendraient à l'ég^lise, au même lieu que les énergumènes, et 
cela afin de ne pas transmettre leur maladie aux autres 
fidèles '. Le lieu dont il s'agit n'est autre que le vestibule, ou 
encore cette partie de l'église qui se trouve sous les cloches. 
Plus loin, nous verrons que les cagots même au xix" siècle 
étaient encore relégués en Béarn, en cet endroit. 

Nous avons vu comment, en 583, le IIP concile de Lyon 
avait chargé les évéques de pourvoir à l'entretien des 
lépreux. En 726, quelques difficultés s'étant élevées dans 
l'église à propos de la participation des lépreux aux sacre- 
ments et aux agapes, le pape Grégoire II écrivit une lettre 
à l'évoque Boniface pour lui dire que, tandis qu'il fallait 
interdire les repas en commun, il fallait au contraire no pas 
refuser la communion aux lépreux^. 

Il faut encore citer les actes de Clotaire (630), les Capitu- 
laires de Pépin (157) et de Charlemagne (789), et l'on aura 
une vue d'ensemble de l'état de la question, telle qu'elle se 
trouvait encore au début du xi'^ siècle, c'est-à-dire à l'époque 
où furent rédigés les premiers titres qui composent le cartu- 
laire de l'abbaye de Lucq en Béarn (1000). Nous avons déjà 
suffisamment insisté sur ce document pour n'avoir pas à 
y revenir"; rappelons seulement que le mot christianus 
désignait déjà à cette époque les lépreux, et que ceux-ci n'ont 
jamais été soumis au servage, comme plusieurs auteurs le 
répètent à tort sur la foi de cette unique pièce qui jusqu'ici 
n'avait pas été interprétée correctement. 

A part la fondation de quelques léproseries ou hôpitaux, 

\. Concilium Ancyranuni. •• Hos eosdem sane non soliim leprosos crimine 
hujusinodi fados, sed et alios isto suo morbo replenles, placuit inler eos 
orarc, qui tempestate jaclantur, qui a nobis energumeni apcllanlur. >• iVersio 
hiilori, cil. XVII.) — « Eos qui irralionabililcr vixerint el lepra inusti criminis 
alios poiluerinl, prœcepit sancla synodis inler eos orare, qui spiiilu pericli- 
lanlur iinmondo. » (Versio Dionysii exir/ui, cli. XVI.), Acla conciUorum..., t. I, 
p. 278. 

2. Gregori II Papa- epislohe II. Ad Honifacium episcopum. — § X. « Leprosi 
aubim, si lidelcs (Ihrisliani fuerint, dominici corporis el sanguinis partlcipa- 
tio Iribualur : cum sanis aulem <onvivia celebiare prohibeanlur. » Acta 
ConciUorum, l. 111, col. 1860. 

Le concile de Worms répète les termes de celte lettre, en 868: le lexte ne 
difïere que par les derniers mots, qui sont « ... celebrare non permillanlur ». 

3. Voir a la Table des Documents (n" i) les pages où est étudié ce tilre. 



166 HISTOIRE JURIDIQUE 

rien ne vient plus éclairer l'histoire de la lèpre dans le Sud- 
Ouest, jusqu'au IIP concile de Latran (H79), qui aura une 
influence considérahle sur les faits (|ui occuperont les xiu° et 
Mv' siècles. Voici un des cha[>itres les plus intéressants de ce 
concile. 

XXIII. — Leprosi sibimetipsis privatam haheant cccksiam et armeteriiim. 
Cuni dicat Apostolus, abundantiorcm honorem raembris infir- 
mioribus deferendum : ecclesiaslici quidam quai sua sunt, non Jesii 
Christi, quœrcntos, leprosis, qui cnm sanis habitare non possunt, 
et ab {ad ecclesiam cum aliis convenire, ecclesias et cœnieteria non 
permittunt habere, ncc proprii juvari niinisterio sacerdotis. Ouod 
quia procul a i)ielate Christiana esse dinoscitur, de benegnitate 
apostolica constituimus : ut ubicumque tôt simul sub communi 
vita fuerint congregati qui (quoi) ecclesiam cum cœmeterio consti- 
tuere, et proprio gaudere valeant presbytero, sine contradictione 
aliqua permittanlur liabere. Caveant antem, ut incuriosi veleribus 
ecclesiis de iure parochiali nequaquam existant. Ouod namqiui eis 
pro pietale conceditur, ad aliorum injuriam nolumus redundare. 
Statuimus etiam ut de hortis et nutrimentis animalinm suorum 
décimas tribuere non cogantur '. 

Le concile en s'élevant contre les prêtres qui ne per- 
mettaient pas aux lépreux d'avoir église ni cimetière, ni 
aumônier qui leur fût attaché, nous dit que les lépreux ne 
pouvaient se mêler au peuple dans les églises, ni reposer 
dans le cimetière commun. Il laisse aussi entendre qu'il ne 
veut pas laisser ces malheureux dans l'impossibilité d'assister 
aux offices ni d'être ensevelis en terre sainte. Il y a là comme 
un souvenir du concile d'Ancyre, qui réservait une place 
dans l'église pour les lépreux. Cependant, comme dans 
certaines paroisses le nombre des malades était assez consi- 
dérable, on décréta que, là où la chose serait jugée utile, on 
créerait une église entourée de son cimetière, et réservée à 
ces seuls malades. C'est ce qui se fit à Bordeaux et àBayonne 
en particulier. En outre, la condition des lépreux dont il 
s'agit ditîère manifestement de celle des lépreux reclus, qui 
possédaient depuis longtemps chapelle et aumônier dans les 
maladreries; le concile de Latran vise donc les lépreux libres. 

La libération de l'impôt décimal est une innovation impor- 

1. Sacrosancta Concilia, ad regiam edilionem exacla, etr... Luleli.r pari- 
siontm, t. X (paru en 1671); Goncilium Latranense III, col. 1520, ch. xxni. 



APERÇU HISTORIQUE 167 

tante. Il convient de remarquer que le cens et la taille ne sont 
point visés, quoique les prescriptions de rÉglise donnassent 
à entendre aux seigneurs qu'il était meilleur d'exonérer de 
tout impôt ces malheureux. L'exonération de la taille se fit, 
en Béarn, pour les cagots en 1379, et ne tarda pas à passer 
dans le For sous une forme manifestement inspirée du 
texte des conciles de Morcenx (1326), et de Paris (1346) qui 
menaçaient d'excommunication ceux qui feraient payer la 
taille aux maladrevies. 

Quant au cens, il fut toujours perçu. C'est ainsi que le 
Livre d'Or de la cathédrale de Bayonne (1266) mentionne 
un groupe de crestians, c'est-à-dire de lépreux, censitaires 
de Sainte-Marie pour la somme annuelle de 6 deniers. 

Avant le concile de Morcenx, la taille elle aussi était perçue 
chez les lépreux, du moins est-il permis de le croire, puisque 
le For de Morlaas (1220) dit que seuls les domangers {domùiici), 
qui n'avaient pas coutume de payer la taille, continueront à 
jouir de ce privilège. 

Deux autres passages, contenus en la xxxvii^ partie de 
l'Appendice du IIP concile de Latran, nous intéressent encore. 

Cir. II. [dem. Pervenit ad nos, quod cum hi, qui lepric morbum 
incurrunt, de consuetudine général! a communione omnium sepa- 
rentur, et extra civitates et villas, ad loca solitaria transferentur, 
nec uxores suas taliter a^grotantes sequantur, sed sine ipsis manere 
présumant. Ouoniam igitur, cum vir et uxor una caro sint, nec 
debeat aller sine altero diutius esse : fraternitati tua?, etc. ; quate- 
nus, si qui sint in provincia tua viri vel mulieres qui lepra^ morbum 
incurrunt, uxores ut viros, viri ut uxores suas sequantur, et eis 
conjugali alfectione ministrent, sollicitis cxhortationibus indicere 
laborelis. Si vero ad hoc induci non potuerunt, eis arctius injunga- 
tis, ut utcrque altero vivante continentiam servet : et si qui contra 
mandatum nostrum venire pra-sumpserit, eos contradictione et 
appellatione cessante vinculo anathematis adstringas. 

Sed hoc, ubi de locis Iiahitatis expellmitur ad solitaria : illiid, ubi non 
Vel hoc, (juaiido lanta apparel macula, quod ex taclu timetur infectio : illud. 
(juando non tanla. 

Cil. III. Idem. Dathoniensi episcopo. — Quoniam ex multis auctoribus 
et prœcipue ex evangelica veritate apparet', nemini licere uxorem 

1. Math., V, 22. 



168 HISTOIHE .ILIUDIOUE 

suam, excepta causa fornicationis, dimittere : constat quod sive 
niulier lepra percussa l'uerit, sive gravi aliqua infirinilate detenta, 
non est propterea a viro suo separanda. Leprosi autem, si se con- 
'•inere noluerint et aliquaiii quM- sibi nubere velit invcnianl, lil^erum 
est eis ad matrimonium convolare. Quod si viruni sine uxorc divino 
udicio leprosum fieri contigerit et infirmus a sana carnale debi- 
tum exigat, generali precepto Apostoli ', quod exigerit, est sol- 
vendum, cujus pr;ecepti nullam in hac causa invenimus exceptio- 
nem. 

Ces deux chapitres, qui règlent la question <ln mariage chez 
les léf)reux, définissent la condition des lépreux. Les uns 
sont séparés du commerce des hommes, et relégués ad loca 
solilaria, ce sont les lépreux reclus, qui pourront vivre 
auprès de leur femme mais en observant la continence; les 
autres, les lépreux libres, pourront, s'ils tiouvent un conjoint 
qui les agrée, vivre en famille et faire souche. 

Toutes ces règles édictées par le seul pouvoir ecclésiastique 
montrent que les lépreux étaient soumis à la juridiction de 
l'Eglise, ils perdirent peu à peu ce privilège, ou plutôt 
l'autorité civile s'arrogea |)rogressivement des droits (ju'elle 
ne possédait pas tout d'abord. 11 convient cependant île 
remarquer qu'aux xii' et xin' siècles et même plus tard, les 
princes prirent soin de faciliter à l'Eglise sa tâche, en édic- 
tant des règlements ou des lois absolument conformes aux 
usages que celle-ci avait établis, bien longtemps avant que 
les conciles eussent parlé; ces derniers n'avaient, dans les 
cas (jui nous occupent, qu'à régler des différends, ou établir 
une règle de conduite pour quelqu'un de ses serviteurs hési- 
tants. Rien n'est en effet plus frappant que la conformité 
d'idées qui existe entre les Fors de Navarre lioo) et les 
prescriptions conciliaires. Ces Fors, composés sur les mêmes 
bases que ceux de Sobrarbe et Navarre (x'= ou xi' siècle), con- 
sacrent un chapitre aux gafos. 

Oii doit vivre et mourir celui qui devient tjafo. — Si un noble ou un vi- 
lain devient gafo, il ne doit pas èlre avec les autres voisins dans 
l'église ou dans l'intérieur de la ville mais aller aux autres Leprose- 

1. 1 Gor., 7. 



APERÇU HISTORIQUE 16» 

ries, et si le gafo dit : je puis vivre dans mon héritage sans aller 
en d'autres terres, et qu'il soit de la ville, que les voisins de la 
ville lui construisent une cabane hors des murs de la ville, au lieu 
que les voisins jugeront bon (convenable). Quand au gafo miséreux 
qui ne poura s'aider du sien, qu'il aille demander l'aumône par la 
ville, et qu'il la demande hors des portes au son de ses cliquettes, 
et qu'il n'aie pas de conversation familière avec les petits enfants 
et les jeunes gens quand il ira parla ville en demandant l'aumône, 
et que les voisins de la ville défendent aux leurs d'aller à sa cabane 
pour avoir conversation avec lui. Et si lui (le gafo) ne se permet- 
tant aucune familiarité, il arrive du mal a quel<iu"un, le gafo n'aura 
pas tort'. 

Il est ici, comme on le voit, plutôt question de lépreux 
libres, et la loi ne s'occupe que de prophylaxie. C'est d'ailleurs 
ce qui caractérise la plupart des lois et règlements que nous 
rapportons dans cet ouvrage. 

Dès maintenant, nous pouvons dire que nous connaissons 
le fond de l'histoire des lépreux libres. Tout ce qui était mis 
en vigueur à la fin du xu' siècle, le sera encore au xvii' et 
même au xvni% malgré les efforts de quelques philanthropes 
qui chercheront, à coup de lettres patentes et d'arrêts, à 
supprimer l'effet des anciennes coutumes. La cause de la 
triste condition des cagots, au xvui- siècle, renfermée dans les 
sages lois du xn" siècle, car ces lois, respectant la famille des 
malades, tout autant que la santé publique, avaient établi une 
barrière entre les lépreux qui allaient se [tasser la maladie 
de père en fils, et les gens sains qui refuseront toujours de 
mêler leur sang à celui de la race maudite. Et ce fut vraiment 
une race que celle de ces lépreux héréditaires, qui fixés dans 
leurs vallées, allaient, par de continuels mariages consan- 
guins, affaiblir leur descendance, et lui passer, avec leurs 
caractères ethniques, les stigmates de la dégénérescence 
physique aussi bien que mentale. 

Ce n'est qu'à la fin du xni" siècle, que se précise l'histoire 
juridique des cag-ots. Ce n'est qu'à partir de cette époque que 
CCS malades furent considérés par les législateurs comme 
possédant une ([ualité [tropre attachée à leur personne. Cette 
qualité a quelque analogie avec celle des clercs. Les cagots 

1. Voir \c Icxle espagnol aux l*. .)., N" 112. 



170 HlSTolllK .inillJlOUE 

(liftèrent cependant des clercs par ceci que certains de leurs 
privilèges ou incapacités, quoique comparables dans leur 
espèce, difîcrent par leur raison d'être. La fin du xvr et le 
commencement du xvii' siècle marquent une transition 
remarquable dans l'histoire juridique des cagots; leur lèpre 
était à cette époque si atténuée ou même oubliée, qu'un à 
un tous les usages les concernant vont disparaître; mais le 
législateur, qui présida à cette transition, eut à combattre et 
à détruire les souvenirs populaires, et les légendes enracinées 
depuis de longs siècles. Ni Louis XIV, ni ses successeurs ne 
purent effacer entièrement les préjugés. La Révolution elle- 
même ne put hâter l'oubli de ce passé, que Minvielle (d'Ac- 
cous) appelait alors « le préjugé vaincu ». Michel en 1847, 
De Rochas en 1876, nous-mème en 1906 et 1907 avons 
retrouvé des traces encore vivantes de coutumes, qu'un travail 
de trois siècles n'a pas suffi à effacer. On peut cependant 
affirmer que, lorsque les vieux seront partis, les cagots seront 
oubliés, car il est peu d'hommes de trente ans qui connaissent 
de la race maudite autre chose que son nom. 



CHAPITRE I 

DE LA QUALITÉ DES CAGOTS. 
LA SÉPARATION DES LÉPREUX LIBRES OU CAGOTS 

I. — POURQUOI SÉPARER LES LÉPREUX? 

Pourquoi séparait-on les lépreux? Parce qu'on croyait leur 
maladie contagieuse. C'est donc un peu faire de l'hygiène que 
d'étudier la question que nous allons al^order. Tout, dans les 
pages qui suivent, s'inspire de l'idée de prophylaxie; aussi 
pensons-nous qu'il n'est point déplacé d'étudier brièvement 
la question de la transmission de la lèpre, avant d'aborder le 
cœur môme du sujet; le lecteur puisera dans ce préliminaire 
des notions qui lui permettront de juger avec plus d'exacti- 
tude les faits et de tirer des conclusions où sa philosophie 
aura plaisir à s'exercer. 

L'introduction du bacille pathogène dans l'organisme ne 
paraît être, en ce qui concerne la lèpre, qu'une étape, qu'un 
fait ayant seulement une valeur relative; car, ainsi qu'obser- 
vait le professeur Cornil, à propos de cette affection, « le 
parasitisme n'implique nullement l'idée de contagion néces- 
saire, et ce serait une erreur que de croire que toute maladie 
parasitaire bactérienne soit transmissible d'un individu à 
ceux qui vivent en contact avec lui ». Ce qui fera éclore la 
maladie chez l'individu porteur du bacille, sera la disposition 
soit acquise, soit héréditaire. Si cette disposition fait défaut, 
il n'y a pas de raison suffisante pour expliquer l'éclosion du 
mal. Il est vraisemblable que la virulence du bacille, ou 
mieux certaines conditions spéciales, tenant à l'état physio- 
logique soit de l'agent pathogène, soit des individus, expliquent 



172 IIISTUIIU- JUIUDIQUE 

les modifications que riiistoire nous permet de constater dans 
la contagiosité de certaines maladies. C'est ainsi qu'il semble 
(|ue la lèpre ait été très contaiiieuse au moyen âge, alors 
qu'il est certain qu'elle ne l'est que fort peu de nos jours. 

Comment devenait-on lépreux au moyen âge? L'examen 
de cette question est d'autant moins déplacé ici, que, si nous 
en croyons Ambroise Paré, la lèpre était surtout fréquente en 
Guyenne et Languedoc. 

La réponse nous sera fournie par trois auteurs autorisés : 
Chauliac, Mondeville et Paré '. 

Tous trois admettent la contafjionpar Cairet le conlacl, le rôle 
de la disposition mauvaise, et enfin limportance de Vhérédité. 

La contayion se fait, dit Chauliac, par corruption d'air et 
attouchement de ladres; Mondeville dit à son tour qu'on 
devient lépreux par un air pestilentiel et infecté, ou par le 
coït avec une lépreuse ou une femme « avec laquelle un 
lépreux a récemment coïté, son sperme étant encore dans la 
matrice ». Paré répète cette dernière assertion, et ajoute 
qu'on peut prendre la maladie à « communiquer et fréquenter 
avec les ladres, et coucher avec eux », ou à boire dans leurs 
verres, à cause de la vénénosité de leur salive; il incrimine 
encore leur haleine et les exhalaisons de leur corps. 

La disposition à la maladie est caractérisée pour Chauliac 
par ce que les « humeurs sont disposées à bruslure et à estre 
converties en malancholie ». Mondeville spécifie le rôle 
néfaste d'une mauvaise alimentation- et Paré développe ces 
données en insistant sur les conditions climatériques, les pays 
trop chauds ou trop froids, sur le mauvais régime alimentaire 
ou médicamenteux « qui engendre sang cacochyme et mélan- 
cholique », sur le « grand travail assiduel, soing et sollici- 
tude, vie misérable », enfin sur la rétention des superfluités. 
Tout ceci se caractérise d'un mot, ce sont les causes de la 
misère physiologique. 

Le rôle de Vhérédité ne fait de doute pour aucun de ces 
auteurs; le premier parle de « tache de génération »; le 

1. Chirurgie de M' Henri de Mondeville (1306-1320). Édil. Nicaisc. Paris, 
.\lcan, 1893. 

2. . Un usage prolongé d'aliments mélancholiques. • 



DU LA CONTAGION DE LA LÈPRE 173 

second dit que la lèpre se déclare avant la naissance quand 
un des parents est lépreux; enfin Paré écrit qu'il y a lèpre 
(|uand on « a esté faict de la semence d'un père ou mère 
lépreux, et partant on la peut asseurement dire estre une 
maladie héréditaire ». 

L'examen des documents que nous avons recueillis, nous 
permet de dire que, dans les départements du Sud-Ouest de la 
France, la lèpre fut avant tout héréditaire. Il est possihle 
qu'il y ait eu des cas de contagion, mais ils sont si rares que, 
dans les quelques centaines de documents que nous avons 
vus, et dont la plupart sont publiés ici, nous n'avons trouvé 
signalés que de rares cas de contagion, l'un à Bordeaux 
en 1520', l'autre à Toulouse (1436), encore ce second cas 
fut-il suivi de guérison assez rapide-, un troisième se 
rapporte à un chanoine fondateur de la léproserie de Lescar; 
enfin aux archives des Basses-Pyrénées nous avons vu deux 
indications peu explicites concernant des individus devenus 
lépreux. Il est certain (|u'il y a eu d'autres cas de contagion 
que ceux que nous mentionnons, mais il ne reste pas moins 
évident qu'ils sont exceptionnels dès le xiii' siècle. 

Un coup d'œil jeté sur les lépreux modernes nous force aux 
mêmes conclusions. Zambaco-Pacha qui a vu tant de lépreux 
n'hésite pas à écrire, même sur un certificat, que le mal n'est 
pas contagieux de nos jours. Nous adhérons à ces conclusions 
en les éclairant des vues données en tête de ce chapitre; nous 
ne pouvons pas en effet dire qu'il s'agit de contagion quand 
la maladie éclate deux, cinq, dix, vingt ou trente ans après 
le contact supposé infectant; une aussi longue et variable 
incubation n'est plus une incubation; chez de tels sujets 
nous admettons que le bacille de Hansen a vécu en parasite 
iiio/fensif jusquà lapparilion de conditions propices ou 
dispositions, comme le fait le bacille de Koch qui infeste 
l'air de nos grandes villes, vit en parasite chez chacun de 
nous, mais ne provoque la maladie que quand il a trouvé 
des conditions de milieu ou de défense défectueuses, lui per- 
mettant de [)rendre l'oflensive. 

1. P. J. N"' 40 et u. 

2. Voir Cuguillércs, Les Lépros.'vies de Toulouse, p. 37, 38 et 61. 



174 IIISÏOIIIE JL'IUDIQUE 

L'hérédité, en revanche, apporte et le microbe et la dispo- 
sition. Gomhaltez par une bonne hyg^iène la dis])Osition, le 
microbe restera inolTensif. Ce principe, qui eût dû faire la 
base de toute prophylaxie, a été malheureusement négligé à 
une époque où l'idée d'une contagion possible était seule 
propre à émouvoir. Que dis-je? N'est-ce pas encore la 
tendance de notre époque? Laënnec, Andral, Chomel, Trous- 
seau, ne se sont-ils pas élevés contre la contag-ion de la 
tuberculose pour montrer le rôle prépondérant de l'hérédité? 
Est-ce que l'inoculation (Villcmin) ou l'insufflation forcée 
(Cornet) de produits ou de cultures tuberculeux sont des 
preuves de la contagion de la maladie? Non; Kelsch a bien 
fait d'écrire que ce sont là des conditions d'infection bien 
éloignées de celles que l'on rencontre dans la vie courante. 
L'ingestion de bacille de Koch produit parfois la tubercu- 
lose, mais la chose est rare, et la démonstration de cette 
théorie par des faits est plus rare encore'. Comme jadis 
nous sommes sidérés par la pensée de la contagion possible, 
si rare soit-elle, au lieu de diriger nos seuls efforts sur 
l'amélioration de l'hygiène de ceux qui sont, de par l'héré- 
dité, en puissance de tuberculose. Ceci reste vrai quand il 
s'agit de lèpre. 

N'a-t-on pas vu en 1900 les étrangers déserter tout à coup 
certains cantons de la Suisse, en apprenant qu'il y avait par 
là un petit hameau de lépreux? Ces lépreux héréditaires y 
vivaient depuis plusieurs siècles. Y a-t-il à Marseille des 
épidémies de lèpre? Pourtant Vitrolles compte des lépreux. 
N'avon.s-nous pas vu en Bretagne et dans les Pyrénées des 
lépreux? N'en voit-on pas une dizaine dans les salles com- 
munes de l'hôpital Saint-Louis à Paris? Pitres n'en a-t-il pas 
vu à Bordeaux? Tous ces malades ne sont pourtant pas 
l'objet d'un isolement spécial, ils vont et viennent, et 
n'infectent pas ceux qu'ils approchent ^ 

1. Lire à ce sujet le travail 1res documenté de P. Jousset sur La Prop/nj- 
laxie de la Tuberculose. Paris, Baillière, 1907. 

2. J'ai connu un jeune niéilecin brésilien, très au fait de la lèpre quïl 
avait beaucoup étudiée. Il m'assurait avoir souvent vu, dans un restaurant 
très fréquenté de Paris, un lépreux tuberculeux. 

On lit dans l'éloge <le D'Abbadie (Acad. des Sciences. '1 déc. 1907) que l'il- 



QUI EST LÉPREUX? 175 

La lutte contre la lèpre devrait se limiter à l'hygiène du 
lépreux, et c'est la seule chose dont on ne se soit presque pas 
occupé. Pourtant Ghauliac avait recommandé à ceux qui 
commençaient à être malades, de sniore bon régime, et dans 
une ordonnance toulousaine on recommandait à un lépreux 
d'aller à la campagne en un lieu bien aéré. En vérité l'hygiène 
d'autrefois était détestable; certaines coutumes communales 
ne disent-elles pas de donner aux lépreux les viandes de 
mauvaise qualité, qui auront été saisies? Cette mauvaise 
pratique de l'hygiène devait faire avorter les excellentes 
tendances de nos illustres précurseurs. 

Il a fallu que les progrès insensibles de l'hygiène vinssent 
pénétrer les campagnes pour faire diminuer peu à peu la fré- 
quence de la lèpre; il a fallu la lente suppression des mariages 
consanguins et la disparition des lois de prophylaxie pour 
enrayer le mal que ces lois, pleines de bonnes intentions 
mais mauvaises en pratique, avaient en quelque sorte entre- 
tenu. 



II. — QUI EST LÉPREUX? 

En droite est lépreux celui qui a été reconnu tel par les 
médecins ou tels experts qui ont été désignés à cet effet; est 
lépreux aussi celui qui est fils de lépreux. 

Dans la région qui fait l'objet de nos recherches, il était 
exceptionnel qu'on eût à reconnaître un lépreux qui avait 
acquis la maladie, cependant il est vraisemblable que la 
chose se présenta parfois ; dans ces cas l'isolement complet 
était une mesure nécessaire, car pour avoir provoqué une 
dénonciation, il fallait que le malade fût fortement atteint; 
aussi le mettait-on dans une léproserie-hôpital, et rarement 
hii permettait-on de se retirer dans une maison isolée. Guy 
de Ghauliac nous indi([ue la marche suivie à son époque pour 

lustre savant, pondant son séjour en Ethiopie, avait par niégarde couché une 
nuit dans la chemise de son serviteur qui était lépreux. Il eut grand'peur 
quand le matin il s'aperçut de l'erreur, mais il n'en soulTrit aurun toi'l, pas 
plus que de son cnntai'l Journalier avec ce malade. 
\. Nous parlons naturellement du Droit ancien. 



176 niSTOlRK .ICIUUIQUE 

le placement des lépreux : les uns ont plusieurs signes 
équivoques et peu d'univoques, ce sont les cag-ots; il 
convient « (ju'ils demeurent en leurs bories et métairies, et 
maisons, et ne s'ingèrent fort avec le peuple » ; les autres, 
qui ont une lèpre plus accentuée, « doivent estre séquestres 
du [teuple et conduits en nialadreries ». Si le malade examiné 
était indemne, on l'envoyait avec une lettre de certificat au 
curé dont il était paroissien, évidemment afin de l'informer 
que la lèpre, qu'on lui soupçonnait, n'existant pas, il ne 
devait pas être considéré comme appartenant à la juridiction 
de l'église dont le curé était le représentant paroissial. 

Il est certain que souvent l'examen du malade et son 
isolement g^ardaient un caractère purement médical, et que 
le changement de condition de la personne ne nécessitait 
aucune formalité juridique. Le médecin se contentait de 
fournir un certificat dont le modèle est bien connu, puisque 
tout le monde a pu le lire dans Ambroise Paré. Mais 
parfois les choses nécessitaient un jugement, ainsi qu'on 
peut s'en rendre compte dans une pièce fort curieuse, que 
M. Guigne a publiée récemment': dans ce cas le tribunal 
était mixte. D'autres fois c'était un arrêté qui notifiait au 
malade la conduite qu'il devait tenir, quand par exemple il 
ne tenait pas compte des avis à lui donnés en vue d'un 
isolement. Un exemple curieux est fourni par les archives 
du Parlement de Toulouse, où en 1456, 1457 et 1459 on lit 
des arrêtés concernant un huissier au tribunal qui quoique 
lépreux ne consentait pas à s'isoler-. 

A côté des lépreux acquis, il convient de placer les lépreux 
héréditaires. Ceux-ci sont surtout connus dans le Sud-Ouest 
sous le nom de Cagots. Tous les cagots n'étaient probable- 
ment pas lépreux, mais le seul fait d'être de la race des 
lépreux suffisait pour qu'ils fussent assimilés à ces malades. 
Les conséquences de ce fait ont une grande importance, car 
la naissance créait une qualité à la personne qui par ailleurs 
pouvait n'être pas justifiée. 

1. Arcli. du Rhùne, feuillet détaché d'un registre de la cliancellerie de 
Forez, à réintégrer aux Arch. de la Loire. Biblioth. de VEcole des Chartes, 
1907, p. i30-432 : La Lèpre en Justice. 

2. Publiés par Cuguillère, Léproseries de Toulouse, p. 31. 



QUI EST LÉPREUX? 177 

Aussi peut-on dire qu'en droit est lépreux celui qui descend 
d'une souche lépreuse. 

Ce court exposé permet déjà d'entrevoir que les lépreux 
n'étaient pas tous de même condition, puisque les uns, moins 
atteints, devaient éviter de se mêler au peuple et vivre dans 
leurs maisons ou métairies, tandis que les autres, plus grave- 
ments frappés, étaient séquestrés dans des maladreries. Les 
premiers n'étaient pas morts au monde, les seconds au 
contraire étaient définitivement séparés de la société. 

Cette distinction si simple explique un nombre considé- 
rable d'actes de toute nature, qui, aux yeux des auteurs 
insuffisamment informés, passent pour être contradictoires. 
Il nous est fréquemment arrivé de lire des travaux concernant 
les lépreux de telle ou telle région, où l'auteur croyait avoir 
fait une découverte rare, quand il publiait un acte passé avec 
des lépreux, tel que vente, achat, contrat de mariage, 
testament, etc. Il n'y a pourtant là rien que de normal quand 
il s'agit' du lépreux libre, peu malade ou simplement héré- 
ditaire'. Comment expliquer, si ces lépreux ne pouvaient 
rien posséder, les termes du concile de Lavaur défendant 
(le prélever des dîmes sur les terres ou l'alimentation des 
animaux appartenant aux lépreux; ou ceux de la bulle d Ur- 
bain Iir adressée sans doute aux principales agglomérations 
de lépreux (1186) et confirmant le texte des conciles-? 

Nous n'avons pas encore acquis la certitude que la condition 
de lépreux libres fut le propre des seuls malades habitant des 
villages ou hameaux uni(|uement afîectés à leur usage ; la 
chose est pourtant probable, car on conçoit mal la ])Ossibilité 
de la cohabitation de conjoints dans un bâtiment d'hôpital. 
Pour acquérir cette certitude il faudrait avoir une connais- 
sance approfondie de la disposition des centaines de lépro- 
series connues. Jusqu'ici l'enquête assez complète (jue nous 

1. Rien n'est plus instructif que la lecture d'un ailniirable travail de 
M. Urouaull sur les lépreux de Nontron, Millac, etc., où sont décrits des 
lépreux lihres héréditaires, et intitulé : Comment finirenl les léprcu-r. 

2. Cette bidle adressée aux lépreux île Pontfrault se lit dans le fonds de 
celte léproserie conservé aux archives de l'Yonne et a été publiée par iMolard : 
De la capacité civile îles Lépreux, Bull. Soc. des Se. Uisf. et Nat. de l^ Yonne, 
1S88, p. 322. A Pontfrault ces malades vivaient en commun (comtnumem vilctm 
ducenlibus) et non dans un établissement soumis à une règle quasi monastique. 

Fay. 12 



178 HISTOIRE JLUIDlUL'E 

avons menée en Bretagne, dans la rég-ion pyi-rnéenne, la 
Gascogne et la Guyenne, et des recherches plus superficielles 
faites en Lorraine, Ile-de-France, Normandie, Dauphiné, etc., 
n'ont point encore contredit l'hypothèse qui nous fait limiter 
le champ des lépreux morts au monde, aux seules léproseries- 
hôpitaux soumises à une règle monastique, si large fût-elle. 



III. — COMMENT RECONNAISSAIT-ON LES LÉPREUX? 

C'est dans le vêtement que de tous temps on a trouvé h' 
moyen pratique de reconnaître certaines classes de |)('rsonncs. 

Les juifs, les filles puhliques, les lépreux, les galériens, 
avaient leurs signes distinctifs, je devrais dire leur uniforme. 
Cette nécessité du signe visihle, dont l'uniforme est là 
l'expression la plus parfaite, se retrouve partout, même chez 
ceux qui trouvent avilissante toute espèce de livrée. 

Les lépreux avaient leur livrée; elle variait un peu selon 
les provinces. Dans tout le Sud-Ouest la couleur rouge 
fut adoi»tée; les grands lépreux portaient la rohe rouge, les 
lépreux lihres un fragment de drap rouge sur la poitrine que 
la tradition assure avoir présenté la forme d'un pied d'oie. 
Le lépreux devait toujours être chaussé, les lépreux reclus 
étaient même gantés et signalaient leur présence par les 
cliquettes. Enfin il semble que tous portaient un serre-tête de 
forme spéciale. 

Toute la méthode prophylactique employée contre les 
cagots peut se résumer en ces mots : prévenir tout contact 
du malade. 

Pour cela on fit porter aux cagots un signe qui permît de les 
reconnaître, on leur défendit de se mêler au peuple, enfin 
on chercha à é>iter le contact des choses (ju'iis avaient 
touchées. 

Le signe du pied d'oie. 

Le signal des cagots consistait en un morceau de drap 
rouge porté sur la poitrine; ce signe affectait habituellement 
la forme d'une patte d'oie. Le cagot ne portait ni cliquettes, 



LE SIGNE DU " PIED D'OIE » 179 

ni vêtement spécial, du moins rien ne nous autorise à le 
penser. 

De quand date le signal de drap? Nous l'ignorons; cepen- 
dant nous pouvons penser qu'il remonte à la fin du xii" ou 
au commencement du xnr siècle. La première allusion 
qui y soit faite à notre connaissance se trouve dans les actes 
du concile de Nogaret (1290). On y lit : Item, quod leprosi 
eiDido ad villas, et per villas, et ad castra, signum portent 
consuetiim in veste snperiori. Dans ce texte il n'est point 
parlé des cliquettes, qui sont moins anciennes et que les 
lépreux ne portaient pas toujours ; en revanche on parle du 
signal porté comme d'une chose connue et habituelle. En 
1368, le concile de Lavaur parle de l'importance du signal 
en étoffe : signaque in veslibus déférant per quœ a sanis 
patent/ differentia cognoscantur. En 1396, la coutume de 
Marmande nous renseigne clairement sur les dimensions et 
la couleur du signal des gahets : « Le conseil établit 
qu'aucun lépreux' n'entrera dans la ville sans un signal de 
drap vermeil de I tournois de long sur III de large, fixé sur la 
robe supérieure et à découvert, à peine de 5 sols d'amende. » 

Dès le début du xv" siècle l'usage du signal tendit à se 
perdre. Le 7 mars 1407, Charles YI recommanda de sévir 
contre ces cagots qui « vont, viennent et repairent entre les 
saines personnes, sans porter aucune enseigne de cognois- 
sancc de leur maladie ». Ce qui se passait dans le royaume 
de France, se remarquait quelques années plus tard en 
Béarn. Si l'on en croit Marca, en 1460 les états de Béarn 
demandèrent au prince Gaston de faire [)orter de nouveau 
aux cagots la marque du pied d'oie, à laquelle jadis ils 
étaient accoutumés. Ce fait nous permet de dire que la 
manjue en forme de pied d^oie est antérieure au xv" siècle. 
Le prince ne répondit pas à la requête, et la conséquence on 
fut la perti; de l'usage du signal en Béarn. En effet dans un 
règlement édicté, contre un cagot de Moumour, par un notaire 
d'Oloron, en 1471, il n'est point parlé de ce signal. 

Il faut passer à Bordeaux pour le retrouver en plein 

I. Le texte porte qu'aucun ■• g.iiïet ni ^'.i(Tère, etran^rer ou non, f/rund ou 
petit... '• Il s'agit évideminenl ilo la (listinctiou entre la grande et la petite lèpre. 



180 HISTOIUK .11 UlDlulE 

xvi" siècle. Un document du 10 septembre 1520 {P.J., n" 41) 
nous apprend que les lépreux, enfermés, portaient la robe rouge, 
les cliquettes et les gants. Il n'en était j»as ainsi des lépreux 
libres ou galiets, car en looo un règlement de police leur 
ordonnait de porter « une enseigne de drap rouge cousue au 
devant de la poitrine ». En 1573 une ordonnance de police 
spécifiait que cette mar(|ue devait être de la grandeur d'un 
grand blanc ' et en lieu ap[»arent et découvert. 

On remarquera que la couleur rouge adoptée était celle-là 
môme que l'on avait adoptée pour le vêlement des lépreux 
reclus. La forme en pied d'oie n'est indiquée dans aucun des 
documents concernant Bordeaux. 

Pendant ce temps, en Béarn, une requête était vainement 
adressée à Jeanne d'Albret (lo62) pour réclamer le port de 
la marque distinctive parles cagots. En 1610, les Etats de 
Béarn revinrent sur le même sujet. Il est vraisemblable que 
les cagots à cette époque négligeaient toujours de porter un 
signe quelconque, puisqu'on discuta des moyens à employé)- 
pour les empêcher d'exercer d'autres métiers que celui 
de charpentier, et qu'on proposa à cette fin de « les distinguer 
par certaine marqtie ». Un des députés au Tiers-Etat, celui de 
Pau, ne fut point de cet avis; celui de Salies [)roposa 
l'adoption d'un bonnet vert, et celui de Hivière-Ciave 
demanda un brassart. Finalement la requête des Etats au 
(louverneur réclama l'adoption de certaine marfpie que les 
cagots porteraient en lieu apparent. Le gouverneur se con- 
tenta d'ordonner l'exacte observance des règlements anciens, 
qui ne contenaient aucune disposition relative au signal. 

En résumé, les cagots de Béarn semblent n'avoir porté un 
signe distinclif que jusqu'à la fin du xv' siècle, ou les pre- 
mières années du xvf . 

Il n'en fut point de même dans le ressort du Parlement de 
Bordeaux, où la marque, après être tombée un peu en désué- 
tude, redevint oljUiratoire à partir du 14 mai 1578. A cette 
date, un arrêt du Parlement ordonnait « aux capots et gahets 

d. Grand blanc, pièce de monnaie valant 10 deniers. Ce texte, fie même que 
celui des coutumes de M.irmande cité plus liant, montre que le signal en 
question était à peine irrand comme les cocardes usitées encore de nos jours. 



LE SIGNE DU «■ PIEU l»'olE » 181 

de Casteljaloux et autres lieux de prendre promptement la 
marque et signal, en leur poitrine, en forme de pied de 
guid', qu'ils ont accoutumé de tout temps porter, et aux 
ladres les cliquettes ». 

Le 12 août 1581, un arrêt, concernant Capbreton et le 
Labourd tout entier, renouvelait la même prescription, en 
spécifiant que le signal était rouge. Le 11 décembre 1592, le 
20 mai 1593, le 5 septembre 1596, le Parlement répétait 
encore sa décision. Enfin le 3 juillet 1604, à la prière du Tiers- 
Etat de Soûle, le Parlement insistait sur le même point". 

Comprendrait-on qu'il ait fallu des arrêts aussi fréquem- 
ment répétés, si l'on n'admettait que les cagots cherchaient à 
ne pas les exécuter? Leur opposition incessante finit d'ailleurs 
par triompher, ici comme partout ailleurs ^ 

D'où venait la forme de pied d'oie donnée à la marque des 
cagots? Nous sommes bien embarrassé pour le dire. Nous 
n'avons pour tout guide en la matière que les auteurs 
anciens, et ceux-ci sont fort divers dans leurs conjectures. 
Marca, qui croyait les cagots d'origine sarrasine, dit que les 
mahométans ont coutume de se laver souvent et qu'on ne 
pouvait trouver pour les désigner de « charactère plus exprès, 
que le pied d'oye, qui est un animal qui se plaist à nager 
ordinairement dans les eaux ». Venuti discutant cette opi- 
nion écrit : « Il est évident que M. de Marca a forcé son 
imagination en faveur de sa thèse. De pareilles marques 
distinctives dépendent de la volonté des magistrats, qui n'y 
cherchent d'ailleurs aucune allusion'' »; il constate en pas- 
sant qu'on serait fort embarrassé de dire pourquoi les juifs 

1. l'ied de f/uid. c'est-à-(lire pied d'oie e( non de canard, comme on l'a 
parfois iJcrit. Le mot fjiiid signifie étymologiquement oie, ainsi qu'on peut 
s'en rendre com[)le à la vue des mots suivants dont la parenté n'est pas dou- 
teuse : Gwydd (galL); geadh (gaèl. éc); guid (vieux fr.); f/f-az, ganz, qoay, 
oa>j (br.); oije, oie {(r.); goose (angl.). 

L'oie mâle se disait ganwa (gaèl. éc), d'où r/caider (an;.'!.). 

2. Palassou, qui cite cet arrêt, en le transcrivant en lan.i:af,'e moderne, parle 
de la •• mai'fiue rouire en forme de patte de canard ». C'est, nous le disons 
dans la note ci-dessus une erreur de traduction. 

3. Une ordonnance du juge de Hions, datée du juillet 165G onlonnc, con- 
formément aux arrêts du Parlement de Hordeaux, que les capots porteront 
" la cuire rouge comme les Giescste ont acoustumé de fère ». Cette ordon- 
nance a un intérêt purement local. 

l. Venuti, loc. cit., p. 126. 



182 IllSTdlHK .ILUllJlQUE 

portaient une marque d'étolTe jaune. Cependant nous ne 
pouvons pas admettre que ces coutumes soient purement 
arbitraires. Que la couleur adoptée ait été prise sans motif 
suflisaiumenl défini, soit encore', mais peut-il en être de 
môme de la forme en pied d'oie qui est trop. étrange pour 
être née sans raison ! Nous goûtons assez l'opinion qui 
rattache ce signe à l'histoire de la reine Pédauque. Cette 
princesse, dont le surnom est parlant, n'était autre que la 
malheureuse Austris, reine wisigothe que la tradition de 
Toulouse- nous montre cachant la lèpre qui la dévorait dans 
son humide palais de Peyrelade, et y usant de la balnéolhé- 
rapie, d'où son nom symbolique de Pédaucha ^ Les lépreux 
portèrent à cause d'elle cette marque du pied d'oie qui 
rappelait sa maladie. 

Bullet conjecture que depuis qu'on eut représenté la reine 
Berthe avec un pied d'oie, pour faire connaître la peine que 
le mépris des censures ecclésiastiques lui avait attiré, on 
contraignit les Albigeois et les Yaudois, qui étaient héré- 
tiques, à porter le signe qui ra|)pelait le châtiment de la 
reine \ Il paraît en effet exact que les hérétiques vaudois aient 
porté le pied d'oie; et il est possible qu'il faille y voir une 
allusion à l'enfant de la reine hérétique qui naquit avec un 
pied d'oie, ou tout au moins avec un pied difforme. Il semble 
dès lors que le nom de Pédauque donné à la mère qui malgré 
les censures ecclésiastiques avait épousé l'un de ses proches, 
tient à la malformation de l'enfant. Il reste toutefois un 
point obscur en cette histoire. Comment se fait-il que la 
statue d'une reine hérétique ait figuré si souvent sur les 
portails d'églises fameuses, telles que Saint-Pourçain en 
Auvergne, l'abbaye Saint-Bénigne à Dijon, Sainte-Marie de 
Nesle au diocèse de Troyes, et Saint-Pierre de Nevers? On 
sait que Rabelais traite de canards ou cagnards de Savoie, 

1. Nous (levons ccpendanl dire, quo nous pensons que le rouge aélé choisi 
pour les lépreux comme emblème de leurs ulcérations; la robe grise qu'ils 
portaient en certaines provinces de France élail une couleur monacale. Le 
jaune s'attache à l'idée (rinfidélilé, sans que la raison nous en apparaisse ; c'est 
sans doute pour cela que les Juifs portèrent cette couleur. 

2. Voir : Coyla, Histoire de Toulouse, p. 82-S3. 

3. Histoire de Cazères. 

■t. Bullet, Dissertations sur la mijtliolorjie française, p. 62-63. 



CAGOTS ET HÉRÉTIQUES 183 

les Vaudois; faut-il, comme on Ta écrit, y voir une allusion 
au pied de canard? Nous ne le croyons pas, pour cette raison 
que cagnard n'a jamais signifié canard^ mais chien, ce mot 
dérivant sans contredit de canis'. 

En ce qui concerne les lépreux, nous pensons qu'il est plus 
vraisemblable de retenir la légende d'Austris qui appartient 
à notre région da Sud-Ouest, et de conjecturer que si les 
hérétiques ont porté cette marque c'est parce qu'on les esti- 
mait atteints de lèpre morale. Cette assimilation des héré- 
ti(}ues aux lépreux ne saurait être niée. 

Ouelques auteurs ont pensé que les cagots étaient descendants 
d'hérétiques. Pour les uns, et FI. de Rœmond est du nombre, ils 
seraient issus des Gottis ariens; pour d'autres, ils seraient fils d'Al- 
bigeois. Ces deux opinions tirent quelque vraisemblance de certains 
documents, mais en revanche sont formellement contredites par 
d'autres. 

En I0I+ les Agots de Navarre adressaient au pape Léon X une 
requête, dans laquelle ils attribuaient leur état de rélégation à ce 
qu'ils descendaient des anciens partisans de Raymond de Toulouse 
qui avait fait profession d'Albigeois-; ils ajoutaient d'ailleurs que 
depuis plus de cent ans ils étaient tous fidèles au catholicisme, et 
réclamaient le droit de jouir des avantages divers accordés aux 
autres hommes, à savoir de participer avec les autres aux sacre- 
ments, à l'offrande, à la paix, et aux diverses charges publiques. 

Sans doute, la question ainsi présentée ne laisse point d'être 
troublante, d'autant que le IV'e concile de Latran (1215) déclarait les 
hérétiques infâmes, incapables de témoigner, d'ester en justice, 
et d'exercer les fonctions publiques; mais la prétention des cagots 
(|uant à leur origine n'en est pas moins fantaisiste, car il a tou- 
jours été contraire à l'esprit de l'Eglise catholique de faire sup- 
porter à des hommes des peines que hiurs ancêtres avaient seuls 
encourues. Nous ajouterons que l'argument historique détruit 
l'hypothèse de l'origine albigeoise, puisque les documents les 

1. Les Icxles anciens sont formels sur ce point. 

Nous citerons en passant un exemple de la survivance du mol. l.,cs Ca- 
gnards de l'Ilôlel-lJieu, jadis situés sous les ()iles du pont d'Arcole et dont 
Cieorges Gain [Promenades dans Paris, 1" \tA.) donne une bonne reproduction, 
étaient des niches obscures, qui tiraient leur nom de la similitude qu'elles 
présentaient avec des niches à chien. 

2. P. 11'.). « A las reliquias disipadas deaquel Rxercito de los Alliigenes sos- 
peclian algunos se debe atribuir cl nombre aborracido de los que llaman 
Agotes, de los quales alganas Familias derrotadas, y fugilivas de su Suelo 
ocupado p.)r las Armas Gathnlicas, aportarnn, derrama das como en borrasca, 
à varias Uegiones de la Fronlera del Pyrenéo • 



184 HISTOIRE JURIDIQUE 

plus anciens que nous possédions, documents qui remontent aux 
derniers temps de cette hérésie, montrent avec évidence que les 
cagots étaient considérés comme lépreux, ne disent rien qui 
puisse donner un appui même lointain à Ihypothèse contraire, et 
enfin, point décisif, amènent à conclure qu'en queUjues lieux ils 
étaient soumis à l'évêque en matière de juridiction, ce qui serait in- 
compréhensible s'il s'agissait d'hérétiques. Cela n'empêcha pas le P. 
Joseph de Moret, dans ses Annales (h Navarre, de soutenir (juc les 
Agots étaient fils d'Albigeois (17CGj'. 

Pouvons-nous laisser ignorer ([uc la tradition s'élevait dès le 
xvr^ siècle contre une telle hypothèse, (laxarnaut. huissier au con- 
seil royal de Navarre, s'y référa certainement quand il combattit 
les Agots devant les Etats de Navarre : 

€ ... La causa porque lias Agotes) fiieron scparadoa de la conversacion 
de los christianos, no fuc por el conde Don Rcmon de Tolosa, ni ser cisma- 
ticos, como ellos attentan dezir. » Pour lui la cause de leur malédic- 
tion remonte au temps du prophète Elizée, et à Giezi qui fut frappé 
de lèpre eu punition de son avarice, « la quoalmaldicion fasia sicmpre 
les ha durado y les dura, porque por los partes interiores quedaron lepro- 
sos y damnyados... » 

Florimond de Rœmond reprit plus tard l'hypothèse de l'origine 
hérétique sous une forme i)lus plausible, mais qui ne prenait 
d'appui que sur des vues de l'esprit. Pour lui, les cagots descen- 
daient des Goths, qui étaient Ariens et par conséquent d'héré- 
ti'iues. 

Malheureusement pour cette hypothèse, les cagots n'étaient point 
fils des Goths, et la haine des Goths est elle-même une fable (jui 
a trouvé plus d'un contradicteur^. 



Le port de la chauasure. 

Les cagots étaient primitivement obligés de ne sortir que 
les pieds chaussés. Il n'y a évidemment rien là qui puisse 
être considéré comme un moyen propre à reconnaître ces 
malades; d'autres hommes qu'eux portaient des chaussures, 
mais aucun en dehors d'eux n'y était obligé. La chaussure 
faisant, comme le signal rouge, partie du vêtement, nous 

1. « ... Sub PO pr.'Clextu quoi! iludum majores et progenitorcs oratorum 
adhœserunt cuiilam comiti Rœmiindo de Toledcf/e^. Tolosa), qui alias quam- 
dam rebellionem fecisse dicitur Ecclesiae Uomanae, per tune Romanum pon- 
tificem a gremio sanctœ matris ecclesiae segregati dicebantur ad beneplaci- 
tum. » 

2. Voir plus haut le paragraphe intitulé : Les Cagots sont-ils descendants 
des Goths ? 



LE PORT DE LA CHAUSSURE 185 

avons cru ne pas devoir distraire ce sujet de celui qui con- 
stitue la plus iirande partie du présent paragraphe. 

On sait combien au moyen âge ou craignait la contagion 
de la lèpre par contact même médiat. Cette préoccupation 
fit adopter partout l'usage de la chaussure, et parfois même 
des gants par les lépreux. 

Lorsque, avec la fin du xvi'' siècle, on ne craindra plus la 
lèpre des cagots, pour cette bonne raison qu'elle n'existait 
plus guère chez eux, le vieil usage tombera de lui même en 
désuétude. Les cagots avaient pourtant depuis longtemps 
déjà cherché à réagir contre une coutume qui était onéreuse 
pour la plupart d'entre eux dont l'extrême misère était la 
compagne ordinaire. 

Les lépreux reclus portaient des chaussures; cette pièce 
de vêtement figure dans leur trousseau. Nous rappellerons à ce 
sujet les statuts de la léproserie Saint-Lazare de Noyon, où 
il est écrit que les lépreux ne pouvaient sortir qu'avec des 
souliers à deux boucles. 

Pour les cagots voici ce que l'on sait sur ce sujet. 

Les coutumes de Marmande (1306) en parlent au para- 
graphe 115 en ces termes : « Les (/affets ne 'peuvent aller 
pieds nus. — De plus les consuls ont établi que les gaffets 
ne peuvent aller pieds nus par la ville, et quand ils rencon- 
treront sur leur chemin un homme ou une femme, ils s'écar- 
teront sur le coté du chemin, et resteront ainsi tant que la 
personne sera passée, à peine de cinq sols d'amende. » 

En Béarn on agissait de même. En 1471, il fut interdite 
Ramon, cagot de Moumour, de se promener déchaussé au 
milieu de la population de cette ville. Ce règlement n'a, nous 
l'avançons, qu'un intérêt purement local, puisqu'il semble 
certain qu'en liGO, un grand nombre de cagots Béarnais ne 
portaient point chaussure; la chose était si flagrante qu'en 
cette année les Etats prièrent Gaston XI de Béarn de défendre 
aux parias « de marcher pieds nuds par les riies de peur de 
l'infection, et qu'il fust permis en cas de constrevention, de 
leur percer les pieds avec un fer ». Le prince ne répondit pas 
plus à cette requête, que Jeanne d'Alhret ne le fit en 1562 à 
une prière toute semblable. Pendant ce temps, cet usage con- 



186 IIISTIIIHE .ILIUDIQUE 

tinuait à être observé à Bordeaux, car le règlemenl, concer- 
nant les g^alTets de cette ville, fait en 1555, spécifiait que 
ces malheureux ne pouvaient avoir les pieds nus à peine de 
fouet et amende arbitraire. Ce règlement fut renouvelé en 
1573 et en 1502. A partir de cette époque le vieil usage 
sombra dans Toubli. 

IV. — SÉPARATION DES CAGOTS. — LEUR DEMEURE 

Les cagots vivaient en des maisons séparées de celles 
des autres hommes, afin de n'être point mêlés au reste du 
peuple, nt se non Intermisceant alio populo '. 

Quand on veut protéger une ville d'une épidémie ou d'une 
maladie réputée contagieuse, on isole les malades de [(réfé- 
rence hors de la ville. Ce qui se fait de nos jours était mis 
en pratique au moyen âge. Toutes les léproseries anciennes 
étaient hors les murs; ainsi à Oloron, à Bordeaux, à Bayonne, 
à Lescar, à Morlaas les vieilles léproseries des xf, xn% et 
xni' siècles étaient dans ce cas ; de même les cagoteries, ainsi 
qu'en font foi les plus anciens documents. 

Le For de Navarre (1155) s'étend d'une façon spéciale sur 
ce sujet, car il déclare que les habitants de la ville oii quelqu'un 
devient ^r//b, doivent construire pour ce malade une habitation 
hors de la ville, et que celui-ci ira y demeurer. 

Les Fors de Béarn (1551), s'inspirant d'anciens usages, 
déclaraient de même que les cagots « dehen liahitar séparât:, 
deux autres personages ». 

Dès la fin du xvi' siècle, la loi était encore tout aussi for- 
melle, puisque dans le Règlement pour le royaume de Navarre ~ 
on lit qu'il est enjoint aux cagots « de se tenir et habiter 
séparément ». 

La coutume de Marmande (1396) n'est pas moins formelle 
quand elle dit que les gaffets ne pourront entrer dans la ville 
que le lundi; c'est donc qu'ils habitaient au dehors. 

A Bordeaux, dès le xni' siècle, les gafTets habitaient assez 
loin hors la ville, ainsi qu'on peut aisément s'en convaincre 

1. Capituiaires d'Aix-la-Clhapelle (789), 

2. P. J. N» 120. 




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Fay — P. 186-187. 




I. \ ■ in-Ti; m r> i:aC,(1TS - a I.nN- 




LA rONTAINK UKS CAdOTS A AHillK/.. 



Fay. — V. lSO-187. 



LA DEMEURE DES CAGOTS 187 

en consultant les plans anciens de la capitale de la Gascogne. 

A lîayonne, en 1266, les crestians habitaient à Saint-Léon, 
quartier suburbain. 

Ces constatations aisées quand il s'agit de grandes villes, 
sont beaucoup moins faciles à faire quand on étudie les 
villages. Cependant nous avons acquis la certitude que même 
dans les moindres villages la maison des cagots était isolée. 
Le texte du projet de lettre patente de 1683 ' est particulière- 
ment utile pour nous guider : « Permettons à nos sujets 
affranchis de choisir leurs habitations où bon leur semblera, 
même dans les villes. » Les cagots n'étaient donc pas libres 
de choisir rem[)lacement de leurs maisons, et habitaient hors 
des villes. Les Fors de Navarre nous ont montré clairement 
qu'il en était ainsi au xn" siècle. 11 est possible qu'il en fut de 
même jusqu'au xvII^ Cependant les nombreux actes d'achat 
ou de vente de terres et maisons, où figurent les cagots, font 
admettre que, dès le xiii' siècle, on leur laissait une certaine 
latitude dans le choix de l'emplacement de leur habitation, à 
condition toutefois que l'usage reçu fût respecté dans ses 
grandes lignes. C'est ainsi que très tôt les communes et les 
seigneurs cessèrent d'imposer au cagot un lieu pour son 
liabitation, se contentant de limiter dans une certaine mesure 
leur choix. 

Comment conclure autrement, quand on lit dans Belleforest 
(1575) qu' « il ne leur est permis de se tenir dedans les villes, 
ains es faux bourgs, et là encore escartez de tous les autres». 
Oihenard (1638) atténue un peu son affirmation sur ce point 
quand il dit : « In pleribus municipiis semota a vulgo domi- 
cilia [sunt] », tandis que Dom Martin écrit en 1621 qu'en 
Béarn, Navarre et Aragon les cagots sont séparés de los 
otros en avilacion. 

Les cagots avaient tout avantage à ne pas se disséminer, 
mais à se réunir en hameaux où se créait une vie comparable 
à celle des villages et propre à leur donner l'illusion de la 
jouissance d'une liberté entière. En pratique, c'est ce qui se 
|>nssa un peu pai'tout où les cagots étaient nombreux. (Jucl- 

\. \>. j. N" m. 



188 HISTOIRE JLlUDigUE 

ques-unes de ces agglomérations étaient considérables, et 
subsistent encore de nos jours. Parmi celles-ci, il en est qui 
ont conservé leur raractèro primitif, leur isolement matériel 
et moral, î^i bien qu'en les visitant il est aisé de se repré- 
senter ce qu'elles pouvaient être il y a quelques siècles. 

Au nombre des plus typiques, des moins modernisées, 
nous avons visité avec intérêt Terrencre près Aucun, Mailhoc 
près de Saint-Savin, les Cagots près Lons, Micbelenia près 
Saint-Elienne-de-Baigorry, Portaleburu à Saint-Jean-Pied- 
de-Port, etc. 

La plupart des hameaux de cagotsse sont peu à peu fondus 
avec le village voisin, ou bien ont disparu ne laissant qu'une 
ou deux maisons anciennes, ou bien encore des traces insuf- 
fisantes pour qu'il soit possible de les reconnaître. 

Les grandes cagoteries étaient susceptibles de posséder 
une chapelle à l'usage de leurs habitants, et ceci en vertu 
d'une décision du troisième concile de Latran (1179). Elles 
profitèrent rarement de ce droit. Quelques cagoteries cepen- 
dant nous en fournissent des exemples : ainsi la Gleysiote de 
Halcre à Sévignar, et la chapelle des cagots d'Arengosse. 

Souvent le cimetière des cagots était attenant à leur hameau. 

Une particularité de ces agglomérations consiste en leur 
isolement du village voisin. Tantôt c'est une rivière qui les 
sépare, une route, des champs, tantôt en quittant le village 
on doit faire un et deux kilomètres avant de toucher aux 
maisons des cagots. Ici c'est une côte qu'il faut gravir ou 
descendre; là, il faut s'enfoncer dans un bois épais, avant de 
trouver les masures désolées et ruineuses ([ui représentent les 
derniers vestiges de la cagoterie. 

De trop grandes cagoteries auraient constitué aux temps où 
l'on craignait tant la lèpre, un véritable danger; aussi cher- 
chait-on un peu à éviter leur formation. C'est ce qu'il est 
permis de déduire de nos documents; nous ne trouvons 
en effet pas trace de cagoteries béarnaises de plus de deux 
maisons, en 1385. Au xvi' siècle il y en avait plusieurs de 
trois maisons, en Vicbilh; bien peu étaient plus étendues, soit 
en Navarre, soit en Labourd. Les cagoteries ne semblent 
avoir pris leur maximum d'extension qu'après le début du 



LA DEMEURE DES CAGOTS 189 

xvii' siècle, car à cette époque la crainte de la lèpre des 
cagots était oubliée. 

La législation béarnaise explique aussi pourquoi, tandis que 
dans tout le Sud-Ouest les cagots cherchaient à s'agglomérer^ 
au contraire en Béarn ils restèrent très disséminés. Le For de 
Henry II (1351) accordait en effet l'exonération de la taille 
aux cagoteries anciennes, et non aux nouvelles ni aux terres et 
maisons dont l'acquisition se joindrait aux propriétés cagotes 
primitives. Il est naturel que dans ces conditions on regardait 
à quitter des terres auxquelles s'attachait un privilège si 
précieux. D'autre part la poitulation saine évitait de construire 
dans le voisinage de la maison des cagots, si bien que celle-ci 
resta longtemps isolée au njilieu des quelques terres dont le 
malheureux paria tirait une partie de sa subsistance. 

Plus rarement les cagots habitaient une rue dans un des 
quartiers écartés du village, comme à Orleix, à Pardies, à 
Sainte Marie. Il est possible que ces rues aient été jadis tout à 
fait indépendantes des villes dont elles font aujourd'hui partie. 

En ce qui concerne l'architecture des maisons des cagots^ 
nous ne savons presque rien. Les plus anciennes de ces 
maisons qui subsistent encore ont un aspect pauvre et délabré, 
tenant sans doute à leur vétusté et à la comparaison inévitable 
avec les demeures plus modernes qui les environnent. A part 
les cabanes en planches (la profession de menuisier de leurs 
habitants les explique aisément), il est probable que les 
maisons des cagots étaient faites de bois et de terre battue, et 
ne comportaient un étage que si elles s'élevaient à flanc de 
coteau. Ce mode de construction présentait une réelle soli- 
dité, car nous avons vu beaucoup de très vieilles masures de 
ce genre, tant dans les cagoteries qu'ailleurs. La pierre inter- 
venait dans la construction quand le sol otTrait généreusement 
cette matière. Le galet était plus usité que la pierre taillée. 
Près des grandes villes, les constructions étaient mieux soi- 
gnées. On sait par exemple qu'à .lurançon (près de Pau) les 
maisons cagotes étaient partiellement faites de pierre, et 
qu'elles portaient, en signe de reconnaissance, une tète 
sculptée; nous avons remarqué parfois ce détail dans les 
cacouseries bretonnes. 



190 HISTUIHK .lUKlDlljLK 

Les règlements formels <jui interdisaient aux iiipots 
de Itoire ou de laver aux fontaines publiques, cxidi(|U('nt 
|)Our(|noi on rencontre à jiroximité des cagoteries des sources 
et des fontaines dont quelques-unes gardent encore le nom de 
leurs anciens clients. Ces fontaines étaient souvent situées de 
telle façon que les hai)itants du village n'avaient aucune occa- 
sion de les rencontrer sur leur rpute, et par cela même nulle 
tentation d'y jiuiser. (^elle de Lons et celle d'Arthez, par 
exemple, se voient encore dans des chemins creux menant à 
la cagoterie, chemins peu praticables et jamais fréquentés 
par d'autres que les cagots. Par analogie avec ce f|ui se voit 
encore en Bretagne, on peut penser que presque toutes les 
petites cagoteries avaient immédiatement attenants à la 
maison une source, un puits, ou une fontaine pour l'usage 
privé de leurs habitants. Les coutumes de Marmande (1396) 
spécifient la chose quand elles disent que les ga/fels ne 
peuvent boire ni puiser aux fontaines de la ville, mais seu- 
lement en la leur propre, et ceci à peine de cinq sous 
d'amende. 

V. — SÉPARATiON DES CAGOTS. — LEUR FAMILLE 

L'isolement physique du cagot et de sa famille était 
aggravé par l'isolement moral. Personne ne frayait avec lui. 
On disait que la lèpre était contagieuse de mille manières, 
mais on savait que le commerce charnel était particulièrement 
propre à transmettre la maladie. Sans doute (les textes des 
conciles étaient précis sur ce point), chacun était libre 
d'épouser un lépreux, maisl'amourn'est pas si aveugle d'ordi- 
naire, qu'il ne retienne ses victimes à la pensée d'une maladie 
imminente. En fait les cagots ne trouvaient à se marier 
([u'entre eux. Dès le xvi" siècle, un léger relâchement des 
usages se manifesta. Alors plusieurs s'émurent, et quelques 
règlements ou lois firent leur apparition. Le For de Henri II, 
en interdisant aux cagots la « conversation familière » avec 
les personnes saines, entendait interdire autant les rapports 
quotidiens que le mariage des sains avec les cagots. Un règle- 
ment de io81 octroyé aux Etats de Navarre est plus formel 



LA FAMILLE DES CAGOTS 191 

ffuand il interdit aux cagots de se marier avec des personnes 
pures, et les menace de la peine de mort s'ils se joignent à 
elles par adultère ou autrement. Ce règlement fut confirmé 
en 1608 et en 1628. 

Cette crainte de la contagion qui retenait les amoureux, a 
donné naissance à bien des anecdotes, dont nous ne voulons 
rappeler que les plus connues. C'est d'abord Thistoire du 
jeune homme amoureux d'une cagote, qui consentit à garder 
sous l'aisselle une demi-pomme; la jeune fille plaça l'autre 
moitié sous son bras. Après quelques heures le fruit qu'avait 
conservé la cagote était desséché, et l'amoureux se relirait, 
car cette épreuve lui avait découvert l'origine de son amie. 
Ce conte remonte vraisemblablement à la fin du xv' siècle'. 

L'amour poussa à l'héroïsme une cagote de Gazères-sur- 
TAdour, qui fit évader Hustaillon, son fiancé, condamné à mort 
par la jurade de cette ville sous prétexte de sorcellerie-. 

Enfin, si le peuple avait crainte de la contagion, les gens 
éclairés (aveuglés peut-être par leur passion) n'en avaient 
cure; tel le Vert-galant qui, à une jeune paysanne qui le 
repoussait disant qu'elle était cagote, répondit : « Et moi 
aussi, j'en suis^ » 

Il est certain que les mariages entre cagots et sains étaient 
chose rare; mais ils se présentaient parfois. On en connaît 
quelques exemples. Une chanson béarnaise dit à ce sujet ; 

Tous Cagots enta s marida. 

Dé granes difiicultats reiicouiitraben ; 

Arrés que nou boulen s'alha 

Dab acquére canaille; 

Mes cepeiiden 

A force d'aryen 
La bleiilat que s countentabe 
Dé l'aûreille retroussade, 
Et lou Cagot que s'omplégabe '*. 

1. Voir p. 31-35 ce que nous avons fléjà dit au sujet tie celle légende. 

2. Voir à la partie Topographie le mot Cazères-sur-rAclour (Landes). 

3. Voir Topographie au mot Billères (B.-P.). 

4. Les Gagols pour se inariei-, — HencontraienI de grandes ilillicuites; — 
personne ne voulait s'allier — Avec celte canaille; — Mais cependant, — 
A force d'argent, — La beauté se contentait — De l'oreille retroussée, — Et 
le Cagot s'employait. 



192 HISTUIUE JURIDIQUE 

On pourrait .suji|)(j.st'r (|ue, comme pour les lépreux, le 
mariage faisait entrer la partie saine dans la condition du 
conjoint cag-ot. En elTet certains documents le font entendre, 
tel ce conifite rendu de l'assemblée capilulaire de Biarritz, du 
8 mai 1718, où ion décida de veiller à défendre l'accès des 
g-aleries de léplise à un étranger qui venait d'épouser une 
cagote. En pratique cet usage, si répandu qu'il ait pu être, 
n'était pas absolu, puisqu'un proverbe béarnais dit fjue « le 
mari décagotise sa femme' ». 

Qu'on ne s'imagine pas que les vieux usages, en ce ([ui 
concerne le mariage des cagots, soient complètement jierdus. 
Michel rapporte Ihistoire d'un certain nombre d'unions qui 
ne furent pas réalisées à cause de la cagoterie de l'un des 
promis, et cela à la fin du xvni" siècle et au début du xix'' siècle. 
Quoique de nos jours les anciens préjugés soient presque 
effacés, dans les Pyrénées comme en Bretagne, les cagots 
ne trouvent aisément encore à se marier qu'entre eux. 

Quand on célébrait un mariage cagot, les congénères des 
époux étaient seuls invités, (le n'est qu'au xvni* siècle que 
cette coutume disparut. Voici, à ce sujet, un usage que signale 
F. Michel : « Une vieille femme a rap[)orté à M. le docteur 
Lafîore qu'assistant, il y a plus de soixante ans, vers 1780, à la 
noce de deux cagots, à Sainte-Marie-d'Oloron, et qu'ayant 
remarqué sur la table servie pour le repas, que devant cer- 
taine place il y avait des pains ronds posés sur leur face supé- 
rieure convexe, au lieu de l'être comme d'habitude sur leur face 
inférieure plane, elle témoigna son étonnement de cette dis- 
tinction établie entre les convives, car les petits pains ronds 
des autres étaient posés sur leur face inférieure. La personne 
à qui elle s'était adressée lui dit de se taire, et lui apprit que 
les pains posés sur la surface supérieure convexe désignaient 
les places de ceux qui étaient cagots -. » 

Les cagots ne trouvant femme que chez les cagots, il s'en- 
suivit que presque tous ces parias étaient parents à quebjue 
degré. C'est ce qui explique le sobriquet de cousins qu'on leur 
donnait parfois en signe de leur consanguinité. Cette consan- 

1. Topographie, au mot ^éméacq (B.-P.). 

2. Michel, lue. cit., t. 1, p. lOG, note. 



LE MAIUAGE DES CAGOTS 193 

guinité est suffisante à faire comprendre la pauvreté du sang 
des cagots, et l'existence chez presque tous de quelque signe 
physique de la dégénérescence. 

On s'inquiétait généralement peu des mariages des cagots; 
cependant si les conjoints étaient riches, si leurs relations ou 
leur famille étaient étendues, la malignité publique ne man- 
quait pas l'occasion de chansonner ses ennemis : c'est ainsi 
qu'on chantait : 

A Bedous, lou bon bilatge, 
A Bedous, Cagots soun touts. 
Lou Cagol qu'ey de Sarrance, 
La Cagote dé Bedous. 
Que ly an baillât per maridatge 
Cent escuts et dus jambons. 

Il faut rappeler à ce sujet la très curieuse chanson composée 
sur le mariage de Marguerite de Gourrigues, cagote. Cette 
chanson, fort longue, dont Michel a donné trois rédactions, 
mérite d'être lue, car elle cite les noms d'un grand nombre do 
cagots et remonte au xvii' siècle. On peut fixer la date de sa 
composition vers 16i0-164o; le style, les usages et les noms des 
cagots que l'on retrouve dans d'autres documents permettent 
de faire cette détermination. C'est une violente satire contre 
les cagots que l'on représente venus de tous côtés au mariage '. 

Quand le mariage était célébré, les époux cagots restaient 
ordinairement dans la ville où hal)itait le mari ; au Pays Basque 
ils demeuraient même dans la maison paternelle si le mari 
était l'héritier, c'est-à-dire l'aîné. L'héritier gardait, après la 
mort du père, la maison et les biens de celui-ci, et prenait, 
comme d'ailleurs l'usage le veut dans ce pays, le nom de « maître 
<le la maison de N... ». On sait en effet que l'héritier prenait 
le nom de la maison, les autres enfants le nom de la famille. 

Le nom des familles cagotes ne provenait pas, comme 
l»resque tous les noms de famille, d'une profession, d'un 
sobriquet ou quoique cause obscure. Les premiers cagots, 
jusqu'au xiv*" ou xv* siècle, ne portaient qu'un prénom, le nom 
de Cresliaa suffisait par ailleurs à les distinguer; quelques 
familles gardèrent ce nom, ou ceux de Cagot ou Capot; 

1. Fr. Michel, loc. cit., t. II, p. 12i-13:{. 

Fay. 13 



194 HISTOIRE JURIDIQUE 

traulres, c'est le plus grand nombre, prirent le nom de leur 
ville ou village d'origine, qu'ils faisaient précéder ou non d'une 
particule; d'autres fois la maison seule leur transmettait son 
nom, c'est ce qui se voit surtout en Labourd ot en Navarre; 
enfin un petit nombre de noms sont d'origines diverses. 

Do même que le mariage entre cagots et personnes saines 
était interdit, l'aduilère dans les mômes conditions était sévè- 
rement condamné par les lois anciennes. Ceci est surtout vrai 
pour le lîéarn. Dans aucun document antérieur au xvf siècle il 
n'est parlé d'adultère commis par des cag-ots. Au xvu' siècle 
et au xvuf on connaît plusieurs actes de baptême de bâtards. 
Les plus curieux sont ceux de Bonnut, qu'a signalés M. Gar- 
dère. Aucune de ces unions irrégulières ne semble avoir donné 
lieu à des poursuites. Ce qui les caractérise, c'est la recberclie 
et la déclaration de la paternité. En voici quelques exemples : 

Le 26 février lôlii, baptême de Charles de Leytou, « fils bastard 
d'Henry de Leytou et de Marie de Fourcade, gesilains >. 

Le l"' mars 1617 : baptême de Charles de Molia « fils bastard de 
mons. de Molia, seigneur de Sarporenx et de .Jeanne du liourg » 
gésitaine. 

Le 30 décembre 1635 : baptême de Catherine d'Araignés « fille 
bastarde d'Estienne d'Araignés, jésuitain comme a esté déclaré en 
justice par Catiierine de Sosleix dite Cabin, mère du dit enfant et 
({ui n'est point jésuitaine... » [Reyistres de Bonnut.) 

A Laurède, en 1730, Marie de Larrieu d'origine cagote 
poursuivit Bertrand de lîastiat des œuvres duquel elle se disait 
enceinte. Celui-ci, tout en niant le bien fondé de l'accusation 
et disant que « cela n'est pas un fait proposable qu'il lui ait 
promis le mariage et singulièrement à une pei'sonne de sa 
f/uaiité », d'autant plus qu'elle était réputée de mirurs légères, 
consentit néanmoins pour éviter le scandale, à prendre à sa 
charge la nourriture de l'enfant dès sa naissance. 

Ces quelques exemples ne peuvent suffire à dire que les 
cagots étaient de mauvaises mœurs ; ils montrent seulement 
qu'à partir du xvii' siècle, on ne punissait pas l'adultère 
commis par sains et cagots, comme les ordonnances récentes 
le réclamaient. 

I. J. Gardère. Les car/ots dam la réfjion d'Orthez au XVII" siècle. 



LES CAGOTS A LA VILLE 195 

D'ailleurs les règlements contre les cagots ne furent-ils pas 
tous appliqués avec mollesse, au xvu' siècle? 

VI. — SÉPARATION DES CAGOTS DANS 
LES RAPPORTS SOCIAUX 

Lorsque, quittant sa demeure isolée, le cagot allait à la 
ville, il sentait plus vivement encore la haine craintive des 
hommes. Pourtant le cagot béarnais n'avait point trop à se 
plaindre : il pouvait entrer dans la ville quand il lui plaisait, 
pendant le jour*, tandis qu'à Marmande il lui était loisible 
de franchir les portes, le lundi seulement. 

S'il allait ainsi à la ville, atîrontant les regards hostiles, 
c'était pour faire la quête accoutumée, signe de cagoterie. Cet 
usage longtemps observé était commun à tous les lépreux 
de France ^ Tantôt la quête se faisait aux portes de la ville ou 
des églises, tantôt dans les rues, ou de maison en maison ^ 
Elh' était sans doute fructueuse, puisque malgré la concur- 
rence des léproseries et des mendiants, le droit de quête, en 
certaines villes, était mis en vente et trouvait acquéreur. 

Ce n'était pas seulement pour quêter que le cagot quittait 
sa demeure, c'était aussi pour vendre, pour acheter au 
marché, c'était enfin pour tenter de se mêler au peuple; et 
sait-on quelle âpre jouissance il éprouvait, quand, trompant 
la foule, il trouvait à s'attabler aux tavernes, et à se faufiler 
dans les fêtes publiques. 

Pourtant, des lois draconiennes protégeaient la société de 
son contact impur. Sa présence devait être signalée par le 
signe du pied d'oie, mais nous savons quel cas le cagot en 
faisait. On craignait la contagion par les aliments; aussi 
défense de louer les cagots pour faire les vendanges (Mas- 
d'Agenais, 1388), défense au cagot de vendre son vin, ses 
porcs, ses moutons, ses volailles (Marmande, 1396); il ne 
pouvait même pas faire d'élevage (Monsegur, 1296; Oloron, 

1. Après la nuit tombée, le cagot ne pouvait plus pénétrer dans la ville. 

2. « Les voisins, assistans, ou autres, qui ouyraitcolà (les clitiuettes), 

soient avei'tis de s'écarter, et se tenir loin du clieniin, de l'air, ou souffle de 
ces pauvres gens là, en leur faisant place, et raiimosnc quand et ([uand. ■■ 
(i. de.i Innocents. 

3. Voir I». J. N" 30. 



196 HISTOIRE .ILIUDIOUE 

1471); si l'on consentait à moudre son blé, c'était à condi- 
tion qu'il ne pénétrât pas au moulin, et ne touchât pas à la 
farine du commun peuple'. 

Au marché, c'était autre chose. De même que tous les 
lépreux, le cagot pouvait choisir sans les toucher les vivres 
à sa convenance, tout au |)lus pouvait-il les indiquer avec 
une baguette. Ceci fut spécifié par plusieurs arrêts, dont le 
premier, émané du Parlement de Bordeaux, remonte à 1581 ; 
il fut confirmé par ceux delà même Cour du 1 1 décembre 1592 
et 20 mai 1593. 

En Béarn, dès 1471 les mêmes défenses sont contenues 
dans un règlement d'un notaire d'Oloron. Elles sont aussi 
implicitement contenues dans le For de Henri II, qui déclare 
que les cagots ne doivent pas se mêler aux autres hommes. 
En effet, en 1604, c'est sur le texte du For que les Etats de 
Béarn s'appuyèrent pour demander qu'on empêchât les cagots 
de fréquenter familièrement le peuple, d'autant qu'ils se per- 
mettaient de vendre et d'acheter toutes sortes de marchandises, 
comestibles et vins, et cela même dans les tavernes. Le règle- 
ment de 1604 fut. il faut l'avouer, inefficace, car en 1610 les 
cagots vendaient toujours vins, grains et laines, au grand scan- 
dale des Etats qui obtinrent contre eux un second règlement. 

Si le commerce des denrées leur était interdit, en revanche 
l'office de charpentier leur était imposé avec rigueur-. 

Leur séparation de la société ne se bornait pas là. A l'église, 
aux processions, ainsi que nous le verrons, ils étaient éloignés 
de tous; les confréries leur fermaient leurs portes; les assem- 
blées capitulaires du pays basque n'étaient point faites pour 
eux. Partout où ils pouvaient coudoyer le peuple on les 
repoussait. Bien plus, la haine populaire les poursuivait de 
ses sarcasmes et de ses chansons'. 

1. Règlement d'un notaire d'Oloron du l août 14*1 (P. J. N" 30) et ordon- 
nance des États de Soûle du "2'.» juin IGUC (P. J. N" 59). 

2. Ce point sera traité dans le paragraphe consacré aux professions des 
cagots. 

3. Les sarcasmes et les injures étaient faciles, le seul mot de cagot étant 
injurieux. Il en était de même du mot mcfet (P. J. N» 13), du mot cfissot 
(P. J. N° 27), et du mot lépri'u.r, ainsi que le dit Scaliger : In Af/m'lanid, 
/antum est convicium a/ipellare aliquem leprosum ut mulierem fululteram. 
Les mots agot, cagot, galn-t et ladre furent formellement interdits comme 



LES CAGOTS ET LA SOCIETE 197 

Quand le souvenir de la lèpre fut éteint, il fallut bien 
trouver à la haine une excuse. On soupçonna les cagots de 
sorcellerie. 

Qu'on ne s'imagine pas que ce noir tableau des rapports 
des cagots avec le peuple, soit absolument conforme à la 
réalité. Si les cagols avaient la vie dure, très dure même, en 
certaines villes, il est probable qu'en d'autres ils étaient plus 
heureux. Les règlements si vexatoires, que l'on sait, réfor- 
maient bien plus des abus flagrants, que de petites licences, 
et on ne peut s'empêcher d'admettre, que si en 1604, par 
exemple, les Etats délibérèrent sur la requête des jurats de 
Nay , c'est que ceux-ci avaient été poussés à agir par les plaintes 
de marchands, dont le commerce avait à souffrir de la con- 
currence des cagots, offrant à meilleur j)rix et conditions 
leurs marchandises. 

A Pau et à Capbreton, dont les cagots nous sont plus spé- 
cialement connus, ceux-ci participaient pour une part assez 
importante à la vie municipale, et si en 1663, par exemple, 
on décida qu'à Pau ils cesseraient de servir dans la milice 
bourgeoise, il n'en reste pas moins patent qu'avant cette 
<late ils y servaient. Il est probable que le peuple coudoyait 
les cagots, comme il l'eût fait d'une classe d'hommes infé- 
rieurs, un peu comme certains seigneurs de l'ancien régime 
auraient coudoyé les manants. S'il en avait été autrement, 
eùt-il été possible au cagot de Mont de faire fortune, et de 
jouer au grand seigneur, de même que son congénère 
d'Oloron, en plein milieu du xvii^ siècle? 

vu. — SÉPARATION DES CAGOTS A L'ÉGLISE 

La séparation des cagots à l'église est l'un des points les 
mieux connus de leur histoire ; elle est calquée sur la sépara- 

injurieux, en 1738 (N" 96) et même jusqu'en 1"63 (^N° 148). Citons encore 
quelqui's exemples. Dans un compte des amendes perçues par Charles le 
Mauvais, en sa seif^neurie de Montpellier (1371) on lit : « Benoit Bernard, 
2 fr. (d'or) pour avoir appelé mezel son voisin le sabotier Godin de Lestreye. •> 
En 138'», Guillaume Araux fut appelé en justice pour avoir traité Gaillard de 
Casaux de • care de ladre • (A. B.-P., E 322). L'ancienne loi navarraise punis- 
*sait celui qui traitait son prochain de ffufo. (Nuevo i-ecopilation... Ley :?, 
T. 10, L. 8.) 



198 HISTOIRE JUIUDIOl'E 

tion des lépreux à l'éirlise. Nous diviserons l'étude «le ce sujet 
en plusieurs paraûrr.ijthos : la jilace des ca^'-ots; leur [)orte et 
leur bénitier; leur l)apténie; instruction religieuse; la paix et 
TolTrande; les processions; leur mariage; leur enterrement; 
leur participation aux sacrements; leur admission aux charges 
et honneurs de l'église. 

La place des car/ois. — Elh- était connue de tous, la place 
des cagots. Elle était au fond do l'église, hien séparée, bien 
isolée, le plus souvent sous la tour des cloches; c'est ainsi 
qu'en avait décidé le concile d'Ancyre, en 314, quand il avait 
dit que les lépreux se tiendraient à l'église au même heu 
que les énergumènes, c'est-à-dire dans le vestibule, ou 
mieux sous le clocher. Cette partie de l'édifice était toujours 
suffisamment isolée, et répondait pleinement aux desiderata 
de l'hygiène, qui voulait mettre la société des fidèles à l'abri 
de la contagion de la lèpre. 

On ignore si, dans les églises, la place des cagots était 
parfois limitée par des barrières. Peut-être y en avait-il dans 
quelques paroisses béarnaises, mais les traditions que nous 
avons recueillies à ce sujet sont incertaines. Cependant il ne 
faut pas négliger cette phrase de Du Bois de Bailiet (jui ne 
semble pas être au figuré : « Nous voulons... que les sépa- 
rations, rjui sont dans les églises, des places qu'ils occupent, 
soient abattues » 

Uuoi qu'il en soit, il est certain qu'en plusieurs paroisses 
les cagots se tenaient en un point quelcon(|ue de l'église, le 
plus souvent au fond, mais quelquefois sur le côté ; leurs 
places étaient d'ordinaire groupées près de leur porte et de 
leur bénitier. Il y a pourtant quelques exceptions à cette 
règle. Cette ainsi qu'à Saint-Etienne de Baigorry les cagots 
occupaient le banc de bois, qu'on voit encore au fond de 
l'église, assez loin de leur porte. Dans quelques églises, 
comme à Navailles, et à Saint-Pée-sur-Nivelle, les hommes 
cagots se tenaient sur les marches qui mènent aux tribunes, 
et les femmes au bas de ces marches; dans presque tout le 
pays basque, les hommes se tenaient dans les tribunes sous 
les orgues. 

En quelques églises, les cagots se tenaient dans une cha- 



LA PLAGE DES CAGOTS A L'ÉGLISE 199 

pelle latérale : c'est ainsi qu'à Aucun ils occupaient la cha- 
pelle Saint-Biaise située du côté de l'épître du maître-autel; 
à Mouhous, leur chapelle était du côté de l'évang-ile; il en 
était de même à Baleix; ailleurs ils avaient un oratoire privé 
proche de leurs maisons, comme à Bag-nères-de-Bigorre, 
à Sévignac ou à Arengosse. 

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, cette séparation était 
d'un usage fort ancien ; les lépreux ne songèrent à s'en libérer 
qu'au début du xvi" siècle, époque à laquelle remonte le juge- 
ment du prieur de la cathédrale de Pampelune (1519) inter- 
disant toute distinction de ce genre. Charles-Quint renouvela 
ces défenses en 1548, disant que dorénavant « les cagots 
s'assoiront avec les autres hommes devant les femmes, et 
les cagotes avec les femmes, chacun dans la place qui lui 
plaira, quand ils iront entendre les offices divins; ils ne pren- 
dront toutefois pas les places habituellement occupées par 
certains fidèles. » Cette ordonnance resta pratiquement lettre 
morte. 

En Béarn, le For de Henri II interdisait aux cagots de se 
tenir devant les autres hommes à l'église. Des trois articles 
de ce For concernant les cagots, c'est le seul qui fut impecca- 
blement observé jusqu'en 1683. 

En Labourd, par suite de difficultés survenues à Saint-Pée, 
le Parlement de Bordeaux avait interdit, le 5 septembre 159G, 
aux cagots « de se mêler parmi le peuple aux églises » ; de 
même, le 3 juillet 1604, il ordonnait aux cagots de Soûle « de 
ne prendre dans les églises que les mêmes jdaces que leurs 
prédécesseurs et ancêtres ». A partir de 1697, la procédure 
du Parlement changea; elle réclamait la libération des cagots. 
Cela n'empêcha pas que, même au cours de la première 
moitié du xviir siècle, de nombreux conflits, et môme des 
rixes sanglantes survinrent en diverses paroisses oîi les 
cagots bravant la haine publique avaient voulu (juitler leurs 
places traditionnelles. A l'assemblée capitulaire de Biarritz, 
du 8 mai 1718, n'alla-t-on pas jusqu'à décider de combattre 
bjs prétentions d'un cagot qui disait pouvoir se placer dans 
les galeries de l'église? N'est-ce pas le 6 mars 1722 que 
furent condamnés trois bourgeois de Biarritz qui avaient forcé 



200 IlISTdllU': .lURIDIQUE 

le cagot Leg-arret de se tenir à l'église séparé des autres 

paroissiens, ce qui avait amené une bagarre? 

Portes et bénitiers. — Presque toutes les églises du Sud-Ouest 
avaient un bénitier pour les cagots, un grand nombre possé- 
daient en outre une [)orte à leur usage. La présence d'un 
bénitier spécial pour les lépreux n'a rien d'étonnant, c'est un 
vieil usage qui devait être déjà observé presque partout au 
xv« siècle. Il semble cependant (ju'il faille attendre la fin du 
xvi" siècle, et les arrêts du Parlement de Bordeaux, de 1593 
et 4o96, pour voir non seulement l'établissement des béni- 
tiers privés, mais aussi le percement des portes réservées aux 
cagots. Si parfois ces portes sont manifestement antérieures 
au XVI' siècle, nous croyons pouvoir admettre qu'elles ne 
furent réservées aux cagots que secondairement. 

Rien dans leurs bénitiers n'était remarquable '. (tétaient le 
plus souvent des mortiers de pierre, de petite taille, insérés 
dans le mur soit auprès de la porte des cagots, soit auprès de 
la porte commune quand il n'y en avait pas d'autre. On en 
peut voir encore un très grand nombre, tous sont inutilisés de 
nos jours. Quand il n'y avait [>as de bénitier pour les cagots, 
on leur offrait l'eau bénite avec un goupillon, comme à Arudy, 
par exemple. Les portes, au contraire, se distinguaient par 
leur exiguïté. La plupart sont si basses qu'il faut se courber 
pour les franchir. On en a de remarquables exemples à 
Sauveterre, à Saint-Etienne de Baigorry et à Brassempouy. 
Baptême. — J. Trevedy écrit à propos des cacous de Bre- 
tagne : « Les baptêmes de leurs enfants étaient célébrés à 
l'église paroissiale, mais en un lieu à part, c'est-à-dire non 
aux fonts, mais probablement, comme ailleurs, à la piscine de 
la sacristie-. » Cet usage était conforme aux rituels de Saint- 
Brieuc (1G05) et de Paris (1697) '. Il est tout à fait vraisem- 
blable que dans le sud-ouest de la France on baptisait aussi 
les enfants des cagots ailleurs qu'aux fonts baptismaux, mais 

1. Il faut citer, parmi les curieux bénitiers des cagots, ceux de Sainl-Savin, 
de Monein, de Rebenacq. On en a signalé riuelques-uns portant un G ou une 
patte d'oie. 

2. Caquins de Bretagne, Bull. d<; la Soc. Pobjinathiijue du Morbihan, lfÛ3, 
fasc. 2, p. -202. 

J. Cf. Anciens Évêchés de Bretagne, par MM. Geslin de Bourgogne et de 
Barthélémy. T. I, p. 104. 





LE BÉNITIER DES CAGOTS A L'ÉGLISE D'aUCUN (HALTKS-PYUÉNÉES) 




LE BÉMTIKH DES CAGOTS A L'ÉGLISE DE DOGNEN (UASSES-PYHÉNÉES). 
Fay. — l'. -ZW-Ml. 



LR BAPTÊME DES CAGOTS 201 

nous n'avons rencontré jusqu'ici aucune indication précise à 
ce sujet. Cependant, nous basant sur ce fait que les usages 
du pays de Navarre, étaient presque toujours identiques à 
ceux qu'on observait en Labourd et en Béarn, nous croyons 
pouvoir, sans témérité, chercher quehjue lumière dans le texte 
d'une provision royale du 20 août lo48, due à Charles-Quint, 
et relative aux agots de Navarre. Ce prince, s'adressant en 
particulier aux habitants des vallées de Baztan et de Maya, 
ordonne que dorénavant les cagots « se bautizen suscreaturas 
en las fuentes bautismales à donde y de la manera que se 
bautizaren las creaturas de los otros christanos * ». 

Une tradition rap[)orte (ju'on jetait l'eau qui avait servi au 
baptême d'un cagot. Ajoutons qu'en Béarn, le baptême des 
enfants cagots ne se faisait guère qu'à la nuit tombanie, et 
sans être annoncé à son de cloche. 

Le parrain et la marraine des petits cagots étaient presque 
toujours cagots eux-mêmes; mais comme jamais dans la 
région Basque et Béarnaise personne ne refuse l'otTre d'être 
parrain, on ne s'étonnera point de trouver des exceptions; on 
connaît en effet un certain nombre d'actes de baptême, où les 
parrains et marraines étaient choisis même dans des familles 
nobles : dans ce cas, il leur arrivait parfois de ne pas être pré- 
sents au baptême, mais de s'y faire représenter. Inversement, 
on a quelques rares exemples où des personnes de familles 
considérées choisissaient les parrains parmi les cagots; pieux 
sentimentqui facilitait l'union entre les classes-. Au baptême 
de deux jumeaux cagots, habituellement l'un des enfants 
était tenu sur les fonts baptismaux par des nobles ^ 

Rappelons enfin qu'après la cérémonie les cagots ne distri- 
buaient pas de dragées ou de menue monnaie; on ne les eût 
d'ailleurs sans doute pas acceptées; leur pauvreté et l'heure 

1. P.J. N- 1-2. 

2. « Le bon père que Dieu me donna, a dit Montaigne,... nio donna à tenir 
sur les fonts à des personnes de la plus abjecte fortune, pour m'y obliger 
et attacher. • Montesquieu fut tenu sur les fonts par un mendiant •■ à cette 
lin, dit un papier du temps, cité par P. Violiet [^Histoire du droit civil, p. 456), 
quù son parrain lui rappelle, toute sa vie, que les pauvres sont ses frères ». 
Il s'en souvint, en elfet, en signant les arrêts que l'on sait, en faveur des 
pauvres cagots. 

:{. Voir en particulier l'acte de naissance de Marguerite de Peyrehourade, 
à Miigron (Landes). 



202 HISTdllil': .iriUlJlQUE 

tardive de la cérémonie ex|)li(juent suffisamment qu'ils aient 
agi de la sorte. Le souvenir de ce fait nous est resté à Nay, en 
particulier oîi les enfants accablent de railleries et du refrain : 

Payri cagot 
Es(|uilliot ))ouliarot, 

le parrain (|ui tarde trop à satisfaire leur g-ourmandise. 

Inslruclion relif/ieuse. — Les enfants des cagots ne rece- 
vaient qu'une rudimentaire instruction religieuse, car on 
s'opposait presque partout à ce qu'ils fréquentassent, avec 
les autres enfants, l'église aux heures où les prêtres ensei- 
gnaient le catéchisme. Si les malheureux enfants y venaient, 
ils étaient injuriés par les autres. Ce n'est qu'au xvin'' siècle 
que les évêques veillèrent à interdire ces manifestations si 
peu charitables. Le 22 mars 1710, l'évêque de Bayonne, au 
cours de sa visite pastorale, remarqua cet usage à Biarritz, et 
écrivit à ce sujet : « Les gots s'étant plaints à nous, que leurs 
enfants étaient quelquefois insultés au catéchisme par les 
enfants des autres paroissiens, nous avons enjoint au vicaire 
ou prêtre qui fait le catéchisme d'empêcher ces sortes d'in- 
sultes, d'en avertir les parents et de traiter les enfants des 
gots, sans distinction, comme ceux des autres*. » 

En 1723, le Parlement de Bordeaux à son tour s'occupa de 
cette question, ordonnant que les enfants des cagots « seront 
reçus dans les écoles et collèges des villes, bourgs, et villages, 
et seront admis dans toutes les instructions chrétiennes indis- 
tinctement ». Cette décision fut renouvelée en 1724. 

La paix et Voffrande. — Autrefois, les jours de fête, au 
cours de la célébration de la sainte Messe, les fidèles allaient 
recevoir la paix, c'est-à-dire embrasser soit la patène, soit 
plus exactement une croix d'argent que présentait le prêtre; 
ils faisaient ensuite une offrande et recevaient le pain bénit. 

La crainte de la contamination fit que, pendant très long- 
temps, non seulement on s'opposa à ce que les cagots allassent 
à l'ofTrande en même temps que les autres, mais encore qu'ils 
donnassent le baiser de paix à la croix qui était présentée aux 
autres fidèles. 

1. Voir : Topographie, au mot Biarritz. 



LES CAGOTS A L'OPFRANDE ET LA PAIX 203 

A Arbonne, un document du 22 janvier d693, nous 
apprend que les cagots ne recevaient la paix « que lorsqu'ils 
avaient quelqae honneur funèbre de leur nation gote, et 
qu'alors ils venaient au lieu que les autres gens sont accou- 
tumés de venir à l'offrande, après que tous les autres ont 
offert, et on leur donnait la paix avec la croix qui est au bout 
de l'étole, au lieu qu'aux autres on la donnait avec une croix 
d'arg-ent' ». 

Cet usage, qui ne disparut qu'au xvnf siècle était fort 
ancien; il remonte certainement aussi loin que les cag-ots 
eux-mêmes. 

Il fut interdit dès 1519, par un jugement du prieur de la 
cathédrale de Pampelune-, prononcé à la suite d'une enquête 
faite à la prière du pape Léon X; il le fut à nouveau par 
Charles-Quint le 20 août 1548. Ces défenses restèrent ineffi- 
caces en Navarre. Elles paraissent avoir été ignorées de notre 
côté des Pyrénées. En effet, le 11 décembre 1592, le Parle- 
ment de Bordeaux, sur la requête des jurats d'Espelette, 
ordonna et enjoignit aux cagots de cette paroisse et des 
environs, de ne point aller à l'offrande avec les autres 
paroissiens. La même Cour renouvela ces défenses pour les 
cagots de Labourd, le 20 mai 1593 et le 5 septembre 1596. 

Il est certain qu'en Béarn, les cagots allaient à l'offrande 
après les autres fidèles, puisque chacun s'y rendait en gardant 
le rang qu'il occupait à l'église, et que les cagots, d'après le 
For de 1551, se tenaient derrière les autres personnes à 
l'église et aux processions. D'ailleurs n'est-il pas spécifié dans 
le projet de lettre patente fait en 1683, que le roi voulait que 
les cagots pussent « aller à l'offrande, prendre et rendre le 
pain bénit chacun à leur tour » : c'est donc qu'à cette date ils 
n'étaient pas encore reçus à le faire. Le 9 juillet 1692, le 
Parlement de Navarre rendit un arrêt en faveur des cagots 
de Sainte-Croix d'OIoron, dans lequel il n'est parlé que de 
l'offrande. 

Quoique, dès la fin du xyu' siècle, l'usage en question tom- 

i. Voir : Topocrapiiie, au mot Arbonne. 

2. « Mandamus ut omnes diclos Agotos... in ofTertorio seu oblationibus, ac 
pace danda et recipienda... caritative recipiant et admittant ». P. J. N° 168. 



20t HISTOIRE .ILRIDIQUE 

bat en désuétude, il 11011 persista pas moins dans certaines 
paroisses, à Hivière, par exemple, où de graves conflits 
s'élevèrent en 1718, parce que certains cagots s'étaient mêlés 
à la foule des fidèles pour aller à l'offrande. 

Rappelons enfin qu'en quelques lieux, on présentait, comme 
à Lucarré, le j)ain bénit aux cagots au bout d'une fourche en 
bois. C'était ainsi qu'on avait coutume de faire avec les 
lépreux, en plusieurs régions de la France et particuliè- 
rement en Lorraine. 

Les processions. — (le que nous avons dit de l'offrande 
pourrait être répété au sujet des processions. Les cagots 
pouvaient y figurer, mais derrière les autres paroissiens. 
Nous croyons inutile de redire ici les arrêts et règlements 
qui traitèrent de ce point, ce sont ceux-là mêmes que nous 
avons indiqués à propos de l'offrande. 

Les maricifjes. — Les cagots ne pouvaient se marier avec 
les personnes saines. La coutume appuyée par des arrêts 
imposa cette règle, dans tout le Sud-Ouest. En ce qui concerne 
le mariage à l'église, il est certain que les prêtres ne s'occu- 
paient pas de la qualité des conjoints, car les conciles, en 
particulier le troisième de Latran, avaient nettement spécifié 
que les lépreux étaient libres d'épouser qui leur plaisait. On 
se contentait le plus souvent de signaler dans l'acte de 
mariage la qualité cagote des conjoints et des témoins s'il y 
avait lieu. Ija publication des bancs se faisait comme pour les 
autres fidèles. Quant à la cérémonie du mariage, aucune tra- 
dition ne laisse entendre qu'elle se distinguait en quoi que ce 
soit. 

Sacrements. — Le baptême était administré d'une façon 
spéciale aux cagots; nous avons vu qu'il n'en était pas de 
même du mariaf^e. Vi Extrême-Onction leur était donnée 
ainsi qu'il ressort d'un grand nombre d'actes de sépulture 
où il est dit que : un tel, cagot, est mort muni de tous les 
sacrements. En était-il de même de la Confirmation^! Aucun 
document ne nous renseigne à ce sujet. Le Sacrement de 
YOrdre leur était refusé, car la lèpre était un empêchement 
canonique. EnOn, en ce qui concerne la Pénitence et Y Eucha- 
ristie, les conciles voulaient que les lépreux pussent y 



ENTERREMENT DES GAGOTS 205 

recourir; cela n'empêcha pas certains prêtres de les leur 
refuser. Le pape Léon X s'éleva contre eux, en faveur des 
cag-ots de Navarre. L'usage prévalut pourtant que les cag-ots 
reçussent la commun. on après les autres fidèles, ainsi qu'il 
en était de la paix et de l'offrande. En quelques églises ils 
avaient même un banc de communion au fond de l'édifice. 
FI. de Hœmond écrit au sujet de ce sacrement qu'il leur était 
« mesme défendu de se mettre à la Table sacrée avec les 
autres catholiques ». Cette coutume fut abolie à la fin du 
xvu' siècle. 

Enterrements. — ■ Quand le cagot venait à mourir on célé- 
brait à l'église un office funèbre. En certaines paroisses, à 
Arbonne par exemple, on ne donnait la paix aux cagots que 
les jours « où ils avaient quelque honneur funèbre de leur 
nation gote ' » ; encore ne la leur donnait-on qu'après les 
autres fidèles et avec la croix de l'étole. 

Après la cérémonie on portait le corps au cimetière. Dans 
le cortège funèbre ne figuraient guère que les cagots. Il est 
utile de rappeler qu'ordinairement les membres d'une môme 
corporation assistaient à l'enterrement d'un des leurs; dans 
le corps des charpentiers il est certain que cet usage n'était 
pas aussi bien observé qu'ailleurs, car les charpentiers de 
race pure devaient se refuser à suivre le cortège d'un cagot; 
on sait aussi que les charpentiers sains ne désiraient point 
que les cagots fussent admis à leur service; c'est du moins ce 
qui arriva à Dax, en 1G60, car, dans son testament, Jean de 
Lacoutheure, maître charpentier à Dax, spécifia qu'il voulait 
être enseveli dans les cloîtres de l'église et ne voulait pas que 
les maudits fussent présents à son enterrement. 

L'inhumation se faisait dans un cimetière spécial, ou 
dans ime partie distincte du cimetière commun. C'était un 
vieil usage. Jamais, depuis les temps les plus reculés, le cor|)S 
des lépreux n'avait été enterré avec ceux des autres hommes. 

Quoique, de nos jours, nous ne trouvions plus une excuse 



1.1*;uini les honneurs funèbres, il faut faire figurer les messes dites à 
l'intention d'un mort. Les cagots en faisaient <lire, aussi bien que les autres 
inilividus. C'est ainsi i\\\k Mugron, Guillaume Daraignès fit célébrer en 1675 
une messe cliantée pour le repos de l'àme de son cousin. 



206 mSTiilUI-: JLIUDKJLK 

suffisante à cet usage, il faut reconnaître que les anciens ne 
pensaient pas conime nous sur ce point; à preuve cette phrase 
que nous extrayons d'un arrêt du Parlement de Bretagne' du 
20 mars 1G8I : ** Oui, Messieurs, ils (les morts) y sont sensi- 
bles (au mélange de leurs tombes avec celles d'hommes d'une 
condition inférieure), et si Achille- se plaint parmy les ombres 
de cette injuste égalité qui en fait un meslange confus, Mau- 
solle, chez Lucien % se souvient de son tombeau magnifique 
et il se fait de cette magniflisense une glorieuse destination. 
Tant il est vrai que les morts ayment leurs tombeaux et qu'ils 
ne peuvent souffrir le meslange injurieux de certains corps. » 

Nous ne dirons point ici, comment était situé ou disposé le 
cimetière des cagots : le lecteur trouvera, à la partie topogra- 
phique de cet ouvrage, tous les renseignements qu'il j>eut 
désirer sur ce sujet. Nous dirons seulement qu'un grand 
nombre de ces cimetières étaient hors des villes*, près des 
cagoteries, et que quelques-uns d'entre eux devinrent par la 
suite le cimetière des protestants ou des étrangers; d'autres 
furent abandonnés et sont restés depuis des terres incultes 
portant un nom qui rappelle leur ancienne destination °. 

Quand les cagots possédaient une chapelle pour leur usage 
privé, ils pouvaient y demander la sépulture; c'est ainsi, qu'à 
Bagnères-de-Higorre on les enterrait dans la chapelle Saint- 
Biaise, et qu'à Sévignac leur corps reposait autour de la cha- 
pelle de Balère. 

Lorsque à la fin du xvn" et surtout au xvm* siècle, les anciens 
usages, concernant la séparation des cagots, furent presque 
partout effacés, ces malheureux continuèrent à être ensevelis 
dans leurs cimetières privés, malgré les arrêts ou ordon- 
nances. 

C'est ainsi qu'à Condom il y eut des bagarres, en 1706, 
parce qu'un cagot voulait faire enterrer sa fille au cimetière 

i. Cet aiTct se lit dans les Uer/istn's d'audience publique de la Grand^ Chambre. 
C'est un arrêt sur remontrances. Il a été publiéparTrevedy, Ca'/Mtn.s' c/e Breta- 
gne, p. 225-236. 

2. Lucien : Dialogue entre Achille et Anlilogue. 

3. Lucion : Dialorfiie de Mausole etDiogène. 

i. Les cimetières du commun peuple étaient autour de l'église. Parfoison 
enterrait même dans réglise. 

'6. Ce nom est généralement en Béarn ■• Cam deous cagots ». 



LES GAGOTS ET LES CHARGES ECCLESIASTIQUES 207 

commun; le Parlement de Bordeaux dut même intervenir en 
faveur des cag-ots, le 31 janvier 1710. A Biarritz en 1G80 
survint une atîaire du même genre. Cette affaire aurait pu 
amener un conflit entre l'évêque de Bayonne et les juges 
temporels, si nous en croyons la consultation que rédigea 
l'avocat Bruix à ce sujet, la ville de Biarritz voulant faire 
déterrer un cagot qui venait d'être enseveli au cimetière 
commun; les poursuites engagées devaient être portées 
devant le Tribunal de Tévêque, mais pour éviter d'agir de la 
sorte on prit la chose comme voie de fait et trouble à la pos- 
session, choses qui relevaient du juge temporel, et on eut 
soin de faire auprès de l'évêque des démarches respectueuses 
propres à éviter son intervention '. 

En 1664 commença à Bagnères-de-Bigorre une affaire con- 
cernant la sépulture d'un certain cagot qui venait d'être faite 
chez les Dominicains; le procès fut poursuivi devant l'official 
de Tarbes. C'est encore sur un sujet identique que se pro- 
nonça le Parlement de Toulouse le 20 août 1703. 

Admission aux charges, honneurs et ordres de f Eglise. — 
La lèpre rendant impossible tout ministère, l'admission aux 
ordres sacrés fut interdite aux lépreux. C'est pour cette raison 
que jamais les cagots ne furent admis à recevoir le sacre- 
ment de l'ordre. Ce n'est qu'au cours de la seconde moitié du 
xviii' siècle que l'on commença à déroger à cette règle. Mon- 
seigneur de Romagne, évêque de Tarbes, mort en 1768, fut 
le premier, dit-on, à conférer la prêtrise à un cagot. 

Les confréries religieuses leur furent fermées jusqu'au 
xviii° siècle ; l'évêque de Bayonne s'éleva d'ailleurs contre les 
h;ibitants de Villefranque qui refusaient aux cagots l'entrée 
«lans leurs confréries. En plusieurs paroisses il y avait en 
revanche des confréries pour les seuls cagots. Quoiqu'un arrêt 
du Parlement de Navarre, du 21 avril 1722, eût enjoint de 
« les admettre aux confréries et autres assemblées pieuses », 
on sait qu'en 17')G, la confrérie des Pénitents blancs de Pau 
ne consentit à recevoir un riche cagot, qu'après mûre déli- 
bération, et moyennant le paiement d'un droit très élevé. 

1. Le lecttnir Irouveni giviml inlérèl ;i la Iccliirc de ce document, iiublié 
sous le N° 60. 



208 IlISTdlHI-: .U'IUIJIQUE 

Quant aux divers honneurs et charges de l'Eglise ils 
ne furent ouverts aux cagots qu'à partir (hi xvu" siècle, par 
une ordonnance du commissaire de parti en la généralité de 
Guyenne, du 29 avril 1G97, des arrêts du Parlement de Bor- 
deaux des 12 mai 1699, 9 juillet 1723, 19 janvier 1724, 
27 mars 1738; d'autres arrêts du Parlement de Navarre 
s'échelonnant depuis le 4 décemhre 1088 continrent implicite- 
ment les mêmes prescriptions, de même les arrêts du Parle- 
ment de Toulouse des 20 août 1703 et 11 août 1745 '. 

1. On retrouve encore une trace des vieux préjugés, en particulier à Saint- 
Jean-de-Luz, où le peuple s'oppose toujours à ce que les enfants de chœur 
soient pris chez les cascarots. 



CHAPITRE II 

DE LA QUALITÉ DES CAGOTS 
LEURS PRIVILÈGES ET LEURS INCAPACITÉS 

I. — LE PRIVILÈGE DE JURIDICTION 

A l'époque où les lépreux commencèrent à être nombreux 
en France, on s'inquiéta de prendre des mesures propres à 
enrayer l'extension du mal; pour ce faire, les hygiénistes du 
vi'' siècle ne connaissaient qu'un seul moyen : empêcher les 
malades de se déplacer. Les quelques léproseries fondées à 
cette époque étaient insuffisantes à isoler les victimes du 
mal. tl était naturel que l'Eglise, toujours prête à secourir les 
malheureux, et que les religieux, à qui seuls incombait le 
soin des malades, s'occupassent des lépreux. C'est à cette 
époque, que le troisième concile de Lyon (383), prenant une 
mesure que les autorités civiles avaient négligée, mit les 
lépreux de chaque diocèse sous la garde de révê(|ue; celui-ci, 
en leur assurant le nécessaire, leur enlevait tout motif de 
mener une vie errante'. C'est ainsi que l'Eglise mit en pra- 
tique ce qui se faisait sous la loi mosaïque, et que non seule- 
ment elle prit entre ses mains les intérêts des lépreux, mais 
encore leurs causes. A partir du concile de Nog'aret (1291), les 
lépreux semblent en ellet être uniquement soumis à la juri- 
diction ecclésiastique, puisque ce concile décrétait que le 

i. " l'iacuit eliam universo concilio, ul unuscnjusquc civilalis leprosi, (/ui 
inlru terrilorium civilalis ipsius aul iiascunlur, aul videntur consislcre, ah 
episcopo ecclesiie ipsiiis su fficienlia alimenta, el iiecessaria veslimenla accipianl, 
ut illis per alias civilales vagandi licenlia denegetur. » 

Fay. 14 



210 HlSTlilUh: JiniUIOUK 

lépreux n'avait pas à répondre à la convocation du juge 
séculier, en ce qui concernait ses actes'. 

Cette situation juridi(jue était propre à amener des conflits 
dans les procès où Tune des parties relevait du bras séculier. 
En réalité la difficulté était minime, car il semble qu'on 
appliqua en ce cas, aux lépreux, la même rèp^le qu'aux clercs. 

Après l'invasion sarrasine, surtout a[)rès les croisades, la 
lèpre avait pris une si irrande extension, que le sol de Franco 
se couvrit de léproseries. Ces léproseries étaient pour la plu- 
part administrées par l'ordre des Hospitaliers de Saint- 
Lazare; d'autres appartenaient à des chapitres, à des ordres 
religieux, à des évé(|ues. Ces léproseries étaient, en fin de 
compte, toutes à l'Eglise. Qu'elles présentassent l'aspect d'un 
hôpital ou d'un village, les lépreux qui y habitaient étaient 
vassaux ou même serfs de l'Église, et relevaient de ce fait du 
tribunal de leur seigneur, l'évéque. Mais tous les lépreux 
n'étaient pas enfermés dans des léproseries. Ceux qui vivaient 
librement avaient conservé leur capacité civile, chacun selon 
la classe de la société qu'il occupait. 

Devenus lépreux les seigneurs et les nobles trouvaient à se 
soigner chez eux, et parfois se donnaient à l'Eglise; les serfs 
étaient donnés aux églises ou aux monastères où ils trouvaient 
l'afTranchissement et devenai<'nt colliberts. Pour les hommes 
libres, la situation était bien différente. Dans le sud-ouest de 
la France, la règle généralement adoptée est celle qui se lit 
aux Fors de Navarre : on conduisait le malade hors de la 
ville et là on lui donnait une maison ou une cabane, la femme 
du malheureux pouvait le suivre dans sa retraite. Ainsi isolé, 
le lépreux restait soumis à certaines coutumes, qu'avaient 
dictées les idées de prophylaxie en cours au moyen âge, et 
que l'Eglise avait publiées en ses conciles. Ces lépreux ne 
sont autres que les agots ou cagots. En Béarn, il est possible 
qu'ils soient demeurés sujets du seigneur dont ils avaient reçu 

1. « Item, quod leprosis super acfionibiis personalifnis non conven ianlur coratn 
JuUicibus sœcularihus. et si conventi fuerinl, non leneanlur respondeic coratn 
ipsix, et ad inlerese lenenntiir eisdein, '/ui eos sic procurnverint conveniri : et 
nihilmninw! fudicei xxculares compellanlur per cenxuram ecclesia^ticam, ne 
ipsns super talibus artionihus respondere compellant. • Concilium Nogaro- 
liense. Acta conciliorum, vu, col. 1161, chap. v. 



PRIVILEGE UE JURIDIGTIUiN 2H 

leur terre; en Navarre, ils appartenaient à l'Eglise du jour 
même de leur séparation. Il semble à première vue qu'il n'y 
ait pas de règle générale en ce qui concerne le privilège de 
juridiction, chez les cagots. 

Nous avions espéré, en étudiant les cacouseries de Bre- 
tagne (qui à tant d'égards sont identiques aux cagoteries du 
Sud-Ouest), trouver une solution à une question que la rareté 
des documents rendait difficile à résoudre. Les documents 
bretons sont en effet d'une grande précision. On y voit qu'au 
xvn" siècle tous les cacous se reconnaissaient vassaux et 
sujets de l'évêque dans les diverses diocèses. Le Parle- 
ment de Bretagne ne s'occupa pour la première fois des 
cacous, que pour ordonner une enquête destinée à faire savoir 
si réellement ils étaient lépreux. Nous avons sous les yeux 
les rapports faits sur ces enquêtes; ces documents encore 
inédits concluent à la disparition de la lèpre. N'empêche 
que l'évêque de Vannes, en particulier, comptait encore, au 
XVIII* siècle, les cacous parmi ses sujets. Hosensweig-', et 
depuis M. Trevedy^ ont dit que les cacous du diocèse de 
Vannes se trouvaient, au xviii^ siècle, au temporel comme au 
spirituel, sous la juridiction de l'évêque, sauf pourtant les 
caquineries faisant partie du domaine royaP. L'exception 
que signalent ces auteurs n'est pas justifiée, les documents 
encore inédits que nous avons entre les mains, la contredisent 
de la façon la plus formelle. 

Ainsi, les cacous de Bretag-ne, si comparables aux cagots, 
jouissaient du privilège de juridiction. Il est à présumer ({ue 
les cagots du Sud-Ouest étaient dans la même situation. 
Nous verrons jusqu'à quel point cette présomption est justifiée. 

1. Rosensweig, Les Cacous de Bretaf^nc {liull.de la Soc. Pohjmalkiqae du 
Morbihan, 1871, deuxième semestre, p. 154). 

i. Trevedy, (-a(]uins de Bretaf,'ne {liidl. Soc. Polym. du Morbihan, 1003, 
fasc. 2, p. 209). 

3. Nous regrettons que M. Rosensweig n'ait ])as indiqué sur quel document 
il s'appuie pour faire celle ariirmalion, d'autant qu'un document daté de 
1771 nous montre <}ue les aveux de vassalité à l'évèiiue de Vannes faits par 
les cacous de Saint-Caradec d'ilennebout, le 12 septembre 1()73, par ceux 
d'Ambon, le 17 novembre 1697, et ceux de Plumeret, le lo août 1672 étaient 
encore pris en considération à celle date (1777). Ces trois cacouseries étaient 
en domaines royaux. Nous nous réservons de publier plus tard ces docu- 
ments encoie inédits. 



212 HISTOIIIE JUniDlQUE 

A plus d'un égard, les lépreux, et en particulier les lépreux 
libres ou cagots, peuvent être mis en parallèle avec les 
clercs; comme eux ils ])Ouvaient se marier; comme eux ils 
jouissaient de certains privilèges. Non seulement l'Eglise 
réclamait toute juridiction sur les lépreux, parce qu'ils étaient 
choses pies, mais encore elle avait décidé, comme pour les 
clercs, qu'ils seraient exempts des charges personnelles, et 
peut-être aussi du service militaire. 

Le privilège de juridiction était si important, et il était si 
propre à amener des conflits, que peu à peu il se perdit sous 
TefTort des princes. La seule chose qu'on pouvait invoquer 
efficacement pour le maintenir chez les cagots, était la con- 
statation de la lèpre. Du jour oii la lèpre fut révoquée en 
doute, la juridiction civile se reconnut d'office le droit de 
connaître de toutes les affaires des familles jadis réputées 
lépreuses. Exception cependant pouvait exister, dans certains 
pays, quand les familles en question tenaient leurs terres des 
évèques, qui de ce fait restaient leurs souverains. C'est ce qui 
eut lieu en Bretagne. 

Dans la région qui fait le sujet de cet ouvrage, les 
lépreux relevaient aussi, au moius pendant le moyen âge, des 
tribunaux ecclésiastiques. Seuls, à cette époque, les cagots 
de Béarn semblent avoir fait exception. 

L'évêque était à la juridiction ecclésiastique ce que le sei- 
gneur souverain ou le roi étaient à la juridiction civile. Son 
tribunal ou Officialité était présidé par l'Ordinaire, c'est-cà- 
dire l'évêque lui-même, ou encore par son représentant, 
l'archidiacre. Il convient de distinguer ce tribunal d'autres 
tribunaux que présidaient des dignitaires de l'Eglise, et qui 
s'étendaient sur des justices temporelles dépendant de biens 
ecclésiastiques composant leurs bénéfices; quoique les titu- 
laires de ces justices fussent ecclésiastiques, celles-ci ne diffé- 
raient pas des justices appartenant à des seigneurs séculiers; 
c'est pourquoi la procédure qui y était suivie était celle des 
cours féodales, le droit y était appliqué selon la coutume 
locale, et les appels étaient portés devant les seigneurs féodaux'. 

i. Voir Esnicin. Histoire du Droit français, p. 2'<(S. 



PRIVILÈGE DE JURIDICTION 213 

Il est nécessaire de rappeler celte distinction quand il s'agit 
de traiter des cagots, car s'il est certain que plusieurs d'entre 
eux appartinrent pendant longtemps au For de l'Eg-lise, il 
n'en est pas moins vrai que souvent on en trouve appartenant 
à des justices temporelles dont les titulaires étaient ecclésias- 
tiques. La distinction est facile à faire dans quelques cas, 
dans d'autres au contraire l'insuffisance des preuves ne 
permet que de faire des conjectures. 

Il est certain, par exemple, qu'à Dax aux xiv'' et xv" siècles 
les cag-ots jouissaient du privilège du For. C'était l'avis de 
l'évêque de Dax, en 1320. On sait en effet (P. J. N" 181) qu'à 
cette époque un certain Dominique, lépreux libre de la paroisse 
de Saint-Georges des Sables, sur le territoire appartenant à 
Amanieu d'Albret, seigneur de Maremne, avait été, pour 
certain crime, arrêté, jugé et condamné à mort par le Tri- 
bunal civil, puis enfin exécuté sur le bûcher. L'évêque de 
Dax s'éleva contre ce jugement, disant qu'il avait toute juri- 
diction non seulement sur les lépreux de Maremne mais 
encore sur ceux de tout le diocèse de Dax, et que par consé- 
quent c'était un attentat à sa juridiction que d'avoir procédé 
sans lui à une telle condamnation. L'évêque, pour certains 
motifs inconnus, fit alors arrêter tous les lépreux du diocèse. 
Les sujets du roi et duc soutinrent aussitôt que les lé[)reux 
étaient soumis à la juridiction civile, en particulier dans les 
affaires criminelles, que le grand justicier en ces afîaires était 
le roi, et que, par conséquent, l'évêque avait agi préjudiciel- 
lement à l'autorité du souverain. L'évêque de Dax précisa 
alors, disant que les lépreux relevaient de son autorité tant 
en matières civiles que criminelles. 

Un accord intervint entre les parties, remettant à des arbi- 
tres le soin de trancher le différend. On ignore quelle fut la 
sentence, mais il est fort probable, ainsi qu'il en était d'usage 
pour les clercs, que ce fut au bras séculier que furent remis 
les lépreux criminels, mais que le juge civil ne devait pas pro- 
céder extra conscienliam ponti/icis. 

Cette solution fut vraisemblablement adoptée dans tout le 
Sud-Ouest, en ce qui concerne les afîaires criminelles; pour 
les matières civiles, il semble au contraire que les cagots 



214 HISTOIRE JURIDIQUE 

plaidaient devant le Iriljunal ecclésiastique. La chose est for- 
mellement indi(juée dans les coutumes de Dax'. Cependant 
si un caîîot poursuivait un homme sain, il devait, en vertu 
du principe universellement adopté, s'adresser au tribunal 
laïque dont relevait l'accusé". 

Il est possible toutefois que très tôt il fut permis aux cag-ots 
de plaider dans les alîaires civiles devant les tribunaux civils, 
l'évêque étant prévenu, et pouvant s'y faire représenter par 
un avoué {advocatus). 

Si nous passons en Navarre, il est plus évident encore que 
les cagols étaient sujets de l'Eglise, puisque, désireux d'être 
affranchis de leur condition, ils adressèrent leur requête au 
pape. Si, devant les lenteurs de l'enquête, ils se tournèrent 
vers les cortès de Navarre, ce fut pour que ceux-ci deman- 
dassent au prieur et à l'archidiacre de Sancta Gema de prendre 
leur requête en considération; c'est d'ailleurs ce qui arriva. 
Si le jugement rendu le 30 avril 1519 n'avait traité que des 
questions religieuses, on pourrait hésiter à admettre que les 
agots relevaient du tribunal de l'évêque, mais on y trouve préci- 
sément des dispositions d'un ordre plus général telles (jue celle- 
ci : « Nous ordonnons... que les agots n'auront à souffrir d'au- 
cune différence, distinction, séparation, isolement, opprobre, 
ignominie, injure ou infamie... dans les assemblées qui ont lieu 
dans les églises ou dans d'autres lieux. » Ce jugement ordonnait 
en outre aux fidèles d'admettre les agots dans leur conversa- 
tion et de les laisser participer librement à la vie commune. 

Ce jugement reconnaissait les agots indemnes de toute 
maladie ou tare; il leur enlevait donc le seul motif qui leur 
permît de se réclamer de la juridiction de l'évêque. De fait, 
depuis cette époque, les documents montrent clairement qu'en 
Labourd et Navarre, les agots relevaient du pouvoir civil. 

En 1589, à Cazères sur l'Adour, dans une affaire crimi- 
nelle où un cagot est compromis, c'est l'archiprêtre que la 
légende fait intervenir comme haut justicier. 

1. « Dat que lo crestian sie deu for de la r/lisie. » 

2. Dans les coutumes de Dax on lit, en elTet, à propos des saisies mobi- 
lières, que le cagot pouvait saisir une personne laïque, quoique le cagot fût 
du for de l'Église,. et le laïc de celui lUi seigneur. Pour cela il devait s'adresser 
au tribunal du seigneur, car « Tactor deu seguir lo for deu reu ». 



PRIVILÈGE DE JURIDICTION 215 

A Condom et à Marmande, au xiv" siècle, les cagots 
étaient si comparables aux lépreux que nous croyons pouvoir 
admettre que jusqu'à cette époque au moins ils jouissaient 
du privilège du For. 

Quand il s'agit de cagots censitaires d'abbayes ou de cha- 
pitres, un doute peut s'élever dans l'esprit. On sait qu'à Bor- 
deaux ils payaient un cens au chapitre de Saint- André, au 
xv" siècle. A la même époque, les cagots de Saint-Sever, 
Sainte-Eulalie, Soustras, Montant, etc., étaient censitaires 
de l'abbaye de Saint-Sever. Au xvni'' siècle, les cagots de 
Saint-Laurent et de Mont-de-Marsan payaient le cens au cou- 
vent de Sainte-Glaire de cette ville. A Bayonne comme à 
Saint-Sever les cagots étaient censitaires d'abbayes; de 
même à Peylas dans le pays de Foix et ailleurs encore. 

Nous croyons qu'au moins une partie de ces cagots quoique 
sujets d'ecclésiastiques appartenaient à la juridiction laïque. 
La chose est certaine, en particulier, pour les cagots de Peylas. 

On ne peut, dans cette étude, tenir compte des jugements 
et décisions prises par les tribunaux ecclésiastiques, les 
évêques ou les vicaires généraux dans les affaires survenues 
à Bagnères-de-Bigorre (1GG4-1667), à Mombert (1699), ou à 
Biarritz (1680), car ces atîaires se rapportent à des questions 
de cimetière. Des cagots ayant été enterrés ailleurs que dans 
leur cimetière, des troubles survinrent que l'autorité ecclé- 
siastique avait droit de réprimer parce que le cimetière était 
terre d'Église. Les tribunaux civils ne pouvaient connaître 
de ces affaires que s'ils étaient saisis par des plaintes pour 
voies de fait ou troubles à la possession; c'est ce qui arriva 
à Biarritz, en 1680, où on se contenta de s'assurer du silence 
do l'évoque par une démarche respectueuse. 

Au xvu' siècle, de rares évèques avaient conservé des droits 
sur quelques cagots, qui |»ar ailleurs étaient leurs vassaux. 
C'est à peine si l'on trouve encore des restes du privilège de 
juridiction à ïarbes, à Salies', et dans le diocèse d'Auch ^ 

1. l^es ca^'ots de S.ilios ne pouvaient fournir de mémoires, qu'accompagnés 
d'une iille<lalion du curé ou d'un vicaire. 

2. Nous avons lout lieu de croire, que jusque dans les premières années 
du xviir siècle, les cagots du diocèse d'Aucli furent sujets de lévêque; 
malheureusemeut nos recherches ne nous ont jusqu'ici apporté que des 



21 G HISTOIRE JURIDIQUE 

Encore ces cagots n'étaient-ils qu'en très petit nombre, 
presque tous étant, dès le xvn" siècle, vassaux d'un seigneur. 

En lîéarn, contrairement à ce qui a été dit pour les pays 
voisins, les cagots semblent avoir relevé uniquement de la 
juridiction du Souverain, dès le xiv^ siècle. Il est possible 
qu'il en était ainsi du consentement des évêques de Lescar et 
d'Oloron. Ce qui est certain, c'est que les cagots de Héarn 
étaient vassaux du seigneur souverain, à qui ils payaient 
francau et taille, à qui ils rendaient l'hommag^e, et de qui ils 
reçurent en 1319 le privilège d'être exemptés de la taille. 11 
est à remarquer, dans le même sens, que les Fors de Béarn sont 
les seules lois anciennes qui définissent la qualité des cagots. 

Rappelons que certains cagots jouissaient d'alleux; sur 
ceux-ci, seul le seigneur souverain avait des droits en tant que 
justicier. Ajoutons enfin que nous n'avons pas rencontré dans 
nos documents béarnais un seul cagot censitaire d'une abbaye 
ou d'une église, ni aucun document qui put faire soupçonner 
qu'un cagot quelconque ait appartenu en Béarn à la juridic- 
tion ecclésiastique. 

Nous pouvons donc conclure, sur la foi de nos documents, 
que les cagots de Guyenne, de Gascogne, de Soûle et de 
Labourd jouirent longtemps du privilège de juridiction; que 
ceux de Navarre perdirent ce privilège en 1319; enfin qu'en 
Béarn ils semblent n'en avoir point joui au moins à partir du 
xiv^ siècle; peut-être qu'en ce pays la présence de l'évêque de 
Lescar, ou de quelqu'un de ses advocali à la Cour, suffisait à 
sauvegarder les droits que l'église eût pu réclamer. 

Il est certain, par contre, qu'en Béarn, les lépreux reclus 
relevaient du tribunal de l'évêque. 

II. — DES CAGOTS ET DES COLLIBERTS. — LESCAGOTS 
AFFRANCHIS, ET VASSAUX 

Le lecteur a déjà remarqué sans doute que les cagots 
semblent avoir appartenu à une classe de personnes intermé- 

lenseignemenls trop incomplets pour que nous puissions aller jusqu'à affir- 
mer ce qui, dans l'état actuel de nos connaissances, ne nous paraît devoir être 
qu'une hypothèse très probable. 



CAGOTS ET COLLIBKRTS 217 

diaire entre les hommes libres et les esclaves. Cherchant à 
déterminer à laquelle de ces classes intermédiaires appar- 
tenaient les cagots, on ne peut qu'éliminer colons et lites pour 
s'arrêter aux colUberts. Il y a, en effet, entre les cagots et les 
colliberts de grandes analogies, mais aussi des différences 
essentielles. 

Tous les colliberts étaient descendants d'affranchis; les 
cagots, s'ils étaient parfois descendants d'affranchis, étaient 
toujours fils de lépreux. L'un rentrait dans le collibertas par 
l'affranchissement, l'autre dans un état comparable par la 
lèpre. C'est là que réside la différence essentielle entre ces 
deux états. 

Les colliberts, ou cuverts, sont, avons-nous dit, des descen- 
dants d'affranchis. On les connaissait à l'époque romaine, et 
on en traitait dans les lois lombardes. Ils n'étaient pas tout à 
fait libres. Au moyen âge, leur condition paraît n'avoir pas 
été très nettement définie; dès le xi" siècle, époque à laquelle 
commence l'histoire des cagots, la position intermédiaire des 
colliberts arrêta quelques curieux; l'un d'eux nous transmit 
une définition particulièrement claire : 

« Qu'est-ce que le collibert? C'est celui qui était esclave et 
que son maître dans un sentiment de piété a donné à un évê- 
que ou à une église pour la rémission de ses péchés. Il l'a 
donné, il l'a remis à la Libertas ecclesiastica, non pas pour 
qu'il soit désormais entièrement libre ou affranchi, mais afin 
qu'il vive sous la domination de sa nouvelle famille religieuse, 
à certaines conditions qu'il ne pourra transgresser. Exemple : 
j'ai un esclave, servus : il est mon esclave : il n'est ni affran- 
chi [libcrtus), ni collibert. Mais, pour le salut de mon àme, 
je le donne à une église devant l'autel de cette église, à la 
charge par lui de payer chaque année à cette église une rede- 
vance, un cens fixé par moi ou de s'acquitter d'une prestation 
personnelle. Dès lors, il ne sera plus mon esclave; mais il 
sera devenu collibert'. » 



I. Définition résumée par P. Viollet [Histoire du droit civil français, 1905, 
|). '.Vi' L301J), d'après un te.\te du xi" siècle publié par Lampreclit, Deilraege zur 
lies cliictile des franz. Wirttischaflslebens im elflen J ahrlinndert , Leipzig, 18"8, 
p. loi. 



218 HlSTdlIlE JURIDIQUE 

On esl frappé dès l'aliord par les termes <le cette définition 
dont chaque partie trouve un exemple dans nos documents. 
C'est ainsi que Bénédicte, fille de Garsias (ialinus, donna un 
cagot à l'abljave de Lucq, en même temps que des terres, et 
ceci pour la remplacer, car elle s'était donnée ob remedio 
anima' su;v. On pourrait croire qu'il s'agit ici d'un cag^ot affran- 
chi; cependant, vu la situation et la fortune du frère dAuriol 
Donat (c'était le nom du cagot en question) il est évident que 
celui-ci était un homme libre. Sa donation à l'abbaye ne doit 
nous étonner qu'à moitié, car il était lépreux, de date récente 
sans doute et de ce fait destiné à entrer dans une léproserie; 
il gagna, à être donné à l'Eglise, de jouir d'une situation plus 
libre. Pareille donation d'un homme libre ne doit pas choquer, 
car beaucoup de seigneurs se croyaient maîtres de la personne 
de leurs vassaux, et les exemples ne sont pas rares de dona- 
tion et même de vente d'hommes libres'. 

Contrairement aux auteurs qui ont commenté ce docu- 
ment, nous pensons donc qu'il ne peut être utile pour 
éclairer la question dont nous traitons ici. Il n'en est pas de 
même de certains rôles des fiefs de Béarn pour les années 
1360 et 1365". Ces rôles nous représentent des cagots 
payants le francau. 

Le francau était un droit que payaient les questaux (ou 
serfs) affranchis. Il est remarquable qu'en aucun document ne 
figurent de cagots serfs ou questaux; il n'existe point de 
trace de leur servitude; aucun d'entre eux n'est cité dans le 
registre des serfs du quartier de Sauveterre pour 138(S\ 
Comment alors expliquer qu'ils aient payé le francau? Deux 
théories peuvent être défendues. 

C'est à la première, la plus simple, que nous donnons la 
préférence. Un serf, comme tout homme, pouvait être 
frappé de lèpre. Le fait d'être lépreux le mettait dans une 
condition nouvelle puisqu'il pouvait aussitôt entrer dans une 
léproserie, et devenir ainsi sujet de l'Eglise; dès lors il per- 

{. [Perreciol] : De l'état civil des personnes et de la condition des terres dans 
les Gaules... En Suisse, aux dépens de la Société, m.dcc.lxxxvi, t. I, 
p. 363-365.) en donne plusieurs exemples. 

2. P. J. N • 16, 18 et 19. 

3. De Kochas, loc. cil., p. 35. 



CAGOTS ET AFFRANCHIS 219 

(lait la servitude et devenait libre. En Béarn, cependant, où 
il semble que les cagots n'aient point appartenu d'une façon 
aussi réelle qu'ailleurs à l'Ég-lise, les princes, estimant la per-' 
sonne du lépreux comme sacrée, lui accordaient les mêmes 
privilèges que l'Église lui eût donnés, et dès lors l'affranchis- 
saient en lui imposant, comme il était de règle pour les affran- 
chis, une redevance fixe; cette redevance était appelée 
francnu '. Les cagots libres de naissance ne payaient pas cette 
redevance. Enfin <'eux qui effectivement devenaient sujets 
d'une abbaye ou d'une église, payaient à celle-ci un cens, soit 
qu'ils fussent serfs antérieurement, soit que cette redevance 
leur accordât une liberté relative dont ils n'auraient pas pu 
jouir si on les avait mis dans une léproserie; ceux-ci ache- 
taient pour ainsi dire leur liberté. 

On pourrait soutenir, et c'est une seconde théorie, qu'il 
suffisait d'acquérir des biens ayant appartenu à des serfs ou 
à des alTranchis pour avoir à payer le droit de francau, droit 
attaché à la terre et indirectement à son propriétaire ; c'est ce 
que Mourot-, qui fait autorité en la matière, a exprimé quand 
il écrivait : « Quoique cette servitude (le francau) fût per- 
sonnelle sous certains rapports elle était aussi réelle, 
puisqu'elle était imprimée aux biens, et que de là elle se 
communiquait aux personnes libres ou affranchies qui acqué- 
raient cette qualité par la possession des biens de cette 
nature. » Il est possible que les terres jadis serviles ne 
rencontrassent que peu d'acquéreurs à cause d'une certaine 
ignominie qui les frappait \ Les cagots, mal considérés eux 
aussi, trouvaient aisément à acquérir ces terres. Il est toute- 
fois improbable que cette circonstance se fût présentée aussi 
souvent que les documents que nous avons cités le feraient 
croire et, d'autre part, il est [»robal)le que les terres appartenant 
aux plus anciens cagots leur avaient été concédées ob mise- 
ricordiam, moyennant certaines obligations. 

1. Le francmi pouvait être remplacé par une corvée; c'est ainsi que le cagot 
<le Hegloc remplaçait, au xiv" siècle, sa redevance par une journée de fau- 
cheur. 

1. iMourot : Mémoire inédit cité par liascle de Lagrèze, Histoire du di-ottduns 
(es l'i/rénées, p. 46. 

3. On sait en elTet que le francau pouvait être payé en porcs : c'était, 
croit-on, pour stigmatiser l'état antérieurement servile du propriétaire. 



•220 HISTOIRE .irUlDlOll': 

Le rôle des fiefs pour 1360 a un autre intérêt. 11 signale 
uni()uomeiit les franrans de Héarn. Or les cagots ne repré- 
sentent qu'un j)elit nombre des sujets qui y figurent; donc 
«i parmi les afTranchis on signale des individus comme 
cagots, c'est qu'ils ont à la fois la qualité iV affranchis et celle 
de cagots. ou lépreux. Il n'y a pas synonymie entre ces deux 
termes, et ce n'est que dans un nombre de cas très limité 
que les cagots ont pu être assimilés aux aflrancliis ou à leurs 
descendants. 

Il est vraisemblable cependant que, vu la grande ressem- 
blance entre la condition de certains cagots et celle des colli- 
berts, il survint que parfois ces deux termes furent indifïe- 
rcmment employés. C'est ainsi que dans Gauthier de Coincy 
on lit : Li caffre pourris et cuivers, c'est-à-dire le cagot pourri 
et collibert ' . 

Comme les colliberts, un grand nombre de cagots appar- 
tenaient à la juridiction de l'Église; mais tandis que pour les 
premiers cette soumission dérivait immédiatement de l'affran- 
chissement par don à l'Eglise, pour les seconds elle naissait 
du fait de la lèpre; en d'autres termes, on devenait collibert 
par la volonté du }U'ince, et cagot par la volonté de Dieu. 

Le collibert était plus libre qu'un serf, et moins libre qu'un 
franc; il en était ainsi du cagot dont les droits civils étaient 
limités. Cette constatation fait dire à Bascle de Lagrèze que 
les cagots appartenaient à une classe intermédiaire. Si en fait, 
ou, pour employer des expressions médicales qui marquent 
mieux notre pensée, si symptomatiquement cette affirmation 
est justifiée, elle est fausse étiologiquement. 

En Béarn, les cagots étaient tous affranchis ou hommes 
libres, ils possédaient des biens qu'ils tenaient du seigneur 
dont ils étaient les vassaux". Cependant leurs droits n'étaient 
pas aussi étendus que ceux des autres vassaux, en ceci 
qu'ils étaient limités d'une part par des obligations et des 

1, On ne peut tirer argument du texte de Dufour {De l'ancien Poitou et de 
.m capitale... 1826, in-8 (p. H7j, où on lit que dans les marais du Bas-Poitou 
il y a des gens appelés colliberts ou cagots, cette assertion n'étant fondée 
sur aucun document. 

2. Les cagots vassaux sont étudiés plus loin, au chapitre des Biens et Con- 
trats. 



EXCLUSION DU DROIT DE BOURGEOISIE 22t 

incapacités, et que d'autre part ils jouissaient de privilèges. 
Nous allons étudier, dans les paragraphes suivants, les uns et 
les autres. 

m. — EXCLUSION DU DROIT DE BOURGEOISIE 
OU VÉSINAGE 

La communauté {bésian ou vésian) était constituée par la 
réunion des habitants {hésis); elle se réunissait pour délibérer 
sur les intérêts communs. Tous les bésis ou voisins étaient 
tenus à être présents aux assemblées de la commune. Autre- 
fois, le droit de vésinage n'était pas facilement accordé, ce 
droit ayant pour but d'exclure les étrangers. Les lépreux^ 
Tusag-e en était observé par toute la France, ne pouvaient 
j»as prétendre au droit de bourgeoisie ou voisinag-e'. En était- 
il de môme pour les cagots? 

Nous ne connaissons point de document oîi il soit dit 
explicitement que les cagots ne pouvaient être bourgeois; 
cependant, dans tout le Sud-Ouest, la coutume s'accorde à 
leur interdire de contribuer aux charg'es onéreuses de la com- 
munauté, d'occuper un poste administratif, et de venir aux 
assemblées générales ou particulières, qui étaient les seuls 
privilèg-es et oblig'ations des bourgeois ou voisins. C'est pour- 
(juoi nous croyons pouvoir avancer que les cagots étaient 
exclus du droit de voisinag'e (sauf en Béarn, ainsi que nous 
le dirons plus bas). Ce n'est que le 29 avril 1697 qu'une ordon- 
nance voulut, qu'en particulier les cag'ots de Biarritz et d'Ar- 
cangues fussent admis aux assemblées de la commune, et 
fussent reçus à ])articiper aux charges municipales. Les jurats 
de Biarritz s'y opposèrent. Une sentence au bailliage de 
Labourd, du 5 juillet 1718, fut encore inspirée par le même 
esprit que l'ordonnance de 1G97; mais il faut attendre les 
arrêts de 1723 et 172 i pour voir enfin les cagots jouir des 
droits de la bourgeoisie. 

Nous pensons qu'en Béarn l'exclusion des cagots du droit 

1. Nous citerons en particulier les Usances parliculière.f de Cid<iis, qui 
(lisent que les uieinl)res d'une famille oii il y a eu des imlividus lépreux. 
sont exclus du droit de bourgeoisie. 



•222 HISTOIRE .ILRIDIOUE 

lie voisinage n'était pas aussi sévère ([u'ailleurs. Il nous 
paraît même que bon nombre de cagots furent voisins dans 
leur commune, mais il est certain qu'ils ne jouissaient pas 
de tous les droits ou privilèges attachés à cette qualité. 

Un document de 1524 nous donne la preuve de la première 
partie de notre opinion, en nous présentant un cagot [)orlant 
le titre de bourgeois, bei>ii. Nous reproduisons ici ce litre dont 
l'intérêt n'échappera à personne. 

30 Juin I.'j2i. Vente dUdi terrain sis à Castagnéde faite par Ramonet, 
ragot dudit lieu, à Bertrand de Forcude, seigneur de Mur. — Archives des 
Basses-l'arénées, E 1 193, fol" Si v'\) 

Notum sit que Ramonet, crestiaa, besii et hadtant deu loc de Cas- 
tanheda, no costret, etc., a vendut, etc., per are et per totz temps, 
seg-ond les fors et las costumes de Morlaas, in aie et in francq aie, 
a Bertran de Forcade. senhor de Tostau aperatde Bags de Mur, 
aquistan, présent, instipulant et rccebent, et a Jehan de Forcade, 
son fray german, absent, et a lor hereter may legitimi participador 
de queste présent pacte, es assaver : tôt aquet Iros de terre loura- 
disse contienen ung jornau et miey de terre o environ qui es scituat 
en lo terratori et rivière jusan aperade deu Meyon, deu loc de Cas- 
tanheda qui confronte de lun costat ab terre qui lo ferma i ? deu 
cort de Carressa, thienen de l'autre costat ab terre qui a Tostau de 
Fedembag de Carressa, thienen de l'un cap ab terre de Mauborde 
et de l'autre cap ab terre de... ^ ab totes las intrades et salhides (jui y 
son, etc., et aqueste vente es stade feyte perla somme do dotze lloris 
condans nau sos Jacques per florii, etc., que lo medix Ramonet 
crestiaa reconego etautreya que los liave agutz, prees et rcccbutz 
de las mans deusditz Bertran et Jehan de Forcade, en bons diners 
daur et d'argent condans, de manière que per ben content et pagat 
s'en tengo, lo jorn et hore que aqueste présent carte fo retengude, 
en renuntian a la exception de no numerade peccunie, etc. ; et per 
sincq Jacques de fin que lodit Bertran, per nom de sy medixs et 
deudit Jehan et de lors heirs et successors ne prometo et aiitreya 
far et pagar totz antz annualement et per cascune feste de Nadau 
audit lîamonet, crestiaa, o a son hereter, despulha,etc , investi, etc., 
livra terre et fust, etc., prometo, etc., obliga, etc., sosmeto, etc., 
renuntia, etc., jura, etc., autreya, etc., ut in forma, etc. 

Actuma Castanheda lo darrer jorn deapril, l'an mil sincq centz 
et vingt et quoate. 

Testimonis son desso : Arnaud de la Ren, jurât, Arnauton de 
Bonamaison, faur, besiis deudit loc de Castanheda, et maeste Pees 
de Lasalla, coadjutor de my, Laurentz de Piis, notari, etc. 

1. Lacune dans le texlc. 



LES CâGOTS et le DUOIT DR BOURGEOISIE 223 

On pourrait supposer que le cagot bourgeois de Casla- 
gnède est une exception, qui n'infirme point la règle. Mais ce 
document n'est pas le seul où nous ayons vu pareille mention. 
D'ailleurs, comment expliquerait-on pourquoi, en 1663, les 
cag-ots de Pau faisaient partie de la milice bourgeoise, si l'on 
n'admettait qu'ils étaient bourgeois eux-mêmes? Comment 
comprendre que Jean Lalanne ait été nommé, le 13 février 
1687, au poste de trésorier de l'hôpital de Nay, s'il n'avait été 
bourgeois de cette ville? Il est vrai que cette nominatiou fut 
cassée deux jours plus tard, mais, dans l'exjjosé du motif de 
cette décision, on ne dit pas que Jean Lalanne était exclu du 
droit de bourgeoisie, mais bien qu'il ne pouvait se mêler aux 
autres hommes en raison de son origine; c'était en autres 
termes lui refuser la jouissance des privilèges attachés à la 
bourgeoisie. Est-ce à dire pour cela que ce cagot ne parti- 
ci[tait pas aux obligations qu'entraînait la qualité de bour- 
geois? Non sans doute. A Pau, les cagots prenaient bien leur 
part aux obligations des bourgeois'; si on les exem|)ta, le 

19 juin 1663, de servir dans la milice bourgeoise, c'est uni- 
quement parce qu'il était désagréable à quelques habitants de 
les coudoyer. 

L'arrêt de 4 septembre 1688 ouvrit définitivement les 
charges publiques aux cagots; les Etats tentèrent vainement 
de s'opposer à cet arrêt (20 juin 1690), qui fut renouvelé le 
9 juillet 1692. Une ordonnance du 8 mars 1696 étendit à tout 
le Béarn, la Navarre, la Soûle et la Bigorre, les décisions du 
Parlement auxquelles l)eaucoup de communes faisaient une 
continuelle oi»[)Osition. Longtemps encore on dut sévir, car 
de petites révoltes se manifestaient sans cesse. Les arrêts des 

20 septembre 1721,21 avril 1722, et 28 novembre 1730 furent 
les derniers à confirmer, que dorénavant les cagots seraient 
admis aux assemblées et autres occasions publiques, et 
déclarés capables de toutes charges et emplois onéreux et 
honorables dans le corps des communautés des villes et 
villages du ressort. 



1. Les c.igols de Pau « so dévoient fournir dans la compagnie lors^jne la 
bourr/eoisie prenoil les armes par ordre de .MAL les Jurais ». 



224 IIISTUIRK .ILUIDinUE 

IV. — PRIVILÈGE DE L'EXEMPTION DE LA TAILLE 

Il était de règle presque générale, au xiv' siècle, que les 
cagots, comme les lépreux fussent sujets de l'Église. Aussi, 
lorsque le concile de Morcenx, en 1.326, interdit d'imposer la 
taille' aux biens des lépreux reclus, l'Elglise et la plupart des 
seigneurs étendirent-ils peu à peu aux lépreux libres une 
faveur que la piété, autant que la pitié, avait su dicter. 

En Béarn, oiî les cagots étaient sujets du souverain, 
l'exemption de la taille ne leur fut définitivement accordée 
que fort tard, et non pas à titre de privilège dû à leur état, 
mais bien sous forme de concession |tour service rendu. 
C'était en 1379. (laston Pbœbus, dans un acte où les cagots 
s'engageaient à exécuter tous les travaux de bois pour le 
cbàteau de Montaner, accorda à ceux-ci, « en raison des 
travaux en question, grâce et quittance de deux francs de 
fouage- par feu ; de plus il les exemptait de toute contribution 
aux tailles communales dans les lieux qu'ils habitaient ». Ce 
dernier privilège avait pour but de favoriser définitivement les 
cagots qui en quelques lieux payaient encore la taille, quoi- 
qu'en d'autres cet impôt eut cessé d'être perçu. 

Nous croyons, contrairement à ce <jui a toujours été écrit, 
que les cagots n'étaient pas exemptés de la totalité, du 
fouage, en 1385. 

Nous savons bien que l'impression (jue l'on retire de la lec- 
ture du dénombrement fait en Béarn, à cette époque, paraît au 

1. Concile provincial de Morcenr. 

- L. m. — De eis qui talliaiiL clericos, religiosos, i-eclusos lepmsos. 

« lîxcomunicamus, et cxcomiinicatos deniinciari iiuhlice j)r8pcipimus 
coiniles, Ijarones, consules, bajiiles, et alios quosciiiiique, qui clericos. 
religiosos, reclusos leprosos, ralione personaruui, vel iiatnnionii ipsoruni, 
ausi fuerint talliare, vel aliquid |)ro tallia exigere ah eisilcm : nisi sic 
exacla, infra quindecim dies plene reslituerint, requisit » (Sacrosancta 
concilia. .. etc.. T. XI, par< II. col. i767). — Le concile de Lavaur avait aiilérieu- 
rcmenl interdit de prélever la dime sur les léjireux. Le concile de Paris 
répéta, en ISiB. les dispositions du concile de Morcenx. 

« W. Xenodochia, leprosaria> et elemosynarii. 

« Et insuper quod antiqurc constitutiones et nova' canonia', tain in anli- 
quis decretalibus quam in Clenientinis, in tilulo de religionis domibus 
elemosynariis facientes, inviolabiliter cl intègre observentur. » (Sacrosancta 
concilia... T. XI, pars II, col. 191:1). 

2. Le fouage était une espèce de taille frappant les feux. 



LE PRIVILÈGE DE LA TAILLE 22b 

premier abord être défavorable à notre thèse. Cependant si 
l'on tient compte de la mentioa qui spécifie qu'en tel lieu les 
cagots n'ont rien payé pour leur feu, on remarquera que cette 
mention ne figure pas partout. Il est tout à fait probable que 
ne sont signalés comme ne payant pas le fouage, que les 
cagots qui étaient taxés pour moins de deux francs, et qui, vu 
les dispositions de la charte de 1379, bénéficiaient d'une 
exonération totale. Notre hypothèse est d'autant plus proba- 
ble que nous lisons, dans ce même dénombrement, que le 
cagot de Serres-Gastet {Sentes de Sent Esxeufz) pava le 
fouage; ce qui serait inadmissible si l'exemption avait été 
complète et générale. 

En 1398, dans la Rénovation de Cour Maijonr, une modifi- 
cation importante vint changer les privilèges des cagots de 
Béarn. L'article 9 de la Rénovation est manifestement inspiré 
du concile de Morcenx, dont il emprunte le style même. Cet 
article établit que les cagots, ne paieront pas la taille pour 
leurs maisons, comme d'ailleurs les prêtres et les hôpitaux ', 
et ne contribueront plus aux dons faits au seigneur. On 
remarquera qu'il n'est plus parlé du fouage, vraisemblable- 
ment rétabli. D'autre part, l'exemption du don marque que 
les cagots faisaient antérieurement un don, ce qui d'ailleurs 
est vérifié par des documents datés de 1383". Ce fait établit 
que les cagots étaient toujours vassaux du seigneur de Béarn, 
auquel ils rendaient l'hommage; ils continuèrent à le lui 
rendre, après 1398, mais cessèrent à partir de cette date de 
lui remettre le don que l'usage réclamait. 

Ces prescriptions nouvelles furent observées jusqu'au 
milieu du xvi* siècle. Lorsqu'en 1531 Henri II fit rédiger les 
Fors et Coutumes de Béarn, le privilège des cagots fut 
amoindri. L'article 33 du For dit en effet que les cagots ne 
paieront pas la taille pour leurs cagoteries, mais ceux qui 
acquerront de nouveaux biens, paieront cet impôt, si ces 
biens sont ruraux. 



1. Le rapprochement des mots prêtres, hospitaliers, cagots, n'est pas for- 
tuit, il montre que tous trois sont exemptés pour un motif analogue, parce 
qu'ils sont choses pies. 

2. P. J. N"' 23 et 24. 

Fay. 15 



226 lllSTOIUE .ILlUniQLE 

En lisant cet article du For. on ne peut s'empêcher de 
reporter son esprit vers les cacous de liretacrne. On sait en 
effet que ces derniers jouissaient aussi de l'exemption de la 
taille (ou plus exactement du fouage); mais ceux-ci ayant 
acquis des hiens, affermé des héritages pour y faire du labou- 
rage et vendre les produits de ces terres, s'étaient enri- 
chis au point que le fermier do fouages se voyait avec peine 
privé de recettes jtourfant désirables. Pierre H fit donc taxer 
les cacous ; mais ceux-ci refusèrent de payer. C'est pourquoi 
ce prince, par une ordonnance du 18 décembre 1450', leur 
interdit d'acheter des biens ou d'alTermer des héritages. Il est 
certain que Henri II de Béarn n'ignorait pas ces faits; il ne 
voulut pas priver les cagots d'un ancien et respectable privi- 
lège, et se refusa de même à prendre la décision si peu chari- 
table, à laquelle s'était arrêté le duc de Bretagne; et cepen- 
dant il voyait avec ennui lui échapper les redevances atta- 
chées à ces terres. Il eut l'habileté de trouver et d'appliquer 
la solution que 1 on sail, laissant aux cagoteries anciennes 
les privilèges dont elles jouissaient, mais se refusant à recon- 
naître, aux acquisitions rurales nouvelles des cagots, les 
mêmes avantages. 

Dès lors il devenait facile de taxer les cagots. Un leur fai- 
sait verser le cens, le fouage, et un tribut vraisemblablement 
analogue au francau -. 

Encore, les cagots de Béarn n'avaient-ils pas trop à se 
plaindre. Leurs frères de Navarre, rentrés officiellement dans 
le droit commun dès la première moitié du xvi" siècle, eurent 
de ce jour, sans doute, à payer la taille. Dans le pays de Cize, 
qui faisait partie de la Navarre, on les chargea plus encore, 
car en 1579, les Etats de ce pays demandèrent qu'il fût pré- 
levé un impôt sur le salaire des journées de travail des cagots. 
Sous la présiilence de Saint-Geniès, les Etats se contentèrent 
de fixer à un réal de Castille la contribution que les cagots 
devraient verser en l'année courante, laissant aux magistrats 

\. Ms. Bibl. liât., fr. 22 321, f" o97, 509. 

L'article concernant les cagols a été pulilié un grand nombre de fois. 

2. A moins que ce ne fU le francau lui-même, ainsi que nous sommes porté 
à le croire en présence du Rôle des impôts pour le Vicbilh, fait au xvi' siècle. 
P. J. N" 10:{. 



LE PRIVILEGE DE LA TAILLE 227 

le soin d'en déterminer plus tard le chiffre pour les années à 
venir, selon les circonstances et les nécessités du moment*. 

Revenons au Béarn. Près d'un siècle s'était écoulé sans que 
le privilège de la taille ne fût modifié, lorsqa'en 1642, les 
cagots de Castetner, Sauvelade, Loubieng et Maslacq, deman- 
dèrent que l'exonération de la taille ne fût pas seulement 
limitée aux cagoteries anciennes, mais qu'elle s'étendit sur la 
totalité de leurs maisons. C'était un retour aux vieux usages 
du xiv* siècle. Le comte de Gramont ne voulut pas y con- 
sentir et rappela les dispositions du for de Henri 11^, lais- 
sant le privilège aux seules cagoteries anciennes. Il ne dit 
pas que la taille ne frapperait que les nouvelles acquisitions 
rurales; ce règlement aggravait donc un peu le For^ 

Ce règlement modifiait en effet un peu le For, tout en 
l'expliquant, car il figure dans la Compilation des Privilèges 
et Règlements de Béarn^ parue en 1676. Louis XIV jura à son 
avènement de respecter ces règlements et ces privilèges. On 
sait que, pour le plus grand bien de nos parias, il ne les 
respecta pas. Lorsque, sous l'impulsion de Du Bois de Baillet, 
les cagots furent définitivement atîranchis, aux yeux du pou- 
voir et de la loi, des distinctions injurieuses qui pesaient 
sur eux, ils essayèrent de conserver le privilège qui adoucit 
pendant tant de siècles leur triste condition. Il est permis de 
croire que partout on rétablissait la taille sur les cagoteries, 
mais avec lenteur. En 1707, Pierre de Crestiaa, cagot de 
Cardesse, demanda d'être déchargé des tailles et cotises qu'on 
prétendait lui faire payer. L'affaire vint devant le Parle- 
ment, et le privilège fut aboli, car la Cour ordonna le 
19 février 1707 que « les maisons et terres des anciennes cago- 
teries seraient imposées dans le regallement des tailles et 
autres charges de la communauté ». 

On dira peut-être que nous n'avons parlé ici que des 



1. P. J. N" 113. 

2. Règlement de 1042. « Conforméinoiit à l'article 'J3. de la iireniière Uidjrique 
du For, les caj-'ols ne pourront être taillés pour le sol des anciennes cago- 
teries établies en leur faveur dans le pays, mais ils le seront seulement pour 
les autres biens et maisons qu'ils auront acquis. » P. J. N" 12S. 

3. A vrai dire, cette agf-'ravation était [dus théorique que pratique, puisque 
les cagots ne trouvaient pas à acquérir de biens dans les villes. 



228 lllSTOIKE .lUlUDlljLE 

cagots de Béarn. C'est vrai. Nous n'avons en elïel rien à dire 
des autres. Il est vraisemblable que, dans le reste du Sud- 
Ouest, les cagots jouirent de l'exemption de la taille, tant qu'ils 
furent sujets des églises. Ils ne payaient alors qu'un cens. Du 
jour où ils appartinrent à la juridiction laïque ils perdirent 
ce privilège. C'est là une hypothèse, que l'absence de tout 
document sur la question de la taille nous permet d'avancer. 

\. — OBLIGATION DEXERCER LA PROFESSION 
DE CHARPENTIER 

On a dit maintes fois que les cagots étaitMit tous charpen- 
tiers, menuisiers, ou bûcherons. On peut dire d'une façon 
plus générale que les œuvres du bois étaient habituellement 
leur apanage. On considérait le bois comme mauvais conduc- 
teur des infections, en particulier de la lèpre: partout les 
lépreux travaillaient le bois, les cagots n'ont pas fait exception. 

Comme charpentiers ils furent très connus, si connus 
même que, lorsque vers 1675 on renonça à inscrire sur les 
registres paroissiaux la qualité de cafjol ou (jesilain, après le 
nom des iotéressés, on écrivit le mot charpentier. Plusieurs 
quartiers de capots portent jus({u'à nos jours le nom de 
Charpentier; dans le Gers surtout où les mots chrestia et capot 
ont peu pénétré, de nombreuses maisons de lépreux portent 
encore ce nom. 

Leur métier fit collaborer les lépreux de Béarn à la cons- 
truction ou à la réparation d'un très grand nombre d'édifices. 
Sous la direction de Sicard de Lordas et de vingt-cinq 
maîtres maçons, les cagots construisirent le château de Pau '; 
en 1379 ils avaient exécuté les travaux de bois du château de 
Montaner*; au xvi" siècle ils travaillèrent aux abattoirs et au 
temple protestant de Pau; le 13 mars 1396, Berdot de 
Candau et Arnaud de Salafranque, sous la direction du chef 
des cagots de Lucq, Peyrolet, exécutèrent les réparations de 
l'église d'Ogenne^; le 14 mars 1404 et le 22 février 14 14, on les 

1. Madaune, Henri IV, p."l. 

2. Voir à la partie : Topographie les pièce» qui se rap|)orlenl au château de 
Alonlaner, aux mots Monlaner, Lucq et Oloron. 

.3. A. B.-P., E HOo, r 73. Voir Topographie, Lucq. 



OBLIGATKDN D'ÊTRE CHARPENTIER 229 

trouve réparant le moulin de Navarrenx, sous la direction de 
Berduquet de Caresuran, architecte de valeur'. On pourrait 
citer bien d'autres travaux encore, à Morlaas", à Loubieng-^ 
à Arzacq ^ et ailleurs. 

Les règlements les plus anciens ne spécifient pas toujours 
que les cagots ne peuvent être que charpentiers, mais en 
revanche ils leur interdisent plusieurs autres professions, en 
particulier celles qui ont trait à l'alimentation. C'est ainsi que 
la coutume de Marmande (1396) défend aux gafTets de vendre 
du vin ou de faire du commerce dans les tavernes; ils ne 
pouvaient pas non plus vendre du porc, du mouton, ou autres 
animaux comestibles; il leur était interdit en outre 
d'extraire l'huile de noix. La coutume du Mas d'Agenais 
(1388) défendait de louer les g-afTets pour les vendanges. 
En 1471, un règlement fait par un notaire d'Oloron spécifiait 
que les cagots devaient vivre de leur métier de charpentier 
ainsi qu'ils y étaient obligés par un usage ancien, de plus il 
leur interdisait les autres professions. Pour éviter que les 
prix de leurs travaux ne fussent majorés par suite de l'espèce 
de monopole dont ils jouissaient, le même règlement prenait 
soin de dire que le cagot de Moumour (pour lequel ce docu- 
ment avait été rédigé) serait dans l'obligation de fournir 
avant tout les commandes faites par les habitants de son 
village, moyennant un salaire raisonnable. 

La plupart des cagots faisaient honnêtement et bien leur 
travail; Jean Darnal parlant du règlement de Police fait pour 
Bordeaux en 1555, disait en effet, à leur sujet, qu'ils étaient 
charpentiers et bons travailleurs; plusieurs historiens leur 
firent le même éloge. 

Le For de Henri II consacre, pour le Béarn, l'usage qui 
voulait que les cagots fussent tous charpentiers; il ne le dit 
pas explicitement, mais la pensée du législateur est tellement 
évidente que toutes les requêtes qui furent faites par la suite 
contre les cagots exerçant d'autres professions, s'appuient 
sur l'unique texte de l'article V de la 55* Rubrique, ainsi 

1. A. n.-P., E 1508, P ()6, et E ItîOl, f" 4 et 5. 
■2. A. H.-l>., E 1237. 

3. A. n.-l*., E 1402. 

4. Archives d\4rzacq, G G o. 



230 HlSTOlllE .lUUlblOLE 

conçu : El il est défendu à tous les cagols de porter d'autres 
armes fjue celles dont ils ont besoin pour leur métier, à peine 
d une loi majeure à cluK/ue fois quils açjiront autrement. Et 
les jurais auront la faculté de se saisir de leurs armes, et de les 
convertir au profit du seigneur du lieu, et de la cliose publique, 
en deux parts égales. 

Lorsqu'en 1604, les cagots de ISay, en particulier, se 
mêlèrent de vouloir vendre toutes sortes de marchandises, 
les Etats de Béarn firent remar(|uer que le peuple avait à 
soutTrir de ce que les cagots embrassaient d'autres profes- 
sions a que celle à laquelle ils étaient destinés, abandonnaient 
le métier de charpentier et de menuisier qui leur était j)ropre, 
et refusaient de travailler ou d'exercer cesdits métiers aux- 
quels pourtant ils étaient assujettis par le For, ainsi qu'on 
en peut conclure du cinquième article de la oo' Rubrique, 
dont le sens est nécessairement qu'ils sont destinés à l'office 
de charpentier: d'où l'on jjeut tirer une conséquence mani- 
feste, à savoir (ju'ii leur est interdit de s'adonner à aucun art 
mécanique et moins encore à la vente de marchandises ». 
Bien plus. Les cagots refusaient de travailler pour les 
pauvres qui payaient forcément mal, et ne consentaient à 
travailler pour les riches que moyennant double salaire, 
encore qu'ils ne restassent à l'ouvrage que la moitié du jour. 
C'est pourquoi les Etats demandèrent qu'on forçât les cagots 
à travailler soit à la journée, soit à prix fait par-devant 
expert, et cela pour les pauvres comme pour les riches. 

Peu d'années plus tard (1607), à Garos, se présentèrent des 
difficultés d'un genre analogue. Ici les cagots s'étaient refusés 
à faire les cercueils et les tréteaux pour les supporter; aussi 
les jurais et députés de la ville firent-ils une ordonnance par 
laquelle ils obligeaient les prévenus à exécuter ces funèbres 
travaux, à toute sommation, et cela moyennant un salaire 
fixe, que paierait le maître de la maison où se serait produit 
le décès. Les récalcitrants étaient passibles dune loi majeure. 

Rien ne put empêcher les cagots de chercher à quitter un 
corps de métier qui déplaisait fort à quelques-uns d'entre eux. 
Les députés des villes du liéarn s'entêtaient en revanche à 
les contraindre. Lorsqu'en juin 1610 se réunirent les Etats 



OBLIGATION D'ETRE CHARPENTIER 23i 

de Béarn, la question vint en discussion, et quoique quelques 
voix eussent jugé inutile de requérir encore, la majorité se 
rallia à l'avis du président de l'assemblée, demandant un 
règlement nouveau pour interdire aux parias de se livrer à 
d'autres professions que celle de charpentier. De La Force 
répondit à la requête par un arrêt ordonnant l'exacte obser- 
vance des articles du For. 

Les cagots n'eurent la liberté de choisir la profession qui 
leur plaisait qu'à partir du jour où le Parlement ordonna leur 
affranchissement. Cependant, il est juste de dire, que nos 
parias avaient aussi souvent que possible embrassé des pro- 
fessions qui leur étaient officiellement interdites, et que 
même quelques-uns avaient osé au moyen âge exercer des 
professions libérales. Il n'en reste pas moins vrai qu'ils 
avaient l'obligation d'être charpentiers. Cette obligation en 
entraînait d'autres, et d'abord celle de servir ceux qui récla- 
maient leurs offices, ainsi que nous l'avons dit plus haut; en 
outre, ils devaient, aux termes d'un règlement du 8 juin 1642, 
servir de leur métier à la guerre en cas de siège; ils étaient 
aussi tenus de se rendre en tant que charpentiers aux incen- 
dies, à dresser les bois de justice et dès lors à assister aux 
exécutions ' ; ils devinrent ainsi exécuteurs des hautes œuvres, 
tel Peyrol, cagot de Pau. Les cacous de Bretagne eux aussi 
étaient bourreaux, ils le devinrent en tant que cordiers, et 
présidaient aux pendaisons. 

Pour tout ce qui concernait les travaux de charpente ou de 
menuiserie, les communes étaient obligées de s'adresser aux 
cagots, c'est pourquoi, dans les archives communales, voit-on 
figurer des dépenses dont le montant avait été versé à des 
cagots^; on lit aussi dans les registres des notaires un cer- 
tain nombre de conventions passées, soit comme à Loubieng 
entre le trésorier communal et un cagot pour la réparation 
du toit du temple (1576), soit entre le seigneur d'un lieu, 
comme à Denguin \ et un de nos parias. 

1. Archives municipales de Pau, B B 11. 

2. Voir en particulier les archives municipales de Pau, et les extraits que 
nous en donnons à la Topographie. 

3. Pour des travaux à faire au moulin de Denguin; convention passée avec 
(iuillemel, cagot de Lagos. 



232 HISTOIRE JURIDIQUE 

Voici quelques éclaircissements concernant les métiers que les cagots 
exercèrent. On remarquera quau mépris des usages ils surent embrasser 
bien d'autres profesffions que celle de charpentier. 

Charpentiers. — Parmi les travaux les plus im[)ortants qu'exécu- 
tèrent les cagots il faut citer la charpente des châteaux de Mon- 
taner et de Pau, et les halles de Pau. 

La construction du château de Montaner marque une date si 
importante dans l'histoire des cagots de Béarn, que nous ne 
saurions trop y revenir. Voici, en ce qui concerne la partie profes- 
sionnelle, les dispositions du traité passé entre Gaston Phcebus et 
quatre-vingt-huit cagots de sa vicomte : « Les cagots ci-dessous... 
promettent et s'engagent envers monseigneur le comte... de faire 
tous les travaux de bois qui seront nécessaires au château de Mon- 
taner : à savoir que, d'ici la fête de Saint-Martin prochaine, ils 
auront coupé, travaillé et transporté sur les lieux toutes les pièces 
de bois grandes et petites qui seront nécessaires, et n'auront plus 
qu'à les mettre en place; ensuite ils les placeront selon les indica- 
tions de leur art, et y fixeront toutes les ferrures que cet art 
demande; ces travaux de bois seront à leurs frais et dépens sauf 
pour les ardoises qu'ils fixeront selon leur profession et que Mon- 
seigneur le comte achètera et fera transporter sur place à ses 

frais En outre le comte leur a donné le droit de prendre le bois 

nécessaire dans ses forêts. » 

Les travaux furent exécutés sous la direction de l^eyrolet, cagot 
de Lucq. C'est entre ses mains, et parce qu'il était procurateur des 
cagots ', que tous ses congénères jurèrent d'accomplir les travaux; 
c'est lui qui s'occupa de toutes les questions économiques dans 
cette alTaire. 

Peyroletpeut ajuste titre être considéré comme un des meilleurs 
architectes, ou mieux entrepreneurs de son époque. Il avait la 
confiance de Gaston Phœbus, qui non seulement lui donna la direc- 
tion des travaux de Montaner, mais encore lui confia divers travaux 
à exécuter à Morlaas, à Ogenne où il répara l'église (1395-1396), et 
ailleurs. 

Peyrolet était fils d'Arnaud-Guilhem qui en 1368 était maître de 
la cagoterie de Lucq. Il possédait une fortune assez respectable; 
en 1367 on le trouve passant un bail à cheptel avec Fortic de 
Laborde. Sa carrière comme entrepreneur est connue de 1379 à 1396 ; 
il fut comblé d'honneurs et se donnait une importance d'autant plus 
grande que sa fortune était enviable; il se faisait appeler « seigneur 



1. Berdolet, cagot dOloron, était procurateur des cagots de l'évêché d'Olo- 
ron pour les mêmes travaux. 11 est vraisemblable qu'il y avait en outre un 
procurateur pour l'évêché de Lescar. Peyrolet les remplaça-t-il en 1391 
(avril-mai) ou bien les avait-il sous ses ordres dès 1379 pour accomplir la 
fonction de procurateur, c'est ce que nous ne saurions décider. 



LES GAGOTS CHARPENTIERS 233 

de la chrestiantat de Lucq », il ne tolérait pas que d'autres que 
lui prissent la responsabilité des travaux importants : c'est ainsi que 
lorsque Berdot de Candau et Arnaud et Salafranque, qui n'étaient 
point cagots, s'engagèrent en 1396 à réparer l'église d'Ogenne, 
Peyrolet voulut qu'un nouvel acte tut passé où l'on reconnût que 
c'était bien en son nom à lui Peyrolet qu'ils avaient traité. Voilà 
donc un cagot ayant sous ses ordres des ouvriers de race pure. Le 
contraire se présenta quelques années plus tard. 

Dans les premières années du xv" siècle, Berduquet de Caserusan, 
était l'architecte le plus réputé du Béarn, il portait le titre de chef 
des travaux du comte de Foix. Il avait donc succédé à Peyrolet. 
A plusieurs reprises il eut affaire aux cagots, qu'il employait pour 
les travaux de charpente; on sait entre autres choses que par deux 
fois il leur contia la réparation du moulin de Navarrenx, et ordon- 
nança le paiement de ce qui leur était dû (1404 et 1414), comme 
le faisait auparavant Peyrolet. 

Les cagots charpentiers formèrent une véritable corporation où 
l'on pouvait passer maître. Dans un grand nombre de nos docu- 
ments on voit des cagots porter ce titre. Les maîtres enseignaient 
leur art à des apprentis, ils s'engageaient même par contrat à leur 
apprendre le métier'. 

Le travail du bois, auquel étaient astreints les cagots, leur per- 
mettait d'être non seulement charpentiers mais menuisiers-, bûche- 
rons •^ tourneurs*, tonneliers ^, baratiers, cordiers «, vanniers ', etc. 

Ramoneurs. — Au milieu de la seconde moitié du xvF siècle, la 
municipalité de Pau traita avec divers cagots pour l'entreprise du 
ramonage des cheminées de la ville et des faubourgs; la ville 
foui-nissait les cordes nécessaires, et gardait le droit de conclure 
avec un autre ramoneur au cas où elle serait mécontente des ser- 
vices rendus. En 1581, le cagot de JVIazères, Johan de Pucheu, eut 
l'entreprise moyennant, croyons-nous, trente neuf francs payables 
en trois fois; en lo8i, Jacques de Puxeu, cagot de Lezons, le rem- 
l)laçait moyennant trente-six francs par an, payables en trois fois**. 

Tisserands. — Cette profession ne fut guère adoptée par les cagots 
qu'au .wii" siècle. On en trouve mention à Osserain en 1896; de 
même à Claracq; elle semble avoir été généralement adoptée par 

1. Voir au cliapitre Des hiens el Contrais. 

2. C'est le c.is de la iiluparl des cahots de Pau au xvii" siècle. 

.3. Des cagol-i étaient Itùclierons en 1379, puisqu'ils prirent dans les forêts 
de Gaston Phœlnis le bois nécessaire à la construction du château de Monla- 
ner. On peut encore citer les cagots de Capbreton, de Pardies, etc. 

4. A Angeles, par exemple. 

b. En particulier à Crouzeilles. 

6. Ces métiers étaient surtout exercés par les cacous de Bretagne. 

1. Il y en eut beaucoup dans les Landes. 

8. Nous avons entendu dire que les cagots de Jurançon furent longtemps 
employés h. Pau pour remplir les mêmes offices. 



234 HISTOIRE JURIDIQUE 

tous les cagots do Chubiloa, Michelenia, et leurs environs. Aujour- 
d'hui encore tous les descendants de nos parias sont tisserands 
autour de Saint-Étienne-de-Baigorry, Anhaux, et Saint-Jean-Pied- 
de Port. 

Fossoyeurs. — Ce métier peu enviable l'ut quelquefois laissé aux 
cagots. On sait qu'à Lescun il en était toujours ainsi. 

Gardiens des sables, cantonniers. — Ces métiers ne lurent guère 
adoptés par les cagots qu'à Capbreton, Biarritz, et Bayonne. De 
nombreux documents des \vv et xviF siècles en font foi. 

Gens de labeur. — Profession parfois adoptée par les cagots, qui 
acceptaient toute espèce de travail, garde de bétail, commissions, 
curage de rivière, etc. On trouve mention de cette profession dans 
plusieurs documents landais. 

A coté des professions imposées ou simplement tolérées, il 
y en avait d'autres qui furent interdites aux cag-ots. Ce sont 
celles dont nous allons traiter maintenant. 

Toutes les professions ayant un rapport à l'alimentation 
étaient formellement interdites aux lépreux, il en fut de 
même des cagots. 

L'élevage et la vente des animaux comesiihks ne pouvaient 
être faits par nos parias *. En 1296, on lit dans le livre 
(le l'Esclapot, que les lépreux libres formèrent une con- 
vention avec les habitants de Monségur en Bazadais, par 
laquelle les premiers s'engageaient à ne pas élever d'ani- 
maux comestibles en nombre suffisant pour en pouvoir faire 
la vente. Les animaux des cagots n'avaient d'ailleurs que peu 
de chances de trouver acquéreur, on s'en méfiait presque au- 
tant que de leur maître; la coutume du Mas d'Agenais (1388) 
alla jusqu'à tenir quittes de tout débours ou dédommage- 
ment, ceux qui mettraient à mort les bêtes appartenant 
aux cagots qu'ils auraient surprises dans le champ d'autrui. 
La crainte de la contamination des prés par les malheureux 
animaux explique pourquoi le pacage, sur les terrains com- 
munaux, fut refusé, en lr)74, aux cagots de Capbreton. 
En Béarn on alla jusqu'à leur interdire la vente de la laine, 
en 1610. 

En 1471, le règlement fait contre un cagot de Moumour 

1. Il en élail de même pour les lépreux: on pourra en juger en lisant les 
règlements pour les bouchers de la montagne Sainte-Geneviève. 



LES PROFESSIONS INTERDITES AUX CAGOTS 235 

spécifiait qu'il ne pouvait élever de bétail. Cette défense ne 
fut pas renouvelée depuis. Les cagots semblent en effet avoir 
eu le droit de posséder du bétail, à la condition de ne point 
le vendre. Comment expliquer sans cela que Peyrolet, cagot 
de Lucq, ait pu passer un bail à cheptel, en 1367, qu'en 
1600, un cagot de Capbreton fut employé à garder du 
bétail, et surtout qu'on défendit la vente des animaux comes- 
tibles aux cag'ots, si ceux-ci n'en possédaient pas? 

La profession de meunier, qui généralement était fermée 
aux lépreux, le fut aux cagots, mais d'une façon peu 
sévère. Un règlement de notaire de 1471 défendant à un 
cagot d'entrer au moulin et l'obligeant à déposer son sac de 
blé à la porte, un autre règlement pour le Pays de Soûle 
(1606) interdisant la profession de meunier, sont les seuls 
documents que nous puissions citer. Ils n'empêchèrent point 
les cagots de posséder des moulins et même d'en louer. 
(Voir Baccarou et Biarritz.) 

Les professions de vigneron et tavernier leur furent inter- 
dites avec une rigueur infiniment plus grande. Les coutumes 
de Marmande, du Mas d'Agenais, les constitutions de Dax 
sont formelles à cet égard. Au Mas on allait jusqu'à inter- 
dire de louer les cagots pour faire les vendanges '. Au 
xvi' siècle, l'entrée dans les tavernes et lieux publics leur 
était interdite. Au xvn' siècle, un certain relâchement s'étant 
produit, les Etats de Béarn et ceux de Navarre réclamèrent 
de nouveaux règlements. Ce fut en Béarn que commença 
la répression. Dans une requête faite en 1604 les Etats de 
ce pays se plaignirent de ce que les cagots exerçaient le 
métier de marchand, et faisaient une concurrence redoutable 
aux autres; il convient de remarquer que dans cette requête 
il est spécialement signalé que les cagots débitent en public 
toutes sortes de comestibles, vendent du vin, et exposent ces 
denrées dans les tavernes. Il fallait y voir une violation du 
For. La requête des Etats fut favorablement reçue et pro- 
voqua le règlement le 1604. 

1. S'il était intt'idit aux cagots de vendre du vin, ou de vendanger chez 
les autres, il leur était néanmoins autorisé de posséder des vignes et de 
les cullivor pour leur usage. Un très irrand nombre de documents montre 
des cagots iiossesseurs de vignes. 



236 HISTOIRE JURIDIQUE 

En 1610, les Élats discutèrent à nouveau sur le môme 
sujet. Le député do Xavaillos proposa à l'assemblée d'interdire 
aux cagots la vente des vins en gros et au détail, ne faisant 
d'exception que pour la vente en gros des vins provenant de 
leurs crus. Cette proposition fut ado[itée ' et donna le texte de 
la requête de 1610, sur laquelle La Force rendit son arrêt. 

A lire quelques vieilles chansons béarnaises, on croirait 
que, vers 1645, quelques cagots avaient ouvert de nouvelles 
tavernes. Le cabaret jouissait <léjà d'une suffisante popularité 
pour que, même tenu par un paria, il eût quelque chance 
d'attirer la clientèle. En Béarn, les jurats fermèrent les yeux. 
Il n'en fut pas de même en Navarre, où, le 2 juillet 1660, 
les Etats interdirent aux cagots de tenir cabaret. 

Le 23 août 1680 un règlement accordé aux mêmes États 
par De Gramont, gouverneur de Navarre, réitéra la défense 
de « tenir cabaret et taverne pour vendre le vin à pot et 
pinte », et y ajouta une peine de cent livres d'amende pour 
chaque contravention. Les règlements antérieurs ne portaient 
pas de sanction. Remarquons toutefois que celui-ci portait celte 
clause restrictive, que dans les communes où seuls habi- 
taient des cagots, ceux-ci pouvaient, s'il leur plaisait, en user 
autrement. 

Quelques années plus tard, les cagots récupéraient définiti- 
vement tous les privilèges du commun peuple. 

Médecins. Sages-femmes. — Nous avons déjà traité des 
cagots médecins. Si cette profession fut parfois adoptée par 
quelques-uns de nos parias, cela n'a été qu'à titre d'excep- 
tion; il est en effet certain que les professions libérales leur 
étaient fermées d'ordinaire, car elles les auraient mis à même 
de fréquenter assidûment le commun peuple, ce qui était 
interdit par les Fors. 

A partir de la fin du xvu'^ siècle, quelques cagotes des 
Landes et de la région d'Orthez firent des études en vue de 
devenir sages-femmes. Au xvni' siècle, on en comptait un 
grand nombre parmi les familles cagotes. M. l'abbé Foix en 

1. « Vous playt iiihivir et deffender aux caguotz... (de) traffiquar de vins, 
grainadges et autres marchandises en gros ou au menut si no en gros solie- 
ment deus frutz excrescutz en lors terres. " 



INTERDICTION DU PORT DES ARMES ■ 237 

a donné quelques exemples que nous transcrivons ici : 
Catherine Larrieu, sage-femme de Laurède, en 1753; Cathe- 
rine Salis, sage-femme du même lieu, en 1755; Catherine 
Daraig'nès, même profession, à Mugron, en 1754; il en est de 
même de Catherine Labenne, de Mugron, en 1699, d'Anne 
Fahas, de Nerbis, en 1702, de Catherine Gardère, de Lourquen, 
en 17U; toutes étaient gézitaines et sont mentionnées dans 
les reg'istresde Mugron, Nerbis et Laurède. Jeanne Daraig'nès 
sage-femme de Bonnut est encore citée dans un acte de 
baptême fait à Bonnut le 31 octobre 1644 \ 



VI. — LES CAGOTS ÉTAIENT-ILS EXEMPTS 

DU SERVICE MILITAIRE? 

INTERDICTION DE PORTER DES ARMES 

Pourquoi les lépreux ne pouvaient-ils point porter d'armes 
tranchantes ou piquantes? Etait-ce que Ton craignît qu'ils ino- 
culassent à d'autres leur maladie, par piqûres? Non; pareille 
opinion ne cadre pas avec les idées de nos médecins anciens. 
Ne serait-ce pas plutôt })arce qu'on les disait sujets à des 
accès de fureur, pendant lesquels les armes entre leurs 
mains auraient pu être particulièrement dangereuses? Nous 
adoptons cette explication, à défaut d'autre plus satisfaisante. 

L'article V de la 55" Rubrique du For de 1551 dit, qu'il 
« est défendu à tous les cagots de porter des armes autres 
que celles dont ils ont besoin pour leur métier, sous peine 
d'une loi majeure, à chaque contravention; et les jurais 
auront le droit de saisir leurs armes, et de les convertir au 
profit du seig'neur du lieu, et du pays à parties égales ». 
Quoique aucun document antérieur à cette date ne fasse men- 
tion d'un pareil usage chez les cagots, nous n'en sommes pas 
moins convaincu que le port des armes était depuis longtemps 
interdit aux lépreux libres du Sud-Ouest. Le For de Béarn ne 
fait eu effet que confirmer un vieil usage respecté par tous les 
lépreux de France, usage dont nous retrouvons la formule, 

l. Cité par J. Gardère, /.es Cagots dans lu réf/ioii d'Oi-t/iez. 



238 • lllSTOlllK JLIIIDKJLK 

en particulier dans les statuts de la léproserie Saint-Lazare 
d'Amiens, que nous avons cités plus haut'. Il étail observé 
dans tout le Sud-Ouest; nous en avons la preuve dans un 
procès que firent les gézitains de Caphreton en lo"4, qui récla- 
maient le droit de porter des armes ; on sait aussi que pour se 
conformer à la coutume, les Etats de Navarre firent en 1579 
un règlement dans lequel on lit qu'il est défendu « très expres- 
sément aux cagots de porter des armes, exception soit faite 
pour l'épée, à peine de privation desdites armes et autre 
peine arbitraire, à moins que le roi ou autres qui auraient 
reçu le pouvoir de Sa Majesté nordonnent le contraire ». 
Un autre règlement, élaboré par les Etats de Navarre, devait 
un siècle plus tard, le 2 juillet 1660, aggraver cette interdic- 
tion, en l'étendant aux armes à feu, épées, poignards et 
bâtons ferrés. 

Rien n'avait troublé, en Béarn, l'exacte observance du For, 
des règlements, ni des usages, jusqu'au début du xvii' siècle. 
En 1610 un léger relâchement sétant produit, les Etats 
demandèrent un règlement qui semble n'avoir rien changé. 
11 n'en fut pas de même lorsqu'en t6i0, le cagot de Mont, 
dont la richesse était considérable, se permit de porter l'épée 
au côté, manteau, bottes et éperons; il poussa même l'impu- 
dence jusqu'à aller à la chasse avec des armes à feu et des 
chiens. L'émotion des jurais en présence de ces faits fournit 
le sujet d'une plainte aux Etats et d'une délibération, d'oîi 
sortit un règlement (30 décembre 1640) interdisant aux cagots 
le port de l'épée et des armes à feu; on consentit seulement à 
leur tolérer les outils de fer nécessaires à l'exercice du métier 
de charpentier, que prescrivait le For. 

Profondément atteints par cette décision, les cagots, en la 
personne de leurs congénères de Loubieng, Castetner, 
Maslacq et Sauvelade, cherchèrent à tirer avantage d'un 
règlement si sévère, en exposant aux Etats, qu'aux termes du 
For, ils ne pouvaient porter aucune arme, et par conséquent 
ne pouvaient être contraints d'aller à la guerre. On leur 
accorda en efîet, le 8 juin 1642, qu'ils ne feraient pas fonc- 

1. P. 138. 



LES CAGOTS ET LE SERVICE MILITAIRE 239 

tion de soldats, mais qu'ils n'en resteraient pas moins tenus 
de répondre aux convocations qui leur seraient faites en temps 
de g'uerre, et serviraient comme charpentiers en cas de siège. 

Les cag-ots étaient-ils donc, avant 16i'2, obligés de servir 
comme soldats? Il est vraisemblable qu'au moven âge ils 
jouissaient de l'exemption du service militaire que beaucoup 
de motifs imposaient : c'était des malades; il leur était interdit 
de fréquenter le peuple; ils ne pouvaient pas porter d'armes; 
enfin un grand nombre étaient sujets des églises. Mais il 
nous paraît certain en revanche que du moment où les cagots 
devinrent vassaux d'un seigneur (c'était le cas pour le Béarn 
dès le xiv*' siècle), ils furent tenus à aller à la guerre comme 
tous les vassaux. Dans les régions où les cagots étaient 
sujets de l'Eglise ils jouissaient au contraire de l'exemption. 

Comment expliquer autrement, pourquoi au xvii'' siècle les 
cagots de Pau étaient reçus dans la milice bourgeoise? 
[N'était-ce point une violation du règlement de 10i"2? Non, 
car ce règlement accordait aux cagots de ne pas aller à la 
guerre en tant que soldats; la milice bourgeoise ne leur était 
donc pas fermée. Elle ne le leur fut qu'à partir de 1663, sur 
la plainte de quelques bourgeois à qui il déplaisait de cou- 
doyer des gens de cette espèce. 

En 1672, les cagots s'étaient mis de nouveau à porter 
armes à feu et autres armes tranchantes avec pointe; les 
députés de Cize s'en plaignirent aux Etats et obtinrent un 
règlement, du 8 juillet 1672, interdisant encore le port de ces 
armes. Peine inutile, puisque six ans plus tard les Etats, 
devant l'ineflîcacité de leurs défenses antérieures, durent 
obtenir un règlement nouveau, où il est dit (jue si les cagots 
contrevenaient chaque jour aux règlements précédemment 
accordés aux Etats, c'était que les défenses y contenues 
n'étaient point accompagnées de sanction; c'est pourquoi, à 
partir du 15 octobre 1678, chaque contravention fut-elle taxée 
à cent livres d'amende au profit du roi. 

Quelques années plus tard, ce règlement sévère était, 
comme tant d'autres, condamné par les décisions mieux 
éclairées du Parlement. 



240 HISTOIRE JURIDIQUE 



VU. — LE DROIT DE QUETE 

Le droit de quête resta toujours incontesté aux lépreux. 
Partout ils en jouissaient. C'était un droit si profondément 
établi qu'en plusieurs lieux les mots mendiant et lépreux 
devinrent synonymes '. 

Dans les léproseries du Sud-Ouest, comme ailleurs, un 
malade, ou à son défaut une personne quelconque, était 
chargé de quêter à la porte des villes et des églises. Quand 
c'était un lépreux qui sortait, il devait se munir des cliquettes, 
signe certain qu'il était atteint de lèpre rouge. Il ne pouvait 
pénétrer dans les villes qu'à certains jours. Une ordonnance 
de police pour Bordeaux (1495-1496) voulait qu'on jetât hors 
de la ville les ladres, sauf aux jours accoutumés; et la cou- 
tume ne laissait pénétrer les gaffets à Marmande (1396) que le 
lundi, encore ne pouvaient-ils s'y asseoir, ni y demeurer; on 
faisait exception les lundis et jours de fête, oii ils pouvaient 
s'asseoir pour mendier devant l'église des Frères Mineurs"^. 

Pour les léproseries, avons-nous dit, la quête était faite par 
un lépreux ou par un homme sain chargé de ce soin. En 
Béarn, on sait que ce droit de quête pouvait être vendu; 
voici à ce sujet ce que nous apprend un document du 
6 avril 1620^, au sujet de Guillaume Burel, lépreux de la 
maladrerie de Lescar, qui vendit ce droit par acte public, en 
son nom et en celui des lépreux de la maladrerie d'Orthez; par 
cet acte Bertrand Dabeilhon, habitant de Baliros, acquit droit 



1. Dans tous les actes i)uljlic3, les lépreux libres de Lussac prirent à 
l»irtir de 1680* la qualité de mendiant, ceux mêmes qui se livraient à une 
occupation quelconque joignaient cette qualité à l'énoncé de leur pro- 
fession. Quoique propriétaires, riches, ou exerçant les fonctions de collecteur 
des impôts, ils gardèrent leur titre de mendiants jusqu'à la seconde 
moitié du xviii'' siècle. (D'après Roger Drouault, Comment finirent les 
lépreux, Buli. hist. et philolof/iqice, l'J02.) 

2. Cet article des coutumes de Marmande est l'exacte reproduction 
d'usages auxquels étaient soumis les lépreux rouges en France. Cependant il 
est certain que les gaffets de Marmande étaient seulement ladres blancs, 
car sans cela ils eussent dû porter les cliquettes. 

3. P. J. N" 182. 

*En 1599, ils étaient encore assimilés aux ladres rouges, et devaient se munir de cli- 
f|uettes quand ils allaient mendier. [Mémoires manuscrits de Nadaud, t. I, p. 41. j 



LE DROIT UE QUÊTE 241 

et faculté de quêter dans les diocèses de Dax, dans le parsan 
de Réau, Larbaig-, à Monein, Cardesse, Lucq, Artiguelouve, 
Saint-Faust, Larreule, Aubertin, Lasseube, Gan, Lasseubetat 
et liosdarros, pour la somme de cent dix-huit francs par an, 
quatre serviettes et deux nappes, payables en deux fois. 
L'acte ne suffisait pas à lui seul; Dabeilhon pour quêter 
devait être muni de certains documents : « las mandamentz 
deu Sieur evesque d^Ax et toutz autres papei^s uerseçanjs per 
poder far la dite queste ». Burel s'engagea à les lui verser en 
mains propres; mais, abusant de l'ignorance de Dabeilhon, le 
peu scrupuleux lépreux de Lescar lui remit des papiers 
« surannés et inutilisables », sans y joindre l'autorisation de 
l'Evêque, et quoiqu'il se fût engagé à empêcher quiconque de 
quêter en son nom dans les lieux susdits pendant trois ans, 
il y envoya des quêteurs, et accepta de sa victime une avance 
de paiement. 

Dabeilhon partit toutefois le 29 ou le 30 janvier 1620 et 
voyagea sept jours, au bout desquels il s'aperçut de la mysti- 
fication, quand on refusa de le laisser quêter au pays de 
Réau. Il avait à ce moment déjà recueilli cent francs dans les 
vallées d'Aspe et d'Oloron. L'année précédente, le même 
Dabeilhon avait déjà quêté et reçu une centaine de francs aux 
diocèses de Tarbes et d'Aspe, peut-être deux cents francs au 
diocèse de Rayonne, et une somme inconnue dans le diocèse 
de Bazas. Voyant qu'il était victime d'un homme peu scrupu- 
leux, il poursuivit Burel le lépreux réclamant des dommages 
et intérêts; mais Burel fit une demande en reconvention; 
l'aflaire se termina par une sentence arbitraire où la balance 
fut établie entre les demandes des deux parties. 

Ce document nous renseigne pleinement sur le droit de 
quête chez les lépreux reclus, les conditions de son exercice, 
la façon dont il était vendu, et les bénéfices qu'il rapportait. 

Chez les cagots le droit de quête existait aussi, dans des 
conditions qui nous paraissent identiques. Il était accordé en 
signe de la cagoterie; le règlement de 1471 le dit formelle- 
ment : « Item que agossen a demandar Vaumoyne et queste 
acostuma de cascun hoslau en reconexence de lor chrestianetat 
et séparation. » 

Fay. 16 



242 HISTOIRE JURIDIQUE 

Au xvi' siècle, ce droit existait dans tout le Sud-Ouest. Il est 
attesté en particulier en Navarre espagnole par l'existence 
des mots C/tisIroues et .S'/s/rones employés synonymifju<'ment 
avec ce mot aiiotes, en i 548 '. Ces mots sont certainement ana- 
logues au mot quistoun, indiqué par Roquefort en son (îlos- 
saire de la langue romane, avec le sens de mendiant, quêteur. 
On retrouve aussi le droit de quête dans le pays de Dax. 
Ce droit était transmissible, ainsi qu'en fait foi l'acte sui- 
vant, daté du 25 novembre 1552 : « Ci devant Campagnet 
de Landrieu et Jehan de Bassin frère et fils de Jelianete 
de Menjuc, habitants de Saint-Vincent de Xaintes de divers 
mariages, partagent leurs biens « et droit d'aulmosnes qu'ilz 
« ont accoutumé comme gésitaires prandre et lever en la 
a parroisse de Saint Vincent de Xaintes ». Aujourd'hui, Jehan 
de Bassin, habitant Saint Etienne d'Orthe, donne sa part 
a Jehan Chinoy de Landrieu son neveu et fils dud. Compa- 
gnet, pour l'aider à vivre. » [Registres, de Dumova, notaire. 
Archives du presbytèi^e de Dax.) 

Enfin, en Béarn, le droit de quête se ven<lait aussi aisément 
que dans les léproseries, témoins ces actes recueillis <lans les 
registres des notaires de Castagnède et Mur, où on trouve, 
dans la première moitié du xvf siècle, les cagots de Lucq 
propriétaires du droit de quêter à Mur, et vendant « toute 
l'aumône et quête qui appartiennent au vendeur dans le lieu 
et paroisse de Mur, et diocèse d'Oloron, et tous et chaque 
bénéfices joints et appartenant à ladite quête, tantôt à 
Arnaud du Culagut, cagot de Castagnède, tantôt à Arnaud 
de Mongay, cagot et bourgeois de ce même Castagnède. 

Ces actes, ainsi que celui concernant le cagot de Saint- 
Etienne d'Orthe, font penser que tous les cagots ne jouissaient 
pas également au xvi* siècle du droit de quête, mais que ce 
droit n'appartenait qu'à quelques-uns d'entre eux, et ne pou- 
vait être exercé qu'en certains lieux. Nous ignorons la raison 
de ces particularités. 

Au xvii'^ siècle, aucun document ne mentionne plus ce droit, 
qui paraît être aboli, en tant que privilège. 

1. Provisions royales du 20 août 1548 et du 12 septembre 1548 (P.-J. n°' 172 
el 173). 



CHAPITRE III 
DES BIENS ET DES CONTRATS 

En dehors des biens meubles que possédaient les cagots, 
biens qu'ils achetaient, vendaient, léguaient ou donnaient, 
biens dont il n'y a aucun intérêt à s'occuper ici, il faut placer 
les biens que rien de tangible ne distingue entre eux et sur les- 
quels les cagots avaient des droits réels. Ces droits étaient 
acquis par des contrats, conférant au tenancier une quasi-pro- 
priété, le plus souvent fixe et perpétuelle. Ces biens sont 
connus sous le terme général de tenures. Les cagots jouis- 
saient pour la plupart de tenures, aussi consacrerons-nous un 
premier paragraphe à leur étude. 

D'autres contrats pouvaient aussi conférer aux cagots, pour 
un court terme, la jouissance de biens de même nature, ce sont 
les baux à court terme, que nous considérerons après les 
tenures. 

Nous y joindrons une étude des ventes et achats de terres 
par les cagots. 

Enfin nous examinerons une série d'autres contrats dans 
les(|uels figurent par cagots, et qui d'une façon ou d'une 
autre intéressent les biens : contrats de mariage, obligations, 
accords, conventions, etc. 

Nous terminerons par quelques mots concernant les con- 
fréries, corporations et sociétés dans lesquelles les cagots 
jouèrent un rôle. 

De cette étude on retirera la conviction que les cagots ou 
lépreux libres jouissaient en ce qui concerne les biens et les 
contrats, de la même liberté d'action que tous les hommes 



I 



244 IIISTOIIIE JL'HlLilUlE 

libres. Ce fait qui jusqu'ici a fait naître Tétonnement, chez 
tous ceux qui ont eu entre les mains des documents concer- 
nant les lépreux libres, n'a rien qui doive surjtrendre du 
moment ou l'on sait qu'entre ceux-ci et les lépreux enfermés 
il y a des différences fondamentales sur lesquelles on n'a 
point songé encore à s'appesantir. 



I, — LES TENURES 

Les lépreux libres possédaient des biens. En étaient-ils 
propriétaires ou tenanciers? 

Cette importante question ne peut être tranchée par une 
réponse unique. 

Rappelons tout d'abord brièvement quelques notions géné- 
rales, qui faciliteront au lecteur non spécialiste la lecture de 
ce qui suivra. 

On sait que de nos jours, en France il n'y a guère que 
deux moyens de jouir d'une terre; on en est propriétaire ou 
bien locataire ou fermier. Autrefois, on en pouvait jouir 
en tant que tenancier. Le tenancier était, dans son dernier 
état, intermédiaire au propriétaire et au locataire, en ceci 
que le bien possédé appartenait à un autre et qu'en môme 
temps le tenancier en avait la jouissance perpétuelle et fixe, 
bénéficiait seul des améliorations qu'il apportait à son bien, et 
[tayait malgré ces améliorations une redevance fixe au pro- 
priétaire réel. Le tenancier avait en outre la faculté de 
vendre son bien, et de le transmettre par voie d'héritage. A 
la base de toute tenure il y avait forcément un contrat. 

Fiefs. — Le fief est la plus typique des tenures perpé- 
tuelles. Quoique le nom de fief ait été généralement attaché 
aux concessions faites par un seigneur à un de ces compagnons 
d'armes ^c'était le fief noble], il n'en reste pas moins certain 
qu'il s'appliquait aussi à tous les bénéfices qu'un seigneur con- 
cédait, que ce bénéfice fut accompagné ou non d'obligations. 

Est uassa/ celui qui possède un fief. L'acte par lequel on 

1. Le vassal n'avait pas forcément un fief terrien, le seigneur pouvait se 
l'attacher par une rente perpétuelle. (Cf. P. Viollet, Uisl. du Droit civil, p. 640.) 



LES FIRFS DES CAGOTS 245 

se reconnaissait le vassal, Thomme de quelqu'un, est la foi 
et r hommage; la foi étant la promesse solennelle de fidélité, 
et l'hommage étant plutôt le cérémonial qui accompagnait la 
foi (P. Viollet). 

Nous rappelons qu'il existait des fiefs roturiers, conces- 
sions intéressées faites à un cultivateur, et des fiefs de bien- 
faisance concédés pro misericordia. En ce qui concerne le 
fief noble, franc-fief, sur lequel ne pesait aucune redevance, 
nous retiendrons qu'il pouvait être acquis par un roturier, 
qui primitivement acquérait en même temps la noblesse; 
assez tôt on préleva un droit sur le vilain, acquéreur du fief 
noble et on lui enleva la possibilité de s'anoblir du fait de son 
acquisition. 

Les cagots possédaient-ils des fiefs, et quelle était l'espèce 
de ces fiefs? 

On peut se demander s'il n'arriva pas un jour qu'un cagot 
achetât un fief noble. Pour notre part nous ne sommes pas 
éloigné de penser que, vers 1640, Joan de Nav, cagot 
d'Oloron en avait acquis un, et que voulant jouir des préroga- 
tives de la noblesse, qu'il croyait peut-être avoir acquises 
avec son fief, construisit un colombier, qu'un règlement, 
fait sur la requête des États de Béarn, fit aussitôt démolir'. 
Peut-être le riche cagot de Mont, Juan de Capdevielle, 
avait-il à la môme époque acquis un fief de même espèce. 

Dans un registre intitulé : Hom^narjes rendus au comte 
Phœbus, on lit à la date de 1383, divers actes de recomman- 
dation solennelle faits par les cagots à ce prince. Les cagots 
se reconnaissaient donc vassaux de Gaston Phœbus. Les 
hommages en question se rendirent en l'église de Pau ; voici 
les termes de l'un d'entre eux : « Les crestiàas ci-dessous 
promettent et s'engagent chacun pour tous et l'un pour 
l'autre, sur le corps sacré de Dieu, et veulent être sujets, 
soumis et obligés au Comte, de même que les autres cres- 
tiàas qui sont en la charte contenue en ce registre.... Fait on 

1. La possession d'un colombier était marque et prérogative des lîefs el 
terres nol)les; oti n'en trouvait pas en terre roturière. (Voir en parti- 
culier : Les coutumes générales des Pays et Duché de Bretagne, par P. Belor- 
deau, 5" éd., Rennes, M.DG.LV, et Coutumes de Barrois, art. 21, Titre des 
Juges et Juridictions.) V. P. J. N" 121-122 et 123. 



246 HISTOIRE JURIDIQUE 

l'église de Pau, le 12^ jour de janvier 1383 ». Les mêmes 
s'engageaient « à payer à Monseigneur le Comte 63 florins 
d'or », dans les huit jours, et juraient sur le corps sacré de 
Dieu de faire ce don dans le délai fixé, sous peine de payer 
le double et de perdre leur corps et leurs biens. 

On remarquera que dans ces documents ', il n'est fait men- 
tion que de l'acte de recommandation, de la promesse solen- 
nelle, ou foi, mais on ne dit rien de Vhommarje ou cérémo- 
nial. Il nous paraît d'ailleurs certain que les cagots, du fait 
de leur lèpre, ne pouvaient prêter que la foi, car l'hommage 
nécessitait hi paumée, ou toute autre manifestation analogue ^ 
que la crainte de la contagion rendait impossible. Si l'on se 
souvient que la foi seule n'entraînait pas toutes les consé- 
quences de la vassalité ^ si l'on remarque que le serment de 
fidélité fut prêté en l'église de Pau et non au château, on peut 
penser que ce n'est pas uniquement par crainte de la conta- 
gion que le cérémonial de l'hommage avait été supjirimé 
quand il s'agissait des cagots, mais bien plutôt en reconnais- 
sance de leur qualité de lépreux qui établissait, entre eux et 
l'église, des liens qui, quoique nuls en pratique*, n'en 
existaient pas moins en théorie. 

La vassalité des cagots était de celles qui étaient attachées 
aux fiefs roturiers. On s'étonnera peut-être que de tels vas- 
saux, contrairement aux usages généraux, vinssent prêter le 
serment de fidélité, que seuls les nobles avaient coutume de 
prêter. Ce n'était pourtant pas là un acte anormal, cai- la cou- 
tume dans la région pyrénéenne était ainsi faite que tous les 
habitants des vallées y étaient indistinctement admis « De 
vallibus vero lam milites quam pedites accipere », cet usage, a 
dit Béchar [Droit municipal an moyen âge, t. II, p. 107), 
est dû à ce que dans ces hautes montagnes, couvertes de vastes 



1. P. .1. N°' 23 cl 24. 

2. « La bouche et les mains font l'hommage, et le serment de fidélité est 
la foi. » Laurière, Texte des coutumes de la prévôté et vicomte de Paris, t. I, 
p. 13. 

3. Les évéqiies pouvaient rendre la foi, et ne relevaient pas pour cela du 
tribunal du seigneur. 

4. Ceci n'est applicable qu'au Béarn. Voir à ce sujet ce que nous disons du 
privilège de juridiction chez les cagots béarnais (p. 2UJ). 



LES CAGOTS VASSAUX 247 

pâturages mélangés avec des prairies, l'air de la liberté était 
plus vif que dans les plaines'. 

Une autre particularité se remarque dans les actes que nous 
éludions, c'est le versement d'un don-, c'est là une preuve de 
l'exemption des charges personnelles dont jouissaient -les 
cagots. Ce don, dont le quantum était théoriquement arrêté 
par la volonté de chacun, mais qui en pratique était fixé et 
imposé, avait pour Iiut de compenser en partie la perte que 
subissait le trésor par suite de l'exemption. Les clercs comme 
les cagots y étaient tenus. 

On a une preuve nouvelle de la vassalité des cagots, dans 
le dénombrement de 1385. On appelle dénombrement la des- 
cription détaillée de tout ce qui compose le fief servant 
(P. VioUet), c'était, en d'autres termes, la description des 
biens tenus en bénéfice par les vassaux. Les cagots figurent 
en grand nomjjre dans ce dénombrement. 

Au xvf siècle, ce n'est pas en Béarn seulement que l'on 
trouve des cagots vassaux, mais un peu partout, ainsi qu'en 
font foi (\e nombreux documents. 

Nous n'en citerons que quelques exemples. Le 21 octo- 
bre 1352, M' Jehan de BaiYoigne, notaire et marchand, 
habitant Dax, « laissa à fief et rente annuelle de prim-fief à 
Estebenon de Gasterar, gésitain, habitant Narrosse (Landes) 
la pièce de terre des Teulères en Lare, en Narrose, confron- 
tant, du midy à terre de M" Audet Dartiguelongue appelée au 
Crestian-Hielh - ». Ce document laisse entendre que les 
cagots pouvaient aussi acquérir ou recevoir des arrière-fiefs; 
on est de plus en droit de se demander si le prim-fief dont il 
est question n'était pas un fief franc. — En 1591, les héritiers 
de feu Laurent Besaudun, gésitain, habitant Gabarret figurent 
parmi les feudataires de Françoise de Marsan, dame de 
Lacaze. De môme les cagots de Saint-Abit, habitant la 
maison de Sempseus, étaient feudataires d'Antoine de Peyré, 
seigneur de Saint-Abit. 

Malgré leur situation privilégiée, on peut dire que les 
cagots possédaient des fiefs roturiers, c'est-à-dire avec rede- 

1. Voir : Basclc de Lagrèze, Histoire du droit dans les Pyrénées, p. 10. 

2. Archives de la Mairie de Mugron. 



248 HISTOIRE .ILHIIiinUE 

vance. C'était cerlaineinent là l'espèce primitive de leur fief; 
plus tartl, ils furent exemptés de la plupart des obligations ou 
redevances y attachées, mais ils le furent pour des motifs 
(jui n'avaient aucun rapport avec la concession primitive de 
leur bénéfice. C'est ainsi que leurs charges personnelles furent 
remplacées par le don, qui lui-même disparut; qu'ils furent 
exemptésdela taille, et pendant quelque temps aussi du fouage. 
Emphyléoses. — L'emphytéose, ou bail à long terme, a de 
grandes ressemblances avec le fief roturier; elle en diiïère 
pourtant essentiellement par l'inexistence de la cérémonie de 
la foi et de l'hommage. Elle dihère aussi du bail à cens parce 
qu'elle était un bail non perpétuel mais seulement à longue 
durée; elle était généralement consentie par les Eglises. Il 
semble que les cagots qui figurent dans le Livre de l'abbaye 
de Saint-Sever (xv^ siècle) aient passé des baux emphytéo- 
tiques avec les bénédictins de celte ville. 

Bail à cens. — S'il est exact que primitivement les cagots 
jouissaient de fiefs roturiers, d'emphytéoses, peut-être aussi 
de colonies, tous biens qui entraînaient le paiement de rede- 
vances, il n'en est pas moins certain que ces situations très 
voisines, dont les redevances se confondaient sous le nom de 
censMs, tendirent à s'unifierjusqu'aujour où on ne les considéra 
plus en certains lieux, que sous le nom de tenures censives. 
Celte unification ne faisait que fortifier les droits réels du 
tenancier, car il devenait propriétaire, ayant l'entière liberté 
de vendre sa terre censuelle. 

Un coup d'œiljelé sur nos documents confirme largement ces 
vues. Dès le xv° siècle les cagots figurent sur des censiers. On 
les trouve, en 1486, payant un cens au chapitre de Dax; la rede- 
vance payée ou chapitre de Saint-André de Bordeaux, en 1437, 
parles gahets de cette ville, est un cens. Auxvi' siècle, on voit 
quelques cagots figurer sur un censier de Béarn pour lo97; 
de même dans le censier du chapitre de Dax, 1542, etc. 

C'est encore un cens que payaient au roi les cagots 
d'Armagnac, en 1583 et 1584, car l'emparance qu'ils versaient 
n'est autre qu'un cens'. 

1. On appelait emparance, ou amparance, la protection accordée par un 
seigneur; ce terme s'étendit jusqu'au droit perçu de ce lait: cest ce que dit 



GAPGASAUX ET ALLEUX 249 

Est-il utile d'ajouter que tous les fiefs des cagots ne se 
transformèrent pas en tenures censives. 

Capcasal. — Par capcasal on entendait « une étendue de 
terrain, que le seigneur accordait à son emphytéote pour y 
bâtir sa maison, à la charge de certaines redevances en 
argent, en grain et en volaille' ». Les statuts de Saint-Vin- 
cent de Xaintes autorisaient la vente du capcasal à un 
étranger, mais après qu'on en avait fait l'offre aux habitants 
de la ville. Ainsi le capcasal a des attaches certaines avec 
l'emphytéose. 

Les cagots furent parfois possesseurs de capcasaux. C'est 
ainsi que le 4 septembre 1723 on trouve à Saint-Vincent de 
Xaintes, Jacques de Salis, gezitain de famille, « propriétaire 
et possédant capcasal dans ladite parroice tout ainsy que les 

autres habitans ». 

« 

Alleux et franche aumône. — A côté de la propriété telle 
que nous venons de la voir, se placent d'autres propriétés 
essentiellement libres, l'alleu et la franche aumône, dont 
parfois les cagots ont joui. 

Les cagots pouvaient posséder des terres en alleu et franc- 
alleu. Cette constatation, à laquelle nous force la précision de 
quelques documents, est d'une importance extrême car elle 
éloigne définitivement l'hypothèse de la servitude des cagots, 
et en même temps montre assez nettement l'indépendance de 
quelques-uns d'entre eux au moins, en ce qui concerne la 
juridiction ecclésiastique. 

Le caractère de l'alleu était la propriété pleine et entière, la 
jouissance libre de toute redevance ; cependant comme 
l'exemption de toute charge amenait l'isolement du proprié- 
taire, celui-ci ne tardait pas soit à s'agrandir pour consti- 
tuer un domaine dont il était le justicier, soit à se mettre sous 
la protection d'un seigneur dont il réclamait l'appui en par- 
ticulier dans les questions juridiques. C'est cette seconde con- 
dition qui paraît avoir été celle des cagots propriétaires 

Un Gange quand il écrit : «Amparantia non tuitionem ipsam, sed census quem- 
dam,oh luitionem, clienlelamve exsolven'lum, videlur indiccu'^. • 

Voir, pour la justification, les documents qui figurent à la Topographie, 
aux mots Vic-Fezen^ac, lioquebrune, Lavardenx, Lannepax (Gers). 

1. Basclc de Lagrèze, Hist. du droit dans les Pyrénées. 



250 IIISTOIKK .lURIDIQUE 

libérées de la taille, on iio peut pas les comparer à des francs- 
alleux, car riiommaue au(|ucl étaient tenus les ca^rots posses- 
seurs de ces biens, et la persistance de certaines redevances 
suffisent à écarter cette hypothèse. 

Nous connaissons, en ce qui concerne l'alleu, un acte dou- 
blement intéressant par ce (|u'il nous montre un cag^ot 
jouissant du droit de voisinage ou bourgeoisie, vendant une 
terre en alleu et franc-alleu. Ce cagot était « Uamonet crestiaa, 
besii et liavitant deu loc de Castanheda ». L'acte aucpiel nous 
faisons alhisioii est re[)roduit page 222. 

Dans cet acte il s'agit évidemment d'un alleu roturier, 
puisqu'en aucun cas les cagols n'avaient ilroit de justice, ni 
censives ni fiefs en dépendances. 

En ce qui concerne hi franche aumôiiu, nous ne connais- 
sons (|u'un acte qui prouve que des cagots aient pu en pos- 
séder. Cet acte est une donation datée du 2 octobre 1291 '. 

Aux termes de cette donation, Raymond de Tremblade, 
j)rieurde l'hôpital de Serregrand, donnait librement à Arnaud 
cagot d'Auch et à Guiliemine sa femme, pietatis inlnitu 
et heleinoaine, c'est-à-dire par piété et en aumône, tous ses 
droits sur la léproserie de la Jîastide d'Estelle de Barran, 
les tenant quittes et les libérant des droits et obligations y 
attachés. Ce don était perpétuel. Le prieur reçut cependant 
cent vingt sous morlans en rémunération pour sa donation, 
moyennant quoi Arnaud put prendre possession des biens 
corporels de la cagoterie; le prieur s'enlevait en outre le droit 
de réclamer l'exception de dol, et la restitution du bénéfice. 

Il s'agit certainement ici d'une aumône, nous croyons pou- 
voir même dire d'une franche aumône, car la donation con- 
tient les termes nécessaires à l'indentification ; la cagoterie 
de Barran y est donnée en aumône {helemosine} , à perpé- 
tuité {in perpetunm), libre de toute redevance (dédit (juid- 
quid juris habebat et habere debebat), enfin le donateur ne fait 
d'alleux. En ce qui concerne les anciennes cagoteries, 
aucune réserve en sa faveur {renuncians expresse exceptioni 
doli). Il n'en reste pas moins que cet acte est une exception, 
<lont il n'existe, à notre connaissance, aucun autre exemple. 

1. On lira cet acte aux Pièces justificatives, N" 3. 



VENTES FAITES PAR LES CAGOTS 251 



II. — LES VENTES, LES CESSIONS ET LES BAUX 

Ventes. — Tout possesseur d'un fîef roturier pouvait 
vendre son fief; il»en est de môme de toute espèce de tenancier 
ou propriétaire. Ce droit est une preuve de la condition 
franche du tenancier. Il est donc intéressant de noter que les 
cagots achetaient, vendaient, ou donnaient leurs hiens. Les 
actes que nous avons sous les yeux montrent que non seule- 
ment les ventes ou achats pouvaient se faire decagot àcagot, 
mais encore de cagot à l'homme sain; ce dernier point laisse 
entendre que les tenures de nos parias n'étaient pas entachées 
de la même ignominie que leur possesseur. 

Une question reste incomplètement éclaircie. L'exonération 
partielle dont hénéficiaient les anciennes cagoteries était-elle 
attachée à la terre ou au cagot qui y habitait? Nous croyons, 
l'hypothèse est conforme aux règles du droit ancien, que les 
exonérations auxquelles nous faisons allusion, visant toujours 
les biens fonciers, restaient inséparables de ces biens, même 
après leur vente à des personnes saines; le privilège ne pou- 
vait tomber que si le seigneur qui avait concédé le fief rotu- 
rier à un cagot, en faisait le retrait. 

C'est ainsi qu'on expli(]uerait pourquoi la terre de Massetz- 
bielhs, à Gabarret était franche et quite de louage au 
moment de sa vente faite le 24 septembre 1445, vente 
passée entre deux bourgeois de la ville; le premier l'avait 
sans doute acquise d'un lépreux. Le For de Henri II prouve- 
rait aussi que ce n'est par le cagot mais la terre qui jouissait 
du privilège de la taille, car il spécifiait que ce j)rivilège 
n'était attaché qu'aux anciennes cagoteries, et non aux acqui- 
sitions nouvelles des cagots. L'importance du [)rivilège de la 
taille pour cette population pauvre, expli(jue assez (jue nous 
ne possédions pas d'acte de vente de cagoterie béarnaise à 
une personne saine. 

Quelques exemples compléteront ce que nous venons de 
dire sur les actes de vente passés par des cagots. 

Le 20 janvier 1489, Arnaud de Labadie, habitant de Cescau, 



2b2 HISTOIRE JL'KIDIQUE 

vendit à Johanet de Lacoma, gésitain du même lieu, une pièce 
de terre, pour seize florins, moyennant «juoi ledit Lacoma 
acquit sur ce bien le droit « de possession, de donation, vente 
et aliénation, mais avec réserve des droits et devoirs dus au 
seigneur d'Andoins, et l'obligation de 6 deniers morlaas et 
de fouage, que le dit Johanet promet de payer chaque année 
une fois » (A. B.-P. E 19S'2, f 56, v°). 

Le 31 août 1467, Arnaud Guilhem de Taxoere, voisin et 
habitant de La Bastide- Villefranche, vendait ses biens à Maître 
Jean dEstibaux, cagot, habitant on la maison du crestian de 
Caresse (.4. B.-P. E 1191 , f° 107). Cet acte tire son impor- 
tance de ce fait (|uo celui qui vendait ses biens était voisin de 
Villefranche ; or le droit de voisinage était un droit réel insé- 
parable de la maison, malgré les réserves que le vendeur 
aurait pu faire pour lui. Le cagot de Caresse aurait donc 
acquis en même temps que des biens, le droit de bourgeoisie. 

Le 12 mars L530, Jehan d'Estrem de Tersac, vendait pour 
13 florins et demi une terre labourable on la « campagne de 
Bag d'Arbus » à Amaric, cagot d'Arbus (.1. B.-P. E 1474, 
r iS9, y"). 

Voici maintenant des actes de vente où l'acheteur n'est 
point cagot. 

Le 30 avril 152i, Ramonet, cagot et voisin de Gastagnéde, 
vend à Bertrand de Forcado, seigneur de Mur, une terre allo- 
diale {A. B.-P. E 1193, f" 84,^)'. De même, Ramonet, 
cagot de La Bastide- Villefranche vendit une terre en alleu 
et franc-alleu a Johan de Salies, le 12 février 1545 
{E 1195, f° U^). 

En 1401 Peyroton de Saboge, cagot de La Bastide-Ville- 
franche, vend selon les fors et coutumes de Morlaas à Fran- 
çois de Béarn, qui habitait Saint-Dos, un terrain évalué à 
8 florins 27 {A. B.-P. E 1409). 

Ces derniers actes ne présentent on le voit aucune parti- 
cularité. Il en est de même des actes de vente entre cagots, 
que nous possédons en très grand nombre. Si parfois cepen- 
dant ces derniers se singularisent, ce n'est que par des dispo 

l. Ce document est reproduit en entier p. 222. 



CESSIONS, DONATIONS, BAUX A COURT TERME 2o3 

sitions spéciales n'ayant rien à voir avec la vente propre- 
ment dite. 

Remarquons en passant que dans plusieurs actes de vente, 
le mari et la femme cagots, vendeurs ou acheteurs, figurent 
simultanément; ce fait pourrait s'expliquer par la disposition 
d'un contrat de mariage établissant communauté de biens'. 

A côté de ces actes il convient de placer les donations et 
les cessions. L'analogie qui existe entre ces actes et les ventes 
provient de ce que souvent la donation et la cession se fai- 
saient sous forme de vente afin d'être plus stables et d'être à 
l'abri des réclamations des héritiers. C'est probablement ce 
qui se fit pour cet acte de vente de terre passé entre Pey- 
rot de Lacoma, cagot de Cescau, et Arnaud de Héaas, cagot 
de Denguin. Ce dernier devait épouser la fille du premier; 
celui-ci promit une dot du XII florins au fiancé et la représenta 
en lui vendant sa terre pour le prix de XII florins, et en lui 
restituant immédiatement la somme sous forme de dot; en 
réalité cette vente n'était qu'une donation déguisée'. 

La donation pouvait se faire, et se faisait souvent entre 
parents, et même entre conjoints, c'est ainsi que Peyroton 
de Savoie, cagot de Saint-Dos, fit donation et cession de ses 
biens à sa femme le 2 février 1551. (.1. B.-P. E 1191, 

Baux à court terme. — Les cagots concluaient toutes 
espèces de baux; ceux-ci ne présentent aucune particularité, 
ayant trait à notre sujet, sinon que les cagots y sont toujours 
signalés comme tels. 

Nous nous contenterons d'indiquer les diflerentes espèces 
de baux que nous avons rencontré. Voici d'abord un bail de 
neuf ans où propriétaire et locataire s'engagent réciproque- 
ment à certaines obligations. 

19 janvier 1375. — Notum sit que Bernado, cagot de Lucq, etc., 
reconego, etc. Tier en rendament et cologui deliernaide Guirauto, 
de Lucq, présent, etc., uiig tros de terre laudarisse scituade au 
terrador de Lucq, qui confronte ab terre de plantarosse, ab terre 

1. Voir plus loin. 

2. A. B.-P. E iy40, f" 43. Ce document est reproduit en entier à la Topo- 
graphie au mot Cescau (Basses-Pyrénées). 



254 HISTOIRK .11 KIDIQUE 

de Massiguoya, ab lo cami qui tira de cappella a Bernet et autres 
coufrontatas, intradas, etc., per lo termi et espassi de nau antz 
proche venants a conitar deu jorn de Totz Sanctz proclie passatz 
finissoiitzen semblable jorn losditz nau antzacabutzet rebolutz,etc. ; 
pronieto bien laurar, fermeiar et semenar en tempts et degut et de 
sasso, et fenit lodit termi, lo lexar la possession francqua et expe- 
dida et per lo profieyt, etc.; promet© pagar primera aneya très 
francxs au jorn de Totz Santz; proche venantz et per las autres 
aneyes duran lodil termi que prometo et que promet pagar en 
chacun jorn de Tolz Sanctz sieys francxs, pacte exprès que lodit 
deGuirauton sera tengut lo balhar autenta de fens cum en ladite 
pessa estrcssa annalement, etc., prometo thier bon, etc.; consti- 
tui, etc., renuncian, etc., juran, et.. Actum a Lucq lo detz et nau 
de Jener MV' LXXV. Teslimonis : mestePieresde Laborde, Bernard 
de Xoges, Jehan de Guoarderes de Lucq, etc. 

[Archives des Basses-Pyrénées E 1421, f° 10 v".) 

Le hail à cheptel, dont nous avons trouvé un exemple chez 
les cagols, s'appelait encore fjazaille. C'était, dit Noguès, un 
traité de société qui se contractait entre deux personnes, dont 
Tune donnait à l'autre un certain nombre de bestiaux pour 
en avoir soin, les nourrir et héberger en bon père de famille, 
et les rendre au bailleur à la fin de la société, à condition que 
le croît ou produit fût partagé également entre le preneur et 
le bailleur. C'était si Ton veut un contrat de société ou une 
des parties engageait un caj)ital en nature pour en tirer des 
rentes; le capital restant intact et devant être restitué en 
son état. En 1367, on trouve un bail à cheptel passé entre 
Peyrolet, fils d'Arnaud Guilhem, chef de lacagoterie de Lucq, 
et Fortic de Laborde (.1. B.-P. E 1401). 

En dehors des ventes, baux, et dons, il faut mentionner 
une autre espèce de contrat, beaucoup moins important que 
les ])récédents, c'est Véchanfje. Nous citerons un exemple à 
rap[)ui : en 1383 Guillemet, cagot d'Estiron, et Arnaut Guil- 
hem, cagot de Lagor, passèrent par-devant notaire, acte 
d'échange réciproque de leurs maisons A. B.-P. E i9W, 

r-i7). 

III. — CONTRATS DE MARIAGE 

Le contrat de mariage était généralement dressé avec 
solennité, par-devant notaire. La solennité était d'autant plus 



CONTRATS DE MARIAGE 255 

pompeuse, et le contrat d'autant plus allongé d'un préambule, 
où l'érudition du notaire pouvait se donner libre carrière, 
que la condition des conjoints était plus marquante. On 
conçoit dès lors que les cagots n'aient jamais eu de contrats 
de mariage bien pompeux. 

Le point essentiel de ces actes consistait en la fixation de la 
dot. Celle-ci était généralement assez mince, et n'avait pour 
but que de faciliter l'entrée en ménage, et supporter les 
premières charges. Si l'un des conjoints était l'héritier ou 
l'héritière, on ne faisait presque jamais mention de la dot, le 
titre d'héritier suffisait. 

Le régime adopté était d'ordinaire la communauté ; cepen- 
dant dans quelques cas on peut croire que le régime dotal fut 
choisi, c'est ainsi qu'on expliquerait pourquoi une femme 
mariée pouvait vendre des biens lui appartenant, sans l'inter- 
vention de son mari, telle Isabé Christiane, gésitaine de 
Boulin, femme de Jehan Christian, qui le 7 février 1387, 
vendit à Mondine de Trabay de Saint-Sever, un lopin de terre 
au Plassot, moyennant un écu sol {Archives des Landes, 
H 65, r 357). 

D'autre part c'est la communauté des biens qui explique 
pounjuoi Peyroton de Saboge, cagot de La Bastide, et sa 
femme Agnette figurent tous deux dans un acte de vente 
de terrain fait à François de Béarn, de Saint-Dos, le 
27 octobre 1407 ', et pourquoi Jean de Salies et Mondessine sa 
femme, cai^ots de la Bastide, figurent tous deux dans l'acte 
d'achat qu'ils font d'une terre appartenant à Ramonet, le 
12 février 1545-. 

Voici quelques documents se rapportant au contrat de 
mariage ou à la dot des cahots : 

Dans le contrat de mariage de Marie de Benquet et de 
Nicolas de Larrieu, cagots de Baigts, du 10 juillet 1695, se 
lit le détail de la dot de la jeune fille. Cette dot était de 
30 livres, payables en deux fois, soit 15 livres la veille des 
noces, et 15 livres deux ans plus tard. Le père de Marie de 
Ben(|uet promettait de payer des habits neufs aux futurs, et 

1. A. B.-P. E 1409, f° 146, v" 

2. A. B.-P. E 1195, f" 142. 



256 H[STOmK JURIDIQUE 

donnait à sa fille « une robe de cadis double, et un cotillon de 
sinture aussy de cadis double garnis et fassonés; jdus un litlier 
d'ari(N|ue, deux coytes et un couchin de drap de lin irarnis de 
plume honeslenienl, un tour de lit à deux courtines de drap 
de lin, six linceuls les deux de lin et les autres de Tenter- 
mèlé, six serviettes de lin et six d'estoupe, un coiïre et un 
cotîret de coral avecq leurs serrures et clef » {Élude de 
Mugron, Lamolie, notaire). 

C'est un contrat analogue à celui-ci qui fut passé le 
7 août 1532, et [)ar lequel Goalhard, cagot de Sauc^de, 
s'engageait, concurremment avec son fils Jehan, à donner en 
dot à sa fille Rangoline, une somme de 19 florins 22 liards et 
a fourniture de divers vêtements, pour le mariage de la sus- 
dite avec Peyrot, cagot de f.aubios (.1. B.-P. E 1474, 
f ^^S). Ce contrat montre que le père ne pouvait s'engager 
sans le consentement de son fils aîné, héritier de ses biens. 

Si la dot était représentée par des biens, pour éviter toute 
contestation possible, le père pouvait faire à son futur gendre 
vente du bien en question, et lui restituer le prix de la vente 
sous forme de dot; c'est ce qui arriva, en 1518, à Arnaud de 
Héaas dont nous avons parlé plus haut (p. 253). 

Enfin lorsque la dot était versée par acomptes successifs, 
la justification du versement se faisait souvent par quittances 
sig-nées par-devant notaire. C'est ainsi que le 12 décembre 1552 
est signée quittance de Miqueu de Berraute, cagot de La Baslide- 
Villefranche à Ramonet, maître de la cagoterie du même lieu, 
de 22 francs, monnaie de Bordeaux, sur les 30 francs promis 
par ledit Ramonet pour la dot de sa fille {A. B.-P. E 1197, 
t i'29). 

IV. - TESTAMENTS. ~ HÉRITAGES 

Les lépreux reclus pouvaient-ils transmettre par héritage 
quelques biens? Non, car ils avaient renoncé lors de leur entrée 
dans la léproserie, à toute espèce de possession; tout au plus 
avaient-ils la jouissance personnelle de leurs bardes et de 
quelques menus objets. Ils ne pouvaient pas non plus recevoir 
par testament ou don un bien quelconque. C'est pourquoi 



TESTAMENT DES CAGÛTS 257 

les nombreux testaments où figure un don à ces malheureux, 
ne visent pas personnellement un lépreux, mais bien une 
léproserie, ce qui est fort dilïerent. A Condom on pouvait 
cependant laisser aux lépreux des dons, mais à la condition 
que le seigneur y fût consentant : « Que... a lebros, no pod 
leixar ni dar sos bées no mobles ses voluntat deu senhor 
deu quai aquets bées seran tenguts en fins. » Il est possible 
d'ailleurs qu'il s'agisse ici des lépreux libres. Les lépreux 
libres ou cagots, en effet, conservaient intact le droit de léguer 
leurs biens. Nous avons rencontré plus d'un testament de 
lépreux libre de diverses régions de la France. En ce qui con- 
cerne les cagots du Sud-Ouest les exemples sont très nombreux. 

Voici, du 24 avril 1583, le testament de Peyroton de Boxet, 
cagot de Borce, qui lègue à sa femme ses maisons de Carriot 
et du Planhy'; en 1368, nous trouvons Arnaud Guilhem, 
maître de la catégorie de Lucq, léguant la moitié de cette 
cngoterie, meubles et immeubles à sa femme, sous réserve 
qu'elle ne pourra les aliéner et que ses enfants hériteront après 
elle-. Est-il rien de plus curieux que le testament de 
Jean de Lier, cagot de Saint-Pierre de Lier, du 15 janvier 1722, 
dans lequel il réclame d'être enterré à l'église et laisse 
45 livres pour messes, à 10 sol la messe, 15 livres à la con- 
frérie du Saint-Esprit dont il est membre, 300 livres à 
Marguerite veuve de son fils aîné, 300 livres à Catherine sa 
(ille aînée plus sa maison île Guirant à Saint-Pierre de Lier. 
{Etude de Poijaniie, Dufau notaire.) 

Nous pourrions multiplier les exemples; mais ces preuves 
n'apporteraient aucun élément nouveau, elles ne feraient que 
souligner encore ce que nous avançons. 



V. — CONTRATS PROFESSIONNELS 

Nous appelons ainsi certains contrats ayant un rapport 
immédiat avec la profession des cagots. On peut les diviser 
en deux groupes : les uns sont des engagements passés en 

1. A. 15.-P. K 1099, f' 25 v". 

2. 1(1. E ItOl, f 44. 

Fav. 17 



258 HISTOIRE JL'IUDIQUE 

vue de la construction ou de la réparation de bâtiments, les 
autres sont des contrats d'apprentissaiie. 

Les engagements pour construction élaient toujours bila- 
téraux, en ceci qu'un cagot promettait un travail et que le 
client s'engageait à le rétribuer d'une façon ou d'une autre. 
Les contrats de ce genre sont trop nombreux et trop peu 
intéressants pour nous arrêter. Seul celui passé en 1379, 
entre Gaston Phœbus et les cagots de Héarn, présente un 
intérêt considérable, mais nous avons suflisamment insisté 
sur ses dispositions pour n'avoir plus à y revenir. 

Dans les travaux à exécuter, un cagot ou un entrepreneur 
quelconque était souvent nommé procurateur, c'était lui per- 
sonnellement qui s'engag'eait alors par les contrats, et c'est lui 
qui signait ou recevait les quittances selon les circonstances. 

Les contrats d'apprentissage de cagots ne difîéraient pas de 
ceux qui étaient passés dans les autres corps de métier. Un 
maître s'engageait à apprendre à l'apprenti son métier et à 
lui donner un salaire. Nous nous contenterons, de donner ici 
un exemple de ces contrats, 

Notum sit que Johanot deu Berdot deu crestiaa de Abos, etc., 
se es nietut per aprciiedis ab meste Peyrot de Lastalot, crestiaa de 
Moneinh, per lo termi de sieys antz, so es : dus per aprender de 
laborar et quoale [perj aprender roificy de fuster, etc., promcto 
bien serbir et lodit meste niustrar, etc. ; et per la servitat qui fera 
lodit meste Peyrot, prometo valhar et pagar audit Johanot la 
some de nau scutz condans vxiii sols per chacun seul, et ung 
camisot pagadors pendant lodit termi tant que ne aura besonh per 
sebestir; et acaas lodit Johanot lo valha degun danipnadge et lo 
sen per tas res part son conget que prometer ac render et reparar 
per ung diner dus, et per ung jorn dus, etc., et que es acostumat; 
et per aixi ac ac thenir que lo intrafermance, meste G"^ de Berdot 
crestiaa de Abos, fray deudy Johanot et principal tengut, etc. 
OItligan, renuncian, etc., juran, etc. Actum a Moneinli lo xxx de 
may mil v cent XLvi. Testimonis : monsenhor Arnaud de Goralet 
Jehan de Clavaria, de Moneinh et jo [notari . 

{Archives des Baases-Pyrénéts, E IMS, f° lU'-i .) 

VI. — CONFRÉRIES. — CORPORATIONS 

Le besoin de se rap[)rocber, de s'unir j)Our sauvegarder des 
intérêts communs, poussèrent très t<jl les artisans, et les 



CONFRÉRIE ET CORPORATION DES CAGOTS 259 

ouvriers à constituer des confréries. Ces confréries sous le 
patronage d'un saint, étaient à proprement parler des sociétés 
de secours mutuel. Les cagots étaient exclus des confréries; 
c'est à peine si nous avons trouvé quelques exceptions à cette 
règle, qui était conforme d'ailleurs aux Fors, qui leur défen- 
dait de fréquenter le peuple sain. 

C'est pour cette raison qu'en quelques lieux les cagots 
fondèrent des confréries où seuls ils pouvaient être admis ; 
c'est ainsi qu'à Villefranque dans le Labourd, la tradition 
assure que les cagots formèrent une confrérie, dont les réu- 
nions étaient secrètes et excitaient la curiosité et la crainte 
superstitieuse des habitants. 

Ce n'est ({u'au xvni*' siècle que peu à peu les confréries 
ouvrirent leurs portes aux cagots, à la suite de la décision de 
l'évèque de Bayonne (1710) concernant Villefranque, et de 
divers arrêts des Parlements. Ce n'est qu'en 1722 que la con- 
frérie des Pénitents de Pau accepta un cagot; à la même 
époque Jean de Lier, cagot de Saint-Pierre de Lier, était 
confrère du Saint-Esprit. C'est en 1723 que Jacques de Salis 
cagot et bourgeois de Saint- Vincent de Xaintes réclama 
d'entrer dans la confrérie de sa paroisse. 

A côté des confréries, il y avait les corporations. La cor- 
poration des charpentiers et menuisiers était forcément 
ouverte aux cagots qui avaient leur syndic, mais il est juste 
de noter que cette corporation était en quelques lieux divisée 
en deux partis assez ennemis parfois [)our ({ue comme à Dax, 
en 1660 le parti des cagots se vit refuser le droit de suivre 
l'enterrement d'un charpentier de race pure. 

Dans la corporation quelques membres pouvaient devenir 
maîtres. On était promu à la maîtrise selon son mérite et son 
savoir. On a remarqué sans doute qu'un grand nombre de 
cagots étaient maîtres' charpentiers, nous n'avons pas besoin 
d'en donner ici de nouveaux exemples. 

1. Il ne faut pas confondre les cagots mcâfres cfiarjteîiliers, et les cagots 
maîtres d'une maison, ce secon<l litre étant attaché à la branche héritière 
• le la maison. Quand aux vuiihes (Vunc cagolerie, il est j)ossil)li' qu'il faille 
les considérer un peu comme des administrateurs chargés des intérêts de la 
cagoterie, et comparables aux mailres de lé])roscrics. 



APPENDICE 



I. — TROIS QUESTIONS DE PROCÉDURE 

Les cagots lénioins. — Bascle de Lagréze écrivait en son 
histoire du droit dans les Pyrénées : « Nous n'avons rien 
trouvé de remanjuable sur les qualités exigées pour être 
témoin '. » Cette aftirmation n'est plus justifiée du moment où 
l'on connaît les Fors de Béarn de 1288. L'article 65" de la 
xxxii" rubrique dit en etTet, que si par aventure les jurais ne 
pouvaient arriver à faire la lumière dans une affaire de mal- 
veillance, l'accusé pourra se laver de tout soupçon par le 
témoignage à décharge de sept témoins ou de trente cagots; 
l'article 170 de la li* ruhri(|ue, dit aussi que celui qui sera 
accusé de meurtre, sans que sa victime ait poussé de cris ni 
pu se défendre, pourra établir son innocence par le témoi- 
gnage de six personnes ou de trente cagots. 

Ainsi le témoignage d'un cagot valait environ 4 ou 5 fois 
moins que celui d'un témoin ordinaire, en Béarn-. Cetle très 
étrange situation s'explique difficilement, car les motifs que 
l'on peut invoquer contre la validité du témoignage d'un cagot, 
aboutissent tous à lui nier toute valeur. Nous allons tâcher 
de donner une explication de cette anomalie, qui ne figure 
que dans le For ancien du Béarn, et a complètement disparu 
au xvi" siècle; elle ne figure dans aucun des autres Fors ou 
Coutumes du Sud-Ouest, 

Si le cagot était personne vile, s'il avait été en Béarn 
l'homme et sujet de l'Eglise, il eut été certainement inapte 

1. P. 2d3. 

2. Un proverbe béarnais dit encore : ■< Sept cagots que balen un chrétien. » 



TÉMOIGNAGES, SAISIES, ARBITRAGE 261 

à témoigner. Si d'autre part il n'avait point été homme libre, 
on n'aurait point songé à l'appeler à la barre. Le fait que le 
témoignage dun cagot, si amoindri fut-il, était reçu, est propre 
à lui faire refuser les qualités susdites qui ne pouvaient que 
le mettre dans l'incapacité de paraître. Mais si l'on considère 
que quoique libre, quoique vassal du seigneur, le cagot 
béarnais n'en jouissait pas moins de droits limités par des 
incapacités, que d'autre part il parait certain qu'au xiii*' siècle 
les cagots des pays limitrophes ne pouvaient pas témoigner, 
on ne s'étonnera pas qu'en Béarn on ait songé à amoindrir 
un droit que d'autre part on ne pouvait honnêtement refuser 
com}»lètement. 

La saisie. — La saisie était l'acte par lequel le créancier 
s'emparait des biens de son débiteur, selon les formes légales, 
pour obtenir paiement de sa créance. En Béarn où les cagots 
appartenaient au même For que leur créancier ou que leur 
débiteurs, la question des saisies n'offrait aucune difficulté. Il 
n'en était pas de même dans le pays de Dax, c'est pourquoi 
les constitutions de Dax s'en occupent disantque si le débiteur 
était sujet du roi, les cagots quoique relevant de la juridic- 
tion ecclésiastique devaient le faire saisir par l'autorité civile. 

Quand le débiteur reconnaissait sa dette, ses biens en 
répondaient, et le créancier pouvait les vendre quand la 
créance n'était pas payée au jour fixé. C'est pourquoi trouve- 
t-on un grand nombre de reconnaissances écrites faites par- 
devant notaire. Dans ces reconnaissances figurent souvent 
des cagots. On les appelait encore oblijatiuns, quand une des 
parties s'engageait au payement d'une somme, ou d'une rente, 
sans que cette somme représentât le montant d'une créance. 

Les ventes par autorité de justice des biens des cagots, 
sont exceptionnelles. On en connaît un exemple, à Benesse- 
les-Dax, le H juillet 1632, ou Michel de Larrieu, et Sarrançon 
de Peyruchat perdirent ainsi leur maison et leurs biens. De 
même le 10 juin 1G14, à Laurède oii le sergent royal fit saisir 
les biens du Chrestian. 

L'arbilraf/e. — Nous n'aurions pas parlé de l'arbitrage, 
si communément employé jadis, dans la région Pyré- 
néenne, dans toutes les contestations, si nous n'avions à 



262 HISTOIHK .iriUDIO'JE 

sig"naler un cas peu commun où l'arliitrage fut prononcé par 
(les cag-ots. Le 12 avril 1389, en elTet, Benlolo, caçot de 
Bougarber, et autres, prononcèrent un arltitrage au sujet 
d'une discussion survenue entre le commandeur de Lespiau et 
les frères dudit liopital, au sujet de travaux exécutés sur les 
terres de la commanderie '. 



II. — QUELQUES QUESTIONS DE DROIT PENAL 

Meurtres, coups et blessures. — En Béarn, les meurtriers 
étaient généralement condamnés à une peine pécuniaire; las 
calo)iies, c'est-à-dire le prix du sang', était accordé aux 
héritiers du mort. Un jugement ne devait pas toujours 
intervenir et il n'('dait point rare qu'une convention fût passée 
entre le meurtrier et les héritiers de sa victime, (^ette conven- 
tion rappelle de fort près la cotwposition de l'ancien droit 
germanique. Cependant pareille convention n'était d'usage 
que si le meurtre avait été commis par accident. Le For de 
Morlaas est particulièrement explicite à ce sujet (juand il dit : 
« Si par aventure un homme de la ville en tue un autre, non 
de g'ré ou par colère, mais par accident, comme souvent il 
arrive, et que le fait puisse se prouver par bons voisins, qu'on 
ne donne, pour homicide ainsi fait, aucune amende au sei- 
gneur ; mais pour tel homicide il faut s'arranger avec les 
parents du mort par l'entremise de deux prud'hommes de la 
ville. » Nous avons trouvé un arrangement de cette sorte, 
passé entre cagots d'Artix et de Monein le 2.3 juin 1383. 

[Notum sit] Que cum contrast e manpagament fosse e sperasse 
ac ester segon que dixon enter Bernât, crestiaa d'Arfilz, d'une part, 
e Berdot de Sales, nl)itant a Monin, crestiaa deudit loc, d'autre 
part, per rasson de la mort que dixon que fo feite en la personne 
d'Arnauto, fdh deudit Bernât, per ledit Berdot, e per rasson de 
quere mort se sie sercade patz enter lasdites partliides segon que 
dixon, e ledit Berdot agosse prometut et autreyat de farautreyar 
lotz sos parentz enter cosorii en ladite patz segon que dixon que 
tôt asso apere en carte feite e retengude per lo notari de Riberega- 
ver, saber soesassaber Domengoo de Momas crestiaa d'Artigalobe 

1. A. B.-P. E 1922, r 43, v°. 



LA COMPOSITION 263 

cosorii deudit Arnauto lauda, aboa conferma ladite patz aixiie 
per la forme e manière que lodit Bernât, pay deudit Arnauto, la 
autreyade e en las medixes pênes corporaus e pernigaus ' que en la 
carte de ladite patz est contengut aixii obligan cos et causes, etc., 
juran que contra, etc., actum ut supra (a Bezingran, xxy dies 
en Julh, MCCCLXxxii). Testimonis Ar[naut] Guilhem aperat Amoloo, 
Ramon de Navalhes de ^lonin, Pes d'Arribere d'Abos. 

(.4. B.-P. E 1919, p'9.) 



En général, dans les compositions la somme perçue par les 
parents du mort était fixe; c'est ainsi qu'en Bigorre elle était 
de 900 sous payables en trois termes. En Béarnil est possible 
qu'il n'en fut pas de même, et que la somme était établie 
soit à l'amiable soit par arbitrage. 

Dans les questions de meurtre volontaire la peine était 
fixée par le juge, en Béarn, tandis qu'en Navarre et en Soûle, 
on prononçait la condamnation à mort. 

On ne connaît guère qu'une sentence de condamnation à 
la [teine capitale, où le coupable était cagot ; elle fut pro- 
noncée en Nebouzan, en d596, contre Jean Bauliès, cagot de 
Cieutat. Nous nous contenterons de rappeler ici les princi- 
pales dispositions de la sentence. Jean Bauliès ayant été con- 
vaincu de meurtre, assassinat et incendie, de la personne et 
des biens et maison de noble Arnauld de Mauléon, et de vols, 
sorcellerie et empoisonnements faits sur la personne de 
Marie Claverie, fut condamné à mort. Pour ce il devait être 
livré entre les mains de l'exécuteur, Peyrot de Luye, maître 
des bautes œuvres de la ville de Pau, et mis sur un tombe- 
reau ou charrette, la hart au cou et conduit en la place 
publique de Cieutat oii était dressée la potence oîi il devait 
être pendu et étranglé. Ses biens furent confisqués par le roi, 
vicomte de Nebouzan, on n'en retint qu'une partie pour couvrir 
les frais de justice, et un tiers fut conservé pour sa femme et 
ses enfants. Avant l'exécution le condamné fut soumis à la 
question pour qu'on put apprendre de sa bouche le nom de 
ses complices. Après le supplice le corps fut transporté pour 
être exposé aux potences « dressées sur le grand chemin 

1 . Le sens de ce mot est obscur. 



264 HISTOIRE JURIDIQUE 

tirant diidil lieu de Ciculat en la vile de Bag-nères, lieu émi- 
nant, pour y servir d'exemple ' ». 

Des dispositions analogues à celles-ci se trouvent dans des 
sentences concernant des meurtriers en pays de Bigorre, 
jusqu'à la lin du wif siècle *. Les cagots meurtriers étaient 
condamnés aux mêmes peines que les assassins de race pure. 

Ijadiiltt're. — L'adultère était puni dans la région Pyré- 
néenne. Généralement les coupables étaient condamnés à 
courir par les rues en état de nudité comjdèle ou vêtus seule- 
ment d'une chemise. Nous n'avons pas à insister sur les 
détails de cette peine ignominieuse dont on pouvait il est vrai 
se racheter par de l'argent, et qui fut réduite bientôt à une 
simple amende. 

En Navarre, l'adultère commis entre cagots et sains tom- 
bait sous le coup d'une loi d'exception qui condamnait à 
mort le cagot coupable (1581); en Béarn il semble qu'on ne 
le condamnait qu'à une loi majeure (^551)^ 

1. On lira ce document en entier à la Topoguaphie au mot Cieulal (H. -P.). 

2. On lit le texte d'une condamnation à mort prononcée par les consuls de 
Vie, le 12 septembre 1675, dans Vllistoire du Droit dans le.t Pyrénées, par 
Bascle de Lagrè/.e, p. 286. Ce texte est très comparable à celui que nous si- 
gnalons. 

3. Voir P. J. N"' 100 et 114. 



QUATRIÈME PARTIE 



LES LEPROSERIES DU SUD-OUEST 



On connaît très mal et très insuffisamment les léproseries 
de la région de la France qui s'étend sur la rive gauche de 
la Gironde, de la Garonne et de l'Ariège. Cette région qui 
était à proprement parler le pays de cagots, fut très pauvre 
en léproseries; la raison en est dans l'abondance des lépreux 
libres, dont la condition était loin d'être mauvaise. Nous 
regrettons que la division territoriale que nous imposait les 
pages qui précèdent, ne soit pas justifiée quand il s'agit de 
traiter des léproseries. C'est pour ce motif que nous avons 
voulu ici nous arrêter surtout aux léproseries des Landes, de 
l'Armagnac, du Béarn, du Labourd et de la Navarre, nous 
contentant de mentionner les quelques léproseries de Guyenne, 
Gascogne et Languedoc qui correspondent au Sud-Ouest tel 
que nous l'avons défini. Ces dernières léproseries seront étu- 
diées plus en détail dans un autre ouvrage. En ce qui concerne 
les autres, nous devons faire remarquer qu'à part quelques 
indications précises, nous n'avons guère pu recueillir que des 
données parfois très insuffisantes et que souvent même nous 
ne pouvons utiliser qu'avec circonspection. 

Léproserie de Lescar'. — On ignore l'époque de la fonda- 

1. On doit à M. Barlhety une étude très documentée sur les léproseries de 
Lescar". 

* H. Barthety. I.'Hopital et la Maladreric de Loscar {Bull, de la Société des lettres, 
sciences et arts de Pau; •2'' série, t. IX, 1879-1880, p. 17). L'étude attentive de la ques- 



266 LKS LEPROSERIES DU SUD-OL'EST 

tion (le la léproserie de Lescar; il est toutefois probable 
qu'elle remonte au xir siècle, et doit se confondre avec la 
fondation do l'hôpital de Lescar, faite par Gaston IV, vicomte 
de Béarn, après son retour de Terre-Sainte, en 1100'. Il est 
possible que primitivement la léproserie et l'hôpital n'étaient 
qu'un seul et même bâtiment, mais ce n'est pas certain; dans 
tous les cas il est évident que rhôj)ital ne fut pas dès le début 
consacré au soin des lépreux, car cette destination rendrait 
inexplicable une des clauses d'acquisition de l'alleu d'Ardous, 
clause d'après laquelle le vendeur, Raymond Guillaume, 
devait trouver, dans l'hôpital, le logement, lorsqu'il voudrait 
s'y retirer. Nous avançons donc cette hypothèse, que la 
léproserie fut, dès l'origine, distincte de l'hôpital. Elle est 
appelée « l'ostaii deus malaiis de Sent Laze », dans le 
dénombrement de 1385; « l'espitau de Sent Laze », dans un 
rôle des fiefs du xiv' siècle; « l'hôpital de Saint Lazare », dans 
un arrêt du parlement de Navarre, du 16 juin 1628. 

La léproserie était située dans le bas de la ville, entre le 
quartier Saint-Julien et le Gave, sur le bord d'un jx'tit ruis- 
seau, au point précis où la voie ferrée et la route de Pau 
à Orthez rencontrent le chemin qui vient de Saint-Julien. 
Lorsque fut construite la route nationale, à la fin du 
xvHi" siècle, on dut abattre une partie des petites constructions 
de la léproserie. Aujourd'hui on distingue encore quelques 
maisons en cet endroit, que l'on désigne parfois sous le nom 
de hameau des lépreux. La léproserie affectait donc l'aspect 
d'un hameau, ou les malades i»ouvaient vivre avec leur 
femme; quelques-uns, célibataires occupaient seulement une 
chambre. L'administration de l'établissement était confiée à 
un inaître, choisi parmi les malades; au maître appartenait 
la jouissance des biens de la maladrerie; la maîtrise semble 
avoir été un droit exclusif des hommes et non des femmes; 
en efTet, après la mort de Guillaume Burel, sa veuve, Marie 

1. Marca, Histoire de Béarn. 

tion ne nous permet point d'adopter les conclusions auxquelles aboutit cet auteur ; cepen- 
dant nous croyons devoir recommander au lecteur de parcourir ce travail très intéres- 
sant; il pourra ainsi apprécier les motifs qui peuvent être invoqués pour conclure à 
l'existence de deux léproseries à Lescar, ainsi que ceux qui portent l'auteur à placer ces 
léproseries en des lieux inverses do ceux que nous indiquons. 



LES LÉPROSERIES BÉARNAISES 267 

Burcl, qui avait tenté de conserver les droits de son défunt 
mari, fut condamnée par arrêt du Parlement de Navarre, du 
16 juin 1628*, à laisser et quitter la possession et la jouis- 
sance des biens et rentes de la maladrerie en faveur de 
Pierre Martin, lépreux de Lescar; Marie Burel était toutefois 
dispensée de restituer les grains et fruits qu'elle avait perçus 
jusqu'alors. 

La subsistance des malades était assurée en partie par le 
sol, en j)artie par des rentes, en partie enfin par la charité 
publique. Cette dernière s'exploitait au moyen des quêtes 
auxquelles avaient droit les lépreux; le droit de quête que 
nous avons étudié plus haut, était commun à tous les lépreux de 
la léproserie, mais ils chargeaient d'ordinaire le maître de 
s'occuper sur ce point de leurs intérêts; c'est lui qui possédait 
les |)apiers justificatifs et qui, au besoin, vendait le droit pour 
quelques années, soit à un cagot, soit à un homme sain. On sait 
que Guillaume Burel, maître de la léproserie de Lescar^ 
vendit le droit de quête des lépreux de sa paroisse et de ceux 
d'Orlhez, en 1610 ou 1620; cette vente ayant été entachée 
d'abus de confiance donna lieu, le 16 avril 1620, à un arbi- 
trage que nous commentons longuement ailleurs-. 

Dans le For de Béarn, il n'y a qu'un seul article concer- 
nant les lépreux enfermés, il eut l'occasion d'être appli(|ué à 
Lescar. En elTet, eu 1600, François Burel, lépreux de Morlaas, 
étant venu loger dans la chambre de Jean Boës, lépreux de 
Lescar, ne put y séjourner plus de deux jours, en vertu de 
l'article vi" du For^ 

La léproserie de Lescar fut unie à l'ordre de Saint-Lazare, 
par Louvois. 

Existait-il une seconde léproserie à Lescar? M. Barthety le 
soutient et fixe sa fondation au xvr siècle. Nous ne parta- 
geons pas son opinion sur ce point. On sait qu'en l.'î85 la 
capitale ecclésiastique du lîéarn avait une cagoterie « l'os- 
taiX deu crestiaa ». Celle-ci était croyons-nous située auprès 



1. Archives de Lescar, FF 1. 

2. On lira ce ciiricu.v (Idcinuciit aux Pièces justificatives sous le N" 182; il 
est coMiiiicnté p. 2H. 

3. Arcliives de Lescar, FF i, 15 décembre 1600. 



268 LES LKPROSEIIIES Df SUD-OUEST 

de l'église Saint-Julien, dans un (juarlicr qui depuis s'est 
trouvé englobé dans la ville. Le texte de Jean de liordenave, 
concernant la fondation d'une léproserie, ne semble pas 
pouvoir se rapporter à la cajzoterie ni à la chapelle Sainte- 
Catherine qui y était annexée'. Cette chapelle construite vers 
l'époque delà Renaissance, subsiste encore en partie au moins, 
elle est encore désij^''née par les habitants sous son nom [)ri- 
mitif. On la voit au bout de la petite rue Maubec. Les quel- 
ques documents qui la mentionnent ne laissent point de doute 
sur sa destination, elle était uni(|uement à l'usage des cagots; 
un arrêt du 7 août 1561 l'appelle Temple de la cagoterie 
Sainte- Catherine -, ainsi (ju'un arrêt du Parlement, du 
15 décembre 1600 ^ 

Léproserie de Morlaas. — Cette léproserie était située au bas 
de la ville, près du pont appelé Pont des Ladres. Elle avait 
été fondée, croyons-nous, au xii" siècle. Vers 1180, dit Men- 
joulet, « pendant que le vicomte Pierre vivait encore, Arnaud 
d'Yzeste et les moines de Cluny avaient bâti sur sa demande et 
celle de Guiscarde, une chapelle attenant à la maison des 
ladres de Morlaas ». Cette maladrerie est signalée dans le 
dénombrement de 1383. On sait aussi qu'en 1600, François 
Burel, lépreux, y vivait \ Cette léproserie cessa d'exister peu 
d'années plus tard; elle ne figure pas dans l'Etat dressé par 
ordre de Louvois. 

Léproserie (VOrlhez. — Cette maladrerie était de fondation 

1. Uirn n'est moins précis que ce lexlc : • ... car il peut arriver, (jifiine 
personne sera frappée de lèpre; ce qui i'oljligera rl'eslre séparée des autres : 
comme il s'est veu en l'Esglise cathédrale de Lascar, où un chanoine fut 
atteint de la spore et de lèpre, à raison de laquelle il se retira hors la ville, 
et lit bastir la léproserie ou maladrerie et hospital des ladres avec la cha- 
pelle contiguë, ainsi que porte la tradition locale ». {L'Eslat des églises, cathé- 
drales et coller/iales... par Jean de Boi-denave, chanoine de Lascar.... à 
Paris chez la V" Mathurin du Puys; M.DC.XLIII.) Qui était ce chanoine, à 
quelle époque vivait-il? C'est ce qu'on ignore, .\urait-il fondé cette lépro- 
serie que la tradition dit avoir été détruite par Mongomery en 1569? C'est 
peu probable, car le texte de Bordenave laisse croire que la léproserie exis- 
tait encore lorsqu'il écrivait en 1643. Nous tendons h penser que la léproserie 
Saint-Lazare, ne fut que réédifiée par le chanoine de Lescar, et que malgré 
la destruction qu'elle eut à subir peu de temps après, elle fut reconstruite 
encore pour ou par ceux-là mêmes que nous y retrouvons en 1600. 

2. Archives de Lescar, FF" i. 

3. Id., folio 12, v°. 

4. Voir : Léproserie de Lescar. 



LEPROSERIES DE BEARN ET LABOURD 269 

seigneuriale; elle figure clans le dénombrement de 1385 sous 
le titre curieux de respitau dens cvestiaas. Elle existait 
encore en 1620, puisque Guillaume Burel lépreux de Lescar 
vendit à cette époque le droit de quête aussi bien pour sa 
léproserie que pour celle d'Orthez. Elle figure dans l'État 
des maladreries conservé a la Bibliothèque nationale. 

Sanveterre et Ponlacq auraient aussi possédé des léproseries, 
de fondation seigneuriale; elles seraient postérieures au 
\\Y siècle, et figurent seulement dans l'Etat des Léproseries 
de la Bibliothè(]ue nationale. 

La maladrerie de Naij est signalée uniquement dans les 
papiers que le grand maître de l'ordre de Saint-Lazare avait 
réunis. Les papiers qui devraient se rapporter à cet établis- 
sement ne concernent en réalité que la commanderie de 
l'ordre sise en cette ville '. 

Maladrerie de Pau. — De fondation seigneuriale, elle 
n'est citée à notre connaissance que dans l'état des Léproseries 
de la Bibliothè(|ue nationale-. Elle a donné son nom au 
hameau de la Madeleine, situé près de Pau, dans les landes 
de Pont-Long, et cité dès 1^82^ 

Léproserie d'Oloron. — De fondation seigneuriale (B. N.). 

Elle existait en 1080, car dans le For d'Oloron rédigé en 
cette année il est fait mention de la « Mayson deus Mezegs' ». 

Léproserie de Navarrenx. — De fondation seigneuriale (B.N.). 

Léproserie de Rayonne. — On sait très peu de chose de 
cette léproserie. Guillaume de Castelgelos, en 1187, avait 
donné aux liospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem une terre 
située au quartier de Saint-Léon, sur laquelle cet ordre éleva 
un hôpital et une chapelle où furent soignés semble-t-il les 
h'preux. Nous n'en croyons pas moins que dès 1266, les 
grands lépreux étaient rares à Bayonne, et que les cagots, 
qui vivaient précisément à Saint-Léon, étaient les seuls 
lépreux de la ville qui peut-être recevaient des soins des 
Hospitaliers de Saint-Jean, ou des frères de Saint-Lazare. 

1. Aivliives nalionalos. 

2. Nous sign.ilerons dorénavant ce document par l'abréviation (B. N.), et 
l'Ktal conservé aux Archives nationales par les lettres (A. N.). 

3. A n.-P. Reform. de Héarn, B 2.irt(l. 

4. I>. J. N» 2. 



270 LKS lp:prosehies du sud-ouest 

La léproserie de Bayonne devrait en réalité être confondue 
avec la cagolerie. 

Léproserie de Saint-Jean-de-Luz. — 11 s'agit vraisembla- 
blement de la cagoterie de ce lieu. 

Dans li; Gers nous ne trouvons (jue peu de Léproseries, ce 
qui nous conlirnie dans la pensée que les cagots devaient y 
être nombreux. 

Léproserie de Condom. — Rien ne paraît plus douteux que 
l'existence d'une léproserie à Condom, quoiqu'on la trouve 
sig'nalée dans l'Etat de la Bibliothèque nationale. Aucun 
document n'établit son existence, si bien (jue nous sommes 
convaincu qu'ici encore il s'agit d'une cagoterie. Rappelons 
en passant que Condom comptait jusqu'à trois établissements 
de cagots au xiv" siècle « ceux du Pradau, ceux de la Bou- 
querie et ceux de Sainte Eulalie; le cardinal de Teste signale 
ces derniers dans son testament qui est le seul document ou 
ils figurent. Le cardinal fait des legs aux trois établissements, 
il les appelle leprosis (aux lépreux)' ». A partir de cette 
époque on ne trouve plus que de rares indications concernant 
les cagoteriesdu Pradau et de la Bouquerie. 

Léproserie de Lectoure. — De fondation commune (B. N.) 
fut unie à l'ordre de Saint-Lazare (A. N.) 

Léjtroserie de Bajonette. — Elle était de fondation com- 
mune (B. N.). 

Léproserie d'Auch, est surtout connue par le dossier des 
Archives nationales (S 4 817^), il en est de môme de celle de 
Jieaumarchais (Gers) (S 4 817^). 

On a cité dans le département des Landes les léproseries de 
Ro(/uefort, Moni-de-Marsan, Dax, 'fartas, qui, en réalité, doi- 
vent se confondre avec les cagoteries de ces mêmes lieux. 

Les léproseries du département de la Gironde furent assez 
nombreuses, malheureusement on ne sait presque rien à leur 
sujet. 11 est certain qu'entre les léproseries et les cagoteries 
de cette partie de la Guyenne, la difîérence est difficile sinon 
impossible à établir; la cause en est qu en Guyenne, la 
condition des gahels fut longtemps, et peut-être toujours, en 

1. Leitre ilu distingué archiviste de Condom, M. J. Gardère. 



LÉPROSERIES DU GERS, DES LANDES ET DE LA GIRONDE 271 

certains lieux, absolument identique à celle des lépreux. Ce 
qui distinguait ces malades, c'était l'intensité différente de 
leur aiTection. Les gahets de Bordeaux étaient au dire de 
Jean Darnal, « des ladres non du tout formés ». Il nous 
paraît d'ailleurs certain que ladres et gahets habitaient aux 
mêmes lieux. 

Léproserie de Bordeaux. — Elle était située au quartier de 
Graves, appelé de préférence des Gahets. Les habitations des 
lépreux et des gahets s'élevaient autour de l'église Saint- 
Nicolas, peut-être y avait-il là un hospice pour les plus 
malades d'entre eux. Ils cultivaient des terres contiguës à 
l'église, pour lesquelles ils payaient un cens au chapitre de 
Saint-André. L'enclos des Gahets fut fondé au xui'" siècle. On 
connaît différents legs faits aux gahets de Bordeaux, par testa- 
ments du 14 novembre 1287, 7 mai 1.300, 13 mai 1309, et 
3 avril 1328'. L'enclos des Gahets ne disparut qu'en 1830. 

Léproserie de Castelnau de Médoc. — Elle est citée comme 
abritant des Gahets, dans le testament d'Assahilde de Bor- 
deaux, du 3 avril 1328; il en est de même de la léproserie de 
Castillon de fondation communale, située sur la rive droite 
de la Gironde et mentionnée dans le manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale. 

Voici les noms d'autres léproseries qui ne nous sont con- 
nues que par les deux Etats dressés au xvn" siècle. 

Maladrerie de Lesparre, de fondation commune (A. N. et 
B.N). 

Maladrerie de Podensac, de fondation commune (B. N.). 

Maladrerie de Moulins, de fondation commune (B. N.). 

Maladrerie de Villandraut, de fondation seigneuriale (B. N). 

Maladrerie de Bazas (A. N.). 

Maladrerie de Cabanac (A. N.). 

Nous citerons pour mémoire les léproseries du départe- 
ment qui s'élevaient sur la rive droite de la Gironde, ce sont 
celles de La Réole, Castillon, Libourne, Fronsac, Sainte-Foy, 
Gensac, Bourg, Carbon-Blanc, Blaye, Mortaigne près Blaye, 

1. Voir V. i. N" 31 à 48. 

Le quarliii- des (ialiets est figuré sur tous les anciens plans de Bordeaux 
et ses faubourgs. 



272 LES LEPROSERIES UU SUD-OUEST 

Royan, Caiimont, Montrevel, Montig-nac, Puynormand, et 
Vilk'iiave. 

Eli Lot-et-Garonne, une faible étendue du territoire nous 
intéresse; nous y relevons cependant plusieurs noms. 

Le Mas d'Arjenais, semble n'avoir eu que des Galiets, mais 
il est probable que comme à Bordeaux leur condition était 
fort assimilable à celle des lépreux. 

Léproserie de Nérac. — On sait ([u'elle fut unie à l'ordre de 
Saint-Lazare par Louvois (A. N.). 

Maladrerie de Castehnoron. 

Maladrerie d'Agen unie à l'ordre de Saint-Lazare au 
xvii'' siècle (A. N.). 

'Maladrerie de Marmande (A. N.). 

Maladrerie d'Astaffort (B. N.). Elle était de fondation com- 
mune. 

En Haute-Garonne, on connaît surtout bien les léproseries 
de Toulouse. Quoique celles-ci s'élevaient sur la rive droite 
de la Garonne, nous nous y arrêterons un peu, pour cette 
raison que Toulouse est aux confins mêmes de la région qui 
nous intéresse, et qu'ayant été sièg-e d'un Parlement, cette 
ville a joué un certain rôle dans l'histoire des cagots, du fait 
de cette Cour. 

Tovlouse tient une place à part parmi les villes du Sud-Ouest, 
|)ar le nombre considérable d'établissements hospitaliers qui 
s'y élevaient. Catel, dans ses mémoires, en cite vingt-neuf 
comme ayant existé jadis en la capitale de Languedoc. Faut- 
il voir là une manifestation exce|)tionnelle de la charité 
publique; fàut-il au contraire croire que Toulouse regorg'eait 
de malades? Nous nous arrêtons de préférence à cette seconde 
hypothèse, et ajoutons que tout fait penser que les hôpitaux 
de Toulouse étaient ouverts aux malades de toute la région 
avoisinante. Pourrait-on sans cela comprendre comment une 
ville telle que Toulouse ait pu compter (fait unique) sept 
léproseries au xn*" siècle'? 

La Maladrerie de la Porte Narhonaise, existait en 12i5. 

1. Le D' Cuguillère dans sa thèse : I.ex lépreux et les léproseries de Toulouse, 
lionne une intéressante élude de ces léproseries; malheureusement les réfé- 
rences y sont rares ou incomplètes. 



LES LÉPROSERIES DE TOULOUSE 273 

Les lépreux en avaient la propriété franche de tous droits. 
Ils en firent don à Raymond comte de Toulouse, au château 
duquel elle était attenante, le 13 septemhre 1245. Cette lépro- 
serie figure encore dans un cadastre de 1478; elle portait au 
xvn" siècle le nom de Saint-Michel. 

Le Maladrerie de Sainte-Iiadegonde ou de la Mevnadière, 
fondée en 1184 ', d'abord hôpital, devint léproserie vers 1400. 
Le prieur de Sainte-Radegonde en fit, en 1474 (11 sept.), la 
cession à l'ordre de Saint-Lazare'. 

La Maladrerie d' Arnaud-Bernard, des Minimes ou de 
Saint-Roch, fondée avant 1362, unie à l'hôpital des Incura- 
bles en 1696. 

La Maladrerie Saint-Cyprien. 

Im Maladrerie de la Porte Matabiou, fondée avant 1306. 

La Maladrerie de la Porte Neuve, fondée avant 1216 ^ 

La Mezellerie de Bertrand Baussan, citée dans un testa- 
ment d'Armand Nona de 1233, et dans un autre du 
13 octobre 1216. 

Remarquons qu'un testament daté du 22 novembre 1316 
(Jean de Médunea) et un autre de 1483 (Agmorès Gaulet) font 
des legs aux sept Léproseries de Toulouse. 

Ainsi, il est certain que les sept Léproseries de Toulouse 
existaient encore au xv" siècle. Elles avaient presque toutes 
disparues au xvIl^ 

Un document du xvi'' siècle, n'en cite déjà plus que cinq, 
en la forme suivante : 

« Etat des revenus de la commanderie de Toulouse de 
l'ordre royal de Notre-Dame du Mont-Carmel de Saint-Lazare 
de Jérusalem diocèse de Toulouse : 

« Maladrerie d" Arnaud-Bernard. 

« Maladrerie de Saint-Cyprien. 

« Maladrerie de Saint-Michel. 

« Maladrerie de Sainte-Radegonde. 

« Maladrerie de Gastanet. » 

1. La copie de celaclede fondation se lit dans l'inventaire Cresty de 1749. 

2. Archives do rHàlel-Dieu de Toulouse. 

3. Cu^uilière cite un acte de donation fait le 13 octobre 1216 à la Mezella- 
ria extra porlaui Vill.e-.\ov;e, ainsi que deux actes de 126.S, et 1295, con- 
servés aux archives de la Préfecture. 

Fay. 18 



274 LES LÉPROSERIES UL" SUU-OUEST 

La léproserie (rArnaud-Bernanl est encore citée dans des 
lettres apostoliques du 23 ocloi)re 1510 accordant 100 jours 
d'indulgence à tous ceux qui visiteront la chapelle des lépreux 
dArnaud-Bernard à certains jours lixés. (^{rchives de fHô/el- 
Dieu. li 10:], ()' liasse.) 

Dès 1028 il n'y avait plus que trois léproseries à Toulouse*; 
c'était, d'jiprès l'État des Archives nationales, les maladreries 
dite d'Estoquète, anciennement de Saint-Gyprien, celle d'Ar- 
naud-Bernard et celle dite de Saint-Michel, anciennement de la 
porte Narbonnaiso. Les biens de ces trois établissements furent 
unis par le roi à l'hôpital des Incurables de Toulouse, en 1096. 
L'acte fut enregistré le27 juillet \&dC)( Archives du Parlement). 

L'administration de toutes les lé|)roseries de Toulouse était 
au début du xiv" siècle entre les mains d'un gouverneur civil, 
à qui ce poste était confié par la faveur du roi. Cependant les 
lépreux avaient leur syndic, et les capitouls de Toulouse 
conservaient quelques droits sur ces établissements. A partir 
du 20 juillet 13i5, les capitouls gardèrent seuls l'administra- 
tion des biens des léproseries. 

La direction médicale en était confiée aux frères et sœurs 
de Saint-Lazare. Les lépreux n'y étaient pas soumis à un 
supérieur ecclésiastique-. 

Dans la Haute-Garonne on doit encore citer les léproseries 
de Grenade, Sainfe-Foy, Monles//uieu, Saint-Félix, et celle de 
Noê dont les biens furent unis à l'hôpital de Rieux en 1766'. 
Les autres léproseries du département, d'ailleurs nombreuses, 
sont sur la rive droite de la Garonne ou de l'Ariège. 

Enfin signalons dans la partie du département de l'Ariège, 
qui nous intéresse, les léproseries de Boussenac, de Faix et de 
P a mi ers ''. 

Dans le petit territoire du Tarn-et-Garonne qui s'étend à 
gauche de la Garonne nous ne pouvons citer que la léproserie 
de Beaumont. 



1. .Vnnonce aux pauvres lépreux dt- trois maladreries «le Toulouse (1628). 
— (Archives de la Haute-Garonne, G 23(10). 

2. Pour plus amples détails, cf. Guguillères, loc. cil.. 

3. Voir Archives de la Haute-Garonne, G 1021. 

4. Nous ignorons sur quelle rive de la rivière se trouvaient ces deux der- 
nières léproseries. 



LES LÉPROSERIES DU SUU-dUEST 275 

Ainsi, la vaste région du Sud-Ouest que nous avons définie, 
comptait oO léproseries, dont 14 appartenaient à des villes 
assises sur les limites de la répion, et qui très vraisembla- 
blement même s'élevaient sur la rive droite de rArièçe ou de 
la Garonne. 

Si nous nous bornons aux régions qui furent jadis les plus 
riches en lépreux libres, nous arrivons à établir les chilTres 
suivants : 

Les Basses-Pyrénées (Béarn, Navarre, Soûle, Labourd) 
comptaient 11 léproseries. 

Les Landes (Pays d'Albret et Chalosse) en possédaient 3 
fort contestables. 

Le Gers (Armagnac, etc.) avait seulement 5 léproseries. 

La partie Je la Haute-Garonne qui représente le Nebouzan 
en comptait 3. 

La Gironde (Médoc et partie de Graves) en comptait 8. 

Soit en tout 29 léproseries, là où plus de 2 000 lépreux 
libres ou cagots paraissent avoir vécu. Il était intéressant de 
rapprocher ces chiffres. 



CINQUIÈME PARTIE 



PHILOLOGIE 



Pourquoi les lépreux des départemends du Sud-Ouest de la 
France ont-ils été désignés sous les noms de chrétiens, cagots, 
(jafots, f/a/fets, capots, f/ezitains, etc.? 

Avant d'aborder cette question il est bon de fixer quelques 
points; et d'abord, ces noms sont-ils propres au Sud-Ouest? 
Nous répondrons par la négative, car nous les avons ren- 
contrés en Bretagne, Angoumois, Berry, Bourgogne, Sain- 
tonge, Poitou, Périgord, Guyenne, Gascogne, Navarre, 
Quercy, Rouergue, Armagnac, Bigorre, Dauphiné, Provence 
et Espagne. On ne doit donc pas s'étonner que dans les 
[)ages qui suivent, nous tirions parfois des conclusions, ou 
appuyons certains raisonnements, sur des faits ou des docu- 
ments pris ailleurs que dans les départements dont il est traité 
dans cet ouvrage. Le second point à noter c'est que la condi- 
tion sociale des lépreux du Sud-Ouest était, en général, très 
différente de celle des lépreux de nos autres provinces; or 
b' nom de cfif/ot ayant été surtout employé pour désigner les 
|)remiers, il s'en est suivi rapidement une confusion qui a fait 
donner le nom de cagots aux seuls lépreux libres. Nous avons 
habituellement respecté cet usage pour la commodité du 
fliscours. [{appelons encore que les invasions du vi" siècle 
furent le signal d'un recrudescence violente de l'épidémie 
lépreuse, et que nous ne devons point nous étonner de voir 



278 PHILOLOGIE 

ilonner à la maladie le nom même sous lequel l'envahisseur 
la désignait. Disons enfin (jue la multiplicilé étonnante des 
mutations et des graphies des mots que nous étudierons ici est 
un caractère assez propre aux mots populaires anciens, et 
qu'rt priori l'hypothèse d'une origine celtique vient à l'esprit, 
d'autant que, pour toute une série des mots étudiés ici, l'ori- 
gine latine ou grecque parait insoutenable. 

Comment désignait-on les lépreux au moyen âge? 11 y a 
sept séries principales de mots dont les foimes typiques sont : 
Icprosus^ rnesel, ladre, cacût, malade, cJireslian, f/ezitain, 
auxquels il faut ajouter deux séries moins importantes dont 
les types sont cassot et disject. Dans les déparlements du 
Sud-Ouest, les formes : lépreux, mesel, ladite, malade, sont 
rares, aussi réservons-nous leur étude pour plus tard, nous 
contentant d'examiner ici, aussi minutieusement que possible, 
les autres mots. 



CHAPITRE I 



LES CAGOTS 



Les cagots ont été désignés clans presque chaque province 
par un nom particulier qui a varié de siècle en siècle. Outre 
les noms qui dérivent de la même racine que le mot cagot 
(cacol, (jaffot, gahet, capot, gabacho, cascarot), on employait 
encore, en Guyenne, Gascogne, Béarn et Navarre, les mots 
chrestia, gezitain, esaurillé, chistrone, etc. Tous ont eu plu- 
sieurs graphies et se sont plus ou moins transformés selon 
les temps et les lieux, si bien qu'il nous a été possible de 
relever plus de 150 mots dérivant de la racine cac ou khakh, 
intimement apparentés au mot cagot. 

Quand on parcourt les travaux qu'ont inspirés les cagots, 
et qu'on lit les définitions et les étymologies, que les diction- 
naires et lès auteurs donnent des noms qui servaient à les 
désigner, on s'étonne de voir combien peu l'accord s'est fait 
sur la question philologique. 

On pouvait espérer que les recherches ethnographiques 
apporteraient des lumières dont la philologie aurait profité. 
Mais, quoique les plus savants anthropologistes aient produit 
sur le sujet des œuvres d'un grand intérêt, leurs conclusions 
ne s'accordent pas plus entre elles qu'avec les nombreux 
documents que nous possédons. Depuis trente ans, les 
théories ethnologiques ont perdu beaucoup de terrain; leur 
critique a été faite par des savants autorisés, à l'opinion 
desquels nous ne pouvons rien ajouter'. Ces théories n'ont 

1. Quoique nous ayons groupé et commenté ces théories dans la Première 
Pallie de ce volume, le lecteur pourra relire avec intérêt dans Francisque 



280 PHILOLOGIE 

plus guère qu'un intérêt historique, depuis surtout que l'on 
voit dans les cagots des lépreux. Par contre, la philolo^fie ne 
demande qu'à donner des enseignements; et nous nous 
étonnons que les chercheurs ne lui aient pas encore réclamé 
un peu de la lumière qu'elle est prête à dispenser. 

Quoique les formes du mot cagot n'aient pas paru dans les 
écrits antérieurs au x' siècle, il nous paraît certain qu'elles 
étaient employées bien avant cette époque. Outre que cela 
s'explique par ce fait que ces mots ont longtemps été popu- 
laires et uniquement employés par le vulgaire, c'est une 
impression qui se dégage de la lecture des plus anciens 
auteurs qui se sont occupés de la question. Marca écrivait : 
« Je fus obligé d'examiner en cet endroit l'opinion de 
plusieurs, et qui mesme a été publiée par Belleforest, 
touchant cette condition de personnes qui sont habituées en 
Béarn, et en plusieurs endroits de Gascogne sous le nom de 
cagots et capots; à sçavoir (\\xHs sont descendus des 
Vvisigots\... » Oihenart (1638) écrit aussi : « ... a nonnulis 
non inepte conjicitur, eos (cagotos) Gothorum, (|ui olim 
Aquitaniam habuere, reliquias esse- ». C'est aussi la pensée 
de Do m Martin de Vizcay (1621). 

Cette opinion nous fait remonter au vi*" siècle. 

La mèm(3 impression d'ancienneté se dégage de la lettre de 
Charles VI, datée du 7 mars 1407, où il est dit que les capots et 
casots « sont accoustumés de toute ancienneté et doivent porter 
certaine enseigne pour estre connus des personnes saines ». 
Ce mot enfin était purement populaire si nous en croyons 
Guy de Chauliac qui écrivait : « Vulgariter cassatus vocatur » 
(1363), et Raoul, évêque de Tréguier, dans ses statuts datés 
de 1436, qui disait : « in vulgari verho Cacosi nominantur ». 

Si l'on se souvient combien peu le latin, et moins encore 
le grec, se sont infiltrés dans la langue populaire de Bretagne, 
quand on considère le très j)etit nombre d'auteurs qui timide- 
ment ont proprosé depuis le xvu'^ siècle, pour l'une ou l'autre 



Michel, la réfutation des théories antérieures à 1847, et dans De Rochas la 
réfutation de celle de F. Michel. 

1. Marca, Histoire du Béarn, liv. I, chap. xvi, p. 71. 

2. Sotilia ulriusque Vasconis> p. 414-il5. 



ORIGINE CELTIQUE DU MOT CAGOT 281 

forme du mot cagot, une étymologie latine ou grecque, 
quand enfin on étudie le mot gaffot, couramment employé 
au x^ siècle dans les régions avoisinant la moitié occidentale 
des Pyrénées et que l'on voit le lien qui unit ce mot au cacou 
bas-breton, ainsi que l'impossibilité de lui trouver une 
origine même dans le latin populaire, on comprend qu'il faille 
demander ailleurs une solution. 

Cette solution au problème se trouve dans les dialectes 
celtiques. De très rares auteurs ont pensé à celte origine, 
nous ne relevons même que cinq noms qui méritent ici une 
mention. 

Hasselt ' émit une théorie ethnologique (il la publia en 
1825), où, comme beaucoup, il voulut voir dans les cagots 
une race distincte; il la supposait venue directement des 
Celtes. Son œuvre renferme bien des erreurs, comme 
d'ailleurs celle de Diefîenbach -qui l'a combattue. Ces travaux 
sont de médiocre intérêt. 

Les théories philologiques les avaient de beaucoup précédés. 
Ce fut d'abord Venuli \ qui n'apporte aucune preuve à son 
dire dont d'ailleurs il ne paraît pas très persuadé. Court de 
Gébelin* est plus positif; il assure, sans plus, que les noms 
donnés aux Cagots sont « le mot celtique Caeh, Cakod, Caffo, 
qui signifie |)uant, sale, ladre ». Il émet en outre une théorie 
ethnologique comparable à celle de Hasselt. Ramond' penche 
vers l'opinion de Gébelin. Enfin De Hochas écrit : « Quant à 
l'élymologie de cagot, elle ne paraîtra pas douteuse à qui 
suivra les transformations du mot celto-breton cacoiis ou 
caquous (ladre), dont le ra\jical est cacod et dont le français 
du XV* siècle a fait cagous ''. » 

Tout cela manque de preuves; cette lacune mérite d'être 
comblée. 

1. Hasselt, AUrjerneinc Encyklojjddie der Wissenscita/len und Kiinsle... 
TlieilXlV. Leipzig, IS2.'J, in-4, p. 76. 
•1. DielTenbach. Cellica, t. 1, p. 86, 1S39. 

3. Venuli, Disserlalions sur les anciens monuments de la ville de Bordeavx, 
sur les Galiels... IToi. 

4. Court de Gebelin, iJict. Cello-lireton (Mémoires sur la langue celtique 
1759, t. II). 

5. Hamond, Oàservalions faites dans les l'y rénées. 17S9. 

6. De Rochas, p. 193. 



2«2 PHILdLOGIE 

L'étude raisonnée des mutations des mots najfot et kakod, 
termes les plus anciens qui aient servi à désigner les cagots, 
ne saurait être faite si l'on n'examine avec soin les dates et 
les lieux où ces mutations se sont produites. 

Il semlde que les cagots aient été très nombreux en France 
vers la fin du xvi* siècle. On peut même dire qu'il y en avait 
presfjue partout, jniisquon en découvre les traces nombreuses 
sur tout notre territoire, exception faite pourtant pour la 
Normandie, l'Orléanais, une partie de la Bourgogne, la 
Francbe-(^omté, et les provinces situées au nord-est de celles- 
ci. Peu nombreux dans certaines régions, ils ont au contraire 
afflué de tout temps en Bretagne, en Béarn et Navarre, ainsi 
qu'en Gascogne. 

Ils semblent avoir rayonné, depuis le x'' siècle, autour de 
quatre points principaux, qui sont : les Alpes (Hautes-Alpes), 
le Béarn, Bordeaux et la Bretagne. 

On ne sait presque rien sur les carjots des Alpes, sinon qu ils 
étaient autrefois appelé caffos, et plus tard cagots et gavots. 
En Navarre, on les appelait cafj'os ou gciff'os vers le x*^ siècle. 
A Bordeaux on disait gaffel. Ces termes n'étaient pas ignorés 
dans la langue d'oïl, où l'on disait coffre. En Bretagne Imkod 
était seul usité à la même époque. En Espagne on disait gafo. 

Il paraît donc certain que deux seuls mots existaient à 
l'origine : gaffo ou caffo, et kakod. Le premier n'est certaine- 
ment pas d'origine latine, le second est celto-breton à n'en 
pas douter. 

Au xni" siècle, le mot clirestiaà fit fortune dans le midi de 
la France, à un tel point que le^ très rares documents qui 
n'emploient pas ce mot sont presque insuffisants à nous 
éclairer sur le sort du mot goffo. Cependant, nous pouvons 
affirmer qu'au xiv" siècle on disait encore gaffel àMarmande. 
au Mas d'Agenais, à Condom, c'est-à-dire en Gascogne, tandis 
qu'en Guyenne gahef et ca/<e/ remplaçaient gaffet. 

La région des Gaves et de l'Adour vit aussi naître gavol, 
garni et gavacho, puis gabot et cabot {arcabot). Tandis qu'à 
Toulouse, à Montpellier, dans les pays de langue romane 
apparaissent cassot, casot, cassol. 

C'est dans les premières années du xv" siècle qu'apparut 



L'ÉVOLUTION DES MOTS KAKOD ET CAFPOT 283 

capot dans le Languedoc. A la fin du même siècle, cagol se 
disait un peu en Navarre, et peut-être aussi en Anjou. 

A la fin du xvi*' siècle, bien des choses ont changé. Les 
mots ccifjot et capot sont connus à Paris, et sont dès cet 
instant employés presque partout en France. La Bretagne, 
l'Anjou, le Poitou, la Touraine, le Berry, le Limousin, le 
Quercy, le Rouergue, le Velay, le Languedoc, la Navarre, le 
Béarn, et peut-être aussi la Provence et le Charolais, ont leurs 
capots et leurs cagots. Les termes plus anciens ne sont plus 
employés que dans des régions très restreintes. Gavot s'éteint 
déjà dans les Hautes- Alpes, </aAo/ et ^aZ>e/ se disentà Bordeaux, 
cascabot tend à devenir cascarot dans le pays basque, fjahet 
continue à être usité. La Bretagne dit cacou. Puis ca^o/ donne 
en Espagne agate; gavacho donne gabacJio, qui est encore 
employé, quoique peu, de nos jours. 

Au xvni" siècle et au xix"" les derniers cagota occupent une 
région restreinte. La Bretagne a toujours ses cacous, le pays 
basque ses cascarots, l'Espagne ses agotes, le Béarn et la 
Bigorre ses cagofs. Une langue de terre limite au nord la 
région des cagots, c'est celle des capots qui occupe la pointe 
sud de la Haute-Garonne (arrondissement deSaint-Gaudens); 
un coin des Hautes-Pyrénées (canton de Castelnau-Magnoac) ; 
dans les Basses-Pyrénées une grande partie de l'arrondis- 
sement de Pau; les deux tiers sud du Gers, et dans les 
Landes une partie des arrondissements de Mont-de-Marsan, 
Saint-Sever et Dax; en Lot-et-Garonne une partie des arron- 
dissements de Casteljaloux et de Nérac. Gahet se disait alors 
en Gironde, dans la majeure partie des Landes, sur les 
confins est de Lot et-Garonne et dans une petite partie de 
l'arrondissement de Gondom. 

A lui seul ce bref exposé éclaire bien des points, car il fait 
apercevoir l'origine et le sort de plusieurs des mots qui nous 
intéressent. Seul le mot cagot lui-même a une origine plus 
obscure, par ce fait qu'il semble être apparu à la fois en 
Bretagne, en Navarre et en Languedoc : encore croyons-nous 
que les arguments qui vont suivre éclairciront ce point. 

Un petit fait plaide contre les théories qui supposent aux 
mots cacou, cagot, capot, cassot, cahet, gahet, etc., des 



284 PHILOLOGIE 

origines différentes, c'est que ces mots ont été usités à la 
même époque, dans un sens identique. 



Le mot cagot et ses synonymes dérivent de la racine indo- 
européenne GAG dont la prononciation est à la fois rude et 
aspirée [kha/ilt); elle a été exprimée par les orthographes les 
plus différentes {car/, cak, cach, /.y//,-, l.ahj et possède un sens 
péjoratif. 

Ce radical, employé seul, signifie mauvais, grossier, malade, 
haïssable, excrément, individu qui rejette, crache ou vomit; 
uni à un autre mot, ou une autre racine, il lui imprime un 
sens défavorable '. 

Si cette racine a souvent conservé sa prononciation primi- 
tive dans certaines formes du mot cagof, elle a aussi gardé son 
sens primitif, puisque cagol signifiait lépreux, ou plus exac- 
tement homme malade, haïssable et dangereux. 



Cacot. — La racine gag est conservée intacte dans plusieurs 
mots portant le sens de lépreux. Ces mots se retrouvent surtout 
en Bretagne. 

Kak-od ou cac-od est le terme celtique qui veut dire ladre. 
Bullet, dans son Dictionnaire celto-breton'-, écrit : « Cacodd, 
ladre, anciennement en breton. » Grégoire de Rosterem Monne 
aussi cacodd comme synonyme de ladre. 

C'hakouz et Kakouz sont employés dans une ballade bretonne 
recueillie par Hersart de la Villemarqué' qui la suppose 
dater du xv' siècle. 

1. Ex. : /jxy.y.r, (gr.), cac-a (lat.), cack (breton), excrément. 

To y.a/.ov, ce qui nuit. Xa/.wç, clans un mauvais état de santé. 

Cacot iBerrichon), très malade. 

Cac-andre, lâche. 

Kak-hiel (Holl.), engelure au talon. 

1. Bullet, Mémoires sur la lanf/ue celtique (lTo9), t. 11. 

3. G. de Rostercm, Dicl. François- Breton (1732). 

4. Hersart de la Villemarqué, Burraz-Breiz. Paris, Chai'penlier, 1839, 2 vol. 
in-8, t. II, p. 234. 



LE MOT CACOT 285 

Biskoaz n'am bœ was kalonàd, 
Vid ober Kakouz deus va zad. 

Ar Chakouz paour war aun douar 
N'en deveuz na mignon na kar '. 

On écrivait caqueux dans la classe instruite; cette ortho- 
graphe se trouve en effet dans une ordonnance du duc 
François II de Bretagne, datant de 14"o : « De la part de nos 
pauvres sujets et misérables les Caqueux et malades, manans 
et habitants en l'Evesché de S. Malo, nousaesté exposé'... ». 

Cacosus était la traduction latine de ce mot; elle a été 
employée dans un statut de rÉvèque de Tréguier, Raoul 
Rolland, le 31 mai 1436 : « Radulphus, Dei gratià et sancta? 
sedis apostolicœ clementià Trecorensis episcopus : Quia 
cognovimus in dicta civitate et diocesi plures homines utrius- 
que sexus qui dicuntur esse de lege, et in vulgari verbo Gacosi 
nominantur^.. ». 

Le mot caquin se trouve dans un aveu rendu à Henri II, en 
1554, par Bohier, évêquede Saint-Malo '\ De nos jours, on dit 
encore cacous en Bretagne et quelquefois au pluriel cacousien 
et cacousi/en, ainsi que qacous, d'où vient qacousenj, corderie '. 

Cfichot (prononcez : cakot) est cité par Ambroise Paré et par 
Guillaume Bouchet qui écrivent aussi Caquot (1598) : « Et 
fut trouvé que nostre Poictou n'en étoit guères taché (de lèpre), 
à cause de la région qui est tempérée ; que s'il y en avoit 
c'esloyent ladres blancs appelés cachots, caquots, capots et 
gabolz qui ont la face belle ^.. ». 

Cacol est employé dans le centre de la France, dans l'Indre, 
où l'on dit aussi cagol; ce mot y est actuellement encore 

1. Ar Gakouzez : • Jamais je n'eus si grand crève-cœur —Qu'en entendant 
traiter mon père de caqueux. » Strophe S. 

- Le pauvre Caqueux sur la terre — N'a plus ni ami, ni parent. ■• Str. 14. 

2. Celte ordonnance a été publiée entre autres par Fr. Michel, Ilisl. des 
Races maudites, t. Il, p. 208. Le mot caqueux se trouve encore dans l'Extrait 
d'un registre de la Chancellerie de Bretagne, pour les années 1474 et 1475. 
(Lobineau, Ilisl. de Bretar/ne, t. 11, col. 1350.) 

3. Publié par D.-H. Morice, Mémoires pour servir de preuves à l'Hist. de 
Bretagne, t. Il, col. 1277. 

4. Manel, Ilisl. de la Pefite-Breta,jne, t. II (1834). 

5. G. de Rosterem, loc. cit., au mot corderie. 

('). Le Troisième Lirre de Sérées, par Guillaume Bouchet. Paris, 1598, petit 
in-12, p. 485. 



-286 PHILOLOGIE 

employé dans le sens do nialad»;, très malade. II s'employait 
aussi en Bretag-ne. 

Cacoux, d'après Cambry, se disait en Bretagne à la fin du 
xvni'' siècle '. 

C'iconan s'employait récemment encore. 

Les multiples théories que les auteurs ont imaginées [)Our 
expliquer l'origine du mot, méritent si peu d'attention que 
nous nous contenterons d'en indiquer les principales en note^. 



Gaffot, GaiTot. — La mutation du C'en /'' est une de celles 
qui nous doit retenir le plus, car c'est celle qui a donné nais- 
sance aux mots Caffo et Gafo, qui étaient employés indiffé- 
remment dès le x'' ou le xi" siècle, dans la Navarre. ïl est 
certain qu'elle ne s'est pas faite par l'intermédiaire du G qui 
aurait donné le digamma ou F. Mais on peut affirmer que, 
comme 1'// ou VS, la lettre F s'est employée indilTéremment 
pour le C ou le G dans les langues indo-européennes, comme 
modulation adoucie d'un son dur et aspirée 

Ce genre de mutation est fréquent dans les dialectes gallois, 
il explique la dérivation de caf de la racine cac. 

Si Gaffo, employé dans les Pyrénées, n'est pas forcément 
dérivé de Kakod, usité en Bretagne, ces ileux mots ont du 
moins une origine commune. 



1. Cambry, Voyage dans le Finistère. Paris, an VIII, in-8, t. 111, 
p. i t6-i47. 

2. Jaull fait venir ce mol du latin cacalus. 

Venutiesl persuadé qu'il fut tiré du grec par quelque médecin. 

Dom Lobineau invoque aussi le grec: 7.ay.ô5a'.ç, maladie. 

Fr. Michel fait dériver cacot de cagot, mais croit que l'altération de ce 
mot en Bretagne a été aidée par le mot xavio; qui, en Italie, était entré dans 
la formation du mol cacasnrniiim, léproserie. 

L'avocat Primaigner, en 1681. disait que le mot caquin venait du grec 
7.axo;, méchant, depuis que ces malades de concert avec les juifs avaient 
empoisonné les fontaines de France. 11 s'agit des faits qui s'étaient passés en 
1321. {Faclams et Mémoires, vol. XI, f°' 593 et suiv. Bibliothèque publique de 
Rennes.) 

D. Louis Le Pelletier croit ce mot venu de caque, qui en français signifie 
petit tonneau, les cacous étant parfois tonneliers. 

3. E.x. : Y'co; et filius; conniql et connift (gallois), lapin; hay et fay 
(gallois), hêtre; houn et foun, fontaine; hougère et fougère. 



LES MOTS GAFPOT ET GAFFOT 287 

L'un et l'autre sont comme des chefs de famille d'où 
descendent toute une génération dont les degrés se retrouvent 
aisément et dont la reconstitution est facilitée par les considé- 
rations de dates et de lieu faites plus haut. 

Comme nous l'avons déjà dit, les titres anciens nous 
montrent les mots gaffo et caffo employés dès le x' siècle. 
Laboulinière et Dralet disent que caffol s'employait dans les 
Alpes, mais il est impossible de vérifier suffisamment cette 
assertion. 

Ce qui paraît certain, c'est que caffo et gaffo se disaient 
inditTéremment en Navarre au xi^ siècle. C'est ainsi que 
Zamacola*, dans son Histoire du pays basque, dit que les 
cagrots sont nommés caffoa dans l'ancien For de Navarre, et 
hagotes dans celui de Biscaye. Ce mot est aussi employé par 
Ramond de Carbonnière et Dralet. Caffi, si nous en croyons 
Menjoulet, aurait été usité comme synonyme de cagot. 

On disait caffre dans le Nord de la France-. 

Les mots gafo, gaffo, gaffel, qui faisaient au féminin 
gaffère et gaffète, sont aussi de haute antiquité et portaient 
nettement le sens de lépreux. C'est ainsi que dans le roman- 
cero du (jid, composé au xi*" siècle, figure en plusieurs endroits 
le mot gafo^. Yanguas y Miranda dit que les gafos vivaient 
dans la rég-ion montagneuse de la Navarre sous le règne de 
Philippe V (1316-1322). Ce mot est aussi employé dans 
les manuscrits et l'édition espag-nole (1686) des Fors de 
Navarre \ 



1. m.sloria de las Xacioties Bascas.... etc. Escrila en espanol por I>. J. A. de 
Zamacola. En Auch, en la imprentn de la viuda de Di/prat, 1S18, 3 vol. in-8, 
t. I, p. 248, noie lil, et t. III, p. 213-216. 

2. Ce mol est employé par Gauthier de Coincy, dans un vers que nous 
commentons plus loin. 

3. Le Gid allant en pèlerinage vers l'apôtre saint Jacques rencontre un 
gafo (un gafo le aparecia) embarrassé dans un bourbier, il le sauve, 
l'emmène à l'auberge, et le couche en son propre lit. Mais dans la nuit le 
gafo s'évanouit comme un fantôme et à sa place apparaît un homme tout 
resplendissant qui lui dit : « Je suis saint Lazare, Rodrigue, je suis le 
lépreux à qui tu as rendu un si grand service pour l'amour de Dieu.... etc. ■• 
{llomancero espaf/nol, t. II, p. 30, traduit par Damas Hinard.) 

i. Les meilleurs et plus anciens manuscrits du For de Navarre sont : celui 
de l'Escurial, celui de la Uibl. de l'Académie d'histoire de Madrid (xiv° s.), 
et celui de M. Barthety à Lescar (xiv* s.). D'après l'Académie d'histoire le For 
de Navarre daterait de 1155. 



288 PHILOLOGIE 

Dans la coutume de Marrnande (Lot-et-Garonne) (1390) 
on lit : 

« S) 114. Contra los y(i/fet que inIran en la vUa sens'senlial. 

« E an plus establit, los deyt cosselhs, que gafTet ni 
gaffera, estranh ni privât, petit ni grans, no intre dens la vila 
de Marmanda sens senhal de drap vermelh..., etc. 

« .^ 118. Cum los fjaffelz no deven inlrar en la vila sino- 
lodilus '... », etc. 

Le mot f/a(fet est aussi synonyme de ladre, puisque le para- 
graphe 44 de la même coutume, traitant des jiorcs ladres, qui 
ne doivent pas être vendus par les bouchers, les appelle 
« porcs g a /Je (s ». 

Dans la coutume de Gondom, on trouve l'orthographe 
gafed. 

« Que la carn sia dada alz (jaf'edz -. » 

Le mot (jaff'et était très usité dans la région de Bordeaux. 
On écrivait au pluriel ga/f^ets, ga/f'etz, gafels, ou gnafelz. Les 
plus anciens titres où ces mots se rencontrent sont datés de 
1287, 1.309 et 1388. Ils concernent tous des donations. 

L'orthographe ,9««/e/ se lit dans un testament de 1328'. 

En espdignol, gafedad , ga fez, gafi, s'em|)loyaient récemment 
encore au sens de lèpre \ 

La lettre F de gaffo et cafTo devait bientôt se transformer; 
elle donna un // dans certaines régions, un T dans d'autres. 

Notons ici un fait d'une importance primordiale. Tandis 
que dans les Pyrénées caff était le radical d'un mot signifiant 
lépreux, au pays de Galles, au x* siècle, lépreux se disait c/ay/' 
et clavr. La parenté de ces mots est évidente, car l'apparition 



1. • § 114. Contre les gaffets qui entrent dans la ville sans signal. El ont de 
plus établi, les dits conseil», que gafTel ni gaiïere, étranger ni indigène, 
petit ni grand, ne peuvent entrer dans la ville de Marmande sans signal de 
drap rouge..., etc. 

« § 118. Que les f^nffets ne doivent entrer dans la ville que le lundi. - 
Les paragraphes 114, 11.5, IIG, 117 et 118 de la coutume de Marmande se 
rapportent aux galTets. Arcli. historique de la Gironde, t. I, p. 239-242. 

2. 11 s'agit des viandes qui, vu leur mauvaise qualité, ne pouvaient être 
vendues. Voir Pièces Justif. N" 7. 

3. P. J. N- 3.5. 

4. Dans la Romagne et à Naples, on apjielle du nom de Caff'oniles gens de 
la campagne les moins civilisés et les plus grossiers. Laboulinière, Itinéraire 
descriptif et pittoresque des Uautes-Pyrénées, 1825, II, p. "9. 



LES MOTS GAVOT ET GAVET 289 

successive des liquides / et r en deux [joints du mot n'a pasic 
une importance suffisante pour masquer la racine, qui est 
évidemment caf ou cac. Clavr est passé en breton où il est 
représenté paLVcIanvoûr. — Ce faitnous sollicitée voira <ja{fot 
une origine anglo-saxonne'. 



Gavot, Gavet. — La mutation de VF en V est d'ordre 
trop courant pour que nous croyions en devoir donner des 
exemples. C'est par elle que ijaffot et gajfet donnèrent gavot 
et gavet, termes de transition évidents entre gajfot et gabot 
d'une part, entre gajfot et gaouot d'autre part. Cependant 
nous avons toujours été étonné de ne point trouver un seul 
exemple de ces mots ayant nettement le sens de lépreux. La 
difficulté qui s'ensuit n'est cependant pas insurmontable, si 
l'on se souvient que la distance qui sépare le /? du V est si 
petite que sur les titres anciens il est souvent impossible de 
les distinguer dans l'écriture, et que dans le parler la distinction 
n'existe souvent pas, en particulier dans la région béarnaise-. 
Gavot cependant a existé, mais surtout dans les hautes Alpes, 
où il prit le sens de montagnard {cagot et capot ont aussi été 
pris dans cette acception). Ainsi : en 1560, défense fut faite 
dans le canton de Vaud d'importer du vin gavot, c'est-à-dire 
provenant du Chablais (Bridel). Dans le traité de paix conclu 

1. Roquefort, qui ne fait que citer Barbazan sur ce point, croit que caffol 
• signifie un bouc: de caper par changement fort ordinaire du p en (T ■■. 

Pour Fr. Michel (t. 1, p. 345), le mot galTo n'est autre chor-e que la contrac- 
tion de gavacho. 

Pour L)e Hochas : « Le mol qafet dérive du roman çiaf, croc, crochet, dont 
nous avons fait fiaffe et les Espagnols ç/afa, mots qui ont le même sens. En 
langue d'oc, gaf signifiait croc, gafet crochet et en fjafet en croc ou crochu. 
L'espagnol a gafele, crochet, agrafe, et gaf'o, pour désigner celui qui a les 
mains croches par suite de la contracture ou rétraction des muscles fléchis- 
seurs des doigts. Or, nous savons que c'est là un des principaux symptômes 
de la lèpre anaistliélique » 'p. 61-tj2). Il n'y a là qu'un intéressant rapproche- 
ment de mots. 

Covarruvias pense que (/«/"o vient de l'hébreu Cafaf, incurver. 

Pour les autres théories concernant le mot gafTet, voir plus loin, an mot 
Ctcihel. 

2. Ceci nous fait souvenir de cette jolie boutade de Scaliger, qui parlant des 
Béarnais et de leur prononciation écrivait : >• Beali populi quibus vivere est 
bibere! ■• 

Fxv. 19 



290 PlllLOLUUlE 

en lo83, entre le «lue de Savoie et les Valaisiens, un lit : 
« Eviaii et son territoire appelé pnj/s de gavol sont rendus au 
Duc de Savoie ' ». Iluet éciivait : « Et ces Martegalles, et 
Madrigaux, ont pris leur nom des Martegaux, peuples monta- 
gnards de Provence : de même (jue les Gavots, peuples mon- 
tagnards du pays de Gap, ont donné le nom à cette danse que 
nous appelons gavotte -. » Le fond de cette citation est peut-être 
discutable (((uoique beaucoup de cagots aient été ménestrels). 
Dans le Lyonnais et le Beaujolais on disait //«ye^ et gavot^. 

S'il était démontré (jue dans la Savoie il y a eu des cagolsi 
la difficulté que soulèvent ces textes serait etïacée. Précisément 
il y a des indices de valeur qui tendent à le prouver : 

Il est infiniment probable que l'invasion germanique ait 
semé la lèpre dans le Lyonnais, le Beaujolais et les Alpes. 
Ici ils ont laissé comme dans les Pyrénées le mot caji'ot qui 
évolua peu à peu vers des formes nouvelles. Bien plus, on 
retrouve dans les Hautes-Alpes des mots dont l'usage paraissait 
être propre au Sud-Ouest : 

C'est d'abord près de Briançon Font-Chrisliane, hameau qui 
tire son nom sans doute des lépreux qui y habitaient, et y 
avaient leur fontaine*; puis Le Cagol, ferme (commune de 
Jarjayes); Les Cassots, ferme (commune de Sigoyer). Le mot 
caijot, qu'il faut rapprocher de cayet employé à Bordeaux, est 
encore connu à Briançon, mais le sens en est tout à fait obscur; 
c'est de Savoie que venait Peyroton de Savoie, cagot de 
Bideren(B.-P.); Mistral enfin dans son Dictionnaire provençal 
définit Gavot : Homme grossier, rustre, ladre;... compagnon 
menuisier ou charpentier qui ii appartient pas à la « Société 
du Devoir ». Littré écrit Gaveau dans ce même sens. 

1. Ces deux cilalions sont empruntées à Aimé Constantin, Éhjmolof/ie des 
mots Ihiffiienol et Gavot. p. 19. 

2. Traité de l'uriffine (les romans, par }kl. Huet, chez Mariette, m.dcc.xi, in-12; 
p. IMa-lGO. 

3. Fr. Michel, II, p. 352. 

Les gavots des Hautes-Alpes tirent-ils leur nom de la ville de Gap? L'hypo- 
thèse est séduisante; mais je crois qu'il ne faut voir là qu'un rapprochement 
de mots. Il est pourtant possible qu'il ait existé dans la ré^'ion deux mots 
gr/yo/ ayant un sens primitivement distinct, et qui se confondirent par la suite. 

4. Font-Christiane est mentionné aux Archives de l'Isère sous la forme 
Damas Christianos, 13'i9, et Fons Chrisliana, 1385 (B. 3701). Dans un docu- 
mcntdu Puy-Saint-André,de 1 iS', on mentionne le hameau de Fonte /pistiana. 



LES MOTS GABOT ET GABET 291 

Ainsi donc nous savons qu'il y avait en Savoie des f/avots, 
ca/fots, chrestians, cagots et cassais; que les gaoots étaient 
menuisiers; qu'ils n'appartenaient pas à la corporation ou 
société du Devoir; que leur nom signifiait ladre; qu'il y a eu 
une famille cagote originaire de Savoie. N'est-ce pas assez 
pour affirmer qu'il y a une synonymie, une parenté même 
entre les mots gavot et cagof? Cette parenté s'accuse du fait 
de la place naturelle que les mots gavot et gavet doivent 
prendre dans la série des mutations entre gaffol et gaff'et 
il'une part, gabot et gabel d'autre. 



Gabot, Gabet. — Ces mots dérivent naturellement de 
gaffot et gaffel par l'intermédiaire de gavot et gavet. Us furent 
probablement employés seulement en Guyenne et Gascogne 
et dans les Landes. On lit le premier dans G. Bouchet (1598), 
le second dans Ambroise Paré (1607); ces auteurs disaient 
ces mots usités dans la région de Bordeaux. 

On donne encore le nom de gabots aux cagots riverains de 
l'Adour, habitant principalement les communes de Goûts et 
Souprosse (canton de Tartas, Landes). Plusieurs dictons 
renferment ce mot. On dit par exemple à Mugron (Landes) : 

Gabot, gabot, gabère 
Couan a bis ta may sourcière 
Et toun pay loup-garous, 
Gros patapouf '. 

Dans un autre morceau se lit le mot gabih, dont nous ne 
connaissons pas d'auire exemple; il s'agit encore d'un couplet 
originaire de Mugron : 

Gabot, gabère, gabiii. 
Qu'as mifiyat un asou bii'i 
A p(''la é a escourya 
Pcr le faute d'un coutèt 
Qu'as niinyut ca('Iiaùs é pét 

1. Gabot, gabot, gabère 

Quand il a vu ta mère sorcière 
Et ton père ioup-garou 
Gros patapouf. 



292 IMllLOLUME 

Encout-re n'ères pas prou sadout 
(Ju"as minyat lous i)éùs dou loup 
Kucouère n'ci'en pas prou salais 
Ou"as minyat lous péiis don j^at ' 

On chante encore à Laurède (Landes) : 

Hoù (jabot de delà l'aygue 
Ou'a yelat soun pay den l'aygue, 
Sa niay en un lagot, 
A diù praùbc gahot -. 

On remarque, dans deux de ces pièces, le féminin gabère, 
comparable aux féminins gahrre et f/afrre de galtet et gafet. 

Cabot, dont l'origine est la même, serait, si nous en croyons 
Mistral, le sobriquet des habitants d'Anse (Basses-Pyrénées). 
c'est-à-dire peut-être des cagots. Il a donné naissance aux 
mots arcahod et arcabol (1315 et 1319), composés de ar qui 
est dérivé de ah ou ac (diminutif de cac), soit de ar qui signifie 
homme, comme il arrive parfois en composition basque, et de 
cabol. Ces mots se trouvent dans des ordonnances de police 
conservées dans les archives de Bayonne. (P. J. N"' 11 et 12.) 

Le mot cascabot fut employé dans le pays basque. Nous le 
discuterons en étudiant le mot cascarol qui en dérive. 

Gaouot, Caouet. — Ces mots ne sont qu'une variante 
phonique des mots gavel et gavot. Quoique nous ne 
connaissions guère de documents écrits où ils tigurent, nous 
avons un grand nombre de preuves de leur existence. Ces 
mots ont surtout existé dans la région du Gers, des Hautes- 
Pyrénées, et un peu dans les départements adjacents, avec le 
sens de mauvais plutôt que celui de lépreux. 

Gaoué appartient au Bigourdin oîi il signifie malade, 
goitreux (on se souviendra à ce sujet que les lépreux sont 

1. Gabot, gabère, gabiù 

Tu as mangé un àne en vie 

A peler et a écorcher; 

Faute de couteau 

Tu as mangé les grosses dents et la peau: 

Tu n'étais pas encore rassasié. 

Tu as mangé les poils du loup; 

Encore n'étaient-ils pas assez salés, 

Tu as mangé les poils du chat. 

2. Nous devons la connaissance de ces trois poésies à l'obligeance de 
M. l'abbé V. Foix, curé de Laurède. 



LES MOTS CAOUEGH ET GAVAGHE 293 

parfois goitreux, et que les cagots ont été confondus avec les 
goitreux). Ce mot fait au féminin gaouère, nom que porte une 
ferme à 6 km. au sud-ouest d'Auch, et que le poète d'Astros 
a employé dans un sens resté obscur*. Gaouahs est un nom de 
lieu de la commune de Roquepine (Gers). Ce sont encore des 
noms de maisons que Caouot (commune de Saint-Martin, 
Gers), Caouo (communes de Manciet et de Lannepax, Gers), 
Caouel (commune de Saint-Mont, Gers), Caouoit (commune 
de Panjas, Gers), Caouet (commune de Bourzon, Gers). Il est 
certain que ce n'est pas le hasard seul qui a accumulé tous 
ces noms et plusieurs autres dans le département du Gers, 
ils ne peuvent que se rapporter aux mêmes individus qui 
s'appelaient capots, capets, gabots^ gavouets, gavouats, etc. 

Ils marquent la transition qui mène aux mots que nous 
allons étudier maintenant, et qu'une documentation plus 
abondante permet de mieux connaître. 



Caoueclî, Gavach, Gavaclie. — Ce groupe nouveau, 
que nous avons étudié longuement dans un travail antérieur-, 
se caractérise par la finale acli ou ech qui souligne le sens 
malveillant, ou dépréciatif. Il dérive à la fois des trois 
groupements précédents puisqu'il possède les types suivants : 
gavac/t, gabach et gaouach. Il conduit au mot Gavache, qui 
est le plus connu et qui servira de pivot à nos recherches. 

On sait que le mot Gavache est une injure, un terme de 
mépris ; mais jusqu'ici on n'a jamais su en découvrir l'origine ; 
seul, peut-être, Fr. Michel l'a vaguement entrevue, mais il 
n'avait pas les matériaux suffisants pour tirer des conclusions 
satisfaisantes. 

Plusieurs auteurs ont pensé que ce mot ne s'adressait 
qu'aux habitants de quelques communes situées près de 
La Héole. Ces communes, dévastées par la peste, auraient été 
repeuplées par les soins de Henri d'Albret, roi de Navarre, 

1. •• De (jaouèrex dauri las plaignas - 

2. D' H.-M. Kay, Les gavaches (Revue de philologie française et de HUéralure. 
T. XXII, W trimestre 1908. — Paris, H. Champion). 



294 PHILOLOGIE 

de colons venus du Poitou et de l'Angoumois qui y impor- 
tèrent leur dialecte'. Mais on ne voit jtas pourquoi l'étran- 
ijeté de cette langue aurait incité les habitants voisins à 
traiter les nouveaux venus de Gavaches. Du reste ce serait 
une erreur de croire que seules ces communes abritaient des 
Gavaches. Ce nom est très répandu ailleurs. 

En Vieille-Gastille on aj)pelait Gavaches les Navarrais; en 
Navarre et Aragon c'étaient les Béarnais et les Gascons qui 
étaient visés par ce mot; [)Our les Gascons étaient Gavaches 
{Gabaï en patois) les gens de langue d'oïl qui étaient en 
contact territorial avec eux-. Dans le Gers, Gabachoii se dit 
d'un mauvais Gascon ; Cavarruvias dit que les Gavachos 
habitent une région qui conline à la province de Narbonne ^ 
Ce mot se dit encore de nos jours, en Espagne, des habitants 
de certains villages pyrénéens. Enfin, on le connaissait en 
Poitou, oii il portait le sens de lâche, sale, gueux, témoins ces 
vers tirés de la Rolea de la f/oUe Poilevinrie (p. 55) : 

Quious Gavaches 
Sont trop lasches 
Pre teni fort ^. 

Nous pouvons préciser avec quelque détail les points de 
notre territoire qui servirent d'asile aux Gavaches. Ils se 
trouvent tous dans le bassin de la Gironde et de l'Adour. 

« On distingue en Gascogne, dit Drouyn, la petite et la 
grande Gabacherie : la première est une enclave sainton- 
geoise en pays d'oc, elle est située au sud-ouest de Bordeaux 
(dans l'Entre-Deux-Mers);... la seconde est une bande de 

1. M. du Caila, Notice sur quelques monuments, usages et traditions antiques 
du déparlement de la Gironde [Mémoires de V Académie celtique, t. IV. 1809, 
p. 269-270). 

2. La Coussière, Intermédiaire des Chercheurs el des Curieux, 20 novembre 
189G, t. XXXIV, col. 650. 

3. •■ Gavachos, ay unos puelilosen Francia que confinan con la provincia de 

Narbona A eslos llama Belleforestio Gavachus, y nos ostros Gavachos 

Esta tierra deve ser misera, porque muclios destos Gavachos se vienen a 
Espana y se ocupan en servicios baxos y viles, y se afrentan quando los 
llaman Gavachos. » Tesoro de la Lengiia castellaua o espanola. Compueslo por el 
licenciado Don Sébastian de Coharvuvias,... En Madrid, por Luis Sancliez.... 
M.DG.XI. — In-f°, p. 432, col. 2. 

4. Cité par L. Favre, Glossaire du Poitou, de la Sainlonge, et de l'Aunis, 
Niort; Robin et L. Favre, 1867. 



LES GA VACHES 295 

terrain côtoyant le domaine de langue d'oc, entre la Gironde 
et Coulras. Les paysans gascons appellent Gabaïs tous ceux 
qu'en Provence et en Languedoc on appellerait Francimans, 
c'est-à-dire qui parlent un patois d'o^V. Le gabaï n'est pas du 
reste un langage uniforme'. » C'était même un langage peu 
compréhensible-. 

La petite Gabacheric résulterait du dépeuplement de la 
grande, après la guerre de Cent ans. 

Il y avait encore des Gavaches qui habitaient des communes 
situées sur les rives du Dron qui se jette dans la Garonne 
au-dessous de La Réole (d'après Caila). Ce territoire appelé la 
Gavacherie a pour capitale Castelmora''. 

Les Girondins, dit d'autre part Pavot, donnent le nom de 
Gavaches à la population d'une partie du Blayais, rive droite 
de la Gironde, et dans le Bas-Médoc le long du littoral et des 
marais salants \ 

Les noms de Gavache, Gaouach, Gavac/i, Ga//acIiof, etc., 
sont encore portés par de nombreux villages, hameaux, 
fermes ou maisons isolées; on les trouve dans ces régions 
précises oîi aux xiv" et xv*" siècles on appelait les lépreux du 
nom de capot, casot, garot, gavet, etc. L'Ariège possède un 
village du nom de Gabac/iou (commune de Freychenet). En 
Haute-Garonne on connaît Gabachou, village, et Gavachou, 
ferme (commune de Bonrepos). Dans la Dordogne nous 
voyons Les Gavachoux, maison isolée, appelée Les Guava- 

1. DroLiyn, Variétés fiirondines, t. I, p. 16". 

Voir aussi : Élude sur la limite fféograp/iiqne de la langue d'oc et de la 
langue d'oil; par le G. de Tourloulon et Bringiiior. (Uapport — Extrait des 
Missions scienlifiques. — Paris, 1866.) 

2. E SOS besios soun de péguos 
Que se hen un salmigoundin, 
n'eslaragucs ou de Moundin, 
Deoii lliherenc, ou deou Gabachou 
Deou Lanusquet, ou d'aquet uiachou, 
I^engoiio pedassal e hiihic 

Que mahercjo cado truc. 

Lftu Trimfe de la Lengouo Guscouo.... Par J. G. d'Astros de Senl-Cla de 
Loumaigiio. A Toulouse chez Anloino Birosse. M.D(^CL.\I1, in-12, p. vi. Voir 
aussi édition Tail/Kide, 1867, p. iv. 

3. T. Pavot, Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 20 novembre 1896, 
t. XXXIV, col. 652. 

4. Fr. Michel, loc. cit., t. I, p. 344. 



296 PHILOLOGIE 

choux en 1738 (commune de Montelar); Le Gavachou, hameau 
(commune de Sainte-Radegonde). En Tarn-et-Garonne citons, 
entre autres, Gahachoux (commune de Bourret); en Gironde, 
Gabache (commune de Gensac); en Lot-et-Garonne il y a trois 
hameaux du nom de Gahachou, et dans le Gers nous renon- 
çons à com|>ter tous les Gavach, Caouech, Gavache, Gabache 
ou Gabachous que l'on rencontre'. 

La simple topocrapliie laisse soupçonner qu'il doit exister 
un lien entre les capota et les gavaches; la |ihilologie con- 
firme le fait, ainsi que le montre le tableau ci-dessous oîi ne 
figurent que des mots dont l'existence a été vérifiée, et où l'on 
saisit sur le vif les mutations. 



Gavot. 
Gavol. 
Ga^vel. 


Gabot. 
Gabet. 
Galjère. 


Gaouot. 

Gaoué 

Gaouère. 


Caouot. 
Caoué. 
Caouet. 


Capot. 
Cabot. 
Capet. 


Gavoua. 

Gavouat. 

Gavouet. 


(ial)aï. 
Gabax. 


GaoualiP. 


Caouoii. 




Gavaclh. 
Gavach. 
.\ux G.ivachs 


Gabalchs. 
Gabach. 


Gauach. 

Gaouach. 

Gaouèch. 


Caoueh. 

Caouèque. 

Caouech. 




Gavache. 
Gavoche. 
Gua vache. 


Gabache. 


Gaouache. 




i 


Gavachou. 

Gavacho. 

Gavachon. 

Les liu.narhoui. 


Gabachot. 
Gabachou. 
Galtacha. 
Oabachoa. 






Cabacho. 


Gavachus. 
Gavachis. 
Gavachie. 


Gal)achie. 










Gamache. 
Gamachie. 
Gabacharra. 









1. On les trouvera indiqués à la partie topographique, département du Gers. 



LES GAVAGHES 297 

Parmi les noms qui figurent sur ce tableau, Honorât' en 
indique sept comme synonymes, ce sont : f^avot, gavouet, 
gahach , gavach, gavoua, gavoual, gavachow, Littré cite 
gavache comme un terme d'injure, homme misérable, mal 
vêtu, lâche, sans honneur; Mistral indique gavach, goinfre, 
rustre, gavachas, gavacherie, comme les équivalents langue- 
dociens de gavot, gavoto, gavoiitaio (provençaux) et ^fti«/ (bor- 
delais); Godefroy donne comme identiques, avec un sens défa- 
vorable, les mots guavache, gavache, gavoche, et Laramendi 
fait de même pour gabacho, gabachoa, gabacharra, gabache. 

La concordance de tels témoignages fournit un solide appui 
à notre opinion. Tous ces mots figurent dans notre tableau, 
que nous avons complété avec des noms de hameaux, de 
maisons, de familles, appartenant aux départements du Sud- 
Ouest; nous y avons joint des mots dont l'usage persiste 
encore (tel caouèque, mauvais sujet, dans le Toulousain et 
le Bas-Quercy). 

La terminaison ach qui caractérise les mots gavach, gabach, 
leur imprime un accent péjoratif; nous estimons cependant 
que cette terminaison n'a pas la valeur d'un suffixe, mais 
simplement d'une mutation qui s'est produite par degrés et 
dont nous possédons la formule de transition : 

(javat, gavacth, gavach; 
gavot, \gavocth], gavoche; 
gab[a]t, gabatch, gabache. 

C'est de la même façon que gahech dérive de gahet. 

Nous avons aussi dans notre tableau un bel exemple de 
la mutation du b en m, chose assez peu fréquente au moyen 
âge : 

gavache, gabache, g amoche; 
gavachis, gabachie, gamachie. 

Quelques citations d'auteurs vont nous aider à préciser le 
sens du moi lavache. 

Souvenons-nous à ce sujet que gavot, comme d'ailleurs 
cacot, gafl'ot, etc., ont dans l'usage souvent conservé leur sens 

1. Diclionnaive de la Langui' d'Oc. 



298 PHILOLOGIE 

primitif de mauvais, méchant, lâche, sale; c'est le sens qui 
est le plus net pour les mots étudiés dans ce paragraphe. 

M. Ganlère, le distingué archiviste de Condom, nous écrit: 
« On dit ici : espèce de gouach, comme l'on dirait pour 
hlesser quohju iiu : espèce de crétin. » « Crioiif'(/ue, nous dit un 
médecin originaire de Toulouse, est un mot (jue j'ai souvent 
entendu dire dans les faubourgs de ma ville natale, comme 
d'ailleurs en Bas-Quorcy; il a un sens apjirochant de mauvais 
sujet. )' A (javache ' se rattache le sens de lâche, d'après 
Fabre^el Littré. 

Les Cuf/ots ont été soupçonnés d'hérésie, ils se donnaient 
eux-mêmes comme descendants d'hérétiques dans une requête 
adressée par eux au [)ape Léon X en L')14; c'était là leur 
principale maladie, croyait-on au xvii" siècle : c'était une 
lèpre morale. Il en était de même dos Gavaches : « Lou- 
teranos, Gavachos, y Bourrachos Franceses », disait-on 
en i6i3 ^ 

Lépreux, les Gavaches n'avaient pas à craindre d'être 
contagiounés. Cholières le dit d'ailleurs : « Et ne voudrions 
estre de ces gavoches, qui boiront après un ladre ^ » Boire 
après un ladre, qui l'eût osé! N'était-ce pas s'exposer à une 
contagion certaine? Aussi voyons -nous partout ou presque ces 
malheureux posséder leurs fontaines, auxijuolles s'attachent 
parfois leur nom. C'est le cas de la fontaine des Gavais ou 
Gavachs (commune de Cadouin, Dordogne). 

Lorsque, avec le xvi- siècle, la lèpre commença à dispa- 
raître, les lépreux et les cagots se livraient outre au métier 
de mendiant, à des professions que les besoins locaux leur 

1. On est en droit de se demander si la formation du mot gavache n'a 
pas été sollicitée un peu par l'existence d'un mot qui était son contemporain; 
nous voulons dire panache ou garnache. Souvent au moyen âge on rencontre 
de ces rapprochements. Nous ne citerons que cagot (lépreux) et cagoule (vêle- 
ment que portaient les lépreux et qui permettait de dissimuler la face : 
d'où cagot. hypocrite). Si nous citons le fait, c'est que la ganache était une pièce 
de vêtement propre aux lépreux, et que diverses maladreries ont porté ce 
nom. Nous sommes d'autant plus porté à croire que ces deux mots ont été 
parfois confondus que, dans le langage populaire moderne, ganache et 
gavache signifient tous deux un mauvais garnement. 

2. Voir plus haut la citation faite par cet auteur. 

3. Les voyages et otîservations du sieur de la BouUaye-le-Gouz, Paris, 
Fr. Clousier, M.J)C.L\l\l, p. (UO. 

4. Cholières, Les Neuf malinées..., éd. Lacroix, p. 232. 



LES GAVAGHES 29^ 

suggéraient. Presque tous étaient charpentiers', d'autres 
étaient tonneliers-, vanniers, cordiers, laboureurs; il y eut 
même des meuniers. A Capbreton ils travaillaient aux sables 
et étaient commissionnaires. Ce dernier métier semble avoir 
été celui {\u gavacJi cité dans un compte de Jehan de Larrugan, 
jurât et receveur des deniers communs de Capbreton en 
l'an 4600 (conservé aux archives de cette ville) ^ 

Item, le 27 dudict mois ay baillé au Gavachz pour porter une 
lettre au sieur Miqueau de Pontelz, afin de la fere tenir à M. de la 
Courtiade notre procureur, dix soulz pour ce 10 s. 

Item, le premier juin ay payé au Gavacli pour porter une jarre 
dausitonnes, ou bien olives, à Saint-Jours, afin de la fere tenir à 
M. Ravel, cinq soulz pour ce o s. 

Un fait encore : on sait que les cof/ots devaient être chaussés 
pour traverser les villages; cet usage a donné, croyons-nous, 
naissance par analogie à la dénomination de gabacho, indi- 
quant en Espagne les pigeons chaussés quand ils le sont plus 
qu'à l'ordinaire. 

Gamachie enfin est le nom d'un cagot fameux, dont l'exis- 
tence a été souvent mise en doute, mais qui en vérité a existé, 
ainsi qu'on le peut voir dans notre chapitre topographique où 
nous avons consacré quelques pages à ce sujet (au moi SaiiUe- 
Suzanne. B.-P.). Son nom est certaineme'ntla marque de son 
origine, il est équivalent à ces noms de famille, Chrestiaa, 
Capot, qui ne sont point rares chez les cagots; aussi ne 
croyons-nous pas très nécessaire de chercher un hameau 
au(|uel le cagot de Sainte-Suzanne aurait emprunté son 
nom '. 



1. C'était le seul métier que pouvaient jadis exercer les lépreux. 

2. A Crouzeilles, par exeini)le, qui est un lieu oii on fait grand commerce de 
vins (canton de Lambeye, IJasses- Pyrénées). 

.3. Cité sur l'original par Fr. Michel, Histoire des Races lyiaitdiles, t. 1, 
|). .'ii6. Le lecteur lira dans cet ouvrage quelques pages admirablement docu- 
mentées des(juelles nous avons emprunté jilusieurs citations. Fr. iMichel 
sou|)çonnait aussi que r/a/feta et fjavaches étaient comparables, mais il nous 
est absolument impossible de le suivre dans ses idées philologiques et ethno- 
l()gi(|ues. 

4. Nous croyons cependant devoir rappeler qu'il existe plusieurs lieux 
dans les lîasses-Pyrénées et le Gers qui portent ce nom ou d'autres très, 
apjirochants. 



■300 PHILOLOGIE 



Capot. — Le li de cabot donna un 7Nlès la fin du xiv* siè- 
cle. Guillaume des Innocents' (1595), Paré-, Bouchet, Botero- 
Benese^ (1599), emploient tous capot et cappot. Avant eux, 
Charles VI, dans une lettre patente du 1 mars 1401*, avait 
écrit capot, et dans une lettre de rémission de 1461 citée par 
Du Gange, on lit : « In dicto conflitu et rixa, unus castranus 
seu capolus dicti de Fontaralhac, volens interfîcere Johannem 

spurium de Andouins cum quadamgibelina » Le vuoicapin 

ne fut guère employé que dans des régions très limitées de 
la Bigorre. 

On disait cappoterie pour lèpre ^. 

Le mot capot se rencontre très fréquemment dans les docu- 
ments. 

Au milieu du xix° siècle, Fr. Michel*, en parcourant la 
région pyrénéenne, dit qu'il a retrouvé ces mots en quelques 
lieux. Nous voulons les indiquer ici. Pour plus de clarté 
nous citerons les arrondissements et les cantons où ils exis- 
taient au moins à l'état de souvenir en 18 il. 

. ' Arrondissement de Saint- Gaudens (sauf 
Haute-Garonne ' cantons de Saint-Gaudens et d'Aurignac, 

' où l'on dit capins). 
Hautes-Pyrénées. . . . Canton de Castelnau-Magnoac. 
Basses-Pyrénées. . . . Arrondissement de Pau. 

f Arrondissement de Condom. 

V Cantons d'Aigiian et Plaisance. 
Gers < Arrondissement d'Auch, sauf cantons de 

/ Gimont et Saramon. 

[ Canton de Fleurance. 
Lot-et-Garonne Cantons de Casteljaloux, Lavardac et ÎS'érac. 



1. G. des Innocents, Exmnen des élephantiques on lépreux, chap. vu, p. i7, 
et chap. XI, p. 85-86. 

2. A. Paré, éd. de Paris, 1607, p. 744. 

3. Lp Relationi iiniversali..., pars I, p. 21. 

4. Ordonnances des rois de la 3° race. 

5. En 143'.t, ce mot fut employé dans une ordonnance du Dauphin de 
passage à Toulouse. Citée par Vaissette, llist. du Languedoc, t. IV, p. 492. 

6. Michel, t. I, chap. L 



LES MOTS CAPOT ET CAFARD 301' 

{ Cantons de Roquefort, Villeneuve, Mont-de- 

Landes < Marsan, Grenade-sur-l'Adour, Saint-Sever 

( et Dax'. ■ 



Cafard. — Le mot cafard ne dérive pas, comme on pourrait 
le croire au premier abord, de caff'o. Ce mot date du xv" siècle, 
et a porté dès le début le sens d'hypocrite en matière de 
religion; c'était à l'époque même où le mot c«(/o^ commençait 
à porter ce sens. 

Beaucoup d'auteurs ont pensé que cagot (faux dévot) venait 
du vêtement ou cagoule que portaient les pénitents. Mais cela 
tient à un simple rapprochement de mots que Rabelais et 
surtout son commentateur Le Duchat se sont plu à faire-. Il 
suffira de se souvenir que ce mot exprimait la haine, le mépris 



1. Fr. Bosquet (Innocenta Terlii Pont. Ma.r. Nofœ ad Epist. L., p. 35-36i 
croit que capot vient du latin capus, épervier, à cause des vols qu'ils coni- 
mettaienl. — Pechon de Uuby {Le Jargon ou le langage de l'argot réformé,. 
Paris, 1628, p. 7o) décrit les capons comme des voleurs. 

I^ullet y voit un dérivé du mot celtique cap, <• qui a dû probablemtînt 
exister avec le sens de couper ». 

Raoul Rosières ferait dériver capot de capax, grosse tète (Dict. Lang. fr. 
de iahbé Sauvages). 

Ce mol, dit FI. de Rœmond, est une altération de Cagot qui vient de 
caas-r/oth.s. — Le Duchat, comme pour le mot cagot soutient l'origine latine 
capes. C'est à cette opinion cjue semble se ranger De Rochas : ce mot, cHt-ii. 
« ne viendrait-il pas plutôt du nom de la casaque ou capuchon qu'on donnait 
aux lépreux et (|u"on appelait cape ou capat? » 

Plusieurs auteurs y voient le mol capon ou châtré, en particulier Fr. Michel 
qui en donne l'explication suivante : - Ils (les (fagots) furent originairement 
nommés Crestals, crélés, mot qui mal compris se changea de bonne heure 
en Crestias, dans le Béarn et la Guienne. Il paraît que dans le Languedoc, 
une partie du pays basque et dans les Landes, il se maintint plus longtemps 
sous sa forme première, bien que le sens en fût perdu. Ce sens naturelle- 
ment était fort restreint, et ne s'appliquait guère qif'aux Cagols. il dut 
nécessairement se perdre, surtout à répo(iue oii les règlements rendus conire 
ces malheureux tombèrent pour la première fois en désuétude. Le mot 
néanmoins resta et quand on voulut rendre compte de sa valeur on ne 
trouva qui' c/uilré, qui dès le xiv" siècle se disait cresial en gascon. C'est, à 
n'en jias douter, à cette interprétation que la tradition qui fait descendre les 
Cagols des Juifs doit son origine. » 

Cette o|iiniou n'est basée sur aucune jireuve ilc valeur (Michel, p. 28.!), 
t. I). 

2. Œuvre de M" F. Rabelais. l'A. 1741, par Le Duchat, in-i, t. l, p. 3, et 
t. H, p. 10, note 40; et Dictionnaire étym. de la langue française, par Le 
Duchat, \l^i). 



302 PHILOLOGIE 

et la méfiance pour comprendre qu'il fut appli<|ué aux hommes 
d'une religiosité affectée. Le mot cafard avait le même sens. 
C'est ainsi que les (ienevois, qui étaient des Réformés, 
rcmplovaientpour dénigrer Tlionncur de la prêtrise (Garasse). 

Ce mot dérive probablement de capnl par aspiration du P 
qui donna PIL puis F. C'est ainsi que Habolais emploie Tor- 
thog-raphe caphard, et Garasse [Reclierclies des Itecli., p. 78) 
écrit caphart. Marot, dans son glossaire, met cajfard. 

Cette sorte de mutation est assez peu fréquente en français. 
En gallois elle se rencontrait souvent. C'est ainsi que : 
Fenestre est venu de Penestre, Fin de Pin = Fontaine'. 



Gahet, cahet. — Partout où Ion employait (jalfet. on dit à 
partir du xvi" siècle cahet et (jahet; ces deux mots dérivent 
du premier. De même ipiffel, gaffe, donna le verbe gahar, 
accrocher. Cette transformation de VF en // est assez fréquente 
dans l'ancienne langue béarnaise (hoeht pour foeht, de focus, 
foyer; hijo de filius, fils). Elle est plus fréquente encore en 
espagnol (harina pour farina, etc.). 

On pourrait objecter que caliet vient du celto-breton, car : 
l°C«e/i s'employait dans laCornouaille; 2" la mutation du 6^ en 
// n'est [)as rare dans les langues indo-européennes et romanes 
en particulier; 3" le G et le 6', entre deux voyelles, ont souvent 
donné un J'ou un /. Cajjet viendrait ainsi de cagol eicaliel de 
cayel. Mais ces arguments n'ont aucune valeur, car ils ne 
tiennent pas compte des faits acquis par la connaissance de 

1. Les étymologistes ont au sujet de ce mol émis les opinions les plus 
diverses. Nicod {TkreSor de la langue françoijse. A Paris, chez David Douceur, 
M.DC.vi, in-f°, p. 100, col. 2) croit qu'il vient de l'hébreu capital, couvrir; 
Borel, de y.a/.a^apa, malalexere, ou du turc cafar, renégat. 

Le Duchat, comme pour le mot cagot, le dérive do cape, manteau avec 
capuchon. Ménage, en son Dictionnaire de Trévoux, le rapporte à l'arabe 
cafare, et au turc cafar. Fr. Miciiol, défendant à co sujet la thèse qui lui est 
chère, croit que, descendants d'hércHiques, les cagots allaient à l'église par 
manière d'acquit et se livraient en public aux pratiques du catholicisme le 
l)lus orthodoxe. Voilà pourquoi, dit-il. les mots cagots et cafards ont été pris 
dans le sens d'hypocrite et de faux dévot. Puis cet auteur rappelle qu'il 
croit ces mois dérivés de can, ca, chien, et de ffolh. Celle opinion n'est pas 
admissible, elle a été d'ailleurs combattue savamment par De Rochas. 



LES MOTS GAHET ET CAHET 303 

riiistoire. En effet, Tunique titre, oîi le mot caijet est employé, 
émane de Bordeaux, et parle de la communauté des cayets. 
connue depuis longtemps sous le nom de cahets ou gahels. L' F 
viendrait ici de la prononciation mouillée de H. 

Plusieurs lieux s'appelaient les r/affets ou les gahels. Les 
yaffets de Bordeaux devinrent les gahels de Bordeaux, même 
dès le début du xiv" siècle. 

Enfin, un autre fait montre, d'une façon certaine, que 
gahel vient de gaffet : on disait jadis ga/fel et gaff'ol, proba- 
blement aussi ca/fèt et caffol, d'où sont dérivés gavet eigavot, 
gabel et gahot; on disait de même cahel et cahot, gahet et 
même gahol. 

Le mot cahol semble avoir été fort peu dit au début du 
xvn" siècle. Il est cité par Just Zinzerlind (1616 : « Nec 
abludit valde nomen cahets, cahots ». Il existe aussi dans 
quelques éditions d'Amhroise Paré. 

Cahel a été plus fréquemment employé, il se lit dans un 
grand nombre de documents. 

Le mot cahue, qui paraît avoir même origine que cahet, est 
indiqué par Yan^uasy Miranda '. Ce terme aurait été usité en 
Haute-Navarre au xv" siècle -. 

Caeh, lépreux, appartenait au dialecte Comique. 

Le terme gahel fut employé en Guyenne et en Gascogne. Il 
existait avec l'orthographe gahed en J300, date oîi nous le 
trouvons dans le testament de Pierre Amanieu^ Jean Darnal * 
écrit gahet comme existant en 1555. Ce nom resta à plusieurs 
localités '. Il fut très usité dans toute la région bordelaise; il 
n'a pas tout à fait disparu de nos jours. 

1. Addiciones ni diccionario de Antiquidades de Navarra. 

•2. Cahue serait venu de cafj'et ou café (celle dernière orlhograplie esl à 
caffet ce que gnfo est à ç/affol). delà ne doit pas nous étonner, d'autant plus 
que nous retrouvons un fait semblable chez nous. Par suite d'une pronon- 
ciation locale, on disait, en certaines régions de France, le calmé pour le 
café, la boisson si estimée. En 1634, Du Loir écrivait en elTet : •< Il nous fit 
boire du caliué ». Cf. art. Cahiié du Dictionnaire de Trévoux. 

3. 1». J. N" 33. 

4. Supplément des Chroniques de la noble Ville et Cité de liourdeaus. Bour- 
deaus. .1. Milanr/es, M.DC.XX., in-i, f" iO. 

0. Baureiii dans ses Variétés Bordelaises (1"84) nous apprend que dans les 
anciens titres concernant l'hôpital de Saint-Jean de Grayan, il est fait men- 
tion d'un ténement appelé aiij- Gahets. Il cite, parmi les principaux villages 
de la paroisse de Saint-Pierre de Vansac, le village appelé les Gahels; 



30i PHILOLOGIE 

Le mot fjaJiet, outre qu'il signifiait lépreux', portait aussi 
le sens de galeux -. 

Gahefli se trouve dans G. Bouchet. 

Le mot gaclief est probablement venu de gahet; il fut à 
peine usité ^ 

Galiect,a.u \\\uv\e\f/ahectz, se rencontre dans une ordonnance 
des jurais de Bordeaux (1573) : « Item, est establyet ordonné 
quedoresnavant nulchestien ne chrestienneappelezgahectz*. » 

On disait ga/ieigts à Bugnen, canton de Navarrenx^ 

« Lous Gahécs de Laurède » est le surnom que les habitants 
des lieux voisins ont donné aux cagots de Laurède, peut-être 
même aux habitants de Laurède, car il y avait dans ce village 
beaucoup de cagots. M. Foix, curé de Laurède, qui nous 
rapportait ce mot, nous dit aussi avoir recueilli, d'une 
vieille femme, la tradition suivante : « A Laurède y a pa 
qu'un cartié de galiécs, lou de Labenne : qu'abén un bénitié 
à part. » 

Gahe'ig se lit dans une chanson landaise que Fr. Michel a 
publiée '\ 

Galiiz, accolé aux mots ladres et capots, est par deux fois 
employé dans un arrêt du Parlement de Toulouse du 30 juil- 
let 1700. 

Lou Gaheraou est le nom d'un village de gahets dans le 
canton de Lignan. 

Quelques lieux s'appellent Le Gaët ' . 

Le mot ijahot a-t-il existé en France? Peut-être, mais nous 



suivant un titre du 11 novembre 1562, il existait un lieu, dans Mérignac, 
appelé au Gahet; idem pour la paroisse de Saint-Vincent de Ganejan, d'après 
un litre du 14 mars 1488. 

i. On disait, par exemple. indilTéremment, Saint-Nicolas des Gahets, ou 
des Lépreux. 

2. Galeux était, à vrai dire, un synonyme de puant, sale et ladre, comme 
le mot qafo. La gale et la lèpre furent longtemps confondues, ainsi d'ailleurs 
que plusieurs maladies de peau, et la syphilis. 

3. Ce mot est peut-être venu de Gakou; mais cette hypothèse est, il faut 
l'avouer, peu probable. 

4. Registres delà jurade de Bordeaux, conservés à l'Hôtel de Ville. Collec- 
tion l.o73, fol. 6. 

3. Fr. Michel (loc. cit.). t. II, p. 134. 

6. Fr. .Michel, t. I, p. 138. 

7. Le feu ilu Gaël. Le chenal du Gaët, petit bassin en aval de Pauillac. 
On disait autrefois le chenal du Gahet. 



LE MOT CAGOT 305 

n'en connaissons pas d'exemple. En revanche, il s'employait 
en Espagne dès le xuf siècle, au sens de lépreux. 
« Paroseme en el sendero la gaha roin heda '. » 
Les opinions des auteurs, quant à l'étymolog-ie du mot 
gahet, sont tout particulièrement faibles-. 



Cagot. — L'origine du mot carjot est assez délicate à établir. 
Ce mot vient-il de caffot ou de cncodl S'il était né en Bretagne, 
ainsi qu'il semble à prime abord, comment se fait-il qu'il se 
rencontre presque exclusivement dans les Pyrénées? 

Un passage de Yanguas y Miranda, où les mots cahues et 
cafjues sont rapprochés, fait penser à la mutation de \H très 
aspiré en G. Ce même passage assigne au mot car/ues une 
origine au xv' siècle. 

Les autres documents qui nous permettent d'établir ou de 
contrôler l'époque d'apparition du mot caf/o( ne laissent pas 
supposer un seul moment que ce mot ait pu venir de cahel. 
Gagnes et cagot sont parents éloignés. 

En réalité cagot vient du cacot breton. En effet, avant 
l'apparition du mot cagot, nous trouvons quelques termes qui 
ont avec lui des ressemblances frappantes, ce sont : cageois et 
cagou, connus dans le Midi comme dans le Nord de la France, 
et qui dérivent indubitablement de cacoux. Nous connaissons 

1. Pocsias del Arcliipiesle de liila, copia 935 {Tollecci ou de Poesias casle- 
llanas anteriores al sif/lo XV,... par 1). T. A. Sanchez... T. IV. .Madrid : Ant. 
de Sancha. M.DCC.XG,' in-8, p. 151). 

2. FI. de llœmond croit qu'il s'agit d'une secte d'hérétiques qui vivait au 
vi'^ siècle : <■ On les appelle aussi Gahets : peut-être sont-ce de ceste race 
(riiéréli(|ues dont parle nostre Empereur Justinian, au tiltre de herelicix, 
qu'il appelle Gazaros. ■• (UAnticliri.-(, chap. xli. p. r)69.) 

Venuti fait appel a. l'allemand (?) ou au celle. 

Baureiii veut que dahet vienne de (iahar (Gascogne), qui signifie 
s'attraper, s'accrocher, sans doute parce que les Gahels étaient atteints 
d'une maladie qui se communiquait aisément. (Variéte's Bordelaises, t. I, 
p. 25S, et t. IV, p. 16.) 

Fr. Michel voit ilatis Ga/fo, (ia/fel et Ga/iel, une •■ contraction de 
Gavacho, terme d'injure dont on se sert en Espagne à l'égard des Français •; 
c'est . évidemment une altération du Gabali, peuple de montagnards dont 
une ville portait du temps de Savara le nom de Ghave ■>. 

Cet auteur va même jusqu'à croire que le mot espagnol gafo, qui veut dire 
lépreux, vient de ce mot Gavacho (loc. cit., t. I, p. 341). 

Kav. 20 



306 IMllLOLOdlE 

aussi une léproserie de l'Indre qui s'est successivement 
appelée Les Cagols et Les Cacots. Hemarquons encore que 
le mot cagot n'était pas populaire en Béarn aux xvi'^ et 
xvii^ siècles, et qu'à l'époque où il apparut dans le Midi, c'est- 
à-dire au xvi" siècle, il n'était employé que dans les pièces offi- 
cielles émanées de la Cour de Paris (sénéchaussée de Tou- 
louse), ou de celle de Béarn, en rapports constants avec 
Paris et la Bretagne. Notons encore qu'aux xvT et xvu' siècles, 
tandis que les mots dérivés de f/(f/fe( n'étaient j.'uère en usage 
que dans le Sud-Ouest, cagot se disait en Bretagne, Anjou, 
Poitou, Berry, aussi bien qu'en Languedoc. Tous ces faits 
sont propres à faire penser que le mot cagot ne vient pas de 
gaffot. Si au contraire il venait de cacot, son introduction en 
Béarn par l'intermédiaire de la classe dirigeante, alors en 
rapports étroits avec la Bretagne, et dans tous les cas bien 
à même d'importer un mot assez usité partout ailleurs, n'a 
rien qui paraisse invraisemblable. Ceci expliquerait encore 
le mode de diffusion du mot qui se répandit en Béarn autour 
des capitales, et se trouva en fin de compte entouré d'une 
zone ininterrompue où les dénominations dérivées de gaffot 
se sont conservées jusqu'à nos jours. 

On pourrait nous objecter ceci : Les mots capot et cagot 
furent simultanément employés en Poitou au dire de G. Bou- 
chet, ainsi qu'en Languedoc; ces deux mots, cités côte à 
côte par plusieurs auteurs, ne dériveraient-ils point l'un de 
l'autre? Non. Capot est certainement originaire du bassin de 
la Gironde. Il a pu s'étaler un peu au nord de cette région, 
mais il ne l'a fait que très incidemment et n'a laissé aucune 
trace en dehors des pays immédiatement voisins de ceux où 
il se rencontrait encore il y a moins d'un siècle. Il n'en est pas 
de même du mot cagot. D'ailleurs il est difficile de faire 
dériver un G d'un P au xvi' siècle. La similitude de conso- 
nance de ces deux mots explique assez le rapprochement que 
les auteurs ont fait, mais les considérations ci-dessus doivent 
suffire à nous interdire de les imiter. 

Cagot est-il donc venu de cacott A cela pas d'objection philo- 
logique possible. La transformation du (' en G est des plus 
fréquentes non seulement en France mais encore dans presque 



LE MOT GAGOT 307 

toutes les langues; elle se comprend d'autant mieux quand on 
se souvient que les Romains ignoraient la lettre G avant la 
première guerre punique, et que c'est à Carvilius, au dire de 
Terentius Scaurius, que l'on doit la distinction de ces deux 
lettres. Dans nos vieux patois, les exemples de cette mutation 
aliondent, autant que dans le peu que l'on sait des dialectes 
populaires de l'ancienne France. 

Cac a donc pu donner carj, r/ac et gag. 

Cette proposition est entièrement vérifiée avec les mots que 
nous étudions ici, car cacot dans le sens de lépreux a donné 
cagot, gakou et gagot. 

Cagot, dès la fin du xv" siècle, est connu dans la région pyré- 
néenne; il n'est presque pas d'actes, surtout en Béarn, où ce 
mot ne fût, à l'exclusion de tous autres, usité à partir du 
xvi*' siècle. 

On écrivit aussi Cngunt dans un censier de 1569 ', ainsi que 
dans une requête des villes de Sainte-Marie d'Oloron, de 
Monein et autres qui fut présentée aux Etats de Béarn (1610) : 
« Que, combien que per los quoate et cincq arligles deu For, 
rub. De Quallitaz de Persones, sie deffendut aus Caguotz 
de conversar, etc. ». Il en est de même dans un extrait de 
procédure concernant les fiefs dus au roi (29 août 1621) 
«... Marie de Puxeu, Caguotte, a déclaré que sa maison est 
bâtie en la terre de l'abbé de Lésons » 

L'orthographe Quagotz se trouve dans les registres de la 
commune de Biarritz : il s'agit d'une plainte en justice datée 
de 1718. « Le sieur Labat, jurât, leur a présenté que le 
nommé Estienne Arnaud, munier, de la rase des Golz, 
Qu/igolz » 

Quaguol se rencontre dans un titre de l'an 15.38-. C'est avec 
le censier de 159" la pièce la plus ancienne où ce mot ait été 
employé. 

L'orthographe cagot se rencontre pour la première fois 
ilans une ordonnance pour le pavs de Cizc datée de 1579'. 

Le mot d'argot cagoux qui désignait des voleurs est à ratta- 

1. F. J. N" lo;. 

2. Arch. des Busses-Pvr. B 658, f" 349. 
A. P. J. N" 113. 



308 PHILOLOGIE 

cher aux précédents. Il en est de même de ccif/ou, avare*. 
D'ailleurs l'avare qui ne veut hanter personne et se cache, 
n'a-t-il pas été a|)pelé ladre, donnant ainsi une preuve de plus 
de l'assimilation qu'il faut faire des caiïots aux ladres. 

Le mot cagues s'employait, au dire de Yanguas y Miranda, 
avant l'an i421, dans les montagnes de la Haute-Navarre. Il 
paraît être dérivé de ca/ntes, donc de cafj'ot. Cagoto en langue 
romane désig^nait des peujdades des montagnes de Béarn 
(Mistral) -; il y a lieu de croire qu'il s'agit des cagots. Cagoutin 
est un diminutif que l'on rencontre dans des chansons poj)u- 
laires de Béarn; en béarnais on dit cagoutou. On disait encore 
la cagoutaille, la cagouiille pour désigner les cagots. 

Cangot est une orthographe vicieuse employée par Guil- 
laume des Innocents (159;) ". Elle est rex|)ression d'une 
|)rononciation locale, ou la traduction d'une opinion populaire 
qui voyait dans le cagot un chien de Goth, canis got/nis. Il en 
est de même du mot cassigolhi, traduction latine faite par 
G. Botero-Benese * et inspirée par une fausse étymologie. 

Mahé (1825), dans ses Essais sur les antiquités du Morbihan, 
parle des cagous. Enfin cagouen en Provence signifiait lépreux ; 
il faisait au féminin, cagouina. 

Le mot gakou est employé au féminin : Ar gakouzez, 
comme titre à la chanson bretonne du xv* siècle, publiée par 
Hersart de la Villemarqué, que nous avons citée plus haut. 

Enfin le mot gagotes n'a guère été employé que par Zama- 
cola dans son Historia de las Saciones Bascas (1818) ^ 

1. On a souvent voulu rapprocher de ceif/ou, le mot carpiavcl. Ce dernier 
vient certainement de canis, chien: il n'a donc rien à voir dans la question. 

2. Diclionnaire provemal. 

3. G. des Innocents, Examen des éléphant iques ou lépreux. Lvon, Siniljivn, 
M.D.XCV, in-8. 

4. Le Relationi universali. Venise, 0. Anr/eiieri. M.D.XCIX, in-4\ pars I, 
p. 21. 

0. Voici les théories diverses émises sur l'origine du mot caç/ot. On peut 
les diviser en cinq groupes : 

1° Ce mot dérivii du mol Goth; 2" du latin; 3" du grec; 4" du celte; 
5" origines diverses plus ou moins fanlaisistes. 

1" L'opinion qui a eu le plus de partisans est celle que Marca avait 
donnée : " Je n'ai rien de plus vraisemblable à proposer, sinon qu'on leur 
(aux Cagots) faisoit ce reproche, pour se moquer de la vanité des Sarasins, 
qui ayans surmonté les Espagnes, metloicnt entre leurs qualités, celle de 
vainqueur des Goths, comme faisoit Alboacen le Roi More du Conimbre petit 
fils de Tarif en son Édit, qui est au Monastère de Lorban en Portugal, 



LE MOT AGOT 309 

Agot. — Ce mot dérive de cagot, par chute de la consonne 
initiale, accident fréquent dans toutes les lang-ues. La racine 
khakii ou cac a donné par ce moyen un certain nombre de mots, 

lequel Édit Sandoval a produit en ses Noies sur Sampyrus. On prelemloit 
donc leur donner le tiltre de leur vanterie, en les qualifiant Chiens ou 
Chasseurs des Goths par une significalion active. » 11 s'agirait donc de la 
contraction des mots Gaas-Goths. C'est aussi l'opinion de Scaliger i|ui fait 
venir Cagoth de Canis Golhus ', c'est celle de Millin, Deville, Du Mège, 
et Durrieu. 

Fr. Michel voyait dans les cagots des émigrés espagnols, descendant des 
Goths établis jadis en Septimanie, et que l'on appela, parce qu'ils étaient 
détestés et avaient trempé dans des hérésies, des chiens Goths, Caas Goths. 
C'était l'opinion contre laquelle P. de Marca s'élevait dès le xvu" siècle. Ce fut 
celle de FI. de Rœmond (lei.'î). 

2° Peu d'auteurs ont pensé au latin. Il n'y a guère que Jault qui croit 
cagot venu de cacatus, et Ducat- qui fait dériver ce mot de copes = 
capuchon, manteau. 

3° Le grec compte aussi peu de partisans. 

Le dictionnaire de Ménage ^ croit que ce mot vient de y.ayafio; ou de 
caasgolhs. 

Th. Nodier écrit : « Je ne suis pas trop porté a chercher des étymologies 
grecques aux mois qui paraissent anciennement naturalisés dans notre 
langue; mais je conçois qu'à une époque plus voisine, on ail substitué au 
nom de caste de ces malheureux un nom grec qui consonnait peut-être avec 
lui. Kay.o; signifie malus, improbus, ignobilis. » 

4° Le celte. Nous avons exposé, au commencement de ce chapitre, les 
théories qui entrent dans ce groupe. 

0° Voici des opinions étranges que nous ne citerons que pour mémoire. Mis- 
tral ^ croit que cagot vient de cap-covb, qui courbe la tète. Zamacola => pense an 
mot basque Gankoles, montagnard. D. L. le Pelletier croit que ce nom est 
venu de cac (breton), petit tonneau, tandis que Yenuli hésite entre une 
origine celte ou allemande. Laboulinière dit : « Le plus probable est qne 
cette dénomination de Cagots est une altération des anciennes et qu'elle n'a 
été employée, comme elles, qu'en signe de mépris. Dans la Romagne et a 
Naples on appelle du nom de GalToni les gens de la campagne les moins 
civilisés et les plus grossiers *'. ■> Le Duchal dit que c'est un mot métis qui 
vient de l'allemand Gotl, Dieu, ." et d'un mot tiré de quelqu'aulre langue. 
Ainsi on peut s'imaginer que ca dans Cagot vient de cano, je chante, les 
Cagots chantant Dieu, c'est-à-dire louant Dieu ou afTeclant de le louer à 
tout moment'' ». Le même auteur dit ailleurs que Cagol vient de Cahuet, 
sorte de cage qui avait été le modèle du capuchon des Cagots. 

Pour le mot C-igous, D. le Pelletier pense qu'il vient de gueusi'r, demander 
l'aumône. 

Teuiet « ainsi que Michelet'* ne trouvent pas d'étymologie à leur goût. 

1. Prima Scaligerana, nusquam antehac édita cuni prefatione. — T. F abri... Gronings- 
apud l'etrum Smithxum, M.DC.LXIX, in-12, p. -1. 
'2. Ducaliana, p. l'24-125. 

3. Dirt. Elyinol. de la lanyue française, par Ménage. — MDCCL. 

4. Dicl. provençal. 

5. Jlistoria de las naciones Bascas, t. HI, p. -ilS-^l-l. 

6. Itinéraire, t. I, p. 79. 

7. Œuvre do M"^ P. Rabelais, ancien prologue du IV« livre, t. II, p. xii, note 11. 

8. Beoite de Paris, t. LVII, p. 45-55. 

9. Histoire de France, 1833, p. 495-499. 



310 PHILOLOGIE 

dont rintérêt pour nous est assez g^rand en ceci que le sens 
mauvais, sale, malade, s'y retrouve constamment. Gilons par 
exemjde : Ack (l)reton), terme enfantin (|Mi désigne lout ce 
qui est sale; Ac/i-uf (liasque), terme de mépris; Ac-otolar 
(catalan), oppresser; Ac-olir pour cacolir (Berry), déliiliter 
en parlant de maladie; Ache (ang-lais), mal, soultrance, 
maladie; Bour-acha (1. d'oc), bourrache (mauvaise bourre); 
Brav-ache, faux brave'. 

La première syllabe d'un mot à réduplication comme ca-f/ot 
peut tomber aussi tout entière. C'est ainsi que cacolir (l»er- 
richon), être débilité par la maladie, a donné ncotir et cotir, 
avec le même sens. De même carjot a donné ariot et fjot- . Cotte 
opinion cependant n'a pas été admise par tout le monde, 
puisque Zamacola croit que arjot est venu de cafiol par aspi- 
ration du C, car il écrit que le mot liaf/o/es se rencontre dans 
les Fors de Biscaye; malheureusement rien n'est moins 
prouvé, et plus improbable. 

Le mot (if/otes, qui est le pluriel espagnol du mot /if/o(, fut 
employé pour la première fois dans une requête présentée 
par ces malheureux au pape Léon X en 1514 : « Ces agots 
ou chrestiens (car c'est ainsi ([u'ils se nomment dans 
cette Requête) disent que leurs ayeux avaient fait pro- 
fession de l'Hérésie des Albigeois » (Venuti, |). 128- 

129). 

Les Basques, chez qui l'article se met après le mot, à la 
façon d'un suffixe (langue agglutinante), disent of/o/a, le 
cagot; ar/otac, les cagots. 

Aguotz est l'orthographe la plus usitée à Capbreton, au 
XVI* siècle. Enfin quelques auteurs, dominés par des considé- 
rations historiques fausses, écrivaient af/o(h. Les mots got, 



1. Dans diverses langues, ac ou ach a pu donner par mutation ou mieux 
équivalence og. 11 est ainsi vraisemblable, et cet avis a déjà été émis par 
divers auteurs, que ,rgpr (latin) viendrait d'un mot plus ancien .rcher ou 
acher, qui est certainement dérivé du même radical péjoratif, qui devait 
donner aux Grecs -/.ay.o; et aux Celtes liakod et gaffel. 11 y aurait donc ainsi 
une parenté très éloignée entre a-groles et agoles dont la forme est si com- 
parable. 

2. Il est possible toutefois que même dans les cas où l'orthographe got a 
été usitée, le mot n'ait été pris que jiar suite d'une opinion erronée qui 
voulait voir dans les cagots des descendants des Goths. 



LES GASCÂROTS 311 

goth, f/othi, viennent de ce qu'au xvu'' siècle on les croyait 
descendants des Goths^ 



Cascarot. — Les cascaroles ou cascarofs, que l'on a 
voulu à tort confondre avec les gitanes, sont aussi des caf/ots. 
Leur identité se peut établir par les titres d'archives, aussi 
bien que par la discussion pbilolog^ique. 

Les deux termes qui ont précédé le mot cascarot sont 
cascabota et arcabot. 

La permutation des consonnes en basque semble, dans l'état 
actuel de la science, être soumise à l'arbitraire, et ne point 
s'ex|)liquer comme pour la plupart des autres langues ^ C'est 
le cas des mats que nous étudions, où un r a remplacé un A, 
chose indéniable quand on rapproche l'un de l'autre ces mots. 

Outre cela cascarot est un mot composé. Faut-il le lire 
cas-carot ou casc-arof. La seconde lecture est la bonne, car 
seule elle satisfait pleinement l'esprit, et de plus elle permet 
de comprendre cette autre, donnée par Guilbeau, cast\irota. 
Le sens du premier membre, case, est évident; dans toutes 
les lang'ues, il signifie toujours écaille, écorce, gousse. Ici, 
nous avons toutes raisons de lui donner le sens d'écaillé, et 
de voir dans le mot casc-arot, la lèpre écailleuse, maladie 
qui atteignait les gahets dits Sarnesii (de Sarna que Covar- 
ruvias définit : « una especies de lepra... est... cutis summœ 
asperitas eu m furfureis scamulis »). Arot viendrait de abota, 
sans doute par suite d'une rudesse spéciale de la pronon- 
ciation. Le mot arjota influa-t-il sur cette permutation? Peut- 
être. Ces deux mots s'employaient indifîéremment au pays 
basque, comme le laisse entendre Abel Hugo : « On trouve 
dans le pays basque une race d'hommes que les habitants 
considèrent comme descendants des Sarrasins, et qu'ils dési- 
gnent sous le nom d'Agotac ou Cascarotac^ » Le mot arota 

\. Michel voit, dans agot, le mot Goth précédé d'un a euphonique. 

2. Voir La Langue basque, par Arturo Campion, p. 413, in La Tradition au 
pays basque. Paris, 1S99. 

3. France pittoresque, t. III (1835). 



312 PHILOLOGIE 

est resté pour désigner les charpentiers, qui étaient presque 
tous cagots. On dit niainlenant Arolz'. 

Mots haiœmi-.nt kmi-loyks va- dékivant pak fausse interpré- 
tation DE CAGOT. — Nous avons parfois rencontré les mots 
suivants que par curiosité nous croyons devoir citer. Ce sont 
d'abord f/or/ et mar/of/ appliqués aux cagots dans une chanson 
béarnaise rapportée par Michel ; il est probable qu'il y a là 
une allusion à l'hérésie que l'on croyait exister chez les 
ancêtres de la race maudite, puisque Gog et Mfff/or/ sont dans 
l'Ancien Testament les protolyjtes des ennemis de l'Eglise. 
Magot est encore employé dans un règlement des pécheurs 
de Biarritz au xviii' siècle (172;)). 

L'opinion oii l'on tenait les cagots pour descendants des 
Goths les a fait appeler Bisigols [Wisigolhs), et Bigots^, qui 
n'est que la contraction du précédent. Il en est de même de 
Aslragot (pour Ostroc/oih)^. 

Le mot cadol est employé dans un arrêt du Parlement de 
Toulouse du 30 juillet 1700. Peut-être est-ce une erreur 
graphique. Si ce mot a réellement existé, il faut le rapporter 
soit à cagot, soit à une fausse opinion sur son origine (cadere, 
tomber). 



Cassot. — Gassot signifie lépreux. Ge mot est rigoureu- 
sement synonyme de cagot, en ceci qu'il s'applique aux 
lépreux libres, atteints de lèpre blanche, et héréditaire. On 
les opposait aux lépreux rouges avec lesquels on ne les con- 
fondait certainement pas, ainsi que le prouve un règlement 
pour la léproserie d'Outre-Pont à Cahors (1261). G'est un 
mot fort ancien, usité dès le xin^ siècle et peut-être même 
plus tôt. On le connaissait dans les pays de langue d'oïl, au 
dire de Roquefort; mais il semble être resté d'un usage res- 

1. Hatan indique Kaslarjols, casle des Gots, comme origine de cascarot; ii 
donne aussi par op[)Osilion A hagots, non Golli, mot dont nous ne connaissons 
pas d'exemple. 

2. Bigot, mot appliqué concurremment à Cagot par la noblesse protestante 
de Béarn et Navarre aux lépreux et aux faux dévols (Larenaudière). 

3. Bisigolz, Astragotz, gotz (pièce du 10 juillet 1718 concernant Biarritz). 



LE MOT GASSOT 313- 

treint, comme d'ailleurs le mot caffre. Nous ne connaissons 
que (le rares exemples de ce mot. C'est d'abord dans le renfle- 
ment du 4 février 1261, pour la maison d'Outre-Pont 
où on lit : « Les mais costitulios e establimens en la dicha 
maya de la malaudaria que cassot, ni cassota, ni negus hom 
que sia sas, ni neguna fenna sana, non deu eslar en la dicha 
niai/o, ni i^erseverar per Comandador, ni per frayve ni seror, 
si non era ferifz de la malaiidia de S. Lazer, en ner/una 
maniera, sino)i o fazia per 7nessatf/ue o per sirvenla que lor 
agues mestiers ' » 

Ce mot se retrouve dans Guy de Chauliac (1383) qui, décri- 
vant la lèpre du cagot, dit de celui-ci : vulgariter cassatus 
vocatur. Cette orthographe cassalus est lu plus employée dans 
les éditions ou copies de la Grande Chirurgie; cependant il 
convient de noter qu'un parchemin du xv'= siècle dit cassatus'-; 
un papier manuscrit du xv^% cassatus; Laurent Joubert tra- 
duisait cassot ou cagot; une édition de Lyon lo72, cassatus; 
l'édition de Claude Michel à Tournon, cassot ou cagot; et 
l'édition de Lyon lo9o, cassotus. 

Nous retrouvons les mots cassot et casot en 1407^ et en 
1411 ^ sous la plume du roi Charles VI, avec le sens de 
léj)reux, et considérés comme injure grave. Au dire de 
Roiiuefort", on employait cassot et cassol en langue d'oïl. 
Enfin Godefroy dans son Dictionnaire écrit : 17/ cassot qui 
vault autant dire comme Mezel et venu de lignée Mezelle ou 
ladre. 



1. Archives municipales de Caliors, .1,1 I bis. 

(le document a été récemment publié par Ed. Allie, Les Lépreux en Quercij . 
Paris, Champion, 1908, p. 29. 

Par ce réj.'lemenl la vie et l'entrée dans la maladrerie d'Outre-Pont était 
interdite aux cassots. Ceci s'explique parce fju'ils n'étaient point à propre- 
ment parler atteints de la maladie do Sainl-Lazare ou lèpre rouge, mais 
Itien de lèpre blanche. La condition des cassots, (jui vivaient en famille, 
était de plus très diiïérente de celle des lépreux do la maladrerie en ques- 
tion, puisque coux-ci étaient tenus à la continence. 

2. .Manuscrit Biblioth. nat. de Paris, n''7132, latin, 131 feuillets, parchemin, 
lettres fjothiques, f" 80, v". 

3. Manuscrit Biblioth. nat. de l^aris, n" 7133, latin, papier xvi' siècle, 
f° 114, V". 

4. Lettre de Charles VI du ~ mars 1407. (P. J. N" 2t).) 

5. Lettre de rémission d'un registre de la chancellerie de France. (P. J. N° 27.) 

6. J.-B. Roquefort, Glossaire de la lanf/ue romane. 



314 PHILOLOGIE 

L'origine du mol ofssot nous paraît obscure, car nous ne 
possédons presque rien qui nous permette d'y arriver avec 
certitude. Il était naturel de penser à une origine celtique, 
d'autant qu'entre cassot et cacot la distance est bien minime, 
et les exemples d'équivalence du C et du S sont légion dans 
les lanpfues indo-européennes. Cependant il existe entre r«.5so/ 
et cacot une nuance de sens qui nous fait penser que, à 
supposer (|ue ces deux mots fussent équivalents, leur identité 
linguistique n'est reconnaissable que très primitivement. En 
efl'ef, tandis que cacol porte le sens de malade, qui est 
répugnant, casaot est lié plus spécialement à l'idée de rejet. 
Il est vrai qu'à tout prendre il n'y a là que des nuances'. 

Quoi qu'il en soit, et bien que le mot cassot semble 
à première vue être apparenté immédiatement à cacot, nous 
ne croyons pas pouvoir défendre une théorie qui reposerait 
sur des bases peu solides. Nous avons plutôt tendance à 
croire que ce mot cassot dérive du latin cassatus; et telle 
paraît avoir été l'opinion générale au xiv" siècle. Ne lit-on 
pas en effet dans une traduction anglaise de Guy de Chau- 
liac, faite vraisemblablement du vivant même de cet 
auteur : 

« If he bave forso the many cven voycede tokenes and 
fewe vnvovcede tokenes, be is comunely clejied fordone or 
destroyed - » ; littéralement : « S'il a vraiment plusieurs signes 

d. Ainsi (jue nous l'avons déjà vu. l'iilée jointe au radical Khakh est celle 
de craquement, d'ouverture d'un corps qui craque et crache ou expulse n'im- 
porte quoi. Cette idée est manifestement à l'origine du mythe de Cacus qui, 
comme volcan, comme monstre, vomissait nombre de choses désagréables à 
ceux de son temps; il est haïssable, car il crache à en voiler la clarté 
du jour. Rapprochons de ces idées le mot Kotzen (ail.), vomir, qui se 
dit encore bracken (faire brèche); nous y voyons un mot ayant une racine 
kolz, ou coss, qui présente le sens précis de la racine Khakh. Le mot cassot 
allierait l'idée de mauvais à celle de brèche, brisure, ce qui est assez en 
rapport avec un autre mot, latin celui-ci, cassus, qui signifie ridé, rugueux, 
dont l'équivalent Tupi-guarani est cha-cha, ridé, lépreux, qui, lui, dérive 
clairement de la racine Khakh. Rapprochons encore les mots suivants qui 
paraissent de même origine : Cas (Welch), haïssable; cassad (W.), odieux, 
haïssable; casheth; cas-pelh (W.). une chose haïssable; cast ii/j (angl.), vomir, 
rejeter; cass (I. d'oc), rompre, casser. Il est évident qu'entre ces mots et 
plusieurs autres la parenté est si éloignée qu'on ne peut parler ici idans un 
sens hypothétique) que d'une commnnauté d'origine primitive, et non d'une 
dérivation immédiate. 

2. Vulgariter cassatus vocatur. 



LE MOT CASSOT 315 

équivoques et peu de signes univoques, il est vulgairement 
nommé annulé ou détruit. » 

L'idée de destruction, d'annulation n'a rien qui doive nous 
étonner quand il s'agit de lépreux, car ces malheureux se 
sont appelés disjects, c'est-à-dire disjecti, ceux qui sont 
rejetés; les mots cassatus et cassât en sont les synonvmes, 
d'autant plus probablement, que ces termes sont tous de 
la même époque. On lit en effet : « L'an M. CGC. XXVIII 
foren ars los digetz et gafetz ' », et dans les archives munici- 
pales de Périgueux (GG 42) on lit, à la date de 1321, jdusieurs 
pièces portant le mot disgiets au sens de lépreux. A cassatus 
et disjectus on peut ajouter un troisième synonyme latin, 
exjmisus, qui fut appliqué aux cagots, et dont on ne connaît 
qu'un exemple ; « pues los tratan de Agotes, expulsos y otros 
nombres de injuria'- ». 

Nous avons donc tendance à nous rallier à l'opinion de 
Rochas qui dit : « L'étymologie de cassot qui se disait en latin 
cassatus n'est pas difficile à trouver, puisque cassare en 
basse latinité signifie séparer. Les cassati ou cassots étaient 
les séparés du monde '\ » 

Michel, tout en admettant l'origine latine du mot, l'inter- 
prète d'une façon peu soutenable : pour connaître la vérité, 
dit-il, « il faut recourir à une autre acception de cassare, 
dont nous n'avons pas parlé. G'est celle d'annuler, de rendre 
inutile, de priver, de châtier, que Du Gange lui reconnaîf, 
d'après Papias et d'autres lexicographes. Gassatus n'était 

donc que la correspondance latine de Capot* » Il faut 

rappeler que cet auteur voyait en capot le sens de chapon, 
châtré, et dans chrestlaa, une mauvaise orthographe du mot 
crestat. châtré '. Cette explication est inadmissible. 

Enfin nous croyons utile de faire un l'approchement qui 
peut-être éclairera une partie de la question. On donnait, dès 
le ix" siècle et jusqu'au xi' au moins, le nom de cassati aux 

i.P. J. N-se. 

2. Factum pour les Agols de Baztan, cité par Michel (loc. cit.), t. I, p. 291. 
noie 1. 

3. P. 19.3. 

4. T. I, p. 355. 

0. Nous renvoyons à ce que nous disons aux mois Capot et Chresliaa. 



316 PHILOLOGIE 

vassaux de TÉîïlise et des Évêques qui habitaient dans une 
terre (Bclleforest, Anijales, t. I, p. 425). Ce mot pourrait 
venir ilu latin casa. Le nom de cassatiis, cassaia, était aussi 
donné à la terre où habitait le cassatus, et que Du Cange 
définit : « Ilabitaculum cum certa terrae quantitate idonea, ad 
unani familiani alendam. » Cette terre payait une dîme à 
l'Eglise : « ima(]uaque casata, XI [ denarii, ad Ecclesiam ' ». 
Cette condition de vassaux de l'Eglise, l'oblig-ation de payer 
une dîme, au moins jusqu'au xiV siècle, la vie dans une 
petite maison entourée de jardins oii ils cherchaient de quoi 
subsister, sont autant de caractères applicables aux lépreux, 
et leur nom cassatus pourrait s'expliquer de la sorte. Si on 
se souvient de la tendance, surtout marquée au moyen Age, 
de faire des rapprochements, des jeux de mots, d'où sont 
sortis des termes où se fusionnent parfois plusieurs origines, 
on peut se demander, en fin de compte, si le mot cassât n'a 
pas eu une fortune semblable, et si la similitude d'un mot 
[)opulaire (d'origine celtique, cassou), d'un mot latin (cassatus) 
et d'un mot passé dans la langue française depuis le xiii* siècle 
{casso(ns), tous trois applicables aux lépreux, n'a pas donné au 
[)euple le mot cassot, qui cumule les trois sens, et devait satis- 
faire complètement ceux qui en faisaient usage. 



Si nous voulions résumer les notes qui composent ce 
cha{)itre nous pourrions dire que les mots qui y figurent 
dérivent de deux tyj)es primitifs : kakod et (jaffol, qui l'un et 
l'autre sont antérieurs au x'' siècle. Ces deux mots semblent 
issus d'une racine commune, ont porté le même sens péjoratif, 
et ne peuvent venir du latin, d'autant que kakod est bas- 
breton, et que f/afj'ot ou ca/fot n'a pas d'analogue roman. 
Cherchons donc si les dialectes gallois ou celtiques les 
expliquent. Les malades et les lépreux s'appelaient en 
anglo saxon et en welsch : claff, malade; clavr, lèpre, en 
bas- breton : klano, malade; klanvour, malade, lépreux; 

1. Capitula Caroli Calvi. Tit. 23, cap. 1 (Epist. Episc. Ann. 858). 



ÉVOLUTION DE LA RACINE KHAKH 317 

clanvoûr, lépreux. L'analogie qui existe entre claff' et caff' est 
frappante, elle souligne une communauté d'origine qui est 
d'autant moins inattendue que nous avons déjà noté la 
parenté de kakod et de gaffot. 

Le fait n'est d'ailleurs pas en contradiction avec ce que l'on 
sait des anciennes populations de la Gaule, et des invasions 
du vi'^ siècle, dont nous avons indiqué le rôle dans la question. 

Il nous a paru intéressant de remonter à l'aide des dialectes 
du Nord et de la Germanie vers l'origine probable de la racine 
péjorative khakh, ou cac, à laquelle se rattachent les mots ci- 
dessus étudiés. L'hypothèse jouant le rôle principal dans cette 
recherche, nous ne donnons le fruit de nos investigations sur 
ce point qu'avec réserve, encore que nous estimions qu'une 
hypothèse est d'autant plus respectable qu'elle s'appuie davan- 
tage sur l'observation et qu'elle permet d'expliquer des faits 
qui sans elle resteraient obscurs. 

La racine hhakh paraît dériver de la racine hôh, qui est 
l'expression onomatopique de la toux. 

Par extension, hùh (hôc) a servi à exprimer tout ce qui 
se manifeste par la toux ou le grognement sourd, tels que la 
moquerie {hoh, hôcor), l'ironie {hues), la réprobation, la 
honte {hux lie, hussa); d'autre part la toux, et la raucité de la 
voix {kii8s, kussis, coiujh, toiigh), les animaux qui coassent, 
le mugil, poisson [hacod, qui en provençal s'appelle cagol); la 
toux étant comme un craquement suivi d'expectoration, la 
môme racine s'est ap[)liquée à des analogues, tels que vomis- 
sement, défécation, etc. '. 

1. Ce mode d'orif^ine et de développement des racines des mots n'est pas 
admis dans toutes ses parties par tous les linguistes, ou tout au moins, si 
cette hypothèse leur parait applicable dans certains cas, elle ne le parait pas 
dans certains autres; la cause en est, pensons-nous, dans l'obscurité ou sont 
encore plonf,'ées bien des choses de la philolofîie. L'extension du sens d'une 
racine à d'autres sens est bien connue. Nous nous contentons d'en donner 
deux exemples. El est un radical qui signilie Dieu; sa raison d'être nous 
parait obscure. Lorsque l'iflée d'un Dieu unique et maître s'est fixée, on en 
chercha une image dans la nature, et l'on prit comme emblème le soleil, 
qui est l'unique, la lumière, celui qui fait vivre. Le soleil s'appela Elion, 
llion, comme Dieu s'appelait Elohim, Ilioii. De là il passa à la ville lumière 
de l'antiquité, Ilios; à l'article qui marque l'homme image de Dieu, /7/e, il, 
le. Tel fut aussi le sort de (lies, jour, dont le radical est visible dans deoî, 
Bco;, Deics, Zsj?, dans dlvis, riche, dans devin, deviner, etc. Il en fut de 
même de li'ih qui jiar extension progressive de sa signilicalion première 
devait un jour donner le mot cagot, lépreux. 



318 PHILOLOGIE 

Ces quelques exemples montrent déjà la souplesse des 
mutations de la racine primitive. Si nous nous bornons au 
sens de loux, ceux i/ui toussent, nous ne larderons pas à voir 
(jue la môme racine, le même mot, si Ton veut, s'appliquera 
à ceux <pii sont malados, qui toussent, (|ui crachent, etc., 
la toux étant l'un des symptômes les plus grossiers de la 
maladie; de là on passe au sens mauvais, méchant, mal- 
pro|)re, fourbe, lâche, ordure et même ridé, cassé (par la 
maladie). Ces derniers stades se rencontrent dans toutes 
les langues indo-européennes; citons quelques exemples 
typiques : ache (angl.), malade; hac (ga!.), hac/i (angd.), 
coupure; caç (gall.), kach, kezour (breton), eac (gaél., éc), 
ordure; cac (gaél. ir.), mal, qui par mutation du c en f/, puis 
en /■ et adoucissement, ont donné gwall (g"all.), mauvais, 
givall, f'all (br.), vil, méchant; /'e^ (gall.), faé (br.), fi (gaél. 
ir.), mauvais; claff, clanv, lépreux. 

Et, par réduplication, xaxo;, méchant; Aa/iOf/ (br.), lépreux; 
pap i (sanscr.) méchant; f/u-ha, puis gavrat (slave), malpropre; 
gafjoue (bigourdin), goitreux; caff'ot (Navarre), lépreux, 
lâche; gafo (esp.), puant, sale, ladre; cacacli (gall. ir.), sale; 
cha-cha (tupi-guarani) ridé, lépreux. 

Toutes les mutations qui figurent dans ces exemples, se 
retrouvent quand il s'agit des transformations de kakod et de 
ca/fot. Le passage du C au G est caractéristique dans kakod, 
cagot, gakou, gagot; le passage du G/i, Gli, Kit en F n'est pas 
[dus étonnant quand on se souvient que Quintilien nous 
apprend que F se prononce comme un souffle (flalus) extrê- 
mement dur, comme T/i, A'A, Gh; c'est ainsi que hôh avait 
donné cough (angl) qui se prononce coff, et ainsi que de cak 
vint caff et caffot. 

Toutes les autres mutations observées dans les para- 
graphes précédents ont une parenté trop claire pour que 
nous ayons besoin d'y revenir. 

La recherche du sens primitif des mots kakod et caffot 
établit aussi la parenté de ces mots signifiant lépreux avec 
les dérivés de la racine khakit signifiant mauvais. 

A la fin du xii" siècle, Gauthier de Coinci donne le mot 
ca/fre en langue d'oïl, dans les vers suivants : 



LE SENS DE LA RACINE KHAKH 319 

Tant par est lais qu'il est hom vis 
N'en doie avoir poor et hide. 
Tous ses péchiez, lors l'omecide, 
A relevez et decouvers 
Li caffre pourris et cuivers 
Dont Diex la dame a si vengié 
Que vers li ont la char niengié 
Et les leffres dusques es dens. 

Ces vers, cités par Roquefort, ne laissent point de doute 
sur la cause de la hideur qu'inspirait le caffre : c'était un 
lépreux. Le même lexicographe dit que la langue d'oïl possé- 
dait aussi cassol et cassot au sens de lépreux, sujet à la lèpre, 
de race sujette à la lèpre. 

La langue d'oc possédait aussi cassot. Au x" siècle on 
disait (jafo en Espagne; au xi% ga/fos en Navarre, ainsi que 
cafj'os. 

En Espagne, gafo signifiait tout d'abord sale, pvant, puis 
lépreux, sens (ju'il conserva depuis. Ce dernier sens est donné 
comme unique et définitif par Govarruvias (1611), quand il 
écrit : « Advierte, que leproso, y gafo es todo une misma 
cosa. » 

Le mot rjahet signifiait aussi galeux. « L'archiprètré dont le 
chef-lieu, qui était d'abord à Saint-Nicolas-de-Graves, fut 
transféré ensuite à Saint-Pierre-de-Gradignan, est appelé dans 
les anciens pouillés du diocèse archiprèlré de Cernés, archij- 
presbyteralus Sarnesii, ou de Sarnesio, ou simplement Sarne- 
sium. Ce terme, dont le sens paraissait inexplicable, n'était 
que la traduction littérale du mot gahet ou galeux, puisque dans 
l'idiome basque sarna signifie la gale, et sarnotsua galeux, 
mot qui est passé dans la langue espagnole. » (Michel, I, 
I>. 167.) Ce fait que gahel se soit traduit un jour galeux, ne 
peut étonner quand on se souvient que la gale entrait dans ce 
grand complexus appelé lèpre au moyen âge. La trace en est 
demeurée encore au pays basque, où l'on traduit parfois 
cascarota par danse des gueux ou galeux. Ceci est corroboré 
par Covarruvias [Tesoro de la Leng. Caslel.) qui écrit : 

« Sarna : una especies de lepra » Le mot gahel, dans la 

Gironde, portait le sens de galeux, comme le prouvent les 
deux traductions latines de ce mot, à savoir : leprosus et 



320 PlULdLlKilH 

sarnesiiDu; sarna était la lèpre ccailleuse', maladie qui plus 
tard donna son nom aux cascarols. 

Happelons que (jajj'el et lebros sont em[»loyés indiflërem- 
ment dans la coutume de Marmande ; qu'enfin en has-hreton 
les mots cacodd et cacoa signifiaient jii'iinitivement : |)uant, 
sale, et plus tard, ladre'. 

En un mot les termes les plus anciens qui aient été syno- 
nymes de car/ot ont signifié puant, sale, et puis lépreux. 

11 convient de remarquer que si nous employons ici le mot 
lé))reux, c'est que nous sommes bien embarrassé d'en 
employer un autre, quoique ce terme n'exprime que très 
imparfaitement notre pensée. Nous n'avons pas à discuter de 
nouveau la nature de la maladie des cagots, nous devons 
^•ependant rappeler que la pathologie au moyen âge, et 
surtout avant cette époque, n'abondait pas précisément en 
descriptions nosographiques, et que fort souvent, sous un 
même nom, un très grand nombre d'affections diverses étaient 
classées. Nous ne serions même pas étonné, si dans le popu- 
laire (à une époque où l'inQuence de la médecine arabe 
n'avait pas encore donné de cliniciens à la France), la 
plupart des étals nosologiques constituaient un groupe 
à peine dissocié et que l'on appelait du nom générique de 
«laladie, ou état mauvais. Plus tard, ce nom générique 
n'aurait plus désigné (toujours dans le })euple) que le groupe 
des affections plus ou moins graves, réputées contagieuses, 
dans lequel rentraient toutes sortes de maladies cutanées ou 
éruptives, les éléphantiasis, le crétinisme, la pellagre, la 
syphilis, la lèpre enfin. Un jour le nom de lèpre et ses syno- 
nymes s'attacha à l'état de maladie par excellence. Ceci 
trouve un appui dans les faits suivants. Le mot x'/xov, qui 
signifie en grec l'état de maladie, signitiait aussi lèpre, du 
moins au moyen âge, oii les religieux du mot (bassin en 
firent cacosominm qui signifiait léproserie '. Le mot malus, 

1. Voir Govarruvias. 

2. Cagoux et cageois, qui sont des dérivés de cagol, signifiaient récem- 
ment encore un villageois f/vossier. 

3. « Gacosoinium, Domus ieprosoruni. Epilome Chronici Ca^in, apud 
Murafor. t. Il, p. 3'6'i, col. 2. Cum Ecclesiis , villis , xenodochiis , castris, 
plochotrophiis, cacosomiis, brephotrophis. Vox, ducta a xaxoç, malus, et (7a)[xa, 



LE SENS SECONDAIRE DE LA RACINE KHAKH 321 

d'où vient mal, signifie aussi lèpre, en particulier en Béarn 
et en Bretagne. Je n'en veux que deux preuves. 
L'une est tirée de ce proverbe béarnais : 

A Saint-Christau 
Pet mude lou malau. 

« A Saint-Christau, le lépreux change de peau. » 

En Bretagne, tous les lexiques bas-breton donnent les mots 
lor et malor comme synonymes de lépreux. 

Enfin les léproseries se sont appelées par toute la France 
maladreries, malautieres, malets; elles renfermaient tous les 
malades classés sous le nom de lépreux, c'est-à-dire beau- 
coup de monde, comme on peut s'en convaincre à la seule 
vue de 2 000 léproseries que comptait la France au moyen 
âge. Encore n'y enfermait-on pas tous les lépreux. Ceux qui 
ne présentaient pas assez de signes positifs étaient libres de 
demeurer chez eux, mais loin de la ville, en un endroit bien 
aéré. 

Les lépreux s'appelaient maladres, malaus, malors; on 
disait encore les mesiaux, miseles. On les appelait enfin les 
dangereux ou mauvais, cacosi. De même que le mot malau, 
cagot, avant de signifier lépreux, avait dû porter le sens de 
uialade : c'est du moins ce que l'on remarque dans le centre 
de la France, oîi cacot et cagot signifient très malades. 

Tout ceci nous montre quel devait être le sens primitif du 
radical cac, à savoir malade et mauvais (malus). C'est le sens 
(jue nous retrouvons primitivement dans le mot gaf. 

Est-il besoin, après ce que nous avons dit, de chercher à 
justifier davantage une théorie à laquelle nos longues 
recherches sur les cagots nous ont obligé d'aboutir? Seule 
elle est susceptible d'expliquer la communauté d'origine de 
tant de mots si semblables; seule elle donne entière satisfac- 
tion pour l'interprétation du sens de ces mots; seule enfin elle 
n'oblige |>as l'esprit à se torturer pour trouver une explica- 
tion qu'elle fournit sans elTort. 



corpus. Gloss. ad Ser. med. et in/'. Lai., t. Il, col. 18. On disait lialnUiellement 
leprosomium, dans le même sens. 

Fxv. 21 



CHAPITRE 



LES CRESTIAAS 

Le mot Chrestiaa, ou Chrétien, a été donné aux lépreux du 
Sud-Ouest. II fut même employé presque exclusivement pour 
les désigner du xni' au xvi" siècle. 

La synonymie de ce mot avec les mots ladre, mezel, gahet, 
agot, etc., n'a pas besoin d'être établie pour qui aura ])ar- 
couru les pièces justificatives de cet ouvrage. Cependant nous 
croyons qu'il y a intérêt à fournir quelques preuves particu- 
lièrement évidentes. 

En 1573 les jurais de Bordeaux firent publier un arrêt qui 
figure dans les statuts do la ville, et qui s'exprime en ces 
termes : « Est statué, que aucun do ceux (juo l'on nomme 
Chresliens et Clirestiennes, ou autrement Gahets, de quelques 
lieux qu'ils soyent, ne pourront sortir hors leurs maisons ou 
habitations ne entrer en la présent ville, pour aller par les 
rues, sinon qu'ils portent une enseigne de drap rouge de la 
grandeur d'un grand blanc cousue et bien attachée au-deuant 
de leur poictrine, et en lieu découvert et apparent, et qu'ils 
ayent les pieds chaussés ', etc. » 

Le sens du mol c/ircstiens employé dans ce titre nous est 
d'ailleurs confirmé par la note suivante que De Lurbe ajoute 
au paragraphe cité : « Semblable règlement pour lesdits 
gahets est contenu es arrests contenus au précédent cha- 
pitre- » ; or le précédent chapitre est intitulé « Des Ladres et 
Mezeaux » . 

1. Cet arrêt est la réédition d'un règlement de police de looo. 

2. I». J. .V 47. 



LE MOT CHRESTIAA 323 

Chrétiens et Gahets sont donc bien les mêmes, et gahets 
signifiait lépreux, de l'aveu de tous les auteurs '. 

Les mots Christiani et Agotes - sont accolés dans les onze 
pièces qui constituent le procès que les agots de Navarre 
poursuivirent devant le pape Léon X et l'empereur Gliarles- 
Quint(l514 à 1524). 

Chrétiens et Lépreux sont confondus dans l'acte de dona- 
tion par le frère Raymond de Tremblade, prieur de l'hôpital 
de Serregrand, de tous ses droits sur la chrétiennerie ou 
léproserie de la Bastide de l'Estelle de Barran, en faveur 
d'Arnaud, christicm d'Auch, et de sa femme. « Dédit et con- 
cessit in perpetuum... quidquid juris habebat et habere 
debebat in dicta christiana sive leprosia bastide stelle de 
Barrano... (2 octobre 1291) ^ « 

Enfin il convient de citer quelques vers de Godefroy de 
Paris, poète contemporain de Philippe le Long, oîi ce mot 
Ghrestien paraît s'adresser aux lépreux d'une façon générale. 
Ils sont tirés d'une poésie intitulée Un songe"" : 

Ami, sais-tu nulles nouvelles? 
Ouil, assès, et quelles? — Celles 
Oui courent au monde orendrois. 



Lors chaçoit de mainte guise 
Et mainte grant beste y lut prise : 
luifs. Templiers et Chrestiens, 
Furent pris et mis en liens 
Et cliaciés de pais en autre. 

« Il est clair que le mot Ghrestien est ici pris dans une 
acception spéciale et qu'accolé aux Juifs et aux Templiers il fie 

1. Nous en prendrons au hasard une preuve. Les Chrestiens ou Gahets de 
Bordeaux vivaient autour de l'église Saint-Nicolas, fondée au ii" siècle, ainsi 
que Venclos des (lahets qui l'entourait. On appelait celte église indilTérem- 
ment Saint-Nicolas de Graves, des Gahets ou des Lépreu.x. Les Gahets 
payaient, au chapitre de Saint-André de Bordeaux, un cens pour leur église; 
or, dans un censier de 1437 vu par Fr. Michel, on lit : « Leproai burdiga- 
lenses pro ecclesia sancli Nicolai et pro vincis (|u;p sunt circa ecclesiam. 
XVI solidi. •' 

2. Les Agutes étaient lépreux. 

:i. Archives déi)artementales du Gers, G. 20, f" xix-xx. 
4. Cité par De Hochas, Les Parias de France et d'Espafjnr. I'ari>\ llacliclle, 
1875, p. 65. 



324 PHILOLOGIE 

peut désigner qu'une certaine catégorie de Chrétiens. Serait-ce 
forcer le sens du texte, que d'y voir les lépreux chassés de 
leurs asiles par ordre de Philippe-le-Long et qui furent pré- 
cisément, avec les Juifs et les Templiers, les victimes de 
Piiilip|)e le Bel et de son fils? ' » 

En 1320, la Chresliennerie de Sauvcterre fut incendiée, 
comme le prouve la constatation qui se lit à nos Pièces justifi- 
catives sous le n" 10. L'incendie était dû aux Pastoureaux, qui 
ensanglantèrent la Guyenne en faisant main basse sur les 
juifs et les lépreux accusés d'avoir empoisonné les fontaines. 

Voyons maintenant quelles sont les régions où le mot 
chrestiaa a été employé pour désigner les lépreux. Les docu- 
ments que nous avons recueillis nous permettent de répondre 
que ce fut dans la portion occidentale du bassin de la Gironde 
et dans celui de l'Adour, c'est-à-dire dans la région de nos 
départements actuels de la Gironde, des Landes, des Basses et 
Hautes-Pyrénées, du Gers, et une partie du Lot-et-Garonne. 
C'est précisément là que s'employait encore au xi' siècle le 
mot gcijfet\ et il est intéressant de noter la coexistence, dans 
la même région, de ces deux synonymes, l'un d'origine 
celtique et l'autre d'origine gréco-latine. 

Il est presque inutile de se poser la question de savoir si le 
mot Chrestiaa, appliqué aux lépreux, est bien le même que 
fJhristiatiHs que portent les disciples du Christ. Cependant 
Fr. Michel, dont les opinions méritent toujours grande 
attention, n'hésite pas à dire que « tous les auteurs, P. de 
Marcaen tète », ont été « trompés par la ressemblance de ce 
mot avec celui qui en gascon signifiait clirétiens ». Il ajoute 
que dès le xiv" siècle la confusion était établie, puisqu'on 
écrivait à cette époque chrestiaa au lieu de creslats ou crestia, 
Et pourquoi? Parce que « du moment oii les Cagots, soup- 

1. De Rochas, loc. cit., p. 65. 

On se souvient que l'ordre des Templiers avait peu à peu été envahi par 
des Juifs qui, sous de faux semblants, avaient pu non seulement forcer les 
portes de cette association, mais encore accaparer une énorme partie de la 
fortune du pays. Le mécontentement du peuple, des seigneurs et du roi 
devait amener dés premières années du xiv* siècle leur chute mémorable. Sept 
ans plus tard (1320) la lutte contre les Juifs gagne en extension quaml on les 
accusa d'avoir, de concert avec les lépreux, empoisonné les fontaines. C'est à 
ces événements que la pièce citée fait allusion. 



LE MOT CHRESTIAA 325 

çonnés de lèpre, reçurent l'ordre de porter sur leurs habits 
une pièce de drap rouge de la grandeur d'une pièce de 
monnaie, et sans aucun doute dentelée », le peuple n'eut pas 
de peine à « y voir une crête, appelée en langue du Midi 
cresta, comme autrefois en latin cî^ista^ ». La confusion avec 
le mot chrestiaa ne tarda pas à se faire. Le mot, néanmoins, 
resta, et, quand on voulut se rendre compte de sa valeur, on 
ne trouva que châtré, qui, dès le xiv" siècle, se disait crestat 
en gascon. « C'est à n'en pas douter à cette interprétation que 
la tradition qui fait descendre les Cagots des Juifs, doit son 
origine. Ceux-ci étaient appelés châtrés, chapons, en raison 
de la circoncision ^ » 

Cette hypothèse toute gratuite ne repose, il faut l'avouer, 
sur absolument rien. On ne sait môme pas l'origine du signal 
rouge, eu forme de pteil (Voie et non de crête, qui ne paraît 
pas antérieur au xni" ou xiv'^ siècle. Si le mot cresta avait été 
primitivement employé, il y aurait quelque chance pour que 
cette orthographe se rencontrât à peu près intacte dans les 
pièces les plus anciennes. Précisément il n'en est rien, 
l'orthographe crestia est moins ancienne que les autres. On 
trouve en effet : 

Le mot Chmtianus en l'an 1000. — Dans le Cartulaire de 
l'Abhaye de Luc en Béarn (f 59) \ 

Crestians en l'an 1226. — Livre d'Or de la Cathédrale de 
Bayonne (Arch. des Basses-Pyr.) *. 

Xzistiaas en l'an 1288. — For de Béarn. Ruhr. 31, 
art. 65 ^ 

Christiaas en l'an 1288. — For de Béarn. Ruhr. 51, 
art. 170«. 

Christianus en l'an 1291. — Donation du Frère Raymond 
de Tremhlade (Arch. du Gers, G 20) ^ 



1. Fr. Michel, Histoire des Races maudites de France et d'Espagne. Paris, 
Franclv, 1847, l. I, p. 367. 

2. Loc. cit., p. 368-36'.). 

3. Pièces juslif. N" 1. 

4. Id. N" 4. 
0. Id. N" 97. 
6. Id. N" 97. 
-. kl. N° 3. 



326 PHILOLOGIE 

Chrentianaria en Tan 132U. — Constatation de l'Incendie de 
la Chrestiennerie de Sauveterre'. 

Cresliaa en 1360. — Rôle des fiefs de Béarn". Cette ortho- 
graphe est celle qui se rencontre dans tous les censiers du 
XIV' siècle. 

Chresliandad en Tan 1369. — (Arch. Basses-Pyrénées, 
E1401, P44;. 

Cresliaa en Tan 1385. — Dénombrement général des 
maisons du vicomte de Béarn '\ 

Creslias en Tan 1398. — Rénovation de Cour Mayour, 
art. 9\ 

Rappelons que l'on écrivait, dès le xii" siècle, crestian et 
crislian, aussi bien que clirestien, chrestiaa, ou c/iristiaa, dans 
le sens de chrétien. 

Avant d'aller plus loin, il faut que l'on sache les différentes 
orthographes et formes du mot Chresliaa au sens de Cagol. 

Ce sont : Chrislianus, C/irisdàa, Cristiàa, X^istiàa, 
Christia, Chresliaa, Cresliaa, Creslia, Creslien, Crestian, 
Chrislane, Christian, Chrétien, auxquels il faut ajouter Créelé 
et Cresté-', enfin Crétin\ On disait, au féminin, Crestiane, 
Chrestienne, Chrestiane. 

Il y avait en outre un diminutif qui est devenu le nom 
d'un hameau : Les Crestianoles (commune de Casteïde- 
Cami). Enfin la chrétiennerie où vivaient les cagots est 
indiquée sous les noms cJtristiana (1291), cresliantat (1396), 
creslianaria (1320), chrestiandad (1369). 

L'origine de tous ces mots n'est pas difficile à trouver, 
comme on peut s'en assurer par l'examen de ce qui précède; 
ils sont dérivés de chrétien, christianus. Cependant si Michel 
n'a pas admis cette origine, c'est qu'il songeait à « l'impossi- 

1. P. J. Id. N" 10. 

2. kl. N" 16. 

3. kl. N" 22. 

4. Id. N* 98. 

5. Nous croyons pouvoir classer parmi les lépreux les Créetés ou Crestés 
de l'Angoumois, d'autant plus qu'ils s'appelaient aussi Cailluauds et Cailhe- 
vols, mots peut-être apparentés à Cagot. 

6. Ce mot, qui date à peine de la fin du xvii* siècle, a toujours été consi- 
déré comme dérivé du mot chrétien. Nous le classons ici parce que nous 
soupçonnons qu'il vient de chrétien (cagot). On a confondu, d'ailleurs à tort, 
depuis cette époque crétins et cagots. 



LE MOT CHRESTIAA 327 

bilité qu'il y aurait eu au moyen âge à imposer de propos 
délibéré le nom de chrestiens à des malheureux qu'on voulait 
flétrir ». 

Et, en effet, pourquoi les appeler chrétiens? Walkenaer 
chercha à établir tout un système pour l'expliquer; il voulut 
démontrer que les Gagots étaient les descendants des anciens 
Chrétiens de la Novempopulanie '. 

Oihenard su))posa que les Gascons, ennemis des Goths qui 
étaient chrétiens, laissèrent ce nom aux descendants de cette 
race. « Christianorum etiam appellationem, ab eadem gente 
(les Gascons) nondum Christiana religione imbuta, Gothis 
impositum, in bac Gothorum velutifœce, ad nostram memo- 
riam integram remansisse-. » 

D'autres disent que l'on soupçonnait les Sarrasins convertis 
de n'avoir jamais été très fervents et que s'ils s'étaient con- 
vertis c'était pour échapper à leurs vainqueurs. 

FI. de Rœmond dans l'Anti-Ghrist (Paris, 1807, p. 855- 
858) développe à ce sujet une autre hypothèse. « J'ai 
remarqué, dit-il, qu'en plusieurs lieux on les (les Cagots) 
appelle chrétiens, ce qui est advenu à mon advis de tant 
comme ont toujours fait les hérétiques, ainsi que remarque 
saint Hiérosme des Lucifériens et saint Augustin des Dona- 
tistes, s'étant les vrais chrétiens contentés du grand et victo- 
rieux nom de catholiques. » 

Fr. Bosquet dit des Cagots : « Quos et vicini eorum Tar- 
belli, Christianos vocant vel per irrisionem, vel eo modo, 
<juo Judeos Christianos dictos scimus". » 

1. Nouvelles Annales des voyages, 1833, 2' série, t. XXVII, p. 320-336. 
Lettre 1" sur les Vaudois, les Cagots, et les (Chrétiens primitifs; par M. C. A. \V. 

2. Oihenarlus, Sotilia ulriiisi/ue Vasconiœ, etc., p. 414-415. 

3. On a longtemps confondu Juifs et Cagots ou lépreux, en particulier en 
Bretagne, à Bordeaux et dans les Pyrénées. Juifs et lépreux s'étaient associés 
pour empoisonner les fontaines pubii(|ues, disait une accusation populaire, 
à propos de laquelle Philippe V ordonna de sévir contre ces malheureux; les 
chreslias furent poursuivis à cette époque, même en Haute-Navarre, si nous 
en croyons Yanguas y Miranda. La confusion était née de ce que l'on 
admettait que les Juifs avaient importé en Europe celte lèpre dont ils 
avaient été frappés autrefois en la personne de Giezi. (C'est de là que vient 
le mol r/ezilain, sous lequel on désignait parfois les cagots.) 

A ISordeaux, le terme Nouveaux Chrétiens s'adressait primitivement aux 
Juifs portugais convertis par intérêt au catholicisme. — Cf. Gasnos, Etat des 
Juifs... Th. docl. en droit de Bennes, 1891, imp. à Angers. La confusion de 



328 PHILOLOGIE 

Veniiti croyait qu'il s'agissait des chrétiens qui étaient de 
retour de la Palestine et avaient rapporté avec eux une épi- 
démie de lèpre : « Voilà, disait-on, des gens qui se croient 
plus chrétiens que les autres, parce qu'ils ont fait le grand 
pèlerinage. Ou si vous l'aimez mieux (on les appelait chres- 
tiens), en terme de pitié, comme on appelle encore en Italie 
Cristianello et Crislianella, un pauvre malheureux à qui il 
est arrivé quelque fâcheux accident*. » 

Cette dernière interprétation rappelle un peu celle de Per- 
quin de Gembloux qui décrit les chrestiaas : « ceux à qui le 
ciel appartient, les pauvres d'esprit, les personnes tutélaires 
des familles, les chrétiens par excellence - ». Enfin Asfeld rap- 
lielle que les lé()reux se sont appelés y>rt«pe/-(?.s christiam. 

Certes toutes ces interprétations touchent à la vérité, mais 
est-il possible d'affirmer quelle est la meilleure? Ce qui 
reste de certain, c'est que le lépreux méritait à plus d'un 
titre ce nom de chrétien, car dénué de tout, affligé de souf- 
frances morales et physiques, il ne pouvait trouver de vraie 
consolation que dans sa foi; chrétien parce que pauvre et 
souffrant, il l'était encore parce qu'il vivait de la charité 
publique, il l'était enfin, parce que, primitivement du moins, 
il relevait du pouAoir de l'évêque. 

ceux-ci avec les Cagots appelés Chrétiens ne devait pas manquer de se faire. 
Elle est manifeste dans une ordonnance de police rendue en loo5 par la jurade 
de Bordeaux, dans laquelle sont employés indifféremment les mots : nou- 
veaux chrétiens et rjahets. La seconde rédaction du même article datant de 
lois porte : « Il est ordonné que nul Chrétien ou Chrétienne appelez Gahecfz... • 
Une rédaction un peu postérieure dit : « ... Ceux que l'on nomme Chresciens 
clChresliennes,ou a.ulTemeni g ahets. » Voir ce que nous avons dit sur ce sujet 
p. 89-91. 

1. Venuti : Dissertation sur les anciens moyiuments de la ville de Bor- 
deaux, p. 140. 

2. Perquin de Gembloux, Histoire littéraire — des patois, p 124. 



CHAPITRE III 



LES GÉZITAINS 



Le mot Gézitain ou Gésitain se trouve assez fréquemment 
dans les titres landais que nous avons sous les yeux. La men- 
tion la plus ancienne qu'on en trouve remonte au xiv" siècle '. 
Ce mot s'est employé jusqu'à la fin du xvm* siècle. 

Le mot Gézitain est synonyme de ccifjot et de lépreux, son 
étymologie est facile à établir, et ne laisse aucun doute. 

Il existe de ce mot un grand nombre de graphies dont 
voici les principales : 

Giesitavum (giesita au nominatil'. mv siècle : Dax) '. 
Jes'Ua (Cescau, 1489). 

Gésitain (Cauterets, 1647; Landes, wii'' siècle). 
Gesiten (Capbreton, xvi<^ siècle). 
Gezilin [Dict. de Trévoux). 
Geziatin (Encyc. Diderot) -. 
Gezite (cité par Venuti, 1754). 

Gezit et Gcsit (cités par Marca; usité en Haute-Chalosse au 
\ix<^ siècle). 

Giescste (Rions, xvii'= siècle). 

Gesistain (cité par J. P. P. en 1789). 

Jessisten et Jessiten 'Cauterets, 1665). 

Jesuilain (lionnut, registres paroissiaux, passim). 

Cezitas et Gezetuin (cités par Teulet). 

On disait encore : 

La race de Giezi, la race de Ziezi, de Zihezi, etc. 

1. Constitution de Dax. P. J. N° 14. 

2. Il n'existe aucun titre portant celle "orthograplie. 



330 l'IlILOLOdlE 

Pourquoi ce nom? Tous les auteurs, sauf un seul ', à noire 
connaissance, donnent la même origine à ce mot. Nous 
citerons tout d'abord Vennti, qui l'explique le plus claire- 
ment. 

« Après les croisades, la lèpre devint populaire chez nous. 
C'est cetto maladie qui fil sans doute appeler les Gahels du 
nom de Gesites ou (resitains, sobriquet tiré de l'histoire 
sainte, où le prophète Elisée prédit que la lèpre de Naaman 
s'altacherait à Giesi et à sa postérité pour toujours. Mais 
comment le peuple qui ne lisait guère la Bible a-t-il pu con- 
naître Giesi aujourd'hui inconnu du vulgaire? C'est que la 
lèpre de Giesi entrait tlans toutes les formules par les(juelles 
on scellait lous les contrats des princes et des particuliers, 
comme celle-ci : « Si vero non ha?c omnia ita servavero, 
recipiam hic et in futuro so^ciilo, in terribili judicio magni 
domini Dei et Salvatoris nostri J.-C. et habeam partem cum 
Juda et lej)rà Giezi et tremore Caïn. » Il y a là une foule 
d'exemples de pareils jugements dans les chartes, depuis 
Charles le Chauve, jusqu'au xiv'' siècle-. » 

Nous croyons qu'il n'y a aucun intérêt à citer ici les très 
nombreux auteurs qui donnent la même étymologie, sans 
rien ajouter à la très bonne formule de Venuli. Presque tous 
se contentent de dire, comme par exemple le Dictionnaire 
raisonné des sciences (Diderot) : « On les appelle Géziatins, 
de Giezi, serviteur d'Elysée, qui fut frappé de lèpre » (t. II, 
p. 530). Cette étymologie est très vraisemblable, car outre que 
presque tous les auteurs y recourent, elle est implicitement 
indiquée dans plusieurs titres anciens concernant les Cagots. 
Par exemple : le Parlement de Bordeaux fit le 9 juillet 1723 
défendre « d'injurier aucuns particuliers, comme prétendus 
descendants de la race de Giezi et de les traiter de Cagots, 
Gahets ni Ladres.... » Un arrêt identique était émané de la 
cour de Toulouse en i627^ 

En Espagne l'histoire de Giezi vient aussi dans un titre 



\. Vanque-liellecourt. 

2. Venuli, Dissertation sur les anciens moniunenls de la ville de Bordeaux, 
sur les gahets 

3. Palassou, p. 385. 



LE MOT GEZITAIN 334 

de 1517 où Caxarnaut, huissier du conseil Royal de Navarre, 
cherche à faire repousser une pétition des Agots de Navarre 
demandant à n'être plus distingués des autres chrétiens 
«... los adichos Agotes dezienden del dicho Zihezi mal- 
dicho* » 

On connaissait aussi Giezi en Bretagne, car dans un procès 
qui se termina en appel devant la cour de Rennes, le 
20 mars 1681, il est parlé, à propos des caqueux, du malheur 
du valet du prophète Naamatt^. 

Il n'y a pas que les cagots à avoir été traités de descendants 
de Giezi, tous les lépreux indistinctement hénéficiaient de cette 
dénomination. C'est ainsi qu'en 1599, les lépreux libres de 
Masblanquet, près Limoges, d'Aixe et de Saint-Léonard 
exposèrent dans une requête qu'ils vivaient séquestrés 
comme appartenant à la l if/née de Giesi, et qu'on les traitait 
comme ladres rouges ; ils s'élevaient contre cette assimilation 
qui leur im|)Osait certains désagréments . Henri IV leur 
accorda des lettres patentes qui sont analysées dans Nadaud 
(Mémoires manuscrits, t. I, p. 41). 

L'origine du mot Gézitain était fort bien connue dans le 
peuple, comme le prouve une chanson que Michel croit pou- 
voir dater de la fin du xv'' siècle, et dit être un monument de 
la poésie populaire '\ 



... Que t'assoguri 
yu'ciis an baillât lous noms Clirestiaas. 
Dens la Ilaiito-Chalossc, 
<iu'eùs apéren Gezitains ; 



Que soun entachais d'ue lèpre 
Que jamey n'en gouariran pas. 

Bonadad, rey de Syrie, 
Per général abé Naaman. 
Et bc s'en ba en Samarie 
Cerca reniedi en taii soun maii. 
Elisée ben l'aporc ; 
Aùsta leii et qu'aiibedi, 
Et la soue aubedissence 



... Je t'assure 
Qu'on leur a donné le nom de Clirestiaas 
Dans la Haute-Chalosse, 
On les appelle Gezitains. 



Us sont entachés d'une lèpre 
Dont jamais ils ne guériront. 

Bcnadad, roi de .Syrie, 
Avait pour général Naaman. 
Il s'en alla en Sainarie 
Chercher remède pour son mal 
Elisée l'appelle ; 
Et aussitôt il (Naaman; obéit. 
Et son obéissance 



1. Celle pièce est citée en entier par .Micliel, t. Il, \>. 211. 

2. Sommaire du Plaidoyer de Primaigiiier, avocat. In : Faclians et Mémoires 
(vol. XI, f"' 59:5 et suiv. - Manuscrit <le l.i Bihliolhèquc de Hennés). Le manu- 
scrit |)orle par erreur Nul/tan, au lieu de \aamnn. 

3. Il en a recueilli quelques variantes, que le lecteur jiourra retrouver en 
même temps que la totalité du poème dont nous ne citons ici qu'un fragment, 
dans son Histoire des races maudites, t. II, p. 133-143. 



332 



PHILOLOGIE 



De la lèpre eu liey gouary. 
Soumctut aii saint prophète, 
Deiis lou Jourdain que s'ba laba: 
l'H après sept cops qui s'iabo. 
Exempt de lèpre que s'trouba. 
Naaman, countent (icii saint hoinmi, 
B'eii boulou recompensa; 
Mes countent deii beïn qu'i propaga 
Dits per pagament arré nou ca. 
•Giezi quere soun ilonicsti(|ue : 
Ingrats, coum soun touts fort souljen, 
A courre dehet et que sboute, 
S'en ba apèra lou Syrien, 
Lou disen : » Que quaii qu'en baillis 
En taii niein nicste lous prèsens ; 
En t'ait paga la sou peine, 
Baille m'toun or et toun argen. 
Arré de lachou nou t'announci ; 
Lou mein niesto que s'porte biey : 
Tourno-t'en dap la tou cohorte, 
Deche-m'a you un chic de beïn. >< 
La tentation qu'ère fort hortc : 
•Oiczi non pot y résista; 
Pren l'aryen qui lous embiats eii porten, 
D'entre las niaans do Kalgala. 
« D'oun bins, Giézi? dits Elysée; 
Malhirousl qu'as-tu anat ha? 
En bet agin d'aquère sorte, 
Diii qu'es certain que t'punira. 
Presen qu'eri à las dosniarches, 
En esprit, desjjuch lou nioumen 
(^ui l'avarice qui t'doniine 
T'a sucgerat aquet moyen. 
Lous présens que tu as cachât 
Pour deousraba à ma counechence, 
Be t'causeran de grands malheurs 
Et aiis de la descendence. 
o Per te puni, dits lou Seignou, 
« La lèpre de Naaman que t'dechi ; 
■I Aiis tous mainatyes passera 
« Lou niaù hountous qui t'bau dacha. » 
Giezi que ploure et que sanglote, 
Tout qu'es fort inutilement. 



De sa lèpre le fait guérir. 

Soumis au saint prophète, 

Il va se laver dans le Jourdain 

Et après sept bains 

11 se trouva exempt de lèpre. 

Naaman, content du saint homme 

Le voulut récompenser; 

Mais content du bien qu'il réjjand 

Il dit que pour paiement il no faut rien. 

Giezi était son domestique; 

Ingrat, comme sont tous fort souvent, 

Il se met à courir et vite 

S'en va appeler le Syrien 

Lui disant : « Il faut i|uc tu me bailles 

Pour mon maître des présents; 

Afin de payer sa peine, 

riaillc-moi ton or et ton argent. 

Je ne t'annonce rien de fâcheux; 

Mon maître se porte bien : 

Retourne-t'en avec ta cohorte. 

Donne-moi ce peu de bien. » 

La tentation était trop forte 

(iiezi n'y i)ut résister; 

Il prend l'argent que les envoyés lui 

D'entre les mains de Galgala. portent 

« D'où viens-tu Giezi? dit FJlysée; 

Malheureux I Qu'es-tu allé faire? 

En agissant de la sorte, 

11 est certain que Dieu te punira. 

J'étais présent à tes démarches 

En esprit, depuis le moment 

Où l'avarice qui te domine 

T'a suggéré ce moyen. 

Les présents que tu as cachés 

Pour les dérober à ma connaissance 

Te causeront de grands malheurs 

Ainsi qu'à ta descendance. 

« Pour te punir, dit le Seigneur, 

« Je te donne la lèpre de Naaman. 

« A tes enfants tu passeras 

« Le mal honteux dont tu hérites. » 

Giezi pleure et sanglote 

Et le tout fort inutilement. 



L'opinion de Marca diffère des précédentes quant à la 
raison qui fit passer le nom de Giezi parmi les dénomina- 
tions des Ccifjots. Après avoir cherché à établir que les 
Syriens étaient lépreux, il dit : « C'est pourquoi les anciens 
■Gascons, encore qu'ils donnassent la vie aux Sarrazins qui 
embrassaient la religion chrétienne, conservent néanmoins 
cette opinion qu'ils étoient ladres, comme estans du Pais de 
Syrie qui est sujet à cette infection et pour justifier leur 
sentiment, animé de haine publique, employoient la lèpre de 
■Giezi, d'où vient la dénomination de gezils et gezitains\ » 



\. L'origine du mol gézitain a été contesté par Vanque-Bellecoiirt, qui dans 
un factum contre les cagots de Montbert écrit : « On lit dans l'Histoire uni- 



LE MOT GEZITAIN 333- 

La synonymie des mots Gézitain et Carjol n'a plus besoin 
d'être démontrée, car elle est affirmée par les auteurs qui 
comme Marca vécurent dans le pays de ces parias, et de 
plus elle ressort des titres anciens où ces mots sont employés 
indifféremment. C'est ainsi qu'on lit : « o mu ici Jura et deberia 
leprosorum sive giesitarum » dans la constitution de Dax 
(1401). On sait aussi par Marca qu'en 1460 dans les cahiers 
des États on traite les cagots de chretiaas et <jésilains\ rappe- 
lons encore, qu'en 1489, Jolianet de Lacoma est appelé 
<i Jesila » de Gescau, et que son fils Peyrot, en 1518, est dit 
chrestia du même lieu '. Nous pourrions ajouter bien d'autres 
familles indiquées indifféremment sous les deux noms. Cette 
synonymie n'a d'ailleurs toujours été admise sans conteste. 

Il suffit de parcourir les notes qui constituent notre cha- 
pitre topographique pour s'assurer qu'elles concordent avec 
les affirmations des auteurs qui représentent le mot gezilain 
comme usité surtout en Chalosse et Haute-Chalosse, c'est- 
à-dire dans la partie méridionale des Landes. 

Dans la Haïite Chalosse 
Qu'eus apéren Gczitains 

Ce mot parait à peine usité ailleurs; il était toutefois connu 
un peu partout, Bretagne, Navarre, Guyenne, Languedoc, 
Bigorre, Limousin, et môme dans la Bresse-. 



Est-il besoin maintenant d'insister encore sur le précieux 
témoignage que la philologie ap[)orte à une thèse qui n'avait 
plus besoin d'être défendue tant les vieux textes la défendent? 

verselle de Charron, que le valeureux Yezilh ou Gi/.it avait rempli toute la 
terre de son nom glorieux par la brillante défaite de Uocmen, fils d'Ali, 
gendre et neveu de Mahomet. Voilà tout le mystère que renferme le mot 
Yesite dévoilé, et qui ne permet jilus de douter que les cagols ne descendent 
des Sarrasins .... >• (Cité |iar Venuti, loc. cit., p. 130.) En réalité ceci ne 
prouve rien, sinon que l'auteur de ce faclum élait fort mal renseigné sur 
l'histoire locale. 

1. Voir Toi'OGiiAi'iiiE, au mol Cescau. 

•2. De .Marchangy (Tristan le voi/ar/eur, p. 516), parie des gézitains de la 
Bresse. 



334 PHILOLOGIE 

Non. Mais il nous a paru curieux de montrer que l'étude 
seule des mots qui ont servi à désigner les cagots aurait pu 
suffire à établir qu'ils étaient lépreux; car kakod, f/a/fot, 
cayol, signifient lépreux, cresliaa s'accommode à merveille 
de ce sens, et gézitain ajoute un témoignage historique à 
ceux de la philologie pure et de l'histoire de la charité. 



LIVRE SECOND 




liKMTlKli UKS CAI.OIS A SAIM-SAVIN. 



Fay. — P. 33(^-33'. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



Sous cette ruln^ique, nous avons réuni les principaux docu- 
ments qui nous ojit servi à composer le présent volume. Nous 
avons pensé qu il était très utile de les grouper et de les classer, 
afin que le lecteur pût aisérnent les consulter. Les auteurs, qui 
avant nous ont traité des cagots, ont presque toujours inséré la 
plupart des documents qu'ils possédaient dans le texte ou les 
notes de leurs travaux; ils ont souvent négligé les références 
d'origine, ou les indications bibliographiques, si bien qu'il est 
parfois très diffcile de vérifer l'exactitude de leurs informa- 
tions ^ 

Nous avons pris le parti de publier de nouveau et in extenso 
quelques documents déjà connus, pour éviter au lecteur des 
recherches souvent longues et difficiles; mais nous avons tou- 
jours eu soin de vérifier et au besoin de corriger ces documents 
sur les originaux. Nous // avons ajouté un très grand nombre 
de documents inédits. 

Le lecteur désireux de trouver le commentaire des documents 
qui figurent ici, se reportera à la Table des Pièces Justifica- 
tives, oit fiijurent toutes indications qui lui permettront de se 
reporter à telles parties du corps de l'ouvrage oii se lisent ces 
commentaires. 

1. Fi'. .Miclii'l, iIdiiI {'Histoire des Races Maudiles est si richo en ilociimerits, 
est Uii-inrme diflicile à vérifier, car les archives oii il a puisé, ont entière- 
ment nioilifié leur classement, et ne possèdent pas de tableau comparatif 
des anciennes et nouvelles cotes. 



Kav. 22 



338 PIÈCES JUSTIFICATIVES 



I. — PIÈCES DIVERSES. X AU XV' SIECLE 

Nous faisons figurer ici des pièces de natures très différentes, 
mais tontes fort anciennes. Ce sont : i° des coutumes et des lois : 
For d'Oloron (n° ^), For de Morlaas (n° 6), Constitutions et 
établissements de Dax fn°^ 13 et 14), Coutumes du Mas d'A- 
r/ennais (n" 9), de Marmande (n" 8), et de Condom (n" 17); — 
l^" des extraits de cartulaires; — S" des extraits de censiers; — 
/" des donations, des contrats: — 5° des lettres, ordonnances 
et règlements. 

Nous ne faisons pas figurer ici les extraits des registres des 
notaires de Béarn, où figurent des cagols; leur classement 
aurait pu se faire par ordre de date, ou par étude; nous avons 
préféré citer ces pièces, dans le chapitre de topographie oii nous 
les signalons à propos d'es villes ou villages dont elles font con- 
naître les cagots. 

La nature et la date des documents ont également contrilmé 
à établir le classement que nous avons adopté. 

N" 1. — Cartulaire de l'abbaye de Lucq en Béarn lan lOOOy. 

Le passage ci-dessous a été cité incorrectement par Marca 
(Hiatoire de Bcarn, chap. v, liv. IV, p. 271 . Il est cité, ainsi que les 
diverses pièces contenues dans le cartulaire, par l'abbé Menjoulet 
{Chronique du diocèae et du pays d'Oloron, 2 vol. in-8, Oloron, Marque, 
1864-1869). La copie authentique du manuscrit original, datée de 
1626, se trouve à la Bibliothèque nationale; elle a été vue par De 
Rochas qui en a co\né incorrectement un Iragment. 

Manuscrit. Collection Baluze, n° 74. .Manuscrits de la Biljlio- 
thèque nationale. Cartulaire tle l'abbaye de Luc en Béarn, f" il'J. 

Temporibus Lupi Anerii vice comitis Oloronensis fuit 
quidam miles flarsias Galinus nomine qui dédit Sancto Vin- 
centio terni m quain possidebat, id est duas villas, una qiia 
appellatur berdez, ultra qua vocatur Aoss cum uxore sua et 
filio suo sanctio Galino et filia sua benedicta nomine, qui ob 
remédie animarum suarum obtulerunt se domino et S'" Vin- 
cenlio cum o)nni honore suo et omnibus appendiciis suis et 



DU X" AU Xlir SIECLE 339 

postea perpetualiter conjirmaverunt. Postea, ipsa benedicta 
volens accipere maritum in Prexaco, cum consensu abbatis et 
seniorum S'' Vincentii, dédit unam nassam in Prexaco et 
uQum Christianum qui vocatur Auriolus donatus '. 

iV» 2. — For d'Oloron (1080). 

On y voit citée la léproserie de cette ville (règne de Centuie IV). 
Ms. Archives des Basses-Pyrénées. C 677. 

Publié par Mazure et Hatoulet. Fors de Béani, icgisLation iné- 
dite,... etc., p. 218. 

Art. 25. — ... Sober asso stabli et done saiibetat a d'aqueste 
ciutat, et tau couvent que nulh homi strani no'y fassa a 
d'augun embadiment a negun homi dentz los termis de la 
saubetat; so es a saber, de la mayson deus Mesegs entro a 
Mondegorat,.... 

N" 3. — 2 octobre 1291. — Livre de Garrossio. 

Donation par Vvi've Raymond de Treniblade, prieur do l'hôpital 
de Serregrand de tous les droits dudit hôpital sur la christiana ou 
léproserie de la bastide de l'Estéle de Barran, en laveur d'Arnaud, 
Christian d'Auch et de sa femme. Parmi les témoins figure Bernard 
d'En-Dorre, lépreux d'Auch. 

Us. Archives départementales du Gers. G 20. Livre dit De Garrossio 
(fonds du chapitre de Sainte-Marie d'Auch), f" xix-xx. 

Publié par Adrien Lavergne. Oriijine des Cagots, Capots, ou Cliris- 
tians. Congrès scientifique de Dax, l'"<^ session, mai 1882, p. 227-229. 
Dax, Medan libraire, 1883. 

Noverint univers! présentes pariter et fuluri quod frater 
Haymundus de Tremoieda, prior hospitalis cellegrandis, 
I)resentibus et concedentibus fratre Guilhelmo Raymundo 
de Priano, milite, fratre Petro Arroy, fralre Bernard© de 
Lafita et fratre Petro Sabaterii, bos|)itaU^riis dicti hospitalis, 
pro se et nomine tocius alius convcntus dicti hospitalis, non 
vi vel metu compulsus nec aliqua fraude seu falsa sugges- 

1. Les mots soulignés paraissent l'avoir été d'iina antre main. 



340 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

tione seductus vel etiam circumventus, sed libère et consulte 
et gratuita ac spontanea voluntate ad hoc inductus, dédit et 
concessit in |K'rpetuum, pro se et omnibus suis successo- 
ribus, Arnaldo, christiano de Auxio, et Guilhelnie, uxori 
ipsius Arnaldi, presentibus et recipientibus pro se suoque 
ordinio, piotatis intuilu et helemosine, quidquid juris habebat 
et haltère debeitat in christiania sivc leprosia bastide stclle 
de Barrano, et totuni jus et deberium (juod dictus prior 
habebat vel habere debebat in dicta christiana sive leprosia, 
pro se et nomine quo supra, de assensu et voluntate preno- 
minatoruni fratrum presentium, idem prior predictis Arnaldo 
et Guillelme, uxori ipsius, absolvit, gurpivit, liberavit penitus 
et quitavit, et ipsos conjures de juribus et deberiis dicte 
christianie, quantum ad dictum hospitale et donium Celle- 
grandis spectabant et sitectare poterant, in processionem vel 
quasi misit et induxit cum bac presenti carta in perpetuum 
valitura; et pro CXX'' solidis molanorum, quôs dictus prior 
una cum prenominatis fratribus recognovit se a dictis con- 
jugibus habuisse et récépissé in bona pecunia numerata, 
in remuneratione donationis juriuni predictorum; dans et 
concedens dictis conjugibus, quantum ad domum hosj»italis 
et ad domum cellegrandis spectabat, quod possint pro se et 
auctoritate propria nancisci et aprehendere corporalem po- 
cessionem dicte christianie et jurium et deveriorum spectan- 
tium et spectare debentium ad chrislianiam predictam. Pro- 
misit insuper dictus prior, nomine que supra et de assensu et 
voluntate pronominatorum fratrum, contra dictam dona- 
tionem et quitationem de jure non venire nec de facto, per 
se vel per aliquam personam interpositam, nec faciet seu 
procurabit aliquid per quod rumpi vallat vel modo quolibet 
infirmari. Renuncians expresse dictus prior exceptioni doli 
mali, pacti, conventi et conditioni sine causa vel ex nuUa seu 
injusta causa, et benefficio restitutionis in integrum et omni 
alii auxilio et benefticio juris canonici et civilis, quibus 
mediantibus contra premissa vel aliqua de premissis posset 
aliquid in contrarium attemptare. 

Actum fuit hoc secundo die introytus octobris, anno 
Domini M.GC'""XC primo, régnante Philippo, rege Fran- 



Xlll" SIÈCLE 341 

chorum; B" comité Armaniaci et Fezenciaci; Amaneuo 
archiepiscopo Auxitano. Hujus rey sunt testes : P. de Riscla, 
(lomicellus; P. de Gastaiieto, clericus; Sancius Fabri ; Ber- 
nardus d'en Dorro, leprosus de Auxio; et ego Bernardus de 
Gavliano, publicus stelle de Barrano notarius, qui hanc 
carlam scri|)si et eam signo meo signavi ad instantiam par- 
tium consueto. 

N" 4. — Livre dOr de la cathédrale de Bayonne (1266). 

Les cagots figurent parmi les censitaires de Sainte-Marie. Us 
liabitent le quartier de Saint-Léon. 
Ms. Archives des Basses-Pyrénées. Livre d'Or, fo 85. 

A Sen Léon. Terny à Nadau 
Los crestians VI d. pou cazaw. 

N" 5. — L'Esclapot. 

Traité passé, en présence de Tofficial de Bazas, entre les 
lépreux et les habitants de Monségur (10 nov. 1296). 

Ms. Archives de la mairie de Monségur en Bazadais. Extrait du 
registre dit VEsclapot, f" 35 v^ f« 38 r". 

Publié sur l'original par Fr. Michel. Histoire des races inaudilef, 
t. II, p. 194-197. Paris, A. Franck, 1847. 

N" 6. — For de Morlaas (1220). 
il/s. Archives des Basses-Pyrénées. C 677. 

Art. 226. — Fo judyat que si ung homi bent porc mezeg et 
aqueg (jui compra lo trouva mezeg, aqueg qui bendut l'aura 
redera l'argent. 

N° 7. — Coutumes de Condom 29 juin 1312 . 
Ms. Bibliothèque nationale. Français. N° 11040; f° 25 r^ col. 2. 

Item tôt mazerer qui ben en la viela de condom carn 
mezera morta, o troia par porc, o aolha, o craba, en loc de 
creston, o autra carn corumpuda a coneguda dels senher, e 



342 PIECES JUSTIFICATIVES 

dels cosselhs, que pa^ue XXX. s. <]o bos morlaas per non de 
pena arbitraria, e que la carn sia dada als gafedz 

N" 8. — Coutumes de Marraande 1396) [Extrait]. 

Ms. Appartient à (i. Colombet, à Marinande parchemin). 

Publié in : Archives Historiques de la Gironde, t. V, p. 213, 239, 2'50. 

Le manuscrit commence par ces mots : Asso son los cstablimens de 
la vila de Marmanda loscals an feyt far e escriiire Jasme de Lacruizca e 
Grimon PeliceyJ'an M. e CCC.XC.VI. Les rubriques qui précèdent les 
articles sont du 23 avril 1549 comme l'indique une table des rubriques. 

§ 114. — Conlra los f/nffet /jue inIran en la vila sens senhal. 

E an plus establit, los deyt cosselhs, que g-alTet ni gafl'era, 
estranh ni privât, petit ni grans, no intro dens la vila de 
Marmanda sens senhal de drap vennelh lo(jual jtoilia de lonc 
de I. torn. e de ample de III. ditz en la rauba sobirana e 
descubert davant, a part esquera, en pena de V. s. de gatge 
al senhor e a la vila, e la rauba sobirana encorssa. 

§ 115. — Cum no agan pes nul. 

E an establit plus que no ang^an pes nutz per la vila, e cant 
s'encontraran ab home o ab femna qu'es remang^en a la una 
part del camin, tant fora cum poyran, entro que hom ne sia 
passai, en pena de V. s. de gatge. 

§ 116. — Cnm non deven vene vin ni comprav en laherna. 

E an plus establit que los desobre ditg-afiet que si compren 
are que o mercadegen de lunh e que no vengan en taberna, 
ni pringan vin, ni pringan enap ni pichir; ni venden ni 
fassen vendre porc ni creston, ni altra bestia minjadoyra, ni 
nulha autra causa minjadoyra, en pena de LXV. s. de gatge 
e la causa encorssa. 

§ m. — Cum no deven beve a las fons de la vila 
uji trayre Ion de notz. 

E establiren plus, que los desobre ditz minhan ' ni bevan en 
las fons de la vila, mas tant solament en la lor font propria 

1. F. Michel écrit no pusian au lieu de minltan. N'ayant pu consulter le 
manuscrit, nous ignorons quelle est la véritable version. 



XIV SIÈCLE 343 

en pena de V. s. de gatge, e que nulha persona de la vila no 
los tingua... en encoriment del deyt gatge. 

§ 118. — Cum los Qdjfelz no deven intrar en la vila 
si no lo dilus. 

Et plus, establiren que los dits lebros no demorian en 

la vila ni ni se asetien, en pena de V. s. de gatge, dels 

quels sia lo ters à la vila, e Tiers al senhor, e Tiers als cres- 
tias de la vila qui los penhorien. Exceptai que en las festas 
e al dilus de matin puscan estar e sezer davant la gleysa dels 
frays Menutz al los on anssianament an acostumat sezer 
devert lo fossat. 

§ 44. — De porc f/affel cum- deu dise que gaff'et ven. 

E establiren plus que los porcz e las truias guaffetz, e iotas 
au iras carns que no saran sanas, sian vendudas als bancs 
(jue son al cartey de F*uch Gayraut, fora los murs de la vila 
e aqui on es acostumat tenir losdeytz bancz fora los deytz 
murs de la vila. E que los meseleys sien teng-uts de diser 
ad aquel qui comprara o cromprar n'e voira d'aqueles carns 
que son gafferas o milhargoses. E si no o fasia que paguia lo 
maserey que la carn vendra LXV. s. d'arns. de gatge, e la 
carn encorssa. E que tut borgues de la vila que sia dignes 
de fe sia cresut de les causes que metra sobre los masereys 
per son segramen, segon Tesgar dels cosselhs. 

N" 9. — Coutumes de la ville du Mas-d"Agenais (1388). 

Ms. Archives du Mas-d'Agenais (parchemin). 

Publié par Fr. Michel (loc. cit.), t. II, p. iSl-i82, en note. 

Art. 34. — De malafeijta de hesliar. 

.... E si hom trobaba besliar menut porc, truga, aolhia 
ni craba' do Gaffet en Tautrui malafeyta, e li aussi-, non sia 
tengui de esmendar, e le gatge sera als cosselbs. 

1. Aolhia ni craba ^ l)rebis ou clièvre. 

2. Et le lui oxil. 



344 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

Art. 54. — Que nulha persona no compri bestiar per vendre 
ni nulha bolalura^ de Ga/jfet ni de Gafj'era. 

Item. Es cstablit que nulha persona non compria- porc, ni 
truga, ni aolha, ni crabas, ni autru bestiar, ni auzels^ que 
hom mingia, ni autra mingeria ab giuS ni sens giu, de Gaffet 
ni de Gafîera, ni non prengua en comanda per vendre al 
Mas en nulha maniera. E si hec faze, seri encors lo cors, e 
l'aber al senhor e a la vila d'aquct qui o fari. 

Art. 55. — Que nulha persona no logui Gaffet ni Gaffera 
en verenhar". 

Item. Es establit que nulh GatTet ni nulha Gaffera no se 
logui a verenhar, ni nulha persona no los sia tengut de logar 
a verenhar; car si hec fey, pagnera X. sols de gatge als 
cosselhs. 

N" 10. — Constatation de l'incendie de la chrestiennerie 
de Sauveterre (13 juillet 1320). 

Ms. Archives de M. d'Auzac de la Martinie (parchemin). 
Publié : in Archives historiques de la Gironde, t. VI, p. 360-367. 

Gonoguda causa sia qu'en la presencia de mi, notari, et 
d'els teslimonis dejus escriutz, Arnaut de Lugulhac, donzet, 
loctenent de prebost a Salvaterra; per en Ramon Willem de 
Bauders, donzet, adonc perbost del deyt loc per nostre 
senhor lo rey d'Anglaterra, duc de Guiayna, loquals era el 
camin del deyt nostre senhor lo Hey, debant la crestianaria 
de Salvaterra, me requerit que jo li fessi carta cum et abe 
deffendut al commun de Salvaterra, seguont que dis, que no 
argossen la cristianaria abandeyta n'y dossen damdnatge : 
jasia aysso que jo no agosi auzida la deffens ni vis que 
deguna persona de Salvaterra i metos fuc. Et aqui médis 
mastre Bernard Cogota, notari de Salvaterra, loquals dis que 
ac dize, per sin et per lodeyt commun, dis aldeyt loctenent 

1. Volatile. 

2. Achète. 
'.i. Oiseaux. 

4. De chasse. 

5. Vendanger. 



XIW SIÈCLE 343 

que si et anar prener per los pustorels qui arden ladeyta 
crestianaria o tota autra persona que dossen dampnatge, que 
et et tôt la commun aqui pressens li eran prest et aparelhat 
de sseguir et de ajudar a prener a lor légal jjoder. De lasquals 
requestas et présentations et de totas et ssenglas las causas 
desus en aquesta présent carta contengudas, lodeyt Arnaut et 
lodeyt mastre Bernard requiriren a mi notari carta; etjo, a 
lor requesta, lasdytas cartas metuy en publica forma. 

Testes: mastre en Willem Pastorel, notari; Johan Sepets, 
Galhart Esdet, Bernard-Fort de Rabastenx, clers; Raols del 
Sorn, P. Morin Lo Magnan, P. Fasalh, Johan Alart, Bernart 
Costantin Lo Telier, Arnaut Coguta, William Salart, et 
Guiraut de Calbanars, notari de Salvaterra, qui d'aquesta 
ténor fitz doas cartas. 

Actum XIIPdieJulii,anno Domini M°.GCC''.XX°. Hegnan- 
tibus Philippo, rege Francie; Eddoardo, rege Anglie, duce 
Aquitanie; (îuillelmo, e[>iscopo Vasatensi. 

iV°' ii et 12. — Règlements de police concernant 
les ésaurillés et arcabots de Bayonne. 

1° Kèglement de 1315. 

M.s. Archives de Bayonne. Livre eu parcliemin, p. 126. 
Public par Fr. Miciiel. 

En l'an de Nostre Senhor M.CGG.XV. lo dissapte après 
la feste de S. Per et de sen Pau apostos, en le mairetat dou 
seinher en Lop Bergoinh de Bordeu maire de Baione... 

Fo establit que todz los tafars eus echaureilbadz eus arca- 
botz e todz los autres qui mestir no han, que isquen e boilien 
le biele de lor médis. 

2° Règlement de 1319. 
A/.s. Archives de lîayonae, p. 145. 

En l'an de Nostre-Senhor M.GGGeXlX, en la mairetat dou 
seinhor en Laurens de Biele, maire de Baion... 

Es état ordenat dous arcabotz e dous ischaureilhalz qui son 
cridalz en la ilate sobre dyte e die, que ades buylassen le biele 



346 PIECES JUSTIFICATIVES 

de lor médis selre paie de meter au fons de le tor; e que 
nulhe persone nous aulier^nii : car si afleze, passeri médisse 
peie. 

N" 13. — Le Livre Noir Établissements de la ville de Dax) 

XIV^ siècle). 

Publié par Abadie Fr.), Le Livre Noir et les Etablissements de Dax. 
Bordeaux, Ferel, 1902. 

Les extraits que nous donnons sont tirés du travail de M. Abadie 
Les pages indiquées sont celles de son ouvrage. 

Las Costumes de la ciutat Dacos e deu uessokt de oueke. 

De sagerar e de sagetz. — 378 — Note que ung- cres- 
tiant pot sagerar ' a la persone layque, dat que lo crestian 
sie deu for de la giisie, car lo layc es deu senhor temporau 
deu quoau es lo saget, e l'actor deu seguir lo for deu reu 
(p. 89). 

Establit es que qui son besin aperera meset, ni poyrit, 
ni figur (?), ni arrocin, XX ss. se daunera per un acort 
(p. olyj.^ 

Establit es que nulhs de la vile ne crompi bin dou messet 
en nulh temps deu mon, ni laubergui en la vile; qui aflera, 
XX ss. lo costera e lo bin que perdera (p. 516). 

iV« 14. — Constitution de Dax (1401). 

Vorifjinal se trouve dans un volume imprimé en Espagne vers 
1300 appartenant à M. l'abbé Coulure, de Toulouse. 

Publié par M. l'abbé A. Degert. Constitutions synodales de l'ancien 
diocèse de Dax. Dax, imp. H. Labèque, 1898. 

Item statuimusquod omnia jura et deberialeprosorum sive 
giesitarura defunctorum duplicentur et solventur rectoribus 
eorumdem, attento et considerato quod predicti rectores nulla 
jura personalia ab eisdem recipiunt. 

1. Saisir mobilièrement. 



XIV' SIÈCLE 347 

N° 15. — Censier de Béarn contenant l'indication des maisons 
du XIV' siècle (Extrait). 

l/s. Archives des Basses-Pyrénées. E 307, f-' 1-45. 
Inédit. 

Balanssun L'ostau deu crestiaa. 

Borgarber L'ostau deu crestiaa. 

Biele [nave] (Arthez) L'ostau deu crestiaa. 

Oraus, Erms et Audeyos. . . L'ostau deu crestiaa. 

Urdes L'ostau deu crestiaa. 

Arance L'ostau deu crestiaa. 

Lac L'ostau deu crestiaa. 

Lo hieler de Cessai L'ostau deu crestiaa. 

Denguij et Binholes L'ostau deu crestiaa. 

Lescar L'ostau deu crestiaa. 

L'espitau de sent lase. 

Melhau L'ostau deu crestiaa. 

Assag- L'ostau deu crestiaa. 

Benezac L'ostau deu crestiaa. 

Angays L'ostau deu crestiaa. 

Artigueloptaa L'ostau deu crestiaa. 

Espoey L'ostau deu crestiaa. 

Bedloc Lo crestiaa.. unedaliie'. 

iV' 16. — Extrait d'un rôle des fiels pour Tannée 1360 Béarn). 

.U.S. .\rchives des Basses-Pyrénées. E 307, 1"'^' 49-70. 
Inédit. 

Estiroo francau Au ciestiaa XIL d. 

Sessac francau Au crestiaa XIL d. 

Lac francau Au crestiaa XIL d. 

Audeyos francau Lo crestiaa XIL d. 

Arbus francau Lo crestiaa XIL d. 

Artiguelobe francau. . . . Au crestiaa XIL d. 

1. Il s'agit d'une redevance du cagot de Uegloc. La dallie était une journée 
de fauciieur. 



348 PIECES JUSTIFICATIVES 

Auberty francau Lo crestiaa XII. d. 

A sen Ilaust francau . . . Au crestiaa XII. d. 

Momaas francau Lo crestiaa XII. d. 

Au by francau Lo crestiaa XII. d. 

Caubios francau Lo crestiaa XII. d. 

Saubanboo francau .... Lo crestiaa XII. d. 

Seres caslet francau. . . . Au crestiaa XII. d. 

A buros francau Lo crestiaa XII. d.' 

Sevinhac [Thi'ze] Lo crestiaa XII. d. ' 

Navalhe Lo crestiaa XII. d. ' 

A clarac Lo crestiaa XII. d. 

Lenie Lo crestiaa XII. d.' 

A lalonquette de ganastee 

francau Lo crestiaa XII. d 

Escobëe francau Lo crestiaa XII. d 

Ruipeyroos francau . . . . Au crestiaa XII. d 

Barunco francau Lo crestiaa XII. d 

Sent Laurentz Lo crestiaa XII. d 

Maubec francau Lo crestiaa XII. d 

Espoey francau Lo crestiaa XII. d 

Francau d'espoey Lo crestiaa XII. d 

Borcgarber Au crestiaa XII. d. de francau. 

A ostys lius questes fran- 

caus edevens Lo crestiaa XII. d. 

Melhoo (Questes e fran- 

caus de Melhoo) .... LocrestiaaXII.d.defrancau 

Angays francau Au crestiaa XII. d. 

Laguos francau Lo crestiaa XII. d. 

A beneyac francau .... Lo crestiaa XII. d. ' 

Goarase francau Au crestiaa XII. d. 

Boelh francau Lo crestiaa XII. d. 

Mirapeys francau Lo crestiaa XII. d. 

Aros francau Au crestiaa XII. d. 

Nercastet francau Lo crestiaa XII. d. ' 

I. Lo ciestia figure seul dans ce village comme payant le francau. 



XIV^ SIECLE 349 



N" 11. — Rôle indiquant le revenu, les dettes et la taxe imposée 
par le Seigneur de Béarn à chaque paroisse de sa terre. — 
XIV' siècle. 

3/.S. Archives des Basses-Pyrénées. E 307, f^s 70-161. 
Inédit. 

Seriuin se los /itis deu Joe de pan. 

Fortic de crestiaa III. d. 

Aques (/iij se segnin son los fi us de gant. 

Peyrot crestia II. s. II. d. 

Seguin se los fins edevers de la bastide de niontreghau. 

Lo crestia XII. d. 



N^' 18. — Rôle des feux de Béarn pour Tannée 1365 (Extrait). 

.l/.s. Archives des Basses-Pyrénées. E 317. 
Inédit. 

Peyrelonque. 

Lo crestiaa de Peyrelonque. XXII de morlaas. 
Seguinse los fius deu loc de Lambeye que s'paguen a Marteror. 

Fortic crestiaa IX d. 

Los fius d'Estelhoo. 

Domenjoo crestiaa .... IL s. I. d. morlaas. 
Aques desug son los fius que lo senhor ha agthis es pagan 
per martheror. 

Lo crestiaa I. d. 

Aques son los fius que lo senhor ha a tadaose es pagan per 
martheror. 

Johanot deu crestia. . . . III. s. VIII. d. 
Peyrelonque fius. 

Lo crestiaa IIL s. 

Aques fins sen los desug nominatz de moncauh au bayle de 
monpezat. 

Bernât crestia XII. d. 

I3entayoo. 

La crestiane XII. d. de francau. 



350 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

Montaiier. 

\jii cresliaa I. d. 

Munlaiieres. 

Bernât Lan cresliaa. ... II sols VI d. de fins e plus 

XII d. de francau. 

iV" 19. — Extrait du vieux rôle des feux de Béarn (vers 1365 u 

Ms. Arcliives des Basses-Pyrénées. E 309, 1"* i-V.i. 
Inédit. 

Peyrelonque. 
Lo cresliaa de Peyrelonque XII d. morlaas. 

Seguin se los fins deu loc de Lambeye, quys paguen 
Marteror. 
Fortic cresliaa IX d. 

Los fiiis d'estelhoo. 
Domenjo cresliaa II s. j d. morlaas. 

Aques dejus son los fiiis que lo senhor ha a concilies 
es paguen a marleror. 
Lo cresliaa j d. 

Aques son los fins que lo senhorha a tadaosse, es paiiuen 
per marleror. 
Jolianet deii creslia III s., VllI d. 

Peyrelonque lins. 
Lo cresliaa III s. 

Aquels fius son los dejus nomials île moncaub au bayle 
de monpezat. 
Bernai cresliaa XII d. 

Benlaylio. 
La cresliane XII d. de francau. 



XIV'^ SIÈCLE 



rM 



N" 20. — Extrait d'un rôle des feux de Bêarn 
fait par l'ordre de Gaston Phœbus en 1379. 

Ms. Archives des Basses-Pyrénées. E 309, 1""' 44-86. 
Inédit. 

Binlie foecs bius P. crestian. 

Morlaiie foegs bius Johannot crestian. 

Laareule foegs bius Lo crestiaa. 

Portet : los foecs bius 

coni dejus se sec. Lo crestiaa. 

Concies — Lo crestiaa. 

Tadahose — Lo crestiaa. 

Simecorbe — l^o crestiaa. 

Laspielhe — Lo crestiaa. 

Lambeie — Lo crestiaa. 

Castelhoo — Lo crestiaa. 

Aricau — Lo crestiaa. 

Gadellioo — Lo crestiaa. 

Aidie — Lo crestiaa. 

Sevinac d'arrer — Lo crestiaa. 

Faiet-Grozelbe — Lo crestiaa. 

Peirelongue — Lo crestiaa. 

Laalonquere — Lo crestiaa. 

Julhac — Lo crestiaa. 

Jerzerest — Lo crestiaa. 

Laalonque — Lo crestiaa. 

Lane caube — Lo crestiaa. 

Taroo — Lo crestiaa. 

Nostij — Lo crestiaa. 

Arligelobtaa — Lo crestiaa. 

Pontac — IjO crestiaa. 

Geer — Lo crestiaa. 

Montaner — Lo crestiaa. 

Castalhede, {Casieïde} — Lo crestiaa. 

Gasteraa — Lo crestiaa. 

Monsegur — Lo crestiaa. 



52 


PIEGES JUSTIFll 


lATlVES 


Bentajoo 


— 


Lo cresliaa 


Momy 


— 


Lo cresliaa 


Scdzc 


— 


Lo cresliaa 



Ail folio 80, v", on Ht la liste suivante qui répète les indica- 
iiona fournies par rensemble du rer/islrc 

[dejusj son los crestiaas que mos[enher] 

Lo cresliaa de Bjnhe, Lo de Julhac. 

Lo cresliaa de Morlane. Lo de Jerzerest. 

Lo de Laareule. Lo de Laalonque. 

Lo de Teeze. Lo de Lane caube. 

Lo de Portet. Lo de Taroo. 

Lo de Conciès. Lo de Ouillon'. 

Lo de Tadahosse. Lo de Nostii. 

Lo de Simecorbe. Lo d'Arlig-elobtaa. 

Lo de Laspielhe. Lo de Pontac. 

Lo de Lambeie. Lo de Jeer. 

Lo de Castelhoo. Lo de Montaner. 

Lo de Arjcau. Lo de Caslahede. 

Lo de Cadelho. Lo deu Casteraa. 

Lo d'Aidie. Lo de Monsegur. 

Lo^ de Sevynac arrer. Lo de Bentajoo. 

Lo de Fajel-Crozelhe. Lo de Momy. 

Lo de Peirelong-. Lo de Seize. 
Lo de Laalonquere. 

some XXXV S' 

N'21. — 6 décembre 1379. — Gaston Phœbus fait un traité avec 
les cagots de Béarn qui s'engagent à construire la charpente 
du château de Montaner; ce prince en retour les dispense de 
payer l'impôt. 

.Us. Arcliives des Basses-Pyrénées. E 304, f" 9; registre intitulé: 
Rolle deus homages rcnduts au comte Phœbus, de divers 
pays, et autres instruments considérables rettenguts de 
son temps en 1379 et seguims. 

Publié par Fr. Michel (toc. cit. , t. II, p. 197-199. 

1. On aurait dû écrire Hollon. Ce cagot ne figure pas parmi les habitants 
de olion. 



XIV SIECLE 353 

{Priviledges deiis Cagots.) 

Los Grestias dejuus noiniaz, per lor e per los autes cres- 
tiaas de bearn abscentz dixon, de grat e de boluntat l'un 
per l'aute e cascuns per lo tôt, prometon e s'obligan à 
mossen lo comte abscent mi notari dejuus dyt per nom de 
luy stipulant [et rejcebent, far totes las obres de fustes qui 
seran necessaris au casteg de montaner : so es assaber, que 
d'assi à la feste de martheror prosmar Mènent auran culhies 
e obrades e carreyades sus la place deudiit casteg' totes las 
fustes quinh quessien, petites e granes que y seran neces- 
saris, que no calhe sino pauser; e après que las meteran en 
la obre ayxi cum mestior sera, ey meteran totes las ferre- 
dures que mestier seran e lasdites obres de fuste e lo tôt 
afaran a lors propis despens e costadges, exceptât la loze que 
mestier y sera per crobirque mossen los deu aver sus la place 
crompade e carreyade â son despens. E otre aquero, lodyt 
mossen lo comte, per rasoo de las obres dessus dites, qu'eus 
a feit graci e quitance de quest fogadge de dus francx per 
foec. E si ree nan payât, que bol que autant cum pagat nan 
los ne sie restituit. E no remenhs los a quitatz de no pagar ni 
contribuir â negunes talhes comunes deus locx on estan, si 
doncx saentx non aven costumât de pagar. E otre asso lodyt 
mossen lo comte qu'eus a donat forestadge per totz soos boscx 
à culhir lasdites fustes. Asso fo autreyat per lodyt mossen lo 
comte en lo casteg de Pau, lo vi jorn de décembre l'an 
m.ccclxxix. Testimonis, Galhard de Nabalhes, Donzel Sceven, 
judge-notari deii Mont-de-Marsan. Item lo jorn et an que 
dessus, en la glisie de Paii fo autreyat per losdytz Crestiaas. 
Testimonis, Guilhaume Arnaud, senhor de Badeg de Monenh, 
Berdolo deû P., Esteven de Morlaas, Guilharnaiid deii 
Paschoaû d'Ortès. 

Segiiiense los nomis deus Crestiaas. 

.lohanet, Cresliaa d'Atsaut Arnaiidet, Crestiaa de Prechac- 

d'Aspe. Josbag, 

Peyrot, Crestiaa d'Acos, Berdolan, Crestiaa de Yeus, 

Berdolet, Crestiaa «t'Oloron, Peyrolet, Crestiaa de Montmor, 

Fa Y. 23 



354 



PIECES JUSTIFICATIVES 



Johan, Crcstiaa tic Lfdtixs, 
Pevrot Cresliaa ti'Kslielest, 

— Cresliaa lio Prossilhoo. 

— Crcstiaa dEscot, " 

— Cresliaa d'Oyeii, 
Berdolet, Cresliaa de Feaas. 
Guilhaume, Crcstiaa d'Araniitz, 
Tolet, Cresliaa de Busi, 
Perarnaud, Cresliaa de Revenac, 
Johanot, Crcstiaa deïi Leu, 
Peyrol. Cresliaa de Saiil)alerre, 
Arnaiddel, Cresliaa d'Audans, 
Berlran. Cresliaa de Caslegboo, 
R., Cresliaa de Navarrenx. 
Ramonet, Cresliaa de Meralenh, 
Johan, Cresliaa de Sus, 
Arnauld, Cresliaa de Lagor, 
Domenjon, Cresliaa de Rielcse- 

gure, 
Johan, Cresliaa de Morcnex, 
Peyrolet, Cresliaa de Pardies, 
Pcyrolet, Cresliaa de Monenh, 
Berdoloo, Cresliaa de Cardesse. 
Peyrol, Cresliaa d'Abos, 
Ramonet, Cresliaa dArbus, 
Domenjon, Crcstiaa d'Arligue- 

lohe, 
Ramonet, Crcstiaa d'Aiiberly, 
Johan, Cresliaa de Mont, 
Arnaiitoo, Cresliaa de Buros, 
Johan, Cresliaa de Sevignhac. 
Berdoloo, Cresliaa de Xabalhes, 
Ramonet, Cresliaa de Minssencz. 
Ayonet, Cresliaa de Leme. 
Arnaiitoo, Cresliaa de Thèse, 
Guilhaume, Cresliaa de Riupey- 

roos, 
P., Cresliaa de Clarac, 
Peyrol, Cresliaa de Laspiele. 
Berdolet, Cresliaa d'Arance, 
Johanot, Cresliaa d'Aiideyos, 
Monico, Cresliaa de Sesquaii. 
Bcrdoc, Cresliaa de Doasoo, 
Berdolo, Cresliaa de Borgarber, 
Johanot, Cresliaa d'Artiez, 



(jtiilhaiime, Cresliaa de Siroo, 
Johanel, Cresliaa d'Espies, cru- 

bolie, 
P., Oesliaa de Sanbanhoo, 
Peyrol, Crcstiaa de Mclhoo, 
Berlran, Cresliaa d'Artiguelop- 

laa, 
Guilhaume, Cresliaa de Nostii, 
Monicolo, Cresliaa de Monlaner, 
Ramolo, Cresliaa de Castaede, 
Bidaij, Cresliaa deii Casterar, 
Guilhai'ime, Cresliaa de Ben- 

tayoo, 
Berdolet, Cresliaa de Momii, 
Peyrol, Crcstiaa de Sedze, 
Peyrol, Crcstiaa de Salies. 
Peyrol, Cresliaa de Berenx, 
Monicoo, Crcstiaa de Bcgloc, 
Pcyi'ucoo, Cresliaa de Carresse; 
Peyrol, Cresliaa de Lembeye, 
Johanel, Crcstiaa de Peyrelon- 

que, 
Domenjon, Cresliaa de Lalon- 

quere, 
Antonio, Crcstiaa de Maubec, 
P.. Cresliaa de Serscrest, 
Arnaud, Crcstiaa de Siniecorbc, 
Arnautoo, Crcstiaa de Lalonque, 
Berdot, Crcstiaa de Lanecaube, 
Arnautoo, Cresliaa de Tadaosse, 
Ramonet, Cresliaa de Aydie, 
Berdolet, Crcstiaa de Cadelhoo, 
Guilliem . Crcstiaa d'Arriquau, 
Guilharnaiid, Cresliaa de Semu- 

hagieg, 
Ramonet, Crcstiaa de Caiibios, 
Arnaiid, Cresliaa de LarrcQle, 
R., Crcstiaa de Fayet-Aiibi, 
P., Cresliaa de Juransoo, 
Johanel, Cresliaa de Gant. 
Pcyrot, Crcstiaa d'Arros, 
Berdolet, Cresliaa de Brudges, 
Menjolcl, Cresliaa de Boelh, 
Guilhaume, Cresliaa d'Angays, 
Johanel, Cresliaa d'Assat. 



Johanet, Crcstiaa de la Bastide, 

Et jo B, de Luntz, nolari d"Orlhez et generaii deiidil mossen de 
Foix, qui... relengu, etc. 



DENOMBREMENT DE 1385 35H 

N" 22. — Extrait du dénombrement général des maisons 
de la vicomte de Béarn (1385). 

Ce dénombrement remplit un registre de 75 feuillets, sur papier 
0'",42 X 0'n,31i écrit en trois colonnes. Il fut dressé par ordre de 
Gaston Phœbus pour l'établissement de sa recette, et porte sur le 
droit de fouage qui frappait toutes les maisons habitées. Les 
seigneurs {domengers), les prêtres (caperaas) et les malades {espitaus 
et crestiaufi) qui y figurent étaient e.xemptés de tout ou partie de cet 
impôt. 

Ms. Archives des Basses-Pyrénées. E 30G. 

Publié par Paul Raymond à la fin du 6° volume de l'Inventaire 
sommaire des Archives des Basses-Pyrénées (1873). 

Des extraits concernant les cagots ont été publiés par Fr. Michel 
et par De Rochas, mais ces extraits sont incomplets et présentent 
de nombreuses erreurs. 

[Bailiatge de Maslac]. 

[Maslac] Lo crestiaa. 

Baij/iafrje de Larhaig. 

Lobienh, foecs vins; . . . Lo crestiaa. 

Aranhoo, foecs vins; ... Lo cresliaa. 

Berducoo Deu Camii, Per-Arnautde Laborde e Peyrot Deu Cerer 
d'Aranho, perportan que aben pagat lo foegatge per XII foecs, ab 
lo crestiaa. 

Lo Bailiatge de Salies, foecs vins. 

[Salies]; Lo crestiaa. 

Ao Bailiatge d' Aribere Gave. 

Begloc, foecs vins; .... Lo crestiaa. 

Berencx, foecs vins; .... Lo crestiaa. 
Llarte et Castanh, foecs 

vins ; Lo crestiaa. 

Aramos {Ramous) , foecs 

vins ; Lo crestiaa. 

Lo Bailiatge de Saubaterre. 

Carresse, foecs vins; . . . Lo cresliaa. 

Guilhcm-Arnaut de Labarrere, Guixarnaut de Lalane, Johan de 
Moregs, Arnaut-Guilhem de Pussac, Arnaut de Cairoo, Arnautoye 
de La Joye, Johan de Favas, Arnaut Deu Comte, juratz, Berdot 



350 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

Desso e Guilhem Dèu Viiihau, goarde, Vidaii de Toloze. vezii de 
Caresse, après segrenient, dixon ([ue an pagat entro assi lo foegatge 
per XXXII foccs, fore lo crestiaa. 

Saiibaterre, foecs vius; . . Lo crestiaa. 

Guilhem de Feurer, Bernât de Lasserre, juratz, P. de Larric, 
Johannot de Moran, Guilhem de Somboeys, Berdolet Deu Prat, 
Peyroton d'Exas et Pes dEstiroo, goardes deu diit loc de Sauba- 
terre, après segrement, dixon que aven pagat lo foegatge en lo diit 
loc entro assi per CLX foecs vins, fore l'ostau deu rector, e deu 
crestiaa. 

Aribaute, foecs vins; . . . Lo crestia. 

BayUalge de Mur e de Viele Franque, foecs vius : 
Lo Leu^ foecs vins; .... Lo crestiaa. 

P. de Paravis e Gassie de Laborde, deu diit loc deu Leu, juratz, 
après segrement, dixon que aven pagat lo foegatge de qui assi per 
XXI foecs fore lo crestiaa, qui no es en lor conde, e fore l'ostau 
deu caperaa. 

Viele Fraurjiœ, foecs vius\ Lo crestiaa. 

Berdot de Bideren, Guilhem Arnaut de P'avas, Guilhem-Arnaut 
de Lacrotz, Berdot d"Escos, juratz deu diit loc, après segrement, 
dixon que aben pagat lo foegatge entro assi per XXI foccs, fore lo 
crestia que no es en lor Talh. 

Lo bayliatr/e deu Loroo, foecs vius. 

Oloroo; Lo crestiaa. 

Esus, foecs vins; Lo crestiaa. 

Senta Marie deu Loro, foecs 

vius; L'espitau deus malaus, 

Lo crestiaa. 
Monmor, foecs vins: ... Lo crestia. 

Pes de Beglauc, Berdolet de Boolauc, Peyrucoo de Carrere, 
juratz, Bertran dArthes, Pelegri d'Ororenh e Arnauton de Favas, 
deu diit loc de Monmor, après segrement dixon que an pagat entro 
assi lo foegatge per XLVII foecs. fore lo casteg e lo crestiaa qui no 
son en lor conde. 

Orii, foecs vius; Lo crestiaa. 

Prexac en Jeusbag, foecs 

vius; L'ostau deu crestiaa. 



DÉNOMBREMENT DE 1385 337 

Feaas foecs vins; Lo crestiaa. 

Escot, foecs vins; Lo crestiaa. 

Precilhoo, foecs vins; . . . Lo crestiaa. 

P. de Laborde, Peyrolet de Lasale, Bertran de Casaus e Berdot 
de Casau-Domec deu diit loc de Precilhoo, après segrement, dixon 
que aven pagat lo foegatge de qui assi per XIX foecs, Tore lo 
vegucr e lo crestiaa. 

Esquialesl [Ledeuix), foecs 

vius; Lo crestiaa. 

Goalhart de La Farguoe, Berduc de Carrere, Peyruc de Gase- 
bone, Pes de Soberbiele e Arnaut de La Sale, deu diit loc d'Esquia- 
lest, aigres segrement, dixon que aven pagat lo foegatge de qui assi 
per XXXI foecs, condan l'ostau de Boneseube, fore lo crestiaa e 
l'ostau de Moss. Tristan. 

Laduixs, foecs vins; ... Lo crestiaa. 
Lo bailiatge de Navarrenx. 

Navarrenxs, foecs vius; . . Lo crestiaa. 

Meritenh, foecs vius; . . . Lo crestiaa. 

Arnaut Bernât de Bordenave, Monic de Maseres e Berdot de 
Bonefont, juratz de Meritenh, après segrement, dixon que aven 
pagat lo foegatge entro assi per XXXVII foecs fore lo casteg, lo 
caperaa c lo crestiaa. 

Casteg-Boo, foecs vins; . . Lo crestiaa. 

GuilhemdeBurgarone, Guilhem-Arnautde Saraubii, Bernagassiot 
de Borde e Guilhermot de Soyees, après segrement, dixon que aven 
pagat lo foegatge entro assi per LXVIII foecs fore lo crestiaa e lo 
caperaa. 

A udaus, foecs vius; .... Lo crestiaa. 
Laas. Seguien se (os ostaus en que 110 s es trobal foecs, 
ans fo diil que eren laiis. Lo crestiaa. 

P. de Casabielhe, Arnautuc de Saleranques, de Laas, après 
segrement dixon que an i)agat entro assi per X\ll foecs e per lo 
crestiaa plus. 

Doneuh, foecs vius; .... Lo crestiaa. 
Araus-Jnsoo, foecs vius; . Lo crestiaa. 



358 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

Guilhem-Aramon de Terssac, locthient de baile, Tucolo de Lem- 
beye, Arnaut-Guilhem deu Gronh, P. de Siringoenh-Susoo, Peyroo 
de Forcade, juratz, e Guilheni-Arnaut de Saleranquc, deu diit loc 
d'Araus-Jusoo, après segremenl, dixon que aven pagatentro assi lo 
foegatge por XLV foecs, fore lo crestiaa e domenger. 

Sus, foeca vins ; Lo crestiaa. 

Luc, foecs vius; Lo crestiaa. 

/Jastagnes, foecs vi us; . . . Lo crestiaa. 
Lo Baijlialge de Lagor e de Pardies. 
Lagor : Seguen se las ostaus 

en que no fon trobalz 

foecs; Lo crestiaa (foq.). 

Lo Cas te g de Pardies [La- 

hourcade) , foecs vius ; . . Lo crestiaa. 

Dos, foecs vius; Lo crestiaa. 

Lo Plaa de Pardies {Pardies). 

Menaut de La Vinhe, Gassie de Lafargoe, Pes de Casebone, 
Arnaut de Lafargoe, Arnaut Guilhem deu Fau e Arnaut de Camps, 
deu diit Plaa, après segrement, dixon que aven pagat lo foegatge 
de qui assi per XLIII foecs, fore domenges e crestiaa. 

Abos, foecs vius; Lo crestiaa. 

Viele-Segure, foecs vius ; . Lo crestiaa. 
Lo Bailiatge de Monenh. 

Lo Casteg, foecs vius; . . L'ostau deu crestiaa Monenh. 

L'ostau deu crestiaa Cardesse. 
Orthez, foecs vius; .... L'espitau deus crestiaas. 
Lo Bayliatge de Pau. 
Art/tes, foecs vius; .... L'ostau de Bertran, crestiaa. 

L'ostau de Peyrot, crestiaa. 

Andrevet de Goardere, Perauton de Lavedaa, P. de La Serre, 
Arnaut-Guilhem de La Costa, Bertran de Camfranc, Bertran de 
Morencx, juratz, e Guilhem-Arnaut d'Ablade, goarde deudiit loc 
d'Arthees, dixon que aven pagat lo foegatge do qui assi per CCXI 
foecs vius, fore los crestias e Tespitau de Caubii. 

Balenssu , foecs vius; ... Lo crestiaa. 
Arance, foecs vius; .... 

Goalhart de Maussac, e Arnauluc de Lop-Santz, dArance, dixon 



DENOMBREMENT DE 1385 359 

que aven pagat lo l'oegatge de qui assi per XXIIII. foecs vius l'ore 
lo crestiaa, condan en aquegs lostau deu caperaa. 

Lac, foecs vius; Lo crestiaa. 

Lo Vieler de Seserac [La Bastide Cézéracq), foecs vius ; 

P. de Los, Berdolet de Paluu, Arnautolo de l'Abadie, Arnaut de 
Vinhau, P. de Davant, Guilhemo de Laborde, Berdolet d'Anglade, 
Guilhemet de Casenave, de Cesserac après segrement, dixon que 
an pagat entro si lo foegatge per XXXVIII foecx, fore lo crestia e 
fore los domengers. 

L'oslau (leu crestiaa de Ces- 
serac. 
Danguii e Vinholes, L'ostau deu crestiaa. 

Guilhem de Casebone e Guilheni de Mays, de Danguii e de Vin- 
holes, après segrement, dixon que an pagat lo fogatge entro si per 
XXX^'II foecx, fore los domenges e lo crestiaa. 

Lescar, foecs vius; .... L'ostau deus malaus de Sent 

Laze. 
L'ostau deu crestiaa. 
Borcgarber foecx vius; . . L'ostau deu crestiaa. 
Sescau, foecs vius ; . . . . Lo crestiaa. 

Ramonet deu Baquer, P. de Niort, Gaillard de La Garde, Arnaut 
deu Casterar, juralz de Sescau, après sagrament, dixon que an 
pagat entro si lo fogatge per XXXI foec, fore lo crestiaa, pero son 
en lor conde los ostaus deu capera de Cescau qui are no y es, e 
l'oslau deu capera de Momaas qui are no y es ta pauc. 

Orius, Herm e Audejos, 
foecs vius; L'ostau deu crestiaa. 

Peyrot d'Ars, Bernât de Samadeg e Pes de Forcade, deu diit loc 
de Audeyos, après segrement, dixon (jue egs, ensemps ab los d'Erm 
e d'Orius, an pagat entro si lo foegatge per XXXIII foecs, fore lo 
crestia e lo casteg. 

Urdès, foecs vius ; Lo crestiaa. 

Gaoalhardet d'Urdes, Guilhemo d'En Bonet, Montguilhet d'Ariu, 
deu diit loc, après segrement [dixon] que aven pagat lo foegatge 
de qui assi per XX foecs, fore lo casteg e lo crestiaa. 

Doasoo, foecs vius; .... Lo crestiaa. 



3G0 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

P. deu Faur, Arnauton, de Labag e Pes de Davaut juratz, deu 
diit loc, après segrement, dixon que aven pagat lo foegatge de qui 
assi pei- XXII II foecs vius, fore lo casteg e lo cresliaa. 

Serres de Sent Esxeutz {Serres-Castet) ; 

Peyre de La Case, Bosoniet de Lobe e Hosomet de Mondine deu 
diit loc De Serres, après segrement, dixon que aven pagat lo foe- 
gatge de qui assi per XLI foecs vius, condan en aquegs lostau de 
Serres e lo crestiaa '. 

Mont-Ardon. Loex de lot 

laus; L'ostau deu crestiaa. 

Buros, foecs vius; Lo crestiaa. 

Doat de Lafiite, Arnauton de Xergassie e Guilhem de Nergassie, 
deu diit loc de Buros, après segrement. dixon que aven pagat lo 
foegatge entro assi per XXI foecs despuixs GuilhemonetdeGoarde, 
los serca, fore lo crestiaa. 

Saubanhoo L'ostau deu crestiaa. 

Aubii Lo crestiaa. 

Moynaas Lo crestiaa. 

Melhoo L'ostau deu crestiaa. 

Angays L'ostau deu crestiaa. 

Beneyac Lo crestiaa. 

Espoey L'ostau deu crestiaa^ 

Assag L'ostau deu crestiaa. 

Pau L'ostau deu crestiaa. 

Artiguelojitaa L'ostau deu crestiaa. 

Arliguehbe L'ostau deu crestiaa. 

Arbus Lo crestiaa. 

Lème L'ostau deu crestiaa. 

Arros L'ostau deu crestiaa. 

Safes-Pisses L'ostau deu crestiaa. 

Miusentz L'ostau deu crestiaa. 

Sevlnhac dArrer L'ostau deu crestiaa. 

Aubertii L'ostau deu crestiaa. 

1. Le dénombrement n'indique que 39 maisons habitées à Serres; en y 
ajoutant la maison du seigneur de Serres, et celle du cagot, qui ne 
figurent pas sur la liste des maisons on obtient le chiffre de 41. Le cagot 
aurait donc payé le fouage dans cette localité. 



DÉNOMBREMENT DE 1385 361 

Lo bailiatge de Lembeye. 

Ffaijet {Haijet) L'ostau deu crestiaa. 

Ai/die L'ostau qui fo diit que ère 

deu crestiaa. 
Aute ostau qui fo diit que ère 
deu crestiaa. 

Peijrelonque L'ostau de Monico, crestiaa. 

Tedeosse [Tadousse). . . . L'ostau deu crestiaa. 
Gerserest, Monassut et Aii- 

dirnc L'ostau deu crestiaa. 

Lembeye L'ostau deu crestiaa. 

Sevinhac (Séméac) L'ostau deu crestiaa. 

Sime-Corbe L'ostau deu crestiaa. 

Julhac L'ostau deu crestia. 

Cadalhoo L'ostau deu crestia. 

Aricau L'ostau deu crestiaa. 

Conciles L'ostau deu crestiaa. 

Mantaner L'ostau deu crestia. 

Bentayoo L'ostau deu cresthiaa. 

L'ostau après lo deu crestiaa. 
Lo crestia. 
Castanhede [Casteide). . . L'ostau deu cresthia. 

M omit [L'ostau deu crestiaa] (rayé). 

Yeer L'ostau deu crestia. 

Bore Nau iMorlaas) .... L'ostau deu crestiaa. 

L'espitau deus malaus. 
Lo bayltadge de Gayros. 

La Rente Lo crestia. 

Garos L'ostau deu crestiaa. 

Bolhoo Lo crestia. 

Lo Bayliafye de \ay. 

Leslele L'ostau deu crestia. 

Montant L'ostau deu crestiaa. 

Gant L'ostau deu crestia. 

Vallée d'Ossau. 
Busi L'ostau deu crestiaa. 



362 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



N° 23 — Extrait du registre intitulé : Hommages renduts au 
comte Phœbus. de divers pays, et autres instruments considé- 
rables retenguts de son temps en 1379 et seguiens. 

Ms. Archives des liasses- Pyrénées. E 304, ^ 88. 
l'ablié par ¥v. Michel [loc. cit.), t. Il, p. 20^-207. 

L ail mil IIP LXXXIII. 

Item, los soberJitz, crestiaas, totz ensemps e cascun [de 
lors prome] ton e s'obligan audit mosson lo comte, e juran 

avan desi i J joriis prosmars benentz, egs auran feyt obligar 

e ab carte [de bonej forme que dessus, los crestiaas dejuus 
nomiatz en auran a po[rtar] las cartes audit mossen lo comte, 
en pêne de cade G. libres d'or e en pêne de cors e de beys, etc. 
Testimonis et actum ut supra. 

Seguinse los Crestias qui son rnestier obligalzcum los autres, 
e après son obi i gais los crosatz. 



-\- Lo Crestiaa de .Morencx. 

+ Lo Creslia de Begloc. 

-\- Herlran d'xVrlès Esterlo. 

-f- Lo Crestiaa d'Audeyos. 

+ Lo Crestiaa d'Urdes. 

+ Lo Crestiaa de Doason. 

+ Lo Crestiaa d'Aransse. 

-^ Lo Crestiaa de Sescaiï. 

+ Lo Crestiaa de .Morlaas. 

+ Lo Crestiaa de Brudges. 

-f- Lo Crestiaa de Gan. 

+ Lo Crestiaa d'Angays. 

+ Lo Crestiaa de Coarraze. 



Lo Crestiaa de Lascar. 
+ Lo Crestiaa d'Aramitz. 
-f Lo Crestiaa d'Arête. 
+ Lo Crestiaa de Navarrenx. 
+ Lo Crestiaa de la Reule. 

Lo Crestiaa de Pau. 
+ Lo Crestiaa de Juranson. 
+ Lo Crestiaa d'Acos. 
+ Lo Crestiaa de Santa Marie. 
-+- Lo Crestiaa de Bolhoo. 
+ Lo Crestiaa d'Argiet. 
+ Lo Crestiaa de Lagor. 

Lo Crestiaa de Castegbon. 



Los crestiaas qui dejuus se seguin, son obligalz cum los 

dessus. Teslimonis de Pioque e Johanetde Latapide Senta- 

Suzane, e solz la medixa pêne e sotz lo medixs segrament. 
Actum fentz la glisi de Paii, lo XVIII jorn de jener. 



Lo crestiaa de Bolhoo. 
Lo crestiaa d'Argiet. 
Lo crestiaa de Lagor. 
Lo crestiaa d'Acos. 



Lo crestiaa d'Escot. 
Lo crestiaa d'Oyeu. 
Lo crestiaa de Revenag. 
Lo crestiaa de Lembeye. 



XIV SIÈCLE 363 

Lo cresliaa de Mon[einJ. Lo crestiaa de Castelhoo de 

Bertran d'Artès. Bigbilh. 

Lo crestiaa d'Aùde[yos]. Lo crestiaa de Cadelhoo. 

Lo crestiaa d'Urd[ès]. Lo crestiaa d'Aydie. 

Lo crestiaa de D[oason]. Lo crestiaa d'Arrosée. 

Lo crestiaa d'Ar[amitz] K Lo crestiaa de Seniahaguet. 

Lo crestiaa de B[ j ^ Lo crestiaa de Simecorbe. 

Lo crestiaa de [ ] Lo crestiaa de Clarac. 

Lo crestiaa de [ j Lo crestiaa de Gert. 

Lo crestiaa de Demi. Lo crestiaa de Castahede. 

Lo crestiaa de Mounior. Lo crestiaa de Momi. 

Lo crestiaa de Feaas. Lo crestia de Bentayo. 
Sancholet, iilh de Berdolet, cres- Lo crestia de Leme. 

tiaa d'Ezus. Lo crestiaa de Luc. 

Lo crestiaa d'Ezus. Lo crestiaa de Cardesse. 

Lo crestiaa d'Oloron. Lo crestiaa de Saiibaterre. 

Lo crestiaa de Leducs. Lo crestiaa de Montaner. 

Lo crestiaa de Percillon. Lo crestiaa d'Abos. 
Lo crestiaa d'Estheles. 



N" 24. — Autre Extrait du même registre. 

(Fol. 92, r\) 

Los cresliaas qui dejuus se seguin prometon e s'obligan 
cascuii per lo toi e l'un per l'autre, suus lo cors de diu 
segrat e holun esser aderitz, ajustatz e obligatz aixi cum 
los autes cresliaas son en la carte qui es en quest libe a VI 

foelhes condan au de arier. Testimonis moo de pioque, 

mossen Bosom, caperaa de pau, e jo mamy, coadjutor deu 

notari de P , fentz la glisie de pau, lo XXII, jorns de 

jener, l'an M.GGG.LXXXIII. 



Seguiensc los cresliaas obligatz en la carte dessus dite : 



Tolet, crestiaa de Busi. 
Raïuonet, crestiaa de Saubaterre. 
.lohaaet, crestiaa de la Bastide. 
Bernadoo, crestiaa de Navalhes. 
Guillianioel, crestiaa de Se- 
viahac. 



Peyrot, crestiaa de Gergerest. 
Berdolet, crestiaa de Montaner. 
Arnautoo, crestiaa de Buros. 
Peyrot, crestiaa de Lespiele. 
Bidaii, crestiaa de Casterar. 
Johanet, crestiaa d'Aûsaùt. 



1. Nous pensons qu'il laul rétablir : Ar[ansse| 

2. Probablement : B[égloc]. 



364 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

Guilharnaiid, dArrinques. cres- Peyrot, crestiaa de Nay. 

tiaa. .lolianel, crestiaa de Taroo. 

namonet, crestiaa d'Arros. Peyrot, crestiaa de Sedze. 

Peyrol, crestiaa de Garos. Berdolo, de Bogarber, crestiaa. 

Los soberditz crestiaas ensemps ab lor Johanet crestiaa 
de lac, Johanet crestiaa de monenh, berdolet crestiaa, e peyrot 
crestiaa de narcastet, cascun per lo tôt e l'un per l'aule i)ro- 
«leton e soblii^an a mossen lo comte d'aver lo pagat LXIII. 
Floriis d'aiir de la date de las présentes en VIII jorns; et aixi 
ac juran suus lo coors de Diu segrat, en pêne deu doble 
obligan cors e bées. Testimonis ut supra. 

Peyroton crestiaa de Parreule, e moniton crestian de begloc 
s'obligan per la medixe maneyre que los autes crestiaas son 
obligats en la carte a VI foelhs de quest libe; la présent carte 
retengude e signade per la maa de maeste bernât de cote- 
rees coadjutor deii notari de lascar juus la date a lascar lo 
XX»" jorn de jener Fan M. CGC. LXXXIII. 

e de Sesquaii, s'obliga per la medixe maneyre que 

los soberdutz crestiaas sus la carte rectengude, feytee signade 
per la maa de maeste forts sancz, juus la date a lac lo XXV 
jorn de jener l'an M. CGC. LXXXIII. 

(Fol" 93, r"). La Marie, niolher deu Crestiaa de Navarrenx, 
s'obliga per la medixe maneyre que los autes Crestiaas son 
obligats en la carte précèdent, a VI. foelhs de quest libe, e 
retengude per Pees de Sent-P., coadjutor deii notari de 
Navarrenx, juus la date à Navarrenx lo XXVIII. jorn de 
jener l'an M. CGC. LXXXIII. 

Guilhaume, Crestiaa d'Aramis, s'obliga per la medixe 
maneyre que dessus, ab carte retengude per maeste Bernar 
de Gosson, notari de Ste-Marie, juus la date à Ste-Marie lo 
XXIII jorns de jener, l'an que dessus. 

Mariane, Grestiane de Rete, s'obliga per la medixe ma- 
neyre que dessus, ab carte retengude per la maa de maeste 
P. de Nanyet, notari d'Oleron, juus la date Atiloron lo XXVIII. 
jorns de jener, l'an que dessus. 

Johan, Crestiaa de Morlas, s'obliga per la medixe maneyre 
que los autes Crestiaas se son obligatz, e bolo esser aderit ab 
los aiJtes. Testimonis, Arnaut de Caciere, de Borderes, Johan 



XV SIÈCLE 36& 

deii Carras, de Borce, e jo Mamy coaJjutor. A Pau, lo XX. 
jorns de jener, l'an que dessus. 

iV^ 25. — 3 juin 1404. — Lettres du Roi Charles VI. 
ordonnant au prévôt de Paris de faire la visite des Maladreries. 

Publi'! in : Ordonnances des Rois de la 3^ Race, par Secousse et Vile- 
vault. T. IX, p. 9. 

On lit dans ces lettres les dispositions suivantes qui concernent 
la totalité du pays de France : 

Fu par Nous ordonné que detïense fust faicte de par Nous 
a tous lépreux et lépreuses, de quelque pays, régions et 
contrées qu'ils fussent, ne habitassent, entrassent, ne con- 
versassent avecques personnes saines. 

iV" 26. — 7 mars 1407. — Lettres du Roi Charles VI, ordon- 
nant pour les provinces du midi de la France, l'exécution des 
anciennes coutumes concernant les cagots. 

Publié in : Ordonnances des Rois de Ui '■i'^ Race, par Secousse et Vile- 
vault. T. IX, p. 208. 

Les principaux passages de ces lettres sont publiés au cours du 
j)réseMt ouvrage. 

N" 27. — Lettre de rémission d'un registre de la chancellerie 
de France, concernant un homme qui avait été traité de 
Cassot. 

Ms. Archives nationales. 
Public par Fr. Michel {loc. cit.), t. I, p. 3o:}. 

Voici la seule phrase de cette lettre qui nous intéresse; elle montre 
la synonymie des mots cassot et lépreux : 

« et entre les autres l'eust appelé très hors vil cassot, 

qui vaut autant à dire comme mezel et venu ou extrait de 
lignée iiiézellc ou ladre » 



366 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

iV' 28. — 1439 (10 juillet . — Le dauphin Louis, se trouvant à 
Toulouse, nomma des commissaires pour visiter plusieurs 
personnes, hommes, femmes et enfants qui s'étaient répandues 
dans la ville et la sénéchaussée de Toulouse, " et qui étaient 
malades et entichées d une très horrible et griéve maladie, 
appelée la maladie de lèpre et capoterie », pour empêcher 
qu'ils ne se mêlent aux habitants du pays. 

Cit'^ par D. D. \'aissette et de Vie. Histoirr (jénérale dit lAïuijucdoc. 
Éd. in-fo^, t. IV; p. 492. 

Ces auteurs donnent en marge l'indication : c Domaine de Montp. 
Sén. de Tout, en génér. 7. contin. n" 5 ». — N'e.xiste jilus. 

iV° 29. — 1480 12 novembre). — Ordonnance du sénéchal de 
Périgord. concernant la recherche et lexamen des lépreux. 

.l/s. Archives des Basses-Pyrénées. E 6.ï6. 

Publié in : Arrhirca Histoi-i'/ws df In i'tinindf. T. X, p. 200. 

Loys Sorbier, seigneur de Paray, conseilher et chambellan 
du Roy nostre sire, et son seneschal en Periirort et capitaine 
de Mont-de-Dome et de Brag-erac, do la partie du procureur 
dudit seigneur en ladite seneschaucée, nous a été expousé 
que en icelle seneschaucée a plusieurs g-ens infectz et tachés 
de la maladie de lèpre dont est expédiant de donner la charge 
et commission a gens notables en ce et art de médecine, et 
sur ce bien expertz et cognaissans, pour trier et séparer les 
dictz entachez de ladicte maladie de la communication des 
sains, et pour ce confians a plain des sans, licterature, pre- 
dommie et bonne expériance de vénérables hommes et saiges 
maistres André Houlx, de Bragerac et Pierre de Porteria, 
habitant de Perigueux, maestres en médecine, à iceulx 
maistres André Roulx et Pierre de Porterie, appelez avecques 
eulx maistre Jehan Rougier et Jehan Martin, dit du Dourat, 
serurgiens, habitans de Perigueux et non autres serurgiens; 
et chacun d'eulx aussi ung notare non suspect, et autres 
que pour ce feront appeler, avons donné et donnons par 
ces présentes congié, auctorité et puissance de convoquer 
et adjourner, par sergens royaulx ou autres en chacune 



XV SIÈCLE 367 

paroisse ou justice de iiostre séneschaucée, les maires, con- 
sulz, justiciers ou autres ayans le gouvernement des places 
de nostredicte séneschaucée par devant eulx et de enquerre 
avecques eulx si notables gens, et donner regard et Visitation 
sur toutes personnes infectés de ladrerie ou suspectés d'icelle 
maladie, laquelle est contagieuse et d'icelles personnes voir, 
visiter, et esprouver, et de les faire séparer de la consorte et 
conversation des sains, et de les faire aller et mectre et col- 
loquer es ladreries publicques ou en autres maisons séparées 
des gens saines, selon la qualité et condicion des personnes, 
comme verront ou cas appartenir, et ce à leur propres coustz 
et dépens, et selon les tauxacions ordinaires sur ce faictes et 
notoirement gardées, qui sont sur chacune paroisse; icelle 
visiter, et en cas que ne se treuve en icelle aucuns malades la 
some de sinq solz tournois, à prandre sur lesditz consuls ou 
justicier d'icelle, avec les dépens et ung marc d'argent sur 
chacun qui sera trouvé taiché et infect de ladicte maladie avec 
les autres, ses despens et de ceulx de sa dicte compaignie 
raisonables. Et avec se avons donné et donnons aussi ausditz 
maistres André Roulx et Pierre de Porteria, puissance et 
commission de soy enquérir et informer, par toute nostredicte 
séneschaucée, sur tous abuseurs que jaçoit ce que ne soyent 
instruitz ne enseignez en art et science de médecine, et n'ayent 
estes apprins en auchune université par quoy doiyent auchune 
science de médecine et de scavoir ce que ne scevent, dont 
plusieurs sont scandalizés en nostre dicte séneschaucée; de 
interdire auxditz abuseurs que ne soyent si hardis d'eulx 
mesler dudit art de médecine; et s'ilz treuvent que par leur 
faulte auchuns ayent esté en domatges, de les prande ou faire 
j)rande au corps, et pugnir par les justiciers de nostre dicte 
séneschaucée, auxquels la cognaissance en appartiendra. Si 
donnons en mandement, etc. 

Donné a ï*erigueurs, soubs le scel de nostre dicte sénes- 
chaucée, le douzième jour de novembre l'an mil IIIP. IIU". 

Sif/ué en ))iar;je : Loys Sorbier. Par commandement de 
mondit seigneur le senechal : J. Gapitis. 



368 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

N' 30. — 4 août 1471. — Règlements édictés par un notaire 
d'Oloron contre maître Ramon chrestiaa de Moumour et les siens. 

A/s. Archives des Basses-Pyrénées. E I7()H, 1" 228 v . 

Piiblô' par P. Raymond, Mœurs béarnaises (i33o-15oO), Pau, Ribaud, 
1873, p. 44 (l-"" édition), et Bordeaux, Gounouilhou, 1873, p. 174 
(2« édition). 

Notum sit que personalment, en presenci de mi notari et 
deus testimonis juus scriutz, P. de Balauc, garde et cum a 
garde deu loc de Momor, requeri, manda et inhibi, tant ([ue a 
luy ère premes, a maeste Ramon, chrestian deudit loc de 
Momor, que eg ni sa molher, gendre, filhe, ni autes de ssa 
familie, no agossen a tenir bestiars, ni far laboradge, mes que 
agossen a bibre ab lor offici de charpanterie cum antique- 
mentz auen acostumat et se deue far. 

Item, que no agossen a danar descaus enter las gens 
deudit loc. 

Item, que no agossen a entrar en lo molii per moler cum 
presuminen et attemptauen far, mes lo sag balhassen au 
molier a la porta de la mole per moler. 

Item, que agossen a demandar l'aumoyne et queste acos- 
tuma de cascun bostau en reconexence de lor chrestianetat et 
séparation. 

Item, que quant anassen obrar per biele, se portassen en 
que heure, affm que no metossen en proe a negun, ni begossen 
en las autres besiis de Momor beuen. 

Item, que agossen a servir et obrar de lors officis aus 
besiis deudit loc de Momor dauant totz autres , ab lor 
gornau rasonable cum far deuen et deu contrari s'esayauen 
far. 

Item, que no anassen lauar a las fontz ni en autre lauader 
ont los i)esins deudit loc lauassen, ni tant pauc frequentar 
en lauan bugade o baxere ab las autres lauadores deudit 
loc. 

Item, que no agossen a baiar ni dansar eg ni sa familie ab 
las autres besins ni besies deudit loc. Cum lo tôt fasse cause 
juste et rasonable, segont dixo et antiquementz aixi sole esser 



LES GAHETS DE BORDEAUX. 369 

feyt, usât et acostumat, autrement ladite garde protesta 
encontre lodit maeste Ramon et sadite familie de tôt infesi- 
ment, dampnage, intéresse, deshonor, et bergonhe que aus 
ditz de Monior o augun de lor s'en podore enseguir. 

Et aixi ben se desencusa si no bolen seruar so dessus 
ausditz maeste Ramon ni sadite familie abie degun pec, 
dampnage o inconuenient. De (jui ladite garde requeri carte, 
la(|ual deu balhar si es necessari a mi notari notade. 

Aclum a Momor, la IIII" jorn d'aost l'an mil IIII' LXXI. 
Testimonis : Berdolet deus Basquas, Berdolet de Sent-Jorge 
et Pey de La Rey, de Momor, et jo Pees, etc. 



II. — DOCUMENTS CONCERNANT 
LES GAHETS DE BORDEAUX 

Les documents qui sont réunis sous ce titre ont un intérêt 
purement municipal, aussi nij avons-nous pas fait figurer les 
arrêts émanant du Parlement de Bordeaux ; ces derniers se 
liront au paragraplie suivant. 

N" 31. — XIIP siècle. — Fondation de l'enclos des Gahets. 

L'acte de Fondation de l'enclos des Gahets de Bordeaux remonte 
au xur siècle. Il a été vu par Baurein, mais cet auteur ne le publie 
pas. 

N" 32. — 14 nov. 1287. — Testament de noble dame Rose de 
Bourg, dame de Vayres. fille de Guiraud de Bourg, chevalier, 
seigneur de Vertheuil, et veuve de noble homme Ayquem 
Wilhem, seigneur de Lesparre. 

Legs de 20 sous aux Gaiïets do Bordeu. 

Cet acte est signalé par Baurein, Variétés bordelaises, t. IV, 
p. 18-19. — Il s'en trouve plusieurs copies aux Archives des Basses- 
Pyrénées à Pau. 



Fav. 24 



370 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

N" 33. — 7 mai 1300. — Testament de Pierre Amanieu, 
captai de Buch. 

Ms. Archives des Basses-Pyrénées. E 20. 

Cet acte, écrit sur une peau de parchemin, est daté du 7 may 1300. 
Baurein le signale avec la date du 20 mai 1300, mais ne cite pas le 
passage, que nous rapportons tel qu'il est sur l'original. 

Inédit. 

[E. de plus a lejissed aus g-ahedz de hordeu. L. ss. 

N° 34. — 13 mai 1309. — Testament de « Nassalide, 
fille de Pierre de Bourdeaux » et son héritière universelle. 

Ms. Archives des Basses-Pyrénées. l\irchemin. E 20. 

Ce manuscrit a été copié dans la collection Doat (t. XLII, f" 68) 
où il porte le titre de : Testament de dame Asahilde de Bor- 
deaux... C'est cette même dame qui, dix-neuf ans plus tard, fit refaire 
son testament, dont une des dispositions se lit ici sous le N" 35. 

Inédit. 

E a dat et leissal a l'obra de la gleisia sent Andreu de 
bordeu quarante liures [,] aus espitaus sent Jacme sent Julian 
e sent Johan deu pont de bordeu a cascun. Ix. soudz ops a 
meniar aus paubres deus niedis espitaus[,j a la recluse 

se de bordeu ops de sas necessilat[zj saissante soudz[,] 

au commun deux gaffets deu bordeu saissante soudz'. 

iV 35. — 1328 3 avril . — Testament de dame Asahilde de Bor- 
deaux, et épouse du Baron Pierre, Seigneur de Grailly, Vicomte 
de Benauge et Castillon. 

Extrait publié par Baurein. Vanétés bordelaises, t. I, p. 267 et t. IV, 
p. 19, sans indication de source. 



d. La copie qui figure dans la collection de Doal est écrite comme suit : 
" E a dat et laissât a Toléra de la gleisia Sent Andreu de Bordeu quarante 
Liuras, aus Espitaus Sent Jaeme Sent Julian et Sent Johan deu pont de 
Bordeu a cascun seissante soudz ops a meniar aus paubres deus médis Espi- 
taus, a la recluse sent de Bordeu ops sas necessitatz saissante soudz, 

au commun des GafTetz de Bordeu saissante soudz. • 



LES GAHETS DE BORDEAUX 371 

Item, aleyssatla deitadona a tôt lo communal dels Guafetz 
de Bordeu deitz libras una vetz pagaduyras. 

Item, a leyssat a totas las maysons delz Guafetz de las 
honors deBenauges, de Castelhomet de Gastelnau deMedolc, 
X libras. 

iV'^ 36. — 1328. — Exécution des gahets et des lépreux 
à Bordeaux. 

Ms. Chroniques de Guyenne de 3199 av. J.-C. à i ii2 ap. J.-C. 
Archives municipales de Bordeaux. E f'M, v°. 

Publié par Barkhausen. Archives municipales de Bordeaux. Livre des 
coutumes de Bordeaux. Bordeaux-Gounouilhou, 1890, p. 687. 

L'an M[GGG] XXVIII foren ars los digetz ' et gafetz. 

N° 37. — Cartulaire des Archives de Saint-André de Bordeaux. 

Ce document a été pul)lié par M. Hierosme Lopes. VÉglise 
métropolitaine et primatiale de Sainct- André de Bordeaux. Bourdeaux, 
Lacourt, 1068, réédité ])ar l'abbé Calen. Bordeaux, Feret et fils. 2 vol. 
in-8, 1882, p. 260 et 264. 

Dans l'archiprètré de Cernes. Saint-Nicolas de Graves.... 
IV. D. 

Il s'agit du cens que versait au ctiapitre de Saint-André, Saint- 
Nicolas de Graves ou des Gahets. 



JV" 38. — 1437. — Compotd doniini Arnaldi Constantini presbi- 
Irri.., titiii.s Senac, de anno Domini 1 437 . 

Redevance des gahets de Saint-Nicolas, au chapitre de Saint- 
André pour la jouissance de l'Église et des vignes qui l'entou- 
raient. 

Ms. ayant appartenu à M. Gustave Hrunel (d'après Michel). 
Extrait publié par Fr. Michel (loc. cit.), t. I, p. 166, note 2. 

P. 10 du manuscrit. 

1. Il faut se rappeler qu'en 1321 on brfila les disgiesls, c'est-à-dire les 
lépreux, à l^ériiiueux (Arcli. municipales de Périgueux, CG 42). Ces exécu- 
tions paraissenlavoir un rai)porlavec l'airaire d'empoisonnement des sources 
et fontaines de 1320. 



372 PIEGES JUSTIFICATIVES 

Leprosi Burdegalenses pro écclesia Sancti Nidiolay et pro 
vineisque sunt circa ecclesiam XVJ. s. 

N" 39. — 1495-1496. — Les Ladres sont chassés 
hors de la ville de Bordeaux. 

Le coût de cette opération figure parmi les dépenses de police 
dans les comptes de Dubosq, trésorier. 
Ms. Archives de la Mairie de Bordeaux. 
Public par Fr. Michel (loc. cit.), t. I, p. -ZOi, note 1. 

Compte de Dubosq, trésorier du second semestre commençant 

le ^'2" Jour de février 1495, et finissant au du mois de 

après l'an révolu 1496. 

Item, plus compte que a pagat a mestre Johan Batalhey 
la soma de vingt francs bord', et asso per sa pencion d'aquest 
second mech an, per aver lo regard a far tenir las carreiras 
netas, far abidar los aygueys et retreytz qui no son en locqs 
convenables, far tenir la riveira desembargada, far gitar los 
ladres de la villa, réservât los jorns ordenats deu temps 
passât, avssuned los belistres, coquins et gens vacabontz. 
Per so. / XXV lib. 

N' 40. — 1520 30 août . — On ordonne l'arrestation 
d'un pâtissier soupçonné lépreux. 

Ms. Archives municipales de Bordeaux. Registres de la Jurade, 
collection 1521, f'^ r". 

Publié par Fr. Michel 'toc. cit. , t. I, p. 277, note \. 

Ledict jour (30 août lo20), a été aussi arresté par medicls 
seigneurs que monseigneur prevost fera diligence de trouver 
ung Jaquenau, pâtissier, qu'on dit estre ladre ; l'amener céans, 
pour l'epprouver. 

N" 41. — 1520 10 sept.). — On conduit à Agoullis le pâtissier 
sus-cité, après qu'il a été reconnu ladre par les médecins et 
barbiers de la ville. 

Ms. Archives municipales de Bordeaux. Registres de la Jurade, 
collection 1321, f" 12 r". 

Publié par Fr. Michel (loc. cit.), t. I, p. 277, note 1. 



LES (lAHETS UE BORDEAUX 373 

Au jour d'huy x^ jour de septembre mil V et XX, estans 
messeigneurs les soubz-maire prevost Valier, Ramon-Goibo, 
Jossait, Leisné, Henon et du Casse, assemblés en la maison 
de la ville, ont faict assembler messieurs les médecins et 
barbiers de la ville pour epprouver ung" nommé Jaquenault, 
que l'on accusoit d'estre taiché de ladrerie. Lesquels epprou- 
vemens faictz en tiel cas requis, mesdits seigneurs amprès la 
relation fête desdicts médecins et barbiers que ledict Jaque- 
nault estoit ladre, mesdicts seigneurs luy ont dit présente- 
ment qu'il auroil ung- manteau rouge avec les cliquetis et 
g'ant, et l'yroit conduire jusques Agoullis le Basque sergent 
de céans, ou tiels malades ont accoustumé estre mis. 

N° 42. — XVP siècle (?) — La Jurade ordonne lexamen médical 

des Gahets. 

« Dans un vieux document entre les mains de M. Pery, 
bibliotliécaire de la Faculté de médecine [de Bordeaux]. 
La Jurade de Bordeaux ordonne au médecin assermenté 
d'aller s'assurer si les cayets sont lépreux. » (Bouchard. 
Comptes rendus de la 'il' session de C Association pour favan- 
cement des Sciences. A Pau, 1892. Paris, Masson, l"" partie, 
p. 243'.) 

iV" 43. — 1552. — « Les gahets placés hors la ville, au delà 
du prieuré Saint-Julien, reçurent un nouveau règlement de 
police. »j 

(Mémoire sur les accroissements progressifs de Bordeaux 

sans nom d'auteur. Bulletin itoUjinutique du Muséum d'instruction 
publique (le Bordeaux, 1814, p. 228.) 

Nous ignorons quel peut être ce nouveau règlement. Il est pos- 
sible que Tauteur ait fait une erreur de date, mettant li3o2 pour 

i;j;i5. 

iV" 44. — 1555. — Règlement de Police concernant les gahets. 

Ce règlement signalé par Jean Darnal, a été publié par Ber- 
nardau; ce dernier auteur n'indique pas où il a vu l'original, que 
nous n'avons pas pu retrouver. 

1. F.es mulliples recherches que nous avons fait faire à Bordeaux pour 
retrouver ce document, qui date vraisemblablement de la fin du xvi' siècle, 
sont restées infructueuses. 



374 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

a 4555. — Messieurs les Jurais (irenl ordonnance, que les 
Gahets qui résident hors la Ville du costé de sainct Julien en 
uu petit Faux-bourp: séparé, ne sortiroient sans porter sur 
eux en lieu apparent une marque de drap rouge. C'est une 
espèce de ladres non du tout formez, mais desquels la conver- 
sation n'est pas bonne, qui sont charjtantiers et bons 
trauailleurs, qui gaignent leur vie en cesl art dans la Ville 
et ailleurs. » {Jean Damai. Supplément des chronifjues liorde- 
loises [i6'29], fol" 40.) 

« Aucun <le ceux que l'on nomme \ouveaux C/iretiens ou 
Gahets, ne pourra sortir hors de leurs maisons ni entrer dans 
la ville, sinon qu'ils portent une enseigne de drap rouge 
cousue au-devant de leur poiti'ino, et qu'ils n'aient les pieds 
chaussés sous peine du fouet et d'amende arbiliaire; et ne 
pourront lesdits Gahets entrer es boucheries, tavernes, pane- 
teries de la ville, et participer avec l'autre peuple aux dites 
peines ». {Bernardau. Tableau de Bordeaux [1810], p. 65.) 

N° 45. — 1577'. — Ordonnance de l'État des Pâtissiers. 

Ces statuts seraient de lo77 d'après les pâtissiers de 1718 
(Voir Factum responsif pour Anne Bonnet, veuve de Pierre Duvi- 
gnau, Maître Hôtellier et cabaretier de cette ville... contre les bayles 
des Maîtres Pâtissiers et Rôtisseurs de la présente ville de Bor- 
deaux... p. 2). 

Publié in : Anciens et youcemix Slal nls de lu ville el cité de Bûitrdeaus. 
Bordeaux, Millanges, 1612, p. 270. 

Premièrement aven ordonnât et establit, que aucun nou 
pourra uzar d'assi en avant, en ladicte ciutat, ny territory 
d'aquera, deu mestey de Pasticey, ou Roustissour, sinon que 
sye homme de bona fama et renom, et honnesta conversation, 
et que sia net de son corps, et non sia ladre, gahet, ne malaud 
d'autre maladia contagiousa, ne dangerousa. 

i. De Rochas {Parias de France...), p. 67, donne par erreur la date 1557. 



LES GAHETS DE BORDEAUX 37b 

N" 46. — 1573. — Ordonnances de Messieurs de la Ville (de 
Bordeaux touchant la Police d'icelle. 

Ms Archives municipales de Bordeaux. Registres de la Jurade de 
lîordeaux, collection 157.3, f" 6. 
Publié par Fr. Michel [loc. cit. , t. 1, p. 205. 

Item est estably et ordonné que dorésnavant nul chrestien 
ne chrétienne appelez Gahectz, de quelque lieu qu'ilz soient, 
[ne soient] si hardiz de saillir de leurs maisons ne entrer en 
la présent ville pour aller par les rulies, sinon qu'ils porteni 
l'enseigne de dra[» rouge cousu sur la poictrine, de la gran- 
deur d'un grand blanc et en lieu descouvert et apparant, et 
qu'ilz ayent les piedz chaussez; et ne soient si hardiz de 
entrer ez boucheries, es taverne[s] ne en la mayson de la pane- 
terie sur peine de soixante-cinq soulz d'amende par tant de 
foys qu'ils seront trouvez venant au contraire. 

iV^ 47. — 1592. — Statuts concernant les Ladres, 
Mézeaux et Gahets. 

In : Les Anciens Statuts de la ville et cité de Bourdeaus enrichis 
d'aucuns nouveaux statuts, de plusieurs règlements et annotations, 
par De Lurbc. A bourdeaus. Par S. Millanges. linpr. ordin. du Roy, 1593. 

Nous n'avons pu établir avec, certitude la date des statuts qui 
suivent. 

Des Ladres et Mezeaux. 

Est deffendu a tous gens tachez de maladie de lèpre et 
mezellerie, estre si ozez, qu'entrer, aller, venir, conuerser, 
demeurer, ne habiter dans la ville et cité de Bourdeaus, pour 
quester, ne autrement, à peine d'estre puniz et emprisonnez 
au [)ain et à l'eau, pour tel temps que sera aduisé par lesdicts 
Seigneurs. 

Par arrest du 14 may 1578 et 12 août 1581 est contenu, quelle 
marciue lesdits ladres doivent porter pour estre recogneus, et 
comme ils se doivent comporter aux lieux ou ils sont residens '. 

1. Ces deux arrêts émanant du parlement de Bordeaux s'adressent auxcapots 
ou gahets, on les lira plus loin (Voir n" 49 et n" .JO). 



376 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

Aussi est deffendu a toutes les gardes des portes d'icelle 
ville de soulTrir entrer dans icelle aucuns desdicts ladres, 
mezeaux ou mezellcs, sur peine d'amende arbitraire. 

Mais les questes pour lesdicts ladres et mezeaux seront 
faictes es portes des Eglises de ladicte ville par gens à ce 
députez et ordonnés. 

Si aucun homme ou femme estoit suspect de ladrerie, sera 
tenu venir en sa personne en la maison commune de ladicte 
ville par-devant lesdicts Seigneurs, pour appeller les Médecins 
et Chirurgiens, Tesprenue estre faicte et eux ouyx en estre 
ordonné, comme il appartiendra. 

Des Gahets. 

Est statué que aucuns de ceux, que l'on nomme Chrestiens 
et Chrestiennes, ou autrement Gahets, de quelques lieux qu'ils 
soient, ne pourront sortir hors leurs maisons ou habitations 
ne entrer en la ]>resent ville, pour aller par les rues, sinon 
qu'ils portent une enseigne de drap rouge de la grandeur d'un 
grand blanc, cousue et bien attachée, au deuantlcur poictrine, 
et en lieu découvert, et apparent, et qu'ils aient les pieds 
chaussés sur peine du fouet ou autre amende arbitraire. 

Semblable règlement pour lesdits £?nhets est contenu es arrests 
contenus au i)récédent cha|)itre. 

Et ne pourront entrer le.sdits Gahets ez boucheries, tauernes, 
cabarets, paneteries de la présente ville et participer auec 
l'autre peuple a mesmes peines que dessus. 

N° 48. — 1830. — Disparition de lenclos des Gahets. 

L'Hôpital Saint-Léonard, ou plutôt rétablissement qui le rem- 
plaça, a possédé jusqu'en 1830, un domaine qui portait le nom de 
Gahets, situé dans le faubourg Saint-Nicolas, à Bordeaux. 

(E.xtrait d'un Essai sur rhistoire de Cadillac -sur- Garonne , par 
Deleros.) 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX S"? 



III. ~ RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 

Le Parlement de Bordeaux fut créé en / 76*? par Louis XL 
Cette cour, qui avec celle du Parlement de Xavarre s'est le 
plus occupée des cagots, eut une histoire très moudementée en 
ceci qu'elle siégea successivement dans un grand nombre de 
villes de son ressort. La plupart des provinces qui en rclevaieiit 
avaient été, antérieurement à la création de ce Parlement, sous 
la juridiction du. Parlement de Toulouse. Son ressort compre- 
nait : la Guyenne, les Landes, le Périgord, le Limousin, fAge- 
nois, le Condommois et C Armagnac. Le Quercg lui appartint 
jnsqiien 1474, et la Soûle Jusqu'en Ifj''JO. 

N° 49. — 14 mai 1578. — Arrêt du Parlement de Bordeaux. 

Cet arrêt fut rendu sur une requête du o mai lo78 présentée par 
Jacques Laligne. Il ordonnait de l'aire porter aux ladres et gahets 
de Casteljaloux et autres lieux le signal accoutumé, en vue d'obvier 
à la contagion. Cet arrêt était applicable à tout le ressort du 
Parlement. 

Ms. Archives de la Gironde. B 308. 

Archives de la mairie de Biarritz. FF 3, X'^ 10. 

Inédit 

Veu par la cour la requeste a vue présentée le cinquième de 
ce mois par Jacques laligne habitant de la ville de Castelja- 
loux, tendante affin pour les causes j conteneues ordonner 
commendements estre faits a paine de dix milles livres et du 
foiiet aux Capots, et gahets dud: Casteljaloux, et autres lieux, 
de prendre {)romptement la marque et signal en leur poctrine 
en forme de pied de guid, qu'ils ont acoutumé de tout temps 
porter, et a mêmes peines de dix mille livres enioindre aux 
officiers dud: Casteljaloux Consuls, et autres de faire prendre 
et porter lesd: marques auxd. Capots et gahets, reponce faite a 
la signiftication d'icelle par le procureur gênerai du Hoy, qui 
Hequiert Estre enjoint aux officiers et Conseuls dud: Castelja- 
'oux de policer lesd. ladres et gahets, et en ce faisant leur 
faire porter marques par lesquelles ils puisent estre dicernés. 



378 PIÈCKS JUSTIFICATIVES 

affin d'obvier a contaj:ion; et a jceux ladres et gahets à 
peine de prison d'y obéir, et porter lesd: marques, autre 
RiMjueste d'buy présentée a lad: Cour par led: de la ligne aux 
fins d'interiner la presédenle, dit a esté interinant ladite 
Requeste quant a ce, et faisant droit sur le requisLiJtoire du pro- 
cureur gênerai du Roy, qve la couk a ordonné et enioint aux 
officiers et consuls dud: Gasteljaloux et tous autres sur peine 
de mille escus de policer les ladres et gahets, estans en leur 
ville, et jurisdiction, et en ce faisant leur faire porter la marque 
et signal qu'ils ont acoutumé de tout temps porter sçavoir 
est aux dits ladres, et lépreux les clicquets et aux Capots et 
gahets un signal rouge à la poctrine en forme de pied de 
guit, et a mêmes peines et du foûèt aux dits lépreux, gahets 
et Capots d'y obéir et porter lesd: marques. 

Prononcé a rourdeaux en parlement le quatorzième de may 
mil cinq cens soixante dix huit coUationné signé lombart, et 
a costé est escrit messieurs Benoist présidant, de Nort Rapor- 
teur, es pièces un escu sol : 

Signiffié le dixième janvier mil sept cens a betbeder parlant a son 
clerc, signé, Geneste. 

Veu et collalionné a esté la coppie de l'arrêt de la Cour de parle- 
ment de Bourdeaux, et signiftication, cy dessus et autres parts 
escrite par nous notaires Roiaux, soubz"^' sur une coppie ou 
expédition en l'orme escrit en parcliemin signé de lombart et 
Geneste sans y avoir rien aumenté ni diminué, ce requérant sieur 
Jean Delabat second jurât de la parroisse de Biarriz auquel ces 
présentes a esté délivré, et la d. expédition en forme a resté au 
pouvoir de moy Jean de Planthion l'aisné l'un desd. notaires sous- 
signé, fait a Ai'bonne le vingt-deuxième may mil sept cens dix huit 
par nous. 

L. de Planthion, not. royal. J. Planthion, not. royal. 

D'après la copie conservée aux Archives de Biarritz.) 

N" 50. — 12 août 1581. — Arrêt du Parlement de Bordeaux. 

Cet arrêt fut rendu sur la requête présentée à la Cour par Ktienne 
de Laudoir. Il ordonnait aux gahets de Capbreton de porter un 
signal rouge, et leur défendait de toucher aux vivres dans les mar- 
chés. Il était applicable à tout le Labourd. 

Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N'' 9. 

Inédit. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 379 

Extrait des registres du Parlement [de Bordeaux]. 

Sur la l{e([ueste présentée à la Cour par Estienne de laudoir 
voisin et habitant du lieu et jurisdiction de Cabreton, tendant 
aux fins pour les causes y conteneùes Veu l'arrêt donné le 
quatorzième may mil cinq cens septante huit, sur la requête 
présentée par Jacques ialigne habitant de la ville de Gastel- 
jaloux contre les Capots et Gahets du lieu appelle de la punte 
en lad: jurisdiction de Capbreton, et autres qui habitent en 
lad: jurisdiction dud: lieu de Capbreton, aporteront au devant 
leur [)octrine un Signal Bouge en forme de pied de guid", 
aftin que chacun les puisse connoistre, et se garder, et ce 
a peine du fouet, et autres telles, que de droit, et a même 
peines leur faire inhibitions et deffences toucher au marché, 
et au lieu de laditte jurisdiction, aucuns Vivres de quelques 
Espèces, que se soit, autres que ceux qu'ils achèteront des 
vendeurs, et enjoindre aux officiers dud : lieu a peine de pri- 
vation de leur estât de faire exécuter l'arrêt, qui interviendra, 
et en certiffier lad: Cour, veu lad: Requeste du neuiiesme du 
présent, led: arrêt dud: iour quatorzième may mil cinq cens 
septante huit, avec la reponce du procureur gênerai du Hoy 
quy requiert estre enjoint aux officiers et jurats dud. Cap- 
breton a peine de mil escus de policer lesd : gahets et Capots, 
et en ce faisant suivant les arrêts de lad: Cour donnés en cas 
semblable, leur faire porter un signal rouge en la poctrine, 
en forme de pied de guid, et auxd: gahets et Capots d'y obéir, 
et i)orter led: signal a peine du foiiêt, et autre amende arbi- 
traire, autre Uequeste a mesmes fins présentée, dit a esté en 
jnterinant lad: Uequeste qu'an a ce que la Cour en consé- 
quence des arrêts cy devant donnés en cas semblables, enioint 
aux officiers et jurats dud. Capbreton a })eine de mil escus et 
de privation de leurs estats, do policer les Capots, et gahets 
estans aud. lieu de la punte, et juridiction dud: Capbreton et 
chacun d'eux ensemble a leurs femmes et enl'ens faire porter 
un Signal Kouge sur leurs acoutremens, et a l'endroit de leur 
poctrine, en forme de pied de guid, auquels Gahets et Capots, 
lad: (iOur enioint d'obveir, et porter led. signal a peine du 



380 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

foiièt et <autrc j)lus grande peine, telle que de droit, par 
raison et a mesmes peines leur fait inhibition et deflences 
toucher au marché, ny autres lieus de lad : Jurisdiction aucuns 
vivres, autres que ceux qu'ils voudront achepter, des ven- 
deurs d'iceux, prononcé a Bourdaux en parlement le douze 
août mil cinq cens Imitante un. Collationné, signé lombart 
et a costc est escrit Messieurs Denoist président, de la Ferne 
rapporteur. 

Signiffié le dixième janvier mil sept cens a Betbeder parlant a 
son clercq, signé, Geneste. 

Veu et collationné a esté la Coppie de l'arrêt de la Cour de par- 
lement de bourdaux, et signifdcalion cy dessus ez autres parts 
escrite par nous Notaires Roiaux, soubz"^' sur une Cojjpie ou 
expédition en forme escrit en parchemin signé de Lombart, et 
Geneste, sans j avoir rien augmenté, ni diminué, ce requérant sieur 
Jean Delabat second jurât de la parroisse de biarriz auquel ces 
présentes a esté délivré, et lad. expédition en forme a resté au 
pouvoir de moy Jean de Planthion l'aisné l'un desd. notaires sous- 
signé, fait à Arbonne le vingt deuxiesme may mil sept cens dix huit. 
L. de Planthion, notaire royal. 
J. Planthion, notaire royal. 



N" 51. — 12 [ ] 1582. — Signification de l'arrêt 

du 12 août 1581. 

Dans cette pièce figurent les noms des gahets de la Punte de 
Caphreton. 

Ms. Archives de Caphreton. 

Publié par Fr. Michel (loc. cit., t. I, p. 208, note 1. 

Du douzième jour mil cinq cens quatre-vingtz-dux, par 

devant Perichon Debayle, Estienne Defouarqx, juratr-, 

au parquet ordinaire de la cour. 

Entre M' Estienne de Laudoar, le procureur du roy joinct 
à luy, contre Saubat Menjon et autre Menjon, Bertranon, 
Mingot Colas et autre, Saubat Biroucq dé Sainct Jehan, 
Arnault Guilhen, Menjon, Peyroton, Pierre et Jhanon Don- 
gius, Jehan Desharry dict l'Homme, autre Jehan Desbarry 
dict Pachon, Estienne Saubaton et Arnaulton Ducasso, 
Oahetz du lieu de la Punte, assignés a dus hures après mydy 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 381 

de ce jourd'huy, comparant le procureur du roy en la présente 
juresdiction et de Laudoar, lesquelz parlant par ledict procu- 
reur, ont dict que par arrest de la cour de Parlement de 
Bourdeaulx donné le douxième d'aoust mil cinq cens quatre- 
vingtz-ung a esté enjoinct aux officiers et juratz de Cap- 
breton de policer lesdictz Capotz et Gahetz estanz au lieu 

de la Punte ; lequel arrest ilz ont fait signifier aux deseus 

nommés et autres qu'il appartient, en vertu de certaines. 
A[)p'^ default desdictz assignés, sauf s'ilz se présentent dans 
vendredy prochain, hure de matin, et leur sera signifié par le 
premier sergent royal ou ordinaire de la présente juresdic- 
tion sur ce requis; et a faulte de se présenter à la dicte hure, 
sera procédé comme de raison. 



N° 52. — 11 décembre 1592. — Arrêt du Parlement 
de Bordeaux. 

Cet arrrt fut rendu sur la requête présentée le 9 déc. 1592 à la 
Cour par les jurais et abbé d'Espelette. Il enjoignait aux capots et 
gahets de ce lieu et des environs de porter la marque ronge, de ne 
pas toucher aux vivres là où ils se vendaient, et de ne pas aller à 
l'otTrande avec le peuple. 

Mss. Archives de la Gironde. B 458. 
Archives de Biarritz. FF 3, N" 8. 

Cité partiellement par Fr. Michel (loc. cit.\ t. I, p. 209. 

Inédit. 

Extrait des Registres du Parlement [de Bordeaux]. 

Veu par la cour la Requestea vue présentée le neufîèsme de 
ce mois par les abbé, et jurats du lieu et par-roisse d'espellete, 
tendant aux fins pour les causes y conteneiies, enjoindre 
aux gahets et Capots residans en lad: parroisse d'espelete, 
et ez environs, leurs femmes, et enfens de incontinant 
prendre sur leurs acoulremens a leurs poctrines le signal 
rouge en forme de pied de guid, et inhiber dors en avant 
plus toucher aucuns vivres aux marchés, et places publiques, 
ou ils se débitent, et vendent, ny aller plus a l'offrande avec 
les parroisiens de paine du fouet et d'estre exhillés et chassés 



382 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

de lad: jurisdiction dVspelleteet aussy enjoindre aux officiers 
du lieu à peine de dix ni'l Escus de tenir la main, policer 
lesd: Capots, et liahets, et faire exécuter l'arrêt, ijui inter- 
viendra sur la présente Requeste, Hejionse du procureur 
gênerai mise au pied de lad: Requeste, qui n'empêche l'interi- 
nement de lad: requeste conformément aux arrestdes 14 may 
io78 et 12' aoust 1581 lesdits arrest desd* 14* may et 12" aoust, 
austre Reijueste huy présentée pour l'interinement de la pré- 
cédante, dit a esté que la Cour En conséquence desd: arrêts a 
ordonné et enjoint auxd: capots, et gahets, résidans en lad: 
parroisse d'Espelete, et ez environs leurs femmes, et enfens, 
d'incontinnant prendre sur leurjsl acoutremens, et leurs jioc- 
trines le signal rouge en forme de |)ied de guid, et leur inhiber 
de plus toucher aucuns vivres quy se débitent aux marchés et 
places publiques sauf celles qui leur seront baillés et délivrés, 
et ce à peine du foiiét et d'estre exhillés et chassés de la juris- 
diction d'espelele; et a même peines leur fait inhibitions, et 
deffences, d'aller à l'oiTrande avec les autres parroissiens de 
lad: parroisse d'Espelete, et enjoint aux officiers dud: lieu 
à peine de cinq cens escus, de policer led: capots, et galiets 
suivant le précédant arrêt, et de tenir la main à l'exécution 
d'icelluy, et autre arrêts donnés en semblables causes, selon 
leur forme et teneur. 

Prononcé a bourdaux en parlement le onzièsme de décembre 
mil cinq cens nouante deux coUationné signe lombart et a 
costé est escril messieurs d'assis présidant et damalby Rapor- 
teur, habeat un Yeu. 

Signiffié le dix jeanvier mil sept cens, a Betbeder parlant a son 
clercq, signé, Geneste. 

Veu et collationné a esté la Coppie de l'arrêt de la Cour du par- 
lement de Bourdeaux..., etc., fait a Arbonne le vingt deuxièsme 
may mil sept cent dix huit. 

L. de Planthion, notaire royal. 
J. Planthion, notaire royal. 

D'après lu copie couscnée aux inxhives de Biarritz.) 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 383 

iV^ 53. — 20 mai 1593. — Arrêt du Parlement de Bordeaux. 

Cet arrêt fut rendu sur la requête de Saubat Darmoise. II renou- 
velait contre les capots et gahets du Labourd les injonctions et 
défenses de l'arrêt du II décembre lo92. 

Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N° 7. 

Cite partiellement par Fr. Michel {loc. cit.), t. I, p. 210. 

Inédit. 

Extrait des registres du Parlement [de Bordeaux]. 

Veii par la cour la Requeste a vue ce jour d'huy présentée 
par Saubat d'armoise notaire Roial et Sindicq du baillage de 
labourt, tendante affin pour le.s causes j conteneues en con- 
séquence des arrests, j attachés enjoindre aux Capots j^ahets 
et ladres ' dud paies de labourt, leurs femmes et enfans de 
incontinant porter le sig^nal rouge en forme de Pied de guid 
sur leur acoutrement, au dehors et en évidence, affin qu'ils 
soint côgneus, et leur inhiber de toucher aucunes viandes aux 
marches et places publiques, les vivres, qui sont en venthe, ni 
aller plus aux offrandes, et toucher à l'eau beniste avec les 
parroisiens, à paine du fouet et d'estre exhillés et chassés dud. 
bailliage, et enjoindre aux officiers des lieux a peine de mil 
escus, de tenir la main, policer lesd. Capots, et faire exécuter 
entretenir lesd. arrêts, et autres, qui interviendront, sur la 
présente requeste, lesd. arrêts dattes des quatorzièsme may 
mil cinq cens soixante dix huit, douziesme d'aoust mil cinq 
cens quatre vingts un, et onzièsme déxembre mil cinq cens 
quatre vingts douze, dit a esté interinant la ditte Requeste 
quen a ce, que la cour a ordonné et ordonne suivant ses pre- 
cedans arrêts, que les capots, et gahets residans au bailiage 
de Labourt, et lieux circonvoisins leurs femmes, et enfens 
prendront sur leurs acoutremens et poctrines un signal rouge 
en forme de pied de guid, ])Our èstre dicernés distincs, et 
séparés du reste du peuble, et leur inhiber de dorénavant 
toucher aucuns vivres, qui se débitent aux marchés et places 

1. Plusieurs auteurs qui n'ont cité qu'un fragment de cet arrêt écrivent 
ici : ■■ capots, garrhes et ladres -. Celte lecture est probablement conforme 
au te.Kte d'un manuscrit que nous ne connaissons pas. 



384 PIEGES JUSTIFICATIVES 

peuhliques sauf celles qui leur seront baillés, et délivrés par 
ceux qui les delutent et ce à peine du foiièt, et d'estre èxhillés 
et chassés dud : baillage, et pour le regard des ladres si avans 
en y a, porteront les cliquets a mesme peines que dessus, 
et fait la cour inhibitions et deffences aux susd : Capots, et 
lépreux d'aller à l'onrauib^ avec les autres habilans dud : bail- 
liage es églises d'icelluy bailliage ny toucher de leurs meins 
l'eau beniste, au lieu ou les dits habitans ont acoutumé la 
prendre, et enjoint au baillif dud : Labourt, et aux officiers 
de tenir la mein a l'exécution du présent arrêt, a peine 
de cinq escus et autres arbitraire, telle que de droit, et 
raison. 

Prononcé a bourdeaux en parlement le vingtiesme de may 
mil cinq cens nouante trois, 

Collationné signé Lombart à costé est escrit Messieurs 
Dassis, présidant, Damelby Raporteur, habeat un Escu. 

SigniHié le dixièsme jeanvier mil sept cens a Betbeder, parlant a 
son clercq, signé geneste. 

Veii et collalionnée a Esté la coppie de l'arrêt de la cour de par- 
lement de bourdeaux, et signifficalion, cy dessus et autres parts 
escrite par nous notaires Hoiaiix, soulz"^' sur une coppie ou expé- 
dition en forme escrite en parchemin signé delombart et geneste 
sans j avoir rien aumenté ni diminué, ce l-lequérant sieur Jean 
Delabat Second Jurât de la présente paroisse Debiarriz auquel 
ces présentes a esté délivré, et lad : espédition en forme a resté au 
pouvoir de moy Jean de planthion laisné l'un des d. notaires sous 
signé, fait à Arbonne le vingt deuxième may mil sept cens dix-huit, 
par nous. 

L. Ue Planthion notaire royal. 

J. De planthion. 

N" 54. — '20 mai 1594. — Arrêt du Parlement de Bordeaux.] 

Cet arrêt est cité parmi les pièces ligurant au procès qui se ter- 
mina par un arrêt en date du 5 septembre 1596. (F. N« 57). 

iV' 55. — [22 juin 1595. — Arrêt du Parlement de Bordeaux. 

Cet arrêt règle certains points de procédure dans une affaire 
survenue entre les cagots de Saint-Pé et le scindic du bailliage de 



RESSORT UU PARLEMENT DE BORDEAUX 385 

Labourd. Un résumé de cette pièce figure dans l'arrêt du 5 sep- 
tembre 1590. 



N" 56. — [8 avril 1596. —Arrêt du Parlement de Bordeaux. ^ 

Arrêt par lequel il est ordonné que les cagots du Labourd et le 
scindic, qui sont en procès, « diront, produiront et contrediront 
tout ce que bon leur semblera dans le premier jour juridique après 
Quasimodo ». 

Cité dans l'arrêt du 5 septembre 1596. 



iV" 57. — 5 septembre 1596. — Arrêt du Parlement de Bordeaux ' . 

Ms. Archives de la Gironde. B 465. 

Publié dans les Archives historiques de la Gironde, t. XIX, p. 271-275. 
Cité dans la consultation donnée par l'avocat Rochet, le 5 dé- 
cembre 1722. 

Entre Sanbat Darmore, scindic du bailliage de Labourt, 
Martin de Ghevery et Petry Damares, demandant l'exécution 
de l'arrest du ving-tiesme de niay mil cinq cens quatre-vingt- 
treze et l'entérinement de certaine requête d'autre part; 

Et Jehannette de Lagarrete, Coiiland de Lamarque, L'ste- 
bers de Haresteguy, Laurens Darguinis et aultres, leurs 
consortz deffandeurs, d'autre ; 

Veu le procès ; 

Quatre arrestz donnés en faveur des sindicz de la ville de 
Castelgelloux, de Capbreton, d'Espellete et desdictz deman- 
deurs dattes du quatorziesme may mil cinq cens soixante-dix- 
huict, douziesme jour d'aoust mil cinq cens quatre-vingtz- 
ung, unziesme de décembre mil cinq cens quatre-viagtz-douze 
et vingtiesme jour de may mil cinq cens quatre-vingtz-treze; 

Procès-verbal faict sur l'exécution de l'arrest du premier 
juillet mil cinq cens quatre-vingtz-treze; 

Sentence dont vient l'appel du dix-septiesme jour dudict 
moys de juillet audit an ; 

1. Nous publions ce document d'après les Archives historiques de la 

Gironde. C'est dire que nous ne garantissons pas rai)Si)lue exactitude du 

texte, où malheureusement semblent figurer certaines erreurs; c'est ainsi 

qu'il faut lire aux premières lignes : Saubat Darmoise... .Martin d'Etchevery... 

Fay. 25 



386 1>IÈi;KS .ILSTiFlCATlVES 

Lettres royaux de relief d'appel desdictz appelantz et 
exploitz faictz en vertu d'icelles des unziesme et viii-it-cin- 
quiesme jour d'août audict an; 

Arrest de contrariette du vingtiesme de may mil cinq cens 
quatre-vingtz-qualorze ; 

Uequeste desdictz demandeurs; 

Procès verbal faict sur la faction d'icelle du vingt-sep- 
tiesme juillet mil cinq cens quatre-vingtz-quatorze; 

Enquête de ladite [La] Guarete et procès verbal faict sur la 
faction d'icelles, des vingt-ungniesme de mars et buictiesme 
apvril dernier quatre-vingtz-quinze; 

Nullités et objez desdites parties ; 

Salvations desdictz demandeurs avecque la requeste de 
réception ; 

Conclusions du procureur-général du Roy; 

Autre arrest donné entre lesdictes parties le vingt- 
deuxiesme jour de juing mil cinq cens quatre-vingtz-quinze, 
par lequel entre aultres choses, sans avoir esgard à la fin de 
non-proceder proj)osée par ladicte [La] Garette; que la Cour a 
mis l'appel et ce dont a esté appelle au néant sans despans; et 
évoqué et retenu à elle le procès princi|)al d'entre les [)arties 
et obmectant le premier cbef d'arrest de querelle formé par 
icelle de Laguarette, ordonne que les parties procederoient 
sur le second cbef, et joinct la presante instance à aultre 
instance d'exécution d'arrezt poursuivye par le scindic de 
Labourt pour le règlement des cappos et gaetz, pour estre le 
tout jugé conjoinctement, séparément et par ordre, ainsi qu'il 
appartiendra; et sur ce que les parties diroient et produiroient 
dans le moys ; 

Inventaire sommaire contenant communiquation de pièces 
faicte à Lagoire, procureur desdictz defïandeurs, du septiesme 
de mars mil cinq cens quatre-vingtz-quinze; 

Lettres royaulx et exploictz d'assignation baillé à la requeste 
dudict scindic de Labourt ausdicz de Haresteguy, Couland de 
Lamarquade, Laurens Darquinnis, des vingt-deuxiesme de 
septembre et vingt-qualriesme octobre mil cinq cens (juatre- 
vingtz-treze ; 

Arrest par lequel est ordonné que toutes parties diront, 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 387 

produiront et contrediront tout ce que bon leur sembleroient 
dans le premier jour jurisdic après Quasimodo, datte du 
huictiesme d'apvril dernier; 

Hequeste presantée par ledict scindic de Labourt, du 
neufiesine jour du presant moys d'aoust, contenant conclu- 
sions sur le second chef d'arrest de querelle que sont : qu'il 
soict enjoinct comme autrefois à ladicte de Laguarete, son 
mary, leurs enfans et aultres cappos et g-aiectz, residans au 
bailliag^e de Labourt et lieux circonvoysins, leurs femmes et 
enfans, à peyne de mil escus et du fouhet, de pourter, sur 
leurs accoustrementz et poytrennes, un signal rouge en 
forme de pied de g'uyt, qui soict descouvert et esminant, afin 
qu'ilz soyent dicernés, distin et séparés du reste du peuple; 
et inhibé et défendu ausditz gaietz et cappos de toucher 
aulcuns vivres qui se débitent aux marchés et places 
publicques a peyne du foyet et d'éstre banys dudict bailliage; 
et aux ladres de porter les clicquettes, et leur faire inhibi- 
tions et defences d'aller à l'offrande avec les .aultres babitans 
ez esg'lises dudict bailliag-e, ne toucher de leurs mains l'eau 
béniste; et enjoindre comme autrefois audict baillif et aultres 
oflîciers de faire mettre à exécution ledict arrest et informer 
des contreventions à peyne de mil escus, suspention et priva- 
tion de leurs estatz; à laquelle requeste a esté repondu : soict 
mise au sac et signiffiée sans retardement du jugement du 
[)rocès ; 

Oultre pièces et production respectivement desdictz deman- 
deurs et Lag'^uarette avec l'appoinctement a droict; 

Il sera dict, faisant droict diffinitivement des fins et 
conclusions des parties concernant ladicte Jehane de Lag-ua- 
rete, nommée en Tarrest, du vingt-deuxiesme juing mil cinq 
cens quatre-ving-tz-quinze, Jcban Mascardes, son mary, et 
leurs enfants, et attendu les preuves et enquestes faictes 
respectivement par lesdictes parties suyvant Farrest du ving- 
tiesme de mav mil cinq cens quatre-vingtz-quatorze, que 
hi Cour interinant ladicte requeste dudict Saubal Darmore, 
sindic dudict baillage de Labourt, du neufviesme jour du 
présent mois d'aoust, enjoinct à ladicte de Laguarrete, son 
dict mary et enfans, de porter à l'avenir sur leurs acoustre- 



388 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

mens et poylrine, un signal rouge en forme de pied de g^uit, 
aux lins qu'ilz soyent disernés et distingués du reste du 
peuple, suivani ce que a esté ordonné jiar Tarrest du ving- 
tiesme niay mil cinq cens quatre-vingtz-treze, leur faisant 
inhibition et défance, de se mêler parmy le peuple, soit aux 
esglises, marchés et aultres lieux publictz, et d'aller à 
i'ofrande, dans l'esglise parrochelle de Sainct-Pé, avec les 
aultres habitans et paroissiens, ny meclre la main à Teau 
bénite, ne pareilhement, prendre aulcune place en icelle 
esglize, que celle qu'eux et leurs prédécesseurs ont accous- 
tumé avoir, scavoir : les hommes qui sont de ladicte qualité 
sur les degrelz de leschelle par laquelle on monte en la 
galerie de ladicte esglize, et les famés, au baz desdictz degrelz 
et joignant iceulx; et de ne toucher et nianier, ausdiclz 
marchés, aulcungs vivres, que ceulx qui leur seront baillés 
et délivres, pour leur entretenement, le tout a peyne du fouet 
et d'estre banis du bailliage de Labourt; enjoignant au balifz 
et aultres officiers dudict lieu, de tenir la main à l'exécution 
du presant arrest, a peyne de mil escuz, suspension et priva- 
tion de leurs estatz; condamne ladicte Guarette envers 
lesdictz Decheverry et Dauciary abbés de la parroisse de 
Sainct Pé, ez despans faictz en ladicte cour, dès et puis ledict 
arrest du vingt-deuxiesme jung quatre-vingtz-quinze la taxa- 
tion d'iceulx a ladicte cour réservée; 

Et avant faire droict des aultres fins et conclusions dudict 
scindic de Labourt, concernant l'arrest gênerai du vingtiesme 
may mil cinq cens quatre-vingtz-treze, ordonne, ladicte cour, 
que lesdictz Golau de Lamarcarde, Esteven de Haresteguy 
et Laurens Darguins, scindiz crez et accordez par Sanson 
Martin, aultre Martin et Esteven de Haresteguy, Mengon de 
Lassere, et aultres leurs consortz, nommez en ladicte pro- 
curation du quatorziesme de juillet mil cinq cens quatre- 
vingtz-treze, insérée au procès verbal du premier dudict mois 
de juilliet audict an, dudict procès; liailleront leur causes 
d'opposition dans la feste de Saint Martin diver prochaine- 
ment venant, et sur ce, toutes parties diront, produyront, tout 
ce que bon leur semblera pour ce faict et devers la cour 
raporté, et le tout communiqué au procureur-général du Roy 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 389 

en eslre ordonné ce qu'il apartiendra. Et cependant ordonne 
ladicte cour, que suyvant les arretz précedans, les capotz et 
ffalietz, residans au baillaiee de Labourt et lieux circonvovsins, 
prandront sur leurs accoustremens et poytrines ung- pareil 
sig^nal roug-e en forme de pied de guyt, pour estre séparés du 
reste du peuple, leur inhibant doresnavant touscher aulcungs 
vivres qui se débitent au marché, sauf ceulx que leur seront 
délivrés par ceulx qui les vaudront, a peyne du fouet et 
d'estre banis dudict baillaige. Et pour le regard des ladres, 
sv aulcungs en y a, porteront les étiquetes a mesmes paynes 
que dessus; faisant inhibitions ausdictz capotz et lépreux, 
aller à l'oiTrandre avec les aultres habitans dudict baillaige et 
de toucher l'eau bénite au lieu ou lesdictz habitans ont 
accoustumé de la prandre, ains se ranger chescung ez lieux 
acoustumés et qui sont destinés pour leur assemblée; aussi, 
a mesme pevne que dessus, le tout jusques à ce que aultre- 
ment par ladicte cour en soict ordonné; et en cas de contra- 
ventions ladicte cour enjoincl audict baillifz et aultres 
officiers dudict baillaig^e de Labourt d'informer contre les 
contrevenans pour lesdictes informations veues et devers la 
cour raportées, estre procédé ainsi qu'il apartiendra. 

De Rœmound, Alesme. 



N" 58. — 3 juillet 1604. — Arrêt du Parlement de Bordeaux.] 

Cet arrêt fut rendu à la requête du sieur Gregaray syndic du 
Tiers Etat du pays de Soûle. 

Cite par Palassou /oc. cit.), p. 371, sans indication concernant le 
manuscrit. 

« Il est ordonné en conséquence du précédent arrêt (celui 
du 5 sept. 1596), aux cag-ots et gahets de Soûle, de })orter 
ladite marque rouge en forme de patte de canard, et fait les 
mêmes défenses ci-dessus avec celles de ne prendre dans les 
églises que les mêmes places que leurs prédécesseurs et 
ancêtres du dit ordre des cagots, etc., etc. » 



390 PIEGES JUSTIFICATIVES 



N" 59. — 29 juin 1606. ~ Ordonnance des 3 États du pays 
de Soûle. 

Cité par Palassou yloc. cit.), p. 371. 

Ordonnance rendue sur la requête de Bernard d'itchard, 
par laquelle « il fut défendu aux dits cagots, à peine du fouet 
de faire Toffice de meunier, de toucher à la farine du commun 
peuple, ni de se mêler dans les danses publiques avec le 
peuple, sous peine corporelle ». 

N" 60. — Novembre 1680. — Consultation d'avocat au sujet d'une 
affaire survenue à Biarritz, à propos d'un enterrement d'agot 
qu on avait fait dans le cimetière commun. 

Ms. Archives de Biarritz. FT 3, N" 1. 
Inédit. 

Le soussigné qui a ouï le sieur Dalbarade Jurât de la 
parroisse de Biarritz, à la requeste par lui présentée au bailliage 
de labour. 

Est d'avis que comme on commance le procès criminelle- 
ment et par forme de raintregrande c'est une necesitté d'agir 
devant le juge tanporel parceque les mattières criminelles 
contre les pays et le mattières posesoires appartienent aux 
juges temporels. C'est pourquoy dans les écritures et actes 
qui se feront dans la suitte il faudra prandre la chose pour 
une voye de fait et un troumble à la possession dans laquelle 
on dit d'avoir les sémittieres et les cors enterrés dans ceux 
de gots et dans le rayonnement on pourra parler de l'ofrande 
et de l'eau benitte et de l'arrêt de l'an mil cinq cent quatre- 
vingts-traize. 

Que sy comme on dit l'espérer on obtient un jugement par 
lequel il sera permis de déterre[r] les corps, de le; s] porter 
dans l'endroit destigné pour les aguoter il faudroit dans le véri- 
table ordre faire signifier le jugement à ladvocat et aux par- 
ties mesme demander une permission à monsieur l'evesque 
de faire le transport du corps attanden led. jugement. 



RESSORT UU PARLEMENT DE BORDEAUX 391 

Neantnioins il y a lieu de croire que si les choses estoint 
faites et exécutées en conséquance d'an jugement, led. Sei- 
gneur Evesque ne s'en formaliseroit pas autrement, non plus 
que messieurs les officiers Eclésiastiques particulièrement s'il 
n'y a pas pleinte devant luy, 

Mais comme l'on dit que ceîla fait et fera du bruit dans la 
parroice, on estime qu'il n'y aura pas grand inconvénient de 
la part dud. Seigneur Evesque si on exécute le jugement en 
lui venant faire dans le même temps faire ses civillités et 
alléguer lesd. raisons du désordre qu'on aprelient particuliè- 
rement sy cella est authorisé du Sieur (juré et sy luy ou son 
vicaire asiste aud. déterrement. 

Il seroit mesme à propos s'il se pouvoit d'avoir un sergent 
qui feust commis pour faire exécuter le jugement de rein- 
tregrande et rappelle[r] la partie pour se voir faire et pour 
evitter les empressements qui pourroient survenir il seroit 
bon de lever l'appointement avec empressement et le faire 
signifier et ensuite exécuter en sorte que la partie n'acrosse 
pas l'affaire par un appel car s'il y avoit une fois appel, 
l'exécution en seroit difficille, parceque c'est une mattière 
importante et les juge[s] d'appel ne sont que trop jalons des 
attentas contre leur jurisdiction. 

Signé : Bruix. 

N° 6i. — 1680. Extrait des comptes 
de la Communauté de Biarritz. 

Ms. Archives de Biarritz. CC 7, page 183. 
Inédit. 

Frais faits contre les aguotz de la paroisse pour avoir 
enterré unne famme dans un simitière quy n estait pas le lieu ou 
Con a praticque de tout temps de faire enterer lesd. aguotz et 
aguoltes. 

Premièrement : 

Led. Sieur premier Jurât est allé àbayonne prendre conseil 

de monsieur du Bruix, advocad, contre l'entreprinze desd. 

aguotz sur led. enterement : payé aud. Sieur du Bruix pour 

led. advis, apert en liasse, syle L 2 » 5 » 



392 PIECES JUSTIFICATIVES 

Plus pour unne requeste presantée led. jour a Uslaritz payé 
à M. Dolissalde 1 » 10 » et au juge pour la signature 16 d., 
au greffier pour l'cspedilion 18 s. 6 d., et à Plantion pour 
avoir asigné 3 témoins 1 » 10 s., le tout. . . L 4 » 14 » 

Plus pour l'audition de dix tesmoings 1 » 10 » Plus au 
greffier pour ses droilz 1 » 11 s. 6 d., pour le verbal au mesme 
1 » 12 » 6 », pour la pièce du décret contre Sansco 1 » 12"T », 
pour les conclusions du procureur du Roi 1 » 10", a Plantion 
pour la signification du descret 10 s., auxditz tesmoings pour 
la despanse et journée 1 » 10 », pour de la despanse ou 
journée dud. Sieur premier Jurât avecq son cheval en deux 
voyages 50 fr. pour quatre contre rôles 20 s., le tout monté. 

L 13 » 6 » 6 » 

Pour aultres deux tesmoings que nous avons fait oiiyr payé 
au juge 20 s. , au greffier tan pour le verbal que pour ses autres 
droitz 5i- s. 6 d., pour les conclusions du procureur du roi 
que pour les autres droitz tant du juge que du greffier et 
l'espédition d'aultres décrètes] contre deus aguots 3" 4" et pour 
les journées ou despance desd, tesrroings de 20 s. et pour la 
despanse ou journée dud. Sieur premier Jurât qui est allé a 
Ustarit pour faire ouyr lesd. tesmoings et la pièce, led. décret, 
svle 9 » 1 3 » 6 » 

AFFAIRES DE BIAHIIITZ (16y7-n00). 

N' 62. — 29 avril 1697. — Ordonnance de M. de Basons, 
commissaire de parti en la généralité de Guienne.j 

Par cette ordonnance Saubat de Harosteguy, Martin Saubat, 
Pierre du Casse, Joannes et François d'Oyhamboure, tous 
Capotz, Gahetz, et Gôtz des paroisses de Fiiarritz et d'Arcangues, 
devaient être admis dans les assemblées générales et particu- 
lières, et reçus à participer aux charges municipales et honneurs 
de l'église comme les autres habitants de Biarritz et d'Arcangues. 

Cité dans une lettre d'appel du Hoy de décembre 1699 et dans la 
signification de cette lettre faite le IG décembre 1700. 

N° 63. — ri2 mai 1699. — Arrêt du Parlement de Bordeaux. ^ 

Cet arrêt fut rendu sur requête en faveur des agots de Biarritz 
et d'Arcangues. 

Cit'' dans l'arrêt du 9 juillet 1723. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 393 

N" 64. — 31 mai 1699. — Procès-verbal de l'assemblée 
capitulaire de Biarritz. 

Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N° 2. 
Inédit. 

Le trente Uniesme du mois de may mil six cent quatre 
vingt dix neuf avant midj en la Parroisse de biarritz dans le 
lieu ou les assemblées ont accoutumé se tenir les sieurs Jurât 
Abbé et deputtez de lad'" Parroisse et les habitans d'icelle étant 
assemblés capitulairement à la manière accoutumée pour 
traiter d'une affaires comunes, S"" Juan dalbarade Jurât a 
représenté auxdits babitans qu'il est averty que les familles 
nommés gots de lad. parroisse auroint obtenu es la cour De 
parlement de guienne Un prétendu arrest sur requeste portant 
confirmation de certaine lettre de cachet obtenue par quelques 
familles nommés gots, Et sur ce il les a requis de délibérer ce 
qu'ils veulent qu'il en soit fait pour raison de ce surquoy les 
dits habitans ont déclaré qu'ils veulent et entendent que ledit 
S' dalbarade coniointement avec les autres sieurs Jurats de 
lad. parroisse après que ledit Arrest leur aura été signiffié 
fassent tous actes et toutes les poursuittes qui seront néces- 
saires contre lesd. nommés gots sur ledit prétendu arrest 
qu'ils prétendent avoir obtenu pour éviter qu'ils n'aient 
aucun droit sur ce qu'ils prétendent avoir obtenu par 
Iceluy, 

Pour cest effet leur donnent tous pouvoir en tel cas requis 
Et Mêmes de retirer le revenu du prix de la pièce de terre 
appelée de proffit Et iceluy emplojer pour faire les dits actes 
et poursuittes quy seront nécessaires pour raison de ce contre 
les dites familles gotz. Jusques en fin de cause, et en cas 
que led. pris de lad. terre ne soit point suffizant pour faire 
lad. poursuitte lesditz habitans promettent de fournir auxditz 
Sieurs Juratz ce quy leur sera besoin jusques à la fin du 
procès, Promettant avoir pour agréable tout ce que par eux 
sera fait pour raison de ce dessus et ne les révoquant aucune- 
ment aime les en relever j'ordonne a la paine de tous les 
autres dommages-Interesls. 



394 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

De quoy par iiioy greffier Soug"^ a esté fait acte devant 
ledit S' Jurât et Deputté quy scavent signer. Signés a l'ori- 
ginal. 

Larhknuol'ktte, greffier de la corn''. 

N 65. — 9 novembre 1699. — Procès-verbal de rassemblée 
capitulaire de Biarritz. 

.l/s. Archives de JJiarritz. FF 3, 'S' 'S. 
Inédit. 

Le neufieme du mois de novembre mil six cens quatre 
vingt dix-neuf après midi en la paroisse de biarriz et dans le 
fortd'icelle sieur Jean de batavi second jurât de lad" parroisse 
Estant avecq la plus grand partie des liabitans djcelle assem- 
bles capitulairement pour traicter des affaires communes il" 
a Heprésanté auxdits habitans que le jour d'hier après Midy 
il avoit Esté Auecq les sieurs Jean d'albarat et Jean dehiriart 
abbé et jurât et autres deputtesde lad" |)arroisse ses Collègues 
pardev' les sieurs abbé et jurât Darengous pour L'alT'aire 
des Nommes Golz de Lad. Parroisse lesquels leur auroint dit 
qu'ilz estoint en Volonté d'envoyer à Bourd' M" Jean Plan- 
thion notaire Royal pour depputté pour poursuivre ledit 
affaire contre lesdit nommés Golz Etquilzluy vouloint donner 
douze louis d'or et quainsy qu'il estoit Important que ledit de 
Batavi et ses Collègues En fissent de mesme surquoy led' 
sieur de Batavi a Requis auxditz habitans de délibérer sur cela 
lesquelz ont déclaré qu'il falloit Incessament led' affaire 
contre les nommes Gots et que ledit sieur de Batavi et ses 
collègues empruntassent quelque somme ou fissent toutes les 
choses qu'ilz trouveroint et jugeroint a propos pour parvennir 
a l'Effet de ce quyl seroit nécessaire pour faire lad. poursuitte 
contre susditz nommes Gotz promettant les susditz habitans 
avoir pour Agréable tout ce que ledit sieur de Batavi et ses 
collègues auroint pour Raison de ce et de les retenir indempne 
a painne de tous depans dommages et interetz Dequoye par 
moy greffier soubz"" a este faict acte suivant le<l. sieur Batavi 
signé à l'original auecq les deputtes qui ont sceu signer et 
moy Larrendouette, greffier de la commun". 



RESSORT DU PARLEMENT UE BORDEAUX 395 

JY" 66. — 9 décembre 1699. Requête contre les cagots de Labourd 
pour s'opposer à l'ordonnance du 29 avril 1697. Signifiée 
le 10 décembre. 

Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N° 6. 
Publié par Fr. xMichel [loc. cit.), t. I, p. 234-23.5. 
La copie de cet auteur étant assez incorrecte, nous reprodui- 
sons ici cette pièce d'après l'original. 

A Nosseigneurs de parlement. 

Suplie luimblement pierre du halde d'iribarren, sieur dudit 
lieu scindicq gênerai du pais de labourt Disant que sur l'avis 
donné aux habitans dudit pais que joannès et François 
d'ovamboure des parroisses de biarritz et d'arcangues et leurs 
consortz, quoy qu'ils soint des agotz Capotz et gahetz, et par 
consequen exclus d'estre admis aux honneurs des églises et 
à toutes les charges publiques, ainzy qu'il a esté jugé par 
divers arretz de la cour contraditoires' Uandeus en faveur 
dudit pais de labourt, Datés des 14 may 1578 : 12 aoust 1S81 : 
xj dexembre 1592 : 20 may 1593 : et 1 septembre 1596 : 
néanmoins ilz ont surpris un arrêt sur resqueste qu'ilz 
veullent exécuter contre les habitans dud : pais de labourt et 
singulièrement contre ceux desd : parr[oisses] de Biarriz et 
d'arcangues, par lequel la cour les a rétablis et jugés babilles 
à participer auxd : honneurs et charges Publiques a Raison 
de quoy les habitans dud : pais de labourt assemblés en la 
manierre acoustumée par leur acte de bilçaer du 21 juillet 
dernier on[t] délibéré de faire oposition à l'exécution dud 
arresl sur Requeste par le ministerro dud : supliant et d 
intervenir dans la cause [)endante en la cour entre les d 
dovhembourre ctconsortet les habitans des dittes parrfoisses] 
de biarritz et d'arcangous qui on[t, formé osposition a 
l'exécution dud : arrest sur Requeste, et Exécution le Su- 
pliant donné sa Requeste en oposition el Intervantion, et pour 
moiens il soutient que les arretz precedantz aiant jugé 



\. Ce mot est écrit : contradit : On peut le rétat)lir : conlradil\oires], ou 
contradil[oirement]. 



396 PIÈCKS .IL'STIFICATIVES 

la question en faveur duel : pais de labourl, l'arrêt sur 
Requeste surpris par lesd. d'oyhamboure et consort ne peu[t] 
pas subsister. Ce Considéré, Monseigneur, il vous plaise de 
vos grâces octroyer acte au suppliant de son opposition 
et intervantion, et y faisant Droit Hemetre les parties en 
Testât qu'elles estoint avant l'arrêt sur Requeste, ordonner 
que les precedantz arrêts seront exécutés avec deffenccs aux- 
d : d'ovhatnboure et leurs consortz capotz, gahetz et gôtz du- 
d: pais de labourt d'y contrevenir sous les peines y conte- 
neues, et les condamner aux dépens, a ces fins le supliant 
raporte l'acte du bilçar et la procuration des 21 juillet der- 
nier et 5 du présent mois de décembre l'acte signé dibarrart 
et la procuration du halde notaire Roial. Et Faires Bien. Signé 
Miremont. — Ayt acte, au sur[)lus, face le supliant sa 
Requetle en jugement. 
Fait à Bourdaux en parlement le 9 décembre 1699. 

Signiffié le 10 décembre 1C99 a betbeder avant l'audiance parlant 
a luy qui apris Copie Ensemble de pièces y Enoncées, et a darche 
parlant a Son Clerc qui apris aussycoppie. Signé Mamart. 

Veu et collalionné sur une pareille grosse par nous nottaires 
Royeaux au présent païs et Bailliage de labourt. Sens] avoir Rien 
adjouté ni diminué Ce Requérant sieur Jean la Bât Second Jurât De 
la parroisse de biarriz, lad : grosse informe aiant Resté au pouvoir 
de moy jean de Planthion laisné l'un desd : notaires soubz fait a 
Arbonne Le 20 may 1718. 

Planthion notaire royal. 
Planthion notaire royal. 

N" 67. — [ ... ] décembre 1699. — Lettre d'appel 
du Roy Louis XIV en réponse à la requête ci-dessus. 

Ms. Archives de Biarritz. FF .3, N^ 5. 
Inédit. 

Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre au 
premier nostre huissier ou sergent sur ce requier nos biens 
âmes les maire et consuls des communautés de biarrits et 
d'arcangous nous ont fait exposer que nostre ame et féal 
sieur de Besons commisaire de parti en la généralité De 
guienne auroit rendu une ordonnance le vingt neufiesme avril 
mil six cens quatre vingt dix sept, par laquelle Saubat deha- 



RESSORT UU PARLEMENT DE BORDEAUX 397 

rosteguy, Martin Saubat, pierre du Casse, joannes Guilharét, 
Joannes deharosteguy, Joannes, et françois dojambourg ont 
esté admis dans les assemblées generalles et particuUieres, et 
Receus a participer aux charges municipalles et honneurs de 
l'églize comme les autres habitans quoyque par ditTerants 
arrêts rendeus au parlement de Bourdeaux ils en ayent esté 
excllus en Gonnois"' de Cause par des Raisons d'jncapacité 
personnelle, ce quy oblige les exposants de se pourvoir 
contre Lad. ordonnance et de recourir a nostre authorité. 
Pour leur estre pourvueu de nos lettres d'appel sur ce néces- 
saire, a ces causes de l'avis de nostre Conseil qui a veu les 
pièces justifficatives de ce que dessus ensemble la d'^ ordon- 
nance dud : jour vingt neuf auril mil six cens quatre vingt 
dix sept cy atachée Sous le Contre Sçel de nostre chancel- 
lerie, ouy Le Raport le sceau tenant de nostre amê et féal 
con" en nos conseils M" des Requestes ord""^ de nostre hostel 
Le Sieur de la moignon, nous temandons qu'a la requeste 
des Exposants qui ont esleu leur domicile en la Personne de 
M'- Jean Drossard auocat en Nos Conseils, tu assignés en 
nostred. con"' a Competant pour les d. Saubat deharosteguy 
Martin, Sauijat, pierre du Casse Joannes Guilharest, Joannes 
de harrosteguy Joannes Et François dojambourg, pour pro- 
céder sur led. appel et en outre comme de raison, sans preiu- 
dice toute fois de l'exécution de lad : ordonnance, de ce faire 
te donnons pouvoir sans demander autre permission Car tel 
est Nostre plesir donné à Versailles le jour de décembre l'an 
de grâce mil six cent quatre vingt dix neuf et de nostre règne 
le cinquante septième, signé par le Roy en son Conseil. — 
Boi'derie. 

Collationné a esté la Copie des Letres d'apel Cy dessus et Ez 
autres parts escrite par moy notaire royal soubz""' sur une Expédi- 
tion en forme desdites Lettres Escrite en parchemin signé bor- 
drie. Et scelles de Cire jaune sans y avoir rien augmenté ny dimi- 
nué Ce requérant sieur Jean de labat jurât de la parroisse de 
biarrits auquel le lait tant la dite expédition (]ue Ces présentes ont 
esté remises et deliurez pour Luy servir et valloir en Tems et Lieu 
et a tous autres qu'il apartiendra ce que de raison. Fait à Saint-Jean 
de Luz le 21*^ may 1718. Et s'est cy signé aueq moy. Jean delabat. 
Doijlienard n'''' royal. 



398 PIECES JUSTIFICATIVES 

N" 68. — 16 déc. 1700. - Signification aux Agots de Biarritz 
des lettres d'Appel du Roi. 

Ms. Archives de Biarritz. FF" '.^, N" 4. 
Inédit. 

Le seidzième Jour du mois de décembre mil sept cens 
Certiffie je })ierre Deplantliiou, sergent roial Jmmatriculié 
au siège du Senechal de la ville dax résidant et domicillié en 
la Parroisse de hiarritz au Bailliaire de labourt et maison 
appellée de Pinasse Soubz'" par verteu des lettres d'appel du 
conseil du mois de décembre mil six cens quatre vingt dix 
neuf par le Roy en son conseil Signés Borderie et scellés 
que j'avois en main contennant mon pouvoir et à la Requeste 
des maire et Conseulz autrement abbé et Jurât des Commu- 
nautés de biarritz et Darcangues au présent pais de labourt, 
le Maire autrement Tabbé dud : Biarritz nommé Martin de la 
fargiJe marinier de Profesion domicillié en sa maison ap{)ollée 
de martin ou Sabatté et celluy dudit arcangue Nommé pierre 
de gaujoig masson de profession domicillié aussy en sa 
maison appellée adamerenea métré exprès Porté par devers 
les personnes et domicillies de joannés d'oybamboure char- 
pantier habitant de lad : parroisse de biarritz domicillié en 
sa maison appelée de Coulau et île françois d'oybamboure 
aussy charpentier habitant de lad : parroisse d'Arcangues 
domicillié aussy en sa maison appellée d'oybamboure behere 
auxquels a chacun en particulier tant pour eux que pour 
leurs adherans j'ay signiffié lesd: lettres d'appel aux fins y 
conteniies et en conséquence je leur ay baillé assignation a 
comparoir dans deux mois après la datte du présent exploit 
aud : Conseil pour procéder sur Led : appel fait par lesd : 
maire et conseulz desd : comnîunautés de biarriz et d'ar- 
cangous d'une ordonnance rendue par feu monsieur debesons 
le vingt neufiesme avril mil six cens quatre vingt dix sept 
pour lors commisaire de party en la généralité de guienne 
au proffit desd : doyamboure et autres leurs d : adherans et 
au préjudice desd : communautés de Biarritz d'arcangous et 
autres dud : pais Delabourt et voir infirmer lad : ordon- 



RESSORT UU PARLEMENT DE BORDEAUX 399 

nance autrement procéder comme de raison aquoy lesd : 

maire et Conseulz Concluent et aux dépens leur ayant aussy 

déclaré qu'ilz ont constitué pour leur advocat aud : conseil 

]VP Jean Brossard : ad"' ez conseils du Roy aux fins j'ay a 

chascun dud : joannes et françois Doyhamboure baillé 

coppie tant desd : lettres D'appel que de mon présent exploit 

en leurs d. domicilies parlant à la personne dud : joannes et 

a la femme dud : françois par moy d. qui ai cy signé de Plan- 

thion sergent Roial. 

Contre Rollé en deux articles à haionne. Le 16 décembre 

1700, signé : 

Barvoilhet. 

Veu et coUationné sur une pareille grosse par nous notaires 
Roiaux au présent pais et Baillage de labourt sens j avoir rien 
adjouté ny diminué ce requei'ant Sieur Jean La Bat second jurai de 
la parroisse de biarriz. Lad : grosse en forme aiant resté au pou- 
voir de moy Jean de Planthion Laisné l'un desd : notaires soubz'"-'^ 
Fait a Arbonne. Le 20 mai 1718. 

Planthion. 

Planthion. 

N 69. — 12 mai 1701. — Arrêt du Parlement de Bordeaux.] 

Cet arrêt, que nous avons vainement recherché, confirmait vrai- 
semblablement celui de 1697, ainsi qu'il appert de la pièce ci- 
dessous. 

iV" 70. — Dalbarade fait demander à Oyamboure, cagot. 
de prouver quil a fait opposition à larrêt du 12 mai 1701. 

Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N» 13. 
Inédit. 

A la Requête du Sieur Jean d'Albarade Jurât de la par- 
roisse de biarritz soit déclaré à François d'oibamboure char- 
pantier babitant du lieu d'arcangous, en la qualité qu'il 
l>rouve, que led. D'albarade s'oppose aud. nom a l'exécution 
de l'arrest Rendu au parlement de guienne le 12" may ded. 
avec tout le Respect qu'il doit à la Cour oITrant d'en déduire 
les moyens et proteste de l'inutillité de ce que led. Doiham- 
boure a fait en conséquence tant en son nom (|ue pour ses 
autres adlierans, mesme de se pourvoir devant quy il appar- 



400 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

tiendra, pour Haison de ce, et generalleinenl de tout ce dont 
il peut et devroit protester. Dont acte. {S(ms date.) 

AFFAIRE DE GONDOM (1106-1710) 

N" 71. — 1706. — Les cagots de Condom portent plainte 
contre les habitants de cette ville. 

Laurent Arboucan et sa femme, demandent des poursuites contre 
seize habitants de Condom, qui ont provoqué une bagarre lors de 
l'enterremenl de. leur fille qu'ils voulaient l'aire au cimetière 
commun. 

Cette affaire portée devant le juge-bailli de Condom, fut suivie 
de plusieurs arrestations, et de l'ouverture d'une instruction. Pour 
des raisons de procédure l'affaire fut portée devant le parlement. 

iV^ 72. — [31 janvier 1710. — Arrêt du Parlement de Bordeaux.] 

Cet arrêt fut rendu sur la réquisition du procureur général, au 
sénéchal de Conilom; il faisait expresse défense « a toutes sortes 
de personnes, tant de la paroisse de Lialores, (irasimis, Mezin et 
autres du diocèse de Condom, de s'opposer ni empêcher la sépul- 
ture des charpentiers, leurs femmes et enfants dans les cimetières 
ordinaires et accoutumés des paroisses où ils seront décédés, et au 
cas de contravention, il est enjoint aux officiers des lieux d'en 
informer, et au substitut du procureur général de tenir la main à 
l'exécution de l'arrêt » 

C'dé dans la pièce N" 74. 

N' 13. — Les 14, 16, 24 février, 10 et 12 mars 1710. 
Informations et décrets du procureur général. 

Le substitut du procureur général au sénéchal de Condom 
informe et décrète, à Lialores, au sujet de troubles survenus au 
sujet de l'enterrement du sieur Arboucan charpentier. 

Cité dans la pièce N° 7i-. 

iV" 74. — Conclusions du Procureur général de Condom, suivies 
d un Arrêt du Parlement de Bordeaux 28 mai 1710), de 
lettres-patentes du roi Louis XIV (4 juin 1710), et de la signi- 
fication de larrêt de la cour 10 juillet 1710). 

Publié in : .lotiniul jntUcAalie ou Feuille (Vannonces et m.is divers de 
l' arrondissement de Condom (Gers).... N° 782, 23 avril 1839. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 40i 

Ce jourd'huy est entré le procureur général du roi, qui a 
dit qu'ayant été averti que dans les paroisses du Lialores, de 
Grasimis et Mczin, plusieurs particuliers s'opposoient qu'on 
enterrât dans les cimetières de ces paroisses les corps de 
tous les charpentiers, leurs femmes et enfants, qu'ils appèlent 
Capots, autrement Ladres, et qu'ils vouloient qu'on les ense- 
velît dans les cimetières difîérents. quoique pendant la vie de 
ces charpentiers ils aient eu commerce axec eux, ce quiauroit 
donné lieu à l'arrêt du dernier de janvier 1710, rendu sur la 
réquisition du procureur général, par lequel il est fait défense 
à toute sorte de personnes, tant de la paroisse de Lialores, 
Grasimis, Mezin, et autres du diocèse de Condom, de s'opposer 
ni empêcher la sépulture des charpentiers, leurs femmes et 
enfants, dans les cimetières ordinaires et accoutumés des 
paroisses ou ils seront décidés, et au cas de contravention, 
il est enjoint aux officiers des lieux d'en informer, et au 
substitut du procureur général de tenir la main à l'exécution 
de l'arrêt, lequel seroit lu, publié et affiché où besoin seroit. 
Ce qu'ayant été fait sur les lieux, le nommé Arboucan, 
charpentier de la paroisse de Lialores, étant venu à décéder, 
grand nombre d'hommes et de femmes dudit lieu se seroient 
attroupés tumultairement, et empêché par force et violence 
et a main armée que le corps dudit Arboucan ne fût enterré 
dans le cimetière commun, ayant menacé de tuer ceux qui 
voudroient exécuter ledit arrêt, et ils auroient enlevé au 
sonneur de cloches la bêche dont il se servoit pour faire la 
fosse destinée pour la sépulture dudit Arboucan : ce qui 
auroit obligé d'abandonner le corps et de le laisser dans la 
sacristie de l'église dudit lieu de Lialores. De laquelle contra- 
vention, attroupement et violence, le substitut du procureur 
général au sénéchal de Condom en auroit porté sa plainte, 
fait informer et décréter par le lieutenant criminel audit 
sénéchal de Condom. les quatorze, seize et vingt-quatre 
février, diz et douze mars derniers, et en conséquence il v 
eut quelque femme qui fût capturée et qui rendit son audition 
devant le lieutenant criminel du sénéchal dudit Condom ; 
mais le substitut du procureur général au baillage roval de 
Condom et le procureur juridictionnel du lieu, la justice étant 
Fay. :*G 



402 PIEGES JUSTIFICATIVES 

en parcage avec le roi, ayant prétendu (jue sur leur plainte 
et du nommé Laurent Arboucan, maître charpentier, et 
Jeanne Casenave, sa femme, avoit informé et décrété de 
prise de corps contre seize particuliers, en 1706, devant ledit 
juge-bailli de Condom pour raison de voie de fait, violence et 
attroupement, ayant empêché que le corps de la nommée 
Marie Arboucan, fille dudit Arboucan et de ladite Casenave, 
ne fût inliumé dans le cimetière onlinaire dudit lieu de 
Lialores; lesdits substitut et procureur juridictionnel dudit 
baillage de Condom auroient fait emprisonner, le douzième 
de mars dernier, un des décrétés en 1706, et en même temps 
obligé dix à douze particuliers de rendre leurs auditions sur 
le décret contre eux. 

Nouvelle accusation portée devant le lieutenant criminel 
de Condom, lequel ayant informé et décrété, la cour restait 
seule compétente pour l'instruction et jugement, puisque 
c'étoit une contravention à l'exécution de son arrêt de règle- 
ment, lequel n'ayant donné d'autre pouvoir aux officiers des 
lieux que d'informer seulement, la cour s'étoit par consé- 
quent réservé la connoissance et le jugement des contraven- 
tions dans une matière qui regardoit l'ordre public et la 
police générale, qui devoit être considérée comme une cause 
majeure dont la cour étoit seule compétente : s'agissant de 
maintenir les fidèles chrétiens dans le droit d'être ensevelis 
dans les cimetières communs, ou de punir les contrevenans : 
ce qui étoit d'autant plus nécessaire que, s'il en étoit autrement, 
le jugement de ces accusations et la décision traîneroient en 
longueur, et il se formeroit des conflits de juridiction entre 
ces premiers juges, pour savoir lequel devroit connoître des 
susdites accusations qui venoient d'une même source et d'une 
même cause, quoiqu'introduits dans des temps dilTérens, ce 
qui étoit nécessaire de prévenir par l'autorité de la cour et de 
porter promptement le remède convenable en un mal 
pressant. Ainsi, le procureur général du roi a requis être 
ordonné que dans quinzaine les greffiers du lieutenant cri- 
minel de Condom et du juge-bailli dudit lieu porteront ou 
feront remettre au greffe de la cour les procédures qui ont 
été faites devant lesdits juges pour raison desdites violences, 



RESSORT DU PARLEMENT DR BORDEAUX 403 

voies de fait et attroupement, à peine d'interdiction et de 
cinq cents livres d'amende, et les décrets décernés par le 
lieutenant criminel, le juge-bailli de Gondom, être exécutés, 
si besoin est; et les décrétés conduits dans la conciergerie 
de la cour pour y ester et fournir à droit, et les parties 
intéressées et accusées être assignées en la cour pour y 
procéder sur lesdites accusations et instances criminelles, 
ainsi qu'il appartiendra. 

Signé : Duvigier. 

La cour, faisant droit des conclusions du procureur général 
du roi, ordonne que dans quinzaine les g-reffîers du lieute- 
nant criminel de Gondom et du juge-bailli dudit lieu remet- 
tront, ou feront remettre au greffe de la cour, les procédures 
faites à raison des violences, voies de fait et attroupemens en 
question, à peine d'interdiction et de cinq cens livres 
d'amende; au surplus, ordonne que lesdits décrets décernés 
tant par le lieutenant criminel que le juge-bailli seront exé- 
cutés, si besoin est, et les décrétés conduits sous bonne et 
sûre garde dans la conciergerie de la cour, pour y ester et 
fournir à droit, et que les parties intéressées et accusées seront 
assignées en ladite cour pour procéder sur lesdites accusa- 
tions et instances criminelles, pour ce fait être ordonné ce 
(|u'il appartiendra. 

Fait à Bordeaux, en parlement le 28 de mai 1710. Monsieur 
Sabourin, président. Bigos, signé. Pro rege, collationné. 

Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, 
au premier notre buissier ou sergent royal sur ce recjuis, à 
la su[)plication et requête de notre amé le sieur Duvigier, 
notre procureur général, et en suivant l'arrêt de notre cour 
de parlement de Bonleaux, dont l'extrait est cy sous le con- 
trcscel de notre cbancellerie atlacliê, te mandons ledit arrêt 
aux y dénommés et autres qu'il appartiendra et dont seras 
requis, aux fins qu'ils y obéissent : en conséquence, contrains 
par toutes voies dues et raisonnables les grefliers dénommés 
audit arrêt et conformément à icelui, et en outre fais tous 
exploits et exécution requises et nécessaires ; de ce faire te 
donnons pouvoir. Car tel est notre plaisir. 



404 PIKGES JUSTIFICATIVES 

Donné à Bordeaux, le quatrième juin l'an de g^râce HIO 
et de notre règne le LXVIII. Par la chambre, pro rege, 
BiGos. Pro rege, collationné, scellé et contrcMé. 

L'an 1710 et le 10 juillet, avant midi, je, Simon Duillio, 
huissier en la cour, pourvu à Condom, reçu immatriculé en 
ladite cour, habitant de Condom, rue des Armuriers, paroisse 

St. -Pierre, soussigné 

arrêt de la souveraine cour de Bordeaux 

. je me suis transporté au 

domicile de M. Jean Cug-no, greffier de la cour ordinaire du 
baillage de Condom, y habitant, paroisse St. -Pierre, où étant 
auquel 

AFFAIRE DE RI VI ET. E (1718) 

N" 15. — 6 août 1718. — Plainte pour faire procéder, de 
Jean et Pierre Tardits. gézitains de Rivière, contre quel- 
ques habitants de cette ville. 

l/s. Archives du Tribunal de Dax (non classées). 
Inédit. 

A Monsieur Le Semieclial Deslannes ou Monsieur Vôtre 
lieutenant gênerai criminel au sièçje dax. 

Suplie humblement Jean et Pierre de Tardiz charpentiers 
habitans de la parroisse de Rivière Dizant que le jour de la 
fête de la pantecotte dernière les Supliants et autres particu- 
liers assistant à la célébration de la messe qui se dizoit dans 
l'églize de lad. parroisse Ils se levèrent pour aler à l'of- 
frande et étant arrivés au milieu de Téglize Ils furent arrelles 
par les nommés Estienne et Pierre Duboué, Jean Marbat et 
Estienne Lamoliatte en dizant que le.s Supliants et ceux qui 
les suivoint étant gézitains, il ne leur étoit pas permis d'aler 
à l'offrande, les Supliants leur représentèrent que professant 
la même religion ils dévoient \ 'alér tout comme eux sans que 
personne fût en droit de s'y opozer, et au lieu par lesdits 
Duboué, Marmat et Lamoliatte de laisser remplir aux Su- 
pliants leur devoir tranquilement ils se jetterent sur eux et leur 
donnant des coups de bâton desquels les Supliants et autres 
qui estoint aveq eux se trouvèrent fort meurtris entrautres 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 405 

led. JeanTardis consupliant lequel en Reçeut un si violent sur 
la tête qu'il en sortit quantitté de sang" qui fut répandu sur ses 
habits et dans lad. église pour raison de quoy le service divin 
ne s'y est point fait depuis led. jour de la pantecote jusques au 
jour de la S' Jean, lesquels excès obligèrent les Suplians a se 
retirer, leurs ennemis n'ont pas été contans de les avoir ainsy 
maltraittés, Car le 24 du mois de Juillet dernier jour de 
Dimanche Pierre Tardis un des Supliants entendant la Sainte 
messe et étant a genous lesd. Marbat et Lamouliatte luy sau- 
tèrent dessus et le jetterent au fonds de l'eglize. Cette insulte 
lui fut encore répétée dimanche dernier par led. Marbat. Ces 
excès et ces jniures qui furent protîérèes contre les Supliants 
les obligent de porter leur plainte affin que ce considerk il vous 
PLAizE DE vos [(ika]ces octroycr acte aux Supliants de leur 
plainte leur permettre d'informer [des] Faits Contenus en 
Icelle Circonstances et dépendances, même de fulminer par 
Censures Ecclésiastiques sy besoin est et de faire assigner 
Bafoigne chirurgien pour rendre son raport, déclarant qu'ils 
se rendent parties instigantes sous la jonction de Monsieur 
le Procureur du Hoy. Constituent pour leur procureur 
M* Jean Darrigrand et n'ont signé pour ne sçavoir. Et faiséz 
bien. 

Darrigrand, procureur des supliants en conséquence 
de ijui procuralion de ce jourdlmy, aprouvant le renvoyée 

Ayant les suppliants |acte de leur] plainte et de ce qu'ils se 
rendent parties [civillesj, a eux permis d'informer du conteneu 
en jcelle Circonstance et depandances même d'obtenir et faire 
publier monitoire en forme de droit au surplus enjoint a 
Baffoigne chirurgien de rendre son rapport dans trois jours 
pour ce fait et comuniqué au procureur du roy estre ordonné 
ce qu'il apartiendra. 

A Dax ce 6* aoust 1718. 

Saint-Gener. L. criminel 
DucoT. 



1. Il s'agit de la phrase '■ et de faire assigner Bafoigne chirurgien pour 
rendre son raport • qui est écrite en renvoi à la fin de la requête 



406 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

N" 16. — 29 août 1718. — Plainte de E. Duboué. 
J. Lamoliate et R. Danehil contre les gézitains de Rivière. 

Ms. Archives du Tribunal de Dax {non classées). 
Inédit. 

A Monsieur le Sen"' Deslannes ou Monsieur son Lieutenant 
gênerai ('Viminel au siège Dax. 

Supplient humblement Estiennc Duljoué, Jean Marbat, 
Estienne Lamolialte et Bertrand Danehil laboureur habitants 
des parroisses de Sâa et Riviuere Disant que sur une pré- 
séance des gézitains ont alTectéde prendre aux entiens iidelles 
pour aller avant ces derniers prendre la paix a la messe 
parroissiale dud. Rivière Bien que depuis plus de iO ans les 
gesitains ny aiant jamais ete qu'après les autres hahitans 
s'étant émue quelque rixe avecq eux et dont les gézitains 
étoint les agresseurs par leur mauvaise maniera de j)roceder 
néanmoins les suppliants quy n'avoint en veiie qu'a Bien 
vivre auroint volontiers abandonné leurs jnterets sur l'ordre 
de cette préséance a M'' Darriaulat Théologal et vicaire 
gênerai au [)resant Dioceze quy après la Heconsiliation de 
l'église par la fusion de sang qui y feut rependu a raison des 
Coups de bâton que les gesitains donnèrent ausd. Lamoliate 
et Danehil cosuppliants régla que les supplians et les autres 
habitans de leur espèce precederoint les gézitains pour aller 
a l'offerloire. 

Les suppliants ont vécu sous la foy de ce règlement quy 
même a ete fait de nouveau entre les parties et de leur agré- 
ment par M'' Antonin Destraic avocat en la Cour. Cependant 
les gézitains par une trahison criminelle ont porté une 
plainte en la cour Senne[c]hale Criminelle sur laquelle ils ont 
fait une information quy a été Décrétée de prise de Corps 
tant contre lesdits Duboué, Marbat, Lamoliate que encore 
contre autre Pierre Duboué sans qu'ils puissent s'imaginer 
qu'il y ait des preuves suffisantes pour l'avoir lâché ou que 
s'il y en a que ce ne [)eut être que dans la bouche de quelque 
particulier quy peut avoir dépose a leur dévotion comme ils 
l'établiront lors qu'il en sera temps mais a presant que lesd. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 407 

Duboué, Marbat et Lamoliate contre quy le décret a été lâché 
ont intérêt d'établir que leur procédé pour avoir voulu empê- 
cher que les gesitains de précédassent par les autres a l'offer- 
toire n'est pas Blâmable et qu'ils se sont comportés avecq 
toute la modestie que la presance du S' Sacrement leur 
imposoit et qu'il n'y a que les gezitains dont la vanité est 
jusques dans le cœur quy ont par leur mauvaise manière de 
procédé et par les divers coups de bâton qu'ils ont donné 
soit aud. Lamoliate, soit aud. Danehilh cosupplians donné 
lieu a un escandale et a une polusion de l'église et pour 
l'établir par ordre led. (.s?>) suppliants sont obligez d'en porter 
plainte en la forme suivante. 

Premièrement on a depuis 40 ans regarde les habitants de 
ces deux parroisses sous deux partis. Le premier est composé 
de ceux qu'on appelle premiers fidelles et le second est com- 
posé de ce peu de gens qu'on a appelle dans tous les temps 
gezitains et qu'on distingoit entiennement par bien des 
manières et cet [cesl] dans cet ordre qu'ils aloint a l'offer- 
toire les jours que l'église la presante dans les festes solem- 
neles de l'année et les suppliants ont creu que cet ordre ne 
seroil jamais interompu; cependant le jour de la pantecote 
dernière et dans le temps que led. Estienne Duboué se reti- 
roit de recevoir la paix et après que 15 ou 20 du premier 
party d'environ 60 chef [s] de famille qu'il y a dans ces deux 
parroises l'eurent précédé il aperçut le nommé Arnaud de 
Moscardes dit llilot quy se presentoit par un deseing prémé- 
dité avecq le nommé Laurans son valet quy estoit armé d'un 
gros bâton pour aler a l'ortrertoire immédiatement après 
led. Duboué et avant près de iO quy etoint en droit de le pré- 
céder et a ceux de son espèce ce (|uy obligea led. Duboué de 
représenter aud. Moscardes par ce qu'il avoit cognu de l'af- 
fectation en luy pour prendre ce rang, qu'il intervertisoit 
l'ordre et l'usage quy etoit que les gens du premier party 
devoint aller a l'orflertoire avant luy et les gens de son espèce 
et au lieu par ^le]dit Mocardez de se relier et d'observer ce 
quy s'etoit pratiqué avant plus de 40 ans en pareil cas, il 
auroit au contraire pour excuter son dessing qu'il avoit sans 
[doute] proieté avecq les autres de son party de batre et 



408 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

d'us[er] de mauvais traitements contre tous ceux <|uy s'op- 
[poseroinl] a leur marche aiant même fait suivre son va[Iet] 
pour mieux l'excuter de concert avecq les autres se seroint 
tous deux mis a dii'e (ju'ils jroint a TolTertoire tout d'abord 
maigre luy et qu'il n'y auroit personne assez hardy pour 
les en empêcher, et comme ils parloint d'un ton haut 
marquant de la colère sans deferance pour le lieu quy devoit 
leur inspirer du respect et de la dévotion s'ils en avoint ete 
capables il arriva a leur secours les nomes Pierre Carere dit 
Caraté, Laurans de Lurgue, Jean Dogert, Estienne de Carere 
dit Balz, autre Estienne de Mocardez, Jean et Pierre Tarditz, 
Pierre Labenne, Grastian Labenne, Pierre Ducase, un autre 
vallet dud. Arnaul Mocardez nome Nanon, le nommé Thinoy 
vallet de Jean Fabas, tous gezitains et du second party quy 
éteint au fond de l'église et se présentèrent dans le milieu en 
foule et en colère disant d'une commune voix qu'ils etoient la 
pour aller a l'otTrande avecq les autres et qu'il n'y avoit per- 
sonne assez oze pour l'empêcher, ce quy obliga lesd. Marbat 
et Lamoliate de s'avancer vers le lieu ou ces personnagez 
paroisoint dans des grands mouvemens et leur dirent avecq 
toute la douceur posible qu'ils n'étoint pas en droit d'aler a 
l'offrande avant ceux du premier party et qu'ils n'avoient qu'à 
prendre patiance qu'ils y jroint a leur tour comme de cou- 
tume et aprez que tous ceux du premier party en auroint 
passé. Cette représentation quy devoit tranquiliser les gezi- 
tains les auroit tout au contraire plus fortement mis en colère 
parce qu'ils l'avoint deia résolu, en elTet les nommez Jean 
Degere, Jean et Pierre 'l'arditz, Laurans de LaurgiJe, les 
valets dud. Arnaut Moscardez, autre Estienne Moscardez, 
Estienne Carere, et Pierre Ducasou quy estoint armes de 
gros bâtons et qui n'avoint jamais paru dans l'église de la 
sorte, commancerent a lever leurs bâtons affm d en frapér 
les supplians et tous ceux quy s'en aprocheroint en telle sorte 
que led. Jean Tarditz en donna un sy grand coup sur la teste 
aud. Lamiolate {sic) cosupliant qu'il en sortit une grande quan- 
tité de sang et il n'eut pas plustot receu ce coup que led. Nanon 
valet dud. Arnaut Moscardez l'auroit infailiblement tue d'un 
autre grand coup qu'il luy lachoit sy quelque particulier ne 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 409 

l'avoit empare et par la il escarta qu'il ne portât sur led. Lamo- 
liate, et sur ce que les autres quy voioint led. Lamoliate, hor 
(le deffence alloint donner sur led. Lamoliate, celuy cy pour 
se garantir feut dans l'obligation de lever son bâton pour 
écarter le grand nombre de coups qu'on luy lachoit a force 
de bras et ainsy le battirent et maltretercnt ausy bien qu'aux 
dits Duboué et Marbat quy furent obliges n'aiant pas de bâton 
de se prendre au corps afin de se garantir des coups de bâton, 
mais non pas qu'après en avoir receu des grands coups par 
cette populace mutinée. 

A l'égard dud. Danehib ausy cosuppliant et quy etoit fort 
près apuie contre un pilier feut obligé de s'avancer pour 
garantir un autre coup de bâton (|ue led. Laurans valet dud. 
Moscardes aloit lâcher sur quebjue particulier du premier 
party et qu'il ne peut pas distinguer a cause du grand nombre 
de ces gens la et l'aiant sasy dans le temps qu'il lachoit le 
coup il fist elYort de luy aracher son bâton mais comme le 
valet ne voulut pas le relâcher dans le temps qu'il se débatoint 
le bonet du dit Danehilh qu'il tenoit sous le bras étant tombé 
par terre Danehilh lâcha prise au bâton pour ramaser son 
bonet et dans ce même temps led. Laurans valet quy avoit 
sans doute ete exite a bien faire son devoir pour en donner une 
marque certaine [a] donné un sy grand coup de son bâton sur 
la teste dud. Danehilh qu'il luy ouvrit la teste et de la plaie 
il sortit beaucoup de sang quy coula sur son visage ses habits 
et dans l'église et ce coup feut si violant qu'il feut obligé de 
faire couper les cheveux a l'en^tourjde la ])laie pourem|)echer 
un [)lus grand epenchement de sang, et les autres gezitains 
volant Danehilh étourdi du coup luy couroint encore dessus 
pour le charger et ce qu'ils auroint fait infailiblement s'ils 
n'avoint ete arrêtez par leur propres femmes et après tous 
ce's] coups baillez les suppliants s'etant dérobés de la fureur 
des gesitains à la faveur du hola que le sieur vicaire imposa 
au lieu par ses gesitains de se tenir en tranquilité ils auroient 
au contraire pandant toute la Sainte messe et particulièrement 
pandant re[le]valion du Corps et du Sang de Jésus Chrit 
continue a être dans un mouvement continuel jurant et blas- 
phèment le Saint nom de Dieu comme pour donner a con- 



410 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

noitre ([u'il se repantoit de ne pas avoir mieux batu et a la 
fin de la mese tout aiant cesse parceque les supplians ne 
voulurent jias écouter les injures qu'on leur disoit ils se 
retirent dans [un] trez bon ordre. 

Et par l'efussion du sang- rependû l'église aiant reste 
interdite la reconsiliation en aiant pourtant este faite dans la 
suite par led. S"" Darricault comme Vicaire gênerai et députe 
du Seigneur Eveque il feut comme il a été desia dit par luy 
règle que les premiers fidelles precederoint les gezitains 
comme il se prali(juoit avant, et cella feut agréé do part et 
d'autre et cet (cesl pour cella que led. 3Iarbat jurât dit haute- 
ment un dimanche après la Saint-Jean qu'il avertisoit les 
gens du second party de se tenir en leur rang et ne pas 
s'avencer sy avant dans l'église comme il afFectoint de faire 
pour se mêler avecq ceux du premier ainsy qu'il avoit été 
réglé, alors Jean Fabas aiant demandé tout haut ou etoit donq 
leur place led. Marbat luy repondit qu'elle etoit ou elle estoit 
avant la querelle qu'ils faisoit mal a propose et alors tout 
comme le 31 juillet dernier led. Marbat aiant veu led. 
Pierre Tarditz atTecter de se mêler avecq eux le prit douce- 
ment pour l'obliger a se retirer du cotté des gens de son party 
et ne pas se mêler aveq eux et lors les femmes des gezitains 
crièrent et hurlant Qrant Diable menge le et après tu auras 
as.sez de place. 

De tous lesquels mauvais traitements excez iniures et blas- 
phèmes les suppliants pour en obtenir la permition sont 
obligés d'en porter leur plainte afin que ce considère il vous 
plaise de vos grâces octroieracte aux suppliants de leur plainte 
et des faits de laquelle circonstance et depandances il leur 
sera permis d'informer et pour en faciliter la preuve de ful- 
miner par censures ecclésiastiques suivant la forme du droit 
sy besoint est déclarant qu'ils se rendent parties instigantes 
et qu'ils constituent pour leur procureur M' Barthélémy Ducos, 
Et ferez bien. 

Lamoll^te, Ducos, procureur des suppliants. 

Ayent les supplians acte de leur plainte et de ce qu'ils se 
rendent parties civilles, a eux permis d'informer par devant 



RESSORT UU PARLEMENT DE HURDEAUX 4H 

nous d'obtenir et faire fulminer monitoire suivant la forme 
du droit. 

A Dax ce 29 aoust 1718. 

Saint-Geneu. L. criminel. 



iV" 77. — 31 août 1718. — Information faite par le Lieutenant 
Criminel à Dax au sujet des troubles survenus à Rivière. 

Ms. Archives du Tribunal de Dax (??ou classées). 
Inédit. 

Du SI aoust 1718. — Information secrette faite en la ville 
et citté dax et au palais roijal de lad. ville par nous Jean-Joseph 
de Saint- Gêner cons" . du roy lieu' gen"^ Crimi)iel au 
Siège de lad. Ville écrivant le greffier comis ordinaire a 
Rei/ur'te d'estiennc duhoué, Jean marbat, estienne lamoliatte et 
Bertrand Danehil, contre les Nommés. 

Arnaud de Maisonnabe laboureur habitant de la parroisse 
d'Angoumé âgé de quarante ans ou environ des Enquis Témoin 
assigné par exploit du jour d'hier signé Labarthe huissiei- produit 
Receu et fait juré à Dieu de dire Vérité, Enquis sur les objets du 
droit et de l'ordonnance s'il est parent allié, serviteur ou domes- 
tique d'aucune des parties à dénié lesd. objets et sur le contenu et 
la Plainte dont lecture luy a esté faite par le comis gretlier, 

Dit et Deppose que le jour de la pantecotte Dernier estant à la 
messe à Rivière et lors qu'il lut questions d'aller a l'offrande et 
après que quatorse ou quinze parroissiens nommés dans la plainte 
anciens fidelles, il apercent le Nommé Hillot Degos dit Mouscardez 
et Laurans, son Valet, s'avancèrent pour aller à l'offrande, ledit 
Laurans estant armé d'un Raton, le Nommé Duboué (p. 2), se mit 
au Devant desd. Mouscardés et Laurans son Valet, et les fit retirer 
en arrière leur disant qu'ils estoient gezilains et qu'ils attendissent 
que tous les anciens lidelles eussent fini d'aller a l'offrande Et 
(|u'ils iroient à leur tour suivant l'uzage accoutumé et ancien a 
quoy lesd. Mouscardés et Laurans son valet Repondirent (^l'ils 
X'ouloint y aller pelle et melle et sans distinction, alors le 
Nommé Pierre de Rarrère Charron geziteîn s'avança d'un autre 
cotté voyant que lesd. Mouscardés et Laurans son Valet estoint 
Enq)écliez daller a l'ollrande Dit qu'il vouloit y aller. Lequel fut 
de même Repoussé Jusques au Rcnitier, par lesd. anciens lidelles 
ou le déposant Vit qu'ils se prirent en foulle et que le Nommé 



412 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

Jean Degers dit Beamois, prit aux Cheveux le Noiiim«!- Lamolialle 
Pleignant el aperccut aussy dans la foulle que le Noninié Jeannon 
de Magesle donna un Coup de Balon sur la lete aud. Lamolialle, 
d'eu il sortit effusion de sang, le déposant Vit Encore dans la njelêe 
que le Nommé Danehil un des pleignanls ayant pris le bâton dud. 
Laurans Valet dud. Mouscardez pour le luy ostér Laissa loiidjcr son 
iionnét à terre, et comme il voulut le ramasser Led. Laurans valet 
dud. Mouscardez luy en lâcha un Coup sur la tête duquel Coup il 
en sortit aussy du sang qui coula sur les habits dud. Danehil. Le 
déposant Vil Lncore (jue le Nommé Laurans Delurque poussoit de 
son Bàlon les anciens fidelles qui se batoint en foulle contre les 
gezileins nommés Pierre Barrere, Jean Degert, Ksliennede Carrere 
dit Bats p. -i , autre Estienne de Mouscardes, Jean de Deivetarde 
Pierre Labenne, Gratian Delabene, le Nommé Nanon valet dud. 
Mouscardes, Pierre Ducassou, le Nommé Tinoy valet du Nommé 
Jean Favars Tous gezileins et du second Parly, auquel desordre 
quy dura pendant près d'une heure le S"" Vicaire de Rivière 
auroit acourù pour les calmer. Ce qu'il fit avec Assez de peyne 
le S' Curé ayant suspendu de cellebrér la messe depuis l'offrande 
pendant environ demi heure, Il la continua pendant que le dé- 
sorde duroit encore même pendant L'elevassion du S' Sachrement, 
aioule le dei)Osant qu'il Vit pendant la mêlée que led. Jean Tardits 
estoit Blaissé a la Teste d'où il luy Cotdoit du sang sur le Visage et 
sur les habits et a terre, et que du sang Rependeù dans l'Églize 
par Ce desordre, elle resta interditte Jusques à la S' Jean d'été. 
qu'est tout, Ce qu'il a dit sçavoir veu et Répété y a persisté et n'a 
signé pour Ne sçavoir Comme il a déclaré de ce faire par nous 
interpelé. 

Saint- Gêner. 

Armand de Lastalot laboureur habitant de la Parroisse d Angoumé 
âge de vingt-deux ans ou environ Témoin assigné, par exploit dud. 
jour d'hier signé dud. Labarthe huisser produit receu Et fait jurer 
(p. 4) à Dieu de dire vérité, Enquis sur les objets du droit, et de 
l'ord'' s'il est parent allié serviteur ou domestique d'aucune des 
parties a dénié lesd. objets. 

Dit et Deppose qu'estant a la messe a Rivière le jour de la pante- 
cotte dernier et lors qu'il fut question d'aller à l'offrande les gezitains 
voulurent y aller avant que les anciens fidelles eussent finy des- 
quels gezileins le nommé Hillot s'étant avancé les anciens (ideles 
l'arrêtèrent en luy disant d'attendre le dernier pour aller a 
l'offrande a leur tour suivant uzage acoutumé, alors les gezileins 
voulant s'avancer ils se prirent pelle et melle avec les anciens 
fidelles et se Bâtirent dans l'eglize dans lequel Combat le Nommé 
Bertrand Danehil demeurant a Larroque fut Blaissé a la tête près 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 413 

du temple de laquelle Blaissure il sortit du sang qu'il Essuya avec 
son mouchoir lequel Desordre dura environ Près d'une heure que 
le S' Vicaire de Rivière eut Beaucoup de peyne D'arrêter, le S'' Curé 
ayant suspendu de dire la messe pendant quelque temps qu'il con- 
tinua; que le desordre duroit encore jusques ace que la messe fut 
finie par le tumulte, aioute le déposant que lad. Eglize de Rivière 
a resté interdite depuis led. jour de la pentecottejusques au jourde 
la Saint-Jean d'ete, Dit de plus le déposant que lorsque les Anciens 
fidelles voulurent arrêter les geziteins, lesd. geziteins feurent les 
premiers a lever (p. o) Ratons sans qu'il sache quy furent les pre- 
miers quy fraperent, qu'est tout ce qu'il a dit scavoir, leu et Répété 
y a persisté et n'a signé pour ne scavoir Comme il a déclare de ce 
faire par nous interpelle. 

Saint-Gener. 

Pierre de Flauges laboureur habitant de la paroisse d'Angoumé 
âgé de trente-trois ans ou environ Témoin assigné par exploit dud. 
jour d'hier signé dud. Labarthe huissier produit receu et fait jurer 
a Dieu de dire vérité Enquis sur les objets Du droit et de l'ord*:'' 
s'il est parent allié serviteur ou domestique d'aucune des parties a 
dénié lesd. objets. 

Dit et Deppose que tant a la messelejour delà pantecotte dernière 
11 Vit que le Nommé Hillot Degos et Laurent son Valet geziteins 
Voulurent aller a l'offrande pelle et nielle avec les anciens fidelles. 
Et que le Nommé Duboué de Poudape prit au justaucorps led. 
Hillot luy disant d'attendre que les anciens fidelles eussent 
devancé les geziteins a l'offrande et d'autres geziteins s'élant 
avancés les anciens fidelles les Repoussèrent au fonds de l'eglize ou 
Le Nommé Jean Mageste donna a travers la fouUe un Coup sur la 
tète au Nommé Estienne Lamoliate copleignant duquel Coup II 
coula effusion de sang sur le Visage dud. Lamoliatte quy se fit 
[p. 6) couppér les Cheveux et laver la playe avecq du vin Chaut dans 
la maison du Treitin près De l'église lequel Desordre Dura pendant 
la messe jusques ce qu'elle feut finie, qu'est tout Ce qu'il a dit 
scavoir leu et Répété y a persisté et n'a signé pour ne scavoir 
Comme il a déclaré de ce faire par nous interi)ellé. 

S.\int-(iEni:r. 

Phedreiq Laborde Jardinier habitant de la parrnisse d'Angoumé 
âge de vingt cinq ans ou environ témoin assigné par exploit dud. 
jour d'hier signé dud. Labarthe huissier produit receu et fait jurer 
a Dieu dire de Vérité, Enquis sur les objets du droit et de l'ord'^^ s'il 
est parent allié serviteur ou domestique d'aucune des parties a 
dénié lesd. objets. 

Dit et Deppose qu'étant a la messe a Rivière un jour de dimanche 
après la Saint-Jean des geziteins s'etant avancés un peu au-delà du 



414 PIECES JUSTIFICATIVES 

Bénitier et Etant a genoux le Nommé Jean Dutrulin dit Marbat fut 
les Repouscr Dans le fonds de l'Eglize au deriére du Bénitier leur 
disant Doucement de se ilanger a leur place L'un desquels geziteins 
luy Repondit de leur Marquer ou estoit donc leur place Ce qui se 
passa pendant la messe et qui le Calma, Dit de plus le déposant 
qu'étant à la messe aud Rivière... 
(manquent les pages 7 à 14). 

... p. lii) a sa place, alors la femme dud. Pierre Tardits Dit aud. 
Treitin « a Bougrt; de Crapaut si tu valiés guère tu ne fairiés pas 
ainsy », led. Duteitin luy repondit qu'il luy en fairoit autlant a elle, 
Dequoy elle répliqua, « Viens y Diable, viens y sy tu ose » qu'est 
tout Ce qu'elle adit sçavoir leu et Répété elle y a persisté et n'a 
signé pour ne sçavoir Comme elle a déclaré de ce faire par nous 
interpellé. 

Saint-Gener. 

Jeanne Darricux fille D'état de labeur habitante delà parroisse de 
Sààs âgée de Dix-huit ans ou environ. Témoin assigné par exploit 
dud. jour d'hier signé dud. Labarthe huissier produite receûe et 
faite jurer a Dieu de dire vérité, Enquise sur les objets du droit 
et de Ford'^'' si elle est parente alliée servante ou domestique d'une 
des parties a dénié lesd. objets. 

Dit et Deppoze qu'étant a la messe le jour de la pantecotte der- 
nière dans l'eglize de Rivière, et après que les anciens fidelles eurent 
presque finy d'aller a l'offrande les nommés Billot Dogos, et Lau- 
ransson XaK'i Geziteins s'etant avances poury aller Estienne Duboué 
do Poudapé, Et Lamoliatte les arrêtèrent En leur disant d'attendre 
leur tour pour aller à l'offrande alors Jeanon de Mageste gezitein 
s'etant aussy Voulu avancer pour aller a l'offrande il trouva lesd. 
Hillot (p. /6.)Degos, etLaurans son Valet arrêtés par lesd. Duboué 
Et Lamoliatte auquel Lamoliatte led. Jeannon de Tardis dit 
Magoste Donna un Coup do bâton sur la tête duquel Coup il sortit 
du sang qu'il eut soing d'essuyer lequel desordre fut augmantépar 
la foulle des anciens fidelles et des geziteins ainsy dénommés dans 
La plainte quy dura le Reste de la messe, après lequel la déposante 
Vit que led. Jeannon Tardits gezitein avait une Blaisseure a la tête 
d'où yl couloit effusion de sang, sans qu'elle sache par quy led. 
Coup fut Donne, qui est tout Ce qu'elle a dit sçavoir leu et Répété 
elle y a persisté et n'a signé pour ne sçavoir comme elle a déclaré 
de ce faire par nous interpellée. 

Saint-Gener. 

Anne de Bellegarde femme d'état de labeur habitante de la par- 
roisse de Sààs âgée de quarante sept ans ou environ Témoin assignée 
par exploit signé dudit jour d'hier signé dud. Labarthe huissier 
produite Receue et faite Jurée a Dieu de dire vérité Enquize sur les 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 415 

objets du droit et de l'ord"^'' sy elle est parente, alliée, servante ou 
domestique d'aucune des parties a dénié lesd. objets. 

Dit et Deppose qu'estant a la messe le jour de (p, 17) la pante- 
cotte Dernière a Rivière, les Nommés Hillot Degos, et Laurans son 
Valet geziteins Voulurent aller a rolïrande avant que les anciens 
fidelles eussent fîny a qu'oy les nommés Duboué et Lamoliatte 
s'opposèrent en disant d'attendre leur tour, alors led. Hillot Degos 
se retira, et Laurans son Valet s'avança et Comme on Voulut 
L'arrêter il Donna un Coup de Bâton au Nommé Bertrand Danehil 
dit Larroque sur la tête au dessus du temple d'où il couUa effusion 
de sang auquel desordre les geziteins dénommés dans la plainte 
s'etant joints en foulle avec les anciens fidelles, il s'y fit un Combat 
quy dura pendant Le Reste de la messe, après Lequel Desordre La 
déposante apercent aussy que led. Lamoliatte Etoit Blaissé a la 
tête d'où jl Gouloit du sang qu'est tout Ce qu'elle a dit sçavoir leu 
et Répété elle y a persisté et n'a signé pour ne sçavoir Comme elle 
a déclaré de ce faire par nous interpellée. 

Saint-Gener. 

Ce requérant lesd. Témoins estre venus exprès leur avoir taxer 
sçavoir aud. Lacabanne Vingt cinq sols à Ceux de Sààs et d'An- 
goumé a Chacun Quinze sols, et a Ceux de Goeyre dix sols à Chacun. 

Saint-Gener. 

{p. 18). Soit montré au procureur du roy a Dax. 
Le 31 août 1718. 

SAiNT-GiiNEu, L[ieutenant] criminel. 

Veilla plainte rendue par les supplians ensemble les charges 
et informations. 

Roquerons que fesant droit de la requête en plainte et 
informations de Bertrand Dannehil, le nommé Laurens valet 
dénommé esd. charges et informations soit décrété d'ajourne- 
ment pcrsonel pour raison d'excès et voye de fait resultans 
desd. charges et informations. 

Et avant fere droit sur la requête en plainte et informations 
faites a requête des nommés Lamoliatte, Marbat, et Duboué, 
il sera ordonné qu'ils se mettront dans l'état pour vêtir le 
décret de prise de corps contre eux décerné dont ils font 
inenlion dans leur requête, pour ce faire, être recjuis ce qu'il 
ap|»artiendra. A Dax le 31 août 1718. 

Devergks, procureur du roy. 



4i6 PIECES JUSTIFICATIVES 

Soit fait comme est requis par le (p. 19) procureur du roy. 
A Daxle 31'' août 1718. 

Saint-Geneiî, L. criminel. 

L'aiTairo se termina le 8 octobre 1718 par la condamnation de 
Duboué. Marbal et Lamoliatte, à une réparation publique, à 
20(1 livres de domages. oO livres d'amende au Roi, IdO livres d'au- 
mônes, et les dépens. 

AFFAIRE DF BIAllHITZ (1-18-1720) 

N" 18. — Compte rendu de l'assemblée capitulaire du 8 mai 1718. 

Ms. Archives de Biarritz '. 

Publié parFr. Michel 'loc. cil.), t. II, p. 2;7-2i8. 

Le 8 mai 1718 en la paroisse de Biarritz, les habitants étant 
réunis en assemblée capitulaire, Jean Petit Labat second jurât, lait 
savoir qu'Arnaut jadis meunier, époux de l'héritière d'Errcteg-uy, 
gotte de Biarritz, prétend avoir obtenu un décret d'ajournement per- 
sonnel lui permettant de se placer aux galeries de l'église et 
d'entrer aux charges municipales et locales. Les habitants auto- 
risent de poursuivre une instance contre ces prétentions d'Arnaut, 
jusqu'à ce qu'on ait obtenu du Parlement de Bordeaux un arrêt 
définitif. Ils prient le sieur Labat de s'occuper de l'affaire et 
cherchent les moyens propres à couvrir ses frais de procédure 
et autres. On décide en outre de veiller à défendre l'accès des 
galeries de l'église à un étranger qui vient d'épouser la fille de la 
Tripière gotte. 

N° 79. — Compte rendu de l'assemblée capitulaire 
du 10 juillet 1718. 

Ms. Archives de Biarritz*. 

Publié par Fr. Michel <loc. cit.), t. II, p. 249-250. 

Le iO juillet 1718, assemblée capitulaire. Le sieur Labat. jurât, 
annonce que Estienne Arnaut, meunier, de la race des Ootz, Qua- 
gotz, Biiiirjotz, Astrafjotz it Gahclz a obtenu une sentence au bailliage 
de Labourl contre la communauté de Biarritz, touchant une ins- 
tance en date du 25 juin 1718, signifiée de 5 juillet 1718. Il lit l'appel 
interjeté par Jacques de Lalande avocat (du 6 juillet). L'assemblée 
approuve cet appel et charge Labat de l'affaire. 

1. L'indication du manuscrit donnée par Michel est la suivante : Extrait 
d'un registre de Ut commune de Biarritz, fol. f 3 recto et verso fpour le N" 78); 
13 verso et 1-i (pour le V 79). 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 417 



iV" 80. — Frais du procès indiqué ci-dessus. 

Ms. Archives de Biarritz. Registre des comptes pour l'année 1718, 
série CC, f^* 4ol-4oo. 
Ce document n'a pas été publié. 



AFFAIRE DE BIARRITZ (1721-1729) 

N° 8i. —- État des dépens faits dans le procès 
contre Legaret, agot (1722 à 1740). 

En 1721, probablement au mois d'octobre, Miguel Legaret avait 
été insulté par les sieurs Lartigue et Vaillet, auxquels se joignit 
Pierre Dalbarade, syndic des habitants de Biarritz; les deux pre- 
miers furent emprisonnés jusqu'au 9 avril 1722: ils furent condamnés 
lors de leur mise en liberté à faire avec Dalbarade amende hono- 
rable au cagot. La pièce qui suit concerne les frais de l'emprison- 
nement. 

Ms. Arcliives de Biarritz. FF 3, N° 16. 

Inédit. 

Etat des dépens faits par S' Pierre Dalbarade mar^ procureur 
sindic des habitans de la parroisse de Biarritz, contre miguel 
Lef/arret ar/ot habitant de lad. parroisse. 

Gomme aussyletl. Dalbarade dit qu'il a payé au S"" Sescosse 
et d'Aberta le premier sergent Royal, et le dernier geôlier des 
prisons Royaux du présent baillage la somme de quatre cens 
septante douze livres seise sols, sçavoir aud. s'' Sescosse celle 
de cent cinquante sept livres seise sols, et aud. d'Aberta celle 
de trois cens quinse livres, et ce pour la dépense et nourri- 
ture par eux fournie à Joseph de Lartigue', et Guilliaume 
Veillet habitant de ced. lieu de Biarritz, deteneus prisonniers 
dans lesd. [irisons au sujet de l'affaire contre lesd. gots, en ce 
compris les droits de gitte etgeoledud. d'Aberta geôlier, et ce 
jusques au neuviesme du présent mois d'avril 1722 : suivant 
que dud. payement appert par quatre receus privés des 

1. Sur d'autres pièces il est appelé Jean de Lartigue. 

Fay. 27 



418 PIÈGES JCSTIFICATIVES 

susnommés dattes des dixième octobre, dix neulieme 
décembre 1721 : vingt neuf septembre de la même année, et 
neufîesme dud. mois d'avril 1722 i\n\\ (bMiieiido luvètre alloué 
cy 472. H^. 16. s. 

On lit en marge ■ 

Alloué deux cens quatre vingts dix sept livres pour autant 
de jours (jue lesd. Lartigue et Veillet ont resté deteneus dans 
les prisons a raison de vingt sols par jour chacun et ce 
jusques au neufîesme avril de la présente année 1722 a l'égard 
des droits de gite et geôle dont les receus font mention ren- 
voyé jusques a ce que quant a ce [que] nous ayons pris d'autres 
éclaircissements, cy 297. /^. 

Le présent compte a vue réglé par S""' Arnaud Bedont de la 
Croix m" chirurgien, Jean de llirigoien, Adam Manesca, et 
Bernard Manie cap"" de navire habitans du lieu de Biarritz audi- 
teurs nommés choisis et accordés par les habitans de la d. 
communauté, et le d. S"" Pierre Dalbarade rendant compte, 
suivant l'acte du vingt 

deuxiesme du mois d'avril 1723 Retenu par feu Jean de Plan- 
thion n'" lloyal et grellier de lad. communauté. 

D'Aberta a qui ce mémoire a este communi(|ué dit n'avoir 
receu, que la somme de 100 a en plusieurs fois, et que les 
billets qu'on peut avoir de lui, ne preuvent qu' auxd. cens 
livres. Ainsy il est nécessaire de faire recherche des quatre 
receus énoncés dans l'extrait du livre de la Communauté 
remis a M. Dehureaux. Il seroit cependant juste de lui donner 
quelques a bon compte, ce particulier estant dans l'indigence. 

Fait à Bayonne le 7' avril 1739. 

De Lespés de Hukeaux. 

Je soussigné déclare avoir receu de la communauté de 
Biarritz parles mains de m' Bertrand de Plantbion no'^ Royal 
et trésorier des revenus d'icellcd. communauté, la somme de 
quatre vingt dix livres à compte de ce qui m'est d'heu par 
lad. communauté, fait a arcangues ce sessiesme avril 1739. 

Daberta. 



RESSORT UL' PARLEMENT DE BORDEAUX 419 

Je Jean D'Aberta Geôlier des Prisons Royaux du Bailliage 
de Labourt soussigné déclare avoir Heçu à la décharg"e de la 
Communauté de biarritz par les mains de M^ Bertrand de 
Planthion No'® Uoyal et trésorier des Revenus de lad. Comni'" 
La somme de Cinquante sept livres, a compte de plus g-rande 
que la susd. Comm" me doit, déclare acquitter tant mond. 
S'' Plantbion, que lad. commun" desd. cinquante sept livres, 
sans préjudice du restant. En foy de quoy ay fait écrire ces 
présentes par main Etrangère et signé de la mienne. A Usta- 
rilz ce 24* mars mil sept cens quarante. 

Daberta. 

Bon pour cinquante sept livres. 

N° 82. — 6 mars 1722. — Sentence rendue par le lieutenant 
criminel d'Ustaritz en faveur des agots.J 

Sentence rendue par le lieutenant criminel d'Ustaritz entre 
Miquel Legaret, cliarpentier d'une part et les sieurs Jean Lartigue, 
Guillaume Vaillet, et Pierre Dalbarade. Ces derniers sont con- 
damnés à une réparation publique à la porte de l'église et à genoux, 
à l'issue de la messe paroissiale pour avoir forcé I^egaret, sous 
prétexte qu'il était capot, de se tenir à l'église séparé des autres 
paroissiens. 11 s"en était suivi une t)agarre. 

Cité dans la consultation ci-dessous. 

N" 83. — 5 décembre 1722. — Consultation de l'avocat Rochet. 

Cet avocat défend les sieurs Lartigue, Haillet, et Dalbarade. 

Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N° 11. 

Public par Fr. Michel {loc. cit.), t. II, p. 250-251. 

Le Conseil soubz sig^né qui a veu une Sentence Randiïe le 
six mai-s 1722, par le lieutenant Criminel dustarits entre 
miquel Legaret cbarpantiér et Jean lartigue et guillaume 
Baillet et pierre dalbarade Second abbé et Jurât de la par- 
roisse de Biarils avec d'autres pièces, Sur Les doutes proposés 
de la part dosd. Lartigue, Haillet et dalbarade. 

Estime qu'ils sont bien fondés dans L'appel qu'ils ont Inte- 
rietté de Lad. Sentence dud. Jour six mars dernier parce que, 

1° Ils ne paroist pas qu'il y aye eu Dérèglement extraor- 



420 PIÈCES .IL'STIFIGATIVES 

dinaire contre led. Dalbarade abbé et Jurât, et cepandant il a 
esté condamné avec les autres a une Réparation publique a la 
porte de L'églize à genoux issue de messe paroissielle. 

Il est certain suivant les arrestz de La Cour qu'on ne peut 
pas condamner une partie a une réparation publi(|ue sans un 
Règlement Extraordinaire préalable. 

2° Le Sr. abbé et Jurats n'ont fait qu'exécuter l'arrest de la 
Cour du cinq sep''" 1596 qui deiïend aux gots, capots et 
gahets de se meller avec les autres dans l'église et de se 
mettre ailleurs que dans les places qui leur sont destinées. 

La question se réduit à savoir dans le fait si Legaret fils 
est un Descendant desd. gots capots et gahets et sil s'estoit 
mis ailleurs que dans la place qui leur est marquée, auquel 
cas les Jurats estoint en droit de les tirer. 

3» Lesd. Lartigue et baillet n'ont fait que obeyr a leurs 
abbés et Jurats En chose Licite, on ne pouvoit pas les con- 
damner pour cela à une peine. 

4» Les proposans doivent consentir à la demande de 
Legaret tendante à ce que la procédure faitte à la requeste 
des abbés et Jurats contre legaret soit Joincte à l'appel 
Interietté par les proposans de la sentence obtenue par 
Legaret. 

Ces deux procédures sontfaittes pour raison du mesme fait. 

La procédure des Jurats establit qu'ils ont esté en droit 
d'oster Led. Legaret de la place dans laquelle il s'estoit mis, 
que led. Legaret commit des excès avec un couteau pointeu 
et un Bâton. 

Cette procédure fait voir que led. Legaret est le seul cou- 
pable et justifie les proposans. Ils ont interest que le procès 
se juge a la veue de toutes les pièces. 

Délibéré a bordeaux le cincq X*"^ 1722. 

ROCHET. 

N" 84. — 9 juillet 1723. — Arrêt du Parlement de Bordeaux. 

Cet arrêt défend de traiter aucunes gens des noms de Cagot, 
Gahet, ou Ladre, et admet ces derniers dans les assemblées, et aux 
charges et honneurs. 

Ms. Archives départementales de la Gironde. B 1216. Il existe de 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 421 

cet arrêt un exemplaire imprimé dans un recueil factice conservé 
aux Archives de la Gironde, sous la cote C 3789 K 

La copie que nous en donnons est laite sur un exemplaire imprimé 
conformément à une décision du Parlement de Bordeaux contenue 
dans un arrêt du 22 nov. 1735. L'exemplaire. que nous avons sous 
les yeux appartient aux Archives du Tribunal deDax juv/; classées)-. 

Publié dans les ArchiiPS Idstoriques de la Gironde, t. XIX, p. 275-282 ^. 

Cité en partie par Palassou {loc. cit.), p. 385. 

Dans le manuscrit B 1216, on lit l'exposé des pièces que les magis- 
trats avaient sous les yeux. Celles-ci en nombre considérable n'ont 
que peu d'intérêt et montrent surtout que la chicane était fort en 
honneur à Biarritz. Elles sont volontairement omises dans l'exem- 
plaire imprimé que nous reproduisons. 

{Décret (ht 9 Juillet il '23). 

Entre Pierre Dalbarade, dit Plantone, ancien Abbé et Jurât 
«le la Paroisse de Biarrits, Pais de Labourt, et Sindic des 
Abbés et Jurats delà Communauté dud. Biarrits. Joseph Lar- 
tigue, dit Cachou : et Guillaume Yaillet, dit Orssolle, du 
même lieu de Biarrits, Appellans d'une Sentense rendue, par 
le Lieutenant Criminel du Baillage d'Ustarits le 6 mars 1722. 
d'une part. Et ^Miguel et autre Miguel Legarret Père et Fils, 
Charpentiers dans lad. Paroisse de Biarrits, prétendus Agots, 
Cagots, et Gahets, Intimez, d'autre part. Et encore entre 
lesdits Abbez et Jurats dud. Biarrits, demandeurs l'entérine- 
ment de leur Requête du 15 Avril dernier, tendante à ce qu'il 
fut réglé exlraordinairement contre led. Legarret fils, à raison 
de l'Information faite à leur Requête contre led. Legarret fils, 
d'une part. Et led. Miguel Legarret fils Défendeur, d'autre. 
El encore entre lesdits Legarret père et fils^ Appellans, tant 
du Décret de prise de Corps décerné par le même Lieutenant 
Criminel d'Lstarits, contre led. Legarret fils [le] 22 août 1721. 
à la Requête lesd. Abbez et Jurats de Biarrits, que de toute 

i. Une copie de cet arrêt aurait été, si nous en croyons Michel (11, p. 238, 
note -J). entre les mains de M. G. d'OIce, maire de Hiarrotte (Landes). Les 
recherches (jue .MM. dOlce, les fils de ce distingué savant, ont bien voulu 
faire pour nous dans les Archives de leur père, n'ont pas abouti à y retrouver 
cette pièce. 

2. Nous avons adopté ce texte, parce qu'il est de l)eauciiui» moins connu 
que celui du manuscrit de Bordeaux. 

3. Cette transcription porte de menues erreurs nombreuses, mais aucune 
d'elles ne constitue de difFérence grave. 



422 PIEGES JUSTIFICATIVES 

la Procédure; ensemble incidemment Appellans aussi d'un 
chef delà même Sentensedud. Lieutenant Criminel d'Lstarits, 
dud. jour 6. Mars 1722. en qui concerne led. Dalbarade à ces 
fins Demandeurs l'entérinement de leur Requête du 19. dud. 
mois d'Avril dernier, tendente à ce que tant led. Décret de 
prise de corps, que toute la Procédure, fut le tout cassé; en 
conséquence, que led. Miguel Legarret fils soit relaxé de la 
colomnieuse accusation contre luy intentée, avec tous 
dépens, dommages et intérêts; au surplus que led. Dalbarade 
fût condamné personnellement en la somme de loÛO. liv. pour 
leur tenir lieu de dommages et intérêts pour raison des excès 
commis sur la pesonne dud. Legarret fils; et en outre que 
led. Dalbarade soit condamné aux mêmes peines portées par 
lad. Sentence, auxquelles lesdits Lartigue et Vaillet ont été 
condamnez par icelle et aux dépens, d'une part. Et lesd. 
Dalbarade, Lartigue et Vaillet, Intimez et défendeurs à lad. 
Requête, chacun en ce qui les concerne; autrement Deman- 
deurs leur relaxance des Informations et conclusions desd. 
Legarret père et fils, avec dépens dommages et intérêts, d'autre 
part. Et lesd. Legarret père et fils. Défendeurs à lad. 
relaxance, encore d'autre 

Veu le Procès, etc. 

Dit a été que la Cour a mis et met l'appel interjette par 
led. Dalbarade aud. nom de Sindic, et par lesd. Lartigue et 
Vaillet de la Sentence du Lieutenant Criminel du Baillai: e 
d'Lstarits, dud. jour 6. Mars, 1722. et ce dont a été appelle 
au néant; et néanmoins, sans s'arrêter à la relaxance requise 
par lesd. Dalbarade, Lartigue et Vaillet, a condamné et con- 
damne, tant led. Dalbarade que lesd. Lartigue et Vaillet en 
20. liv. d'amende envers le Roy, et en la somme de 50. liv. 
solidairement, pour être lad. somme de" 50. liv. employées à 
la Réparation de l'Eglise dudit Biarrits : moyenant ce, sur 
les excès prétendus par lesd. Legarret père et fils, contre lesd. 
Lartigue et Vaillet, ensemble sur les dommages et intérêts 
demandez par lesd. Dalbarade, Lartig-ueet Vaillet contre lesd. 
Leg-arret père et fils, lad. Cour a mis et met les Parties hors 
de Cour et de Procès : Et faisant droit de l'appel interjette 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 423 

par lesd. Legarret, tant du Décret de prise de Corps décerné 
par le même Lieutenant Criminel d'Ustaritz, contre led. 
Legarret fils, le 22. Août 1721, à la Requête desd. Abbez et 
Jurais dud. lieu de Biarrits, que de toute la Procédure, et de 
leur appel incident du chef de la susd. Sentence, en ce qui 
concerne led. Dalbarade, à mis et met lesd. appellations, et ce 
dont a esté appelle, au néant; en émandant, à cassé et casse 
led Décret, Procédure : en conséquence, sans avoir égard à 
l'intervention et prise de fait et cause dud. Dalbarade pour 
lesd. Lartig-ue et Vaillet, dont lad. Cour l'a débouté et déboute, 
a relaxé et relaxe led. Leg'arret fils de l'accusation contre lui 
intentée par lesd. Abbez et Jurats; ce faisant, a condamné et 
condamne led. Dalbarade personnellement en la somme de 
cent livres envers led. Legarret fils, pour luy tenir lieu de 
dommages et intérêts : Comme aussi condamne le même Dal- 
barade en pareille somme de cent livres envers led. Legarret 
Père, pour luy tenir lieu de dommages et intérêts à raison 
des excès commis sur la personne de son Fils au payement 
desquelles sommes led. Dalbarade sera contraint par Corps. 
Et sur les plus amples dommages et intérêts prétendus par 
lesd. Legarret Père et Fils, et autres conclusions par eux 
prises contre led. Dalbarade, lad. Cour a pareillement mis et 
met les Parties hors de Cour et de Procès : Attant déclare 
n'y avoir lieu de prononcer sur le Règlement extraordinaire 
demandé par lesd. Abbez et Jurats, contre led. Legarret Fils : 
Condamne lesd. condamne lesd.' Dalbarade, Lartigue et 
Vaillet en tous les dépens chacun les concernant, envers lesd. 
Legarret Père et Fils. Au surplus, faisant Droit des Conclu- 
sions du Procureur General du Roy : et conformément aux 
Arrêts précedens, lad. Cour fait itératives inhibitions et 
défenses à toutes sortes de Personnes du Pais de Labourt, et 
à toutes autres du Ressort de la Cour, d'injurier aucuns Par- 
ticuliers comme prétendus descendans de la Race de Giezy, 
et de les traiter d'Agots, Cagots, gahets, ny ladres, à [)eine 
de cinq cens livres d'amende, même de punition corporelle si 
le cas y écheoit, et de tous dépens, dommages et intérêts. En 

1. Cette répétition fifrure ;i l'original. 



424 PIEGES JUSTIFICATIVES 

outre, lad. Cour Ordonne qu'ils seront admis dans les Assem- 
blées générales et particulières qui se feront par les Habitans 
et Communautoz, aux Charges Municipales et honneurs de 
l'Eglise, même pourront se placer aux (lalerieset autres lieux 
de lad. Eglise, où ils seront traitez et reconnus comme les 
autres Habitants des lieux, sans aucune distinction. Comme 
auss. lad. Cour ordonne que leurs Enfans seront reçeus dans 
les Ecoles et Collèges des Villes, Bourgs et Villages, et 
seront admis dans toutes les Instructions Chrétiennes indis- 
tinctement; et en cas de contravention, lad. Cour permet 
<ren informer devant le Juge Royal des lieux, à ces fins 
d'obtenir Monitoire, et de procéder par Censures et Fulmi- 
nations Ecclésiastiques en forme de Droit pour les Informa- 
tions faites au Procureur-Général du Roy communiquées, et 
à la Cour rapportées, y être pourvu ainsy qu'il appartiendra : 
Cependant lad. Cour enjoint à tous Juges Royaux, Maires, 
Abbez et Jurats du Pais de Labourt, et autres lieux du Res- 
sort de la Cour, de tenir la main à l'exécution du présent 
Arrêt, à peine d'en répondre en leur propre et privé nom; 
A ces fins lad. Cour ordonne que le [»resent Arrêt sera lu, 
publié et affiché partout où besoin sera, à la diligence des 
Substituts du Procureur-Général du Roy, qui certifieront la 
Cour de leurs diligences dans le mois Pareillement lad. Cour 
enjoint au Substitut dud. Procureur- General aud. Bailliage 
dUstarits, de se Iransjiorter tout les mois et jour de Dimanche 
dans l'Eglise de Biarrits, pour tenir la main à l'exécution du 
présent Arrêt, et d'en certifier la Cour. Fait et octroyé main- 
levée des amandes consignées à raison desd. appellations, à la 
délivrance desquelles le Receveur sera contraint par Corps. 
Dit aux Parties, à Bordeaux en Parlement le neuvième 
juillet mil sept cens vingt-trois. Signez, Messieurs, DaugI':ard 
Président. Devixcens Rapporteur. 

Collationné, Signé, Roger ^ 

t. La copie publiée dans Les Archives de la Gironde se termine ainsi : 
■• Fait et octroyé main levées des amandes consignées à raison desdiles 
appellations à la deslivrance desquelles le receveur sera contraint par corps. 

<■ Daugearp, Vincens. » 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 425 

N° 85. — 26 août 1723. — Lettre d'Arcangues. 

Cette lettre accompagnait l'envoi à toutes les paroisses du pays 
d'une copie de l'Arrêt du Parlement de Bordeaux du 9 juillet 1723. 
Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N" 12. 
Inédit. 

Messieurs, 

Voicy un arrêt, qui contient un règlement non seulement 
pour votre communauté et pour le pais de Labourt : mais 
encore pour tout le ressort du parlement de Bordeaux; j'ay 
l'ay (sic) fait publier en notre siège suivant les ordres, qui me 
sont donnés, et je dois en envoyer un exemplaire à chaque 
parroisse du pais; afin qu'il soit publié dans l'assemblée des 
habitans et affiché aux portes des églises, c'est donc, mes- 
sieurs, pour que vous en fassiés faire la publication, dans 
votre assemblée que je vous envoyé l'exemplaire cy joint, 
c'est d'ailleurs un moyen de le rendre notoire a ceux ([ui doi- 
vent y obéir, et d'éviter les contraventions, qui pourroint vous 
attirer de fâcheuses suites, puisque vous devés tenir la main 
la l'exécution de cet arrêt à peine d'en repondre en votre 
propre et privé nom suivant la teneur, je ne doute pas, que 
vous n'agissies avec toute l'attention et la prudence, que vous 
devés avoir dans cette affaire pour éviter les sujets de plainte, 
qui pourront aller au parlement. 

J'ay l'honneur d'être très parfaittement 

Messieurs 
votre très humble et très obéissant serviteur 

Arcanguks. 

A Arcangues, le Ui Août 17^23. 



N" 86. — 19 janvier 1724. — Arrêt du Parlement de Bordeaux. 

Cet arrêt confirme les dispositions de l'arrêt du It juillet 1723, et 
rapporte les désordres survenus à Biarritz à l'occasion de la publi- 
cation de ce dernier. 

Mi. Archives de la Gironde, B 1218. 



426 PIEGES JUSTIFICATIVES 

Publié en entier dans les Archives historiques de la Gironde, t. XIX, 
p. 28^-287; et en partie par De Rochas lac. cit.), p. 90-97 en note'. 

Ce jour le procureur-général du Roy en la Cour est entré 
et a dit que par l'arrêt de la Cour, du 9 juillet dernier, rendu 
entre divers particuliers de la paroisse de Biarrits, au pais de 
Labourt, prétendus agots, cagots, et gahets, termes injurieux 
et detlendus ()ar les arrêts, faisant droit des conclusions du 
procureur-général du Uoy, il fut fait pareilles délïenses, parle 
susdit arrêt, à toutes sortes de personnes du pais de Labourt 
et à tous autres du ressort de la Cour, d'injurier aucuns par- 
ticuliers comme prétendus descendants de la race de (liezi, et 
de les traiter d'agots, cagots, gahets, ny ladres, à peine de 
500 livres d'amande, même de peine corporelle, si le cas y 
écheoit, et de tous dépens, dommages et intérêts; qu'ils seront 
admis dans les assemblées générales et particulières qui se 
fairoiit par les habitans et communautez; aux charges muni- 
cipales et honneurs de l'église, même pouri'ont se placer aux 
galeries et autres lieux de ladite église, où ils seront traités et 
reconnus comme les autres habitans des lieux, sans aucune 
distinction, et que leurs enfans seront reçus dans les écoles 
et collèges des villes bourgs et villages, et seront admis dans 
toutes les instructions chrétiennes indistinctement; et en cas 
de contravention, permet d'en informer devant le juge royal 
des lieux, à ces fins d'obtenir monitoire et de procéder par 
censures et fulminations ecclésiastiques en forme de droit, 
pour les informations faites, au procureur-général du Roy 
communiquées et à la Cour raportées, être pourveu ainsi 
qu'il apartiendra; cependant, la Cour enjoint à tous juges 
royaux, maires, abbés et jurais du païs de Labourt et autres 
lieux du ressort de la Cour de tenir la main à l'exécution de 
l'arrêt, a j)eine d'en répondre en leur propre et ])rivé nom ; et 
il est ordonné que l'arrêt sera lu, publié et affiché partout où 
besoin sera, à la diligence des substituts du procureur-général 
du Roy. 

Laquelle lecture, publication et enregistrement a été faite 
au siège royal ordinaire d'IJstarits, le 23 août dernier, et le- 

1. Li copie que donne De Roclias fourmille de fautes de transcription et 
d'omissions. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 427 

dit arrêt signiffié le 27 dudit mois à la requête de Miguel de 
Legarret, père et fils, charpentiers dudit lieu de Biarritz; à 
Bernard Beyret, premier jurât, tant jiour lui que pour les 
autres abbés, jurais ses collègues; néam moins, le nommé 
Saint-Martin, sergent royal, s'étant transporté, audit Biarritz, 
assisté de deux archers de la maréchaussée de Lannes, le 29 
du susdit mois d'aoust et étant devant la porte de l'église du 
lieu pour y faire la publication et l'affiche dudit arrêt, et à la 
distance de deux cens pas de laditte église, il auroit aperçu 
aux environs d'icelle une grande foule de peuple, tant 
hommes que femmes, qui faisoient de grands cris, criant : 
Alerte! alerte! parce qu'ils étoient prévenus de la publication 
dudit arrêt, qui devoit se faire, par ce sergent, à la requête 
du procureur-général du Hoy, poursuite et diligence de son 
substitut audit siège de Labour à Ustarits; en sorte qu'étant, 
avec lesdits archers, sur une grande place, qui est contre le 
cimetière de ladite église et s'étant avancés vers la porte 
d'icelle, une grande troupe de femmes les auroit investis, 
criant à haute voix qu'ils ne fairoient rien là, s'étant voulu 
jetter sur le sergent, lequel ayant voulu faire la publication 
et affiche dudit arrêt, il en fut empêché par ces femmes, qui 
voulurent le luy enlever ce qui fut cause qu'il ne peut faire 
la dite publication et affiche. Lesdites femmes étant en très 
grand nombre usèrent de menaces contre le sergent et les 
archers; mais quelques secours qu'il demandât aux abbé et 
jurats du lieu, ils ne luy en donnèrent aucun, non plus qu'un 
grand nombre d'hommes qui étoient dans le cimetière et sur 
la place. Cependant les menaces, les insultes et les mouve- 
ments desdites femmes continuant toujours, la crainte et le 
danger où se trouvèrent le sergent et archers furent les rai- 
sons pour lesquelles ils se retirèrent sans faire cette publica- 
tion et affiche. 

Ce qu'étant une rébellion et assemblée illicite contraire 
aux ordonnances et à la disposition de l'arrêt de la Cour, ledit 
sergent en a dressé son procès-verbal dans lequel il remarque 
encore qu'il a été averty qu'à la pointe du susdit jour, lesdites 
femmes étoient assemblés, qu'elles tenoient des armes 
cachées et de la chaux vive, du sel, des cendres et de l'huile 



428 PIECES JUSTIFICATIVES 

de baleine, pour accabler ceux qui se porteroient audit lieu, 
pour Texecution dudit arrêt, qui, resteroit sans effet et dans 
l'inexécution s'il n'y étoit promptcment pourvu par l'autorité 
de la Cour. Pour contenir la fureur de ces femmes, qui doivent 
avoir été engagées de faire cette rébellion et assemblée illi- 
cite par des hommes qui ont paru aux environs de l'église de 
Biarritz, et il se peut même que cette assemblée mutine et 
tumultueuse étoit composée d'hommes travestis en femmes. 
Ainsi, le procureur-général du Uoy a requis, qu'à sa requête, 
poursuite et diligence de son substitut au sénéchal de 
Bayonne, par devant le lieutenant-criminel dudit sénéchal, il 
sera informé pour raison dudit procès-verbal de rébellion, 
circonstances et dépendances contre les coupables d'icelle et 
qu'à ces fins copie dudit procès-verbal de rébellion sera 
envoyé audit commissaire, avec l'expédition de l'arrêt qui 
interviendra, etde celuy du 9 juillet, et il sera permis d'obtenir 
monitoire et de procéder par censures et fulminations ecclé- 
siastiques en forme de droit pour avoir plus ample preuve, 
et ledit Saint-Martin, sergent royal, répété et résumé et ses 
assistans, par la formation, dans le contenu de son procès- 
verbal de rébellion, par devant le même commissaire, pour 
ce fait, à la Cour raporté et communiqué au procureur- 
général du Roy estre ordonné ce qu'il appartiendra ; et au 
surplus être ordonné que l'arrêt dudit jour 9 juillet dernier, 
sera exécuté suivant sa forme et teneur, et qu'il sera lu, 
publié et enregistré au greffe du siège senechal de Bayonne, 
ou ressortit par apel la juridiction du bailliage royal de 
Labourt, et ce, à la diligence du substitut du procureur- 
général du Roy, audit sénéchal, qui sera tenu d'en certiffier 
la Cour: et l'arrêt qui interviendra exécuté nonobstant opo- 
sitions et apellations quelconques et sans préjudice d'icelles; 
et il sera en outre ordonné, que ledit commissaire se trans- 
portera audit lieu de Biarrits pour faire exécuter l'arrêt de la 
Cour, dudit jour 9 juillet dernier, à la diligence dudit substitut 
dudit senechal de Bayonne, et, ce faisant, de le faire lire, 
publier issue de grand'messe et afficher à la porte de l'église 
dudit Biarrits, et de faire pour raison de tous procès-verbaux 
nécessaires et informer des contraventions, si besoin est, pour 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 429 

ce fait à la Cour raporté et communiqué au procureur-général 
du Roy, y être pourvu ainsi que de raison; et au surplus 
estre enjoint au commendant, lieutenant du Rov de la ville 
et citadelle de Bayonne, de prêter main forte à l'exécution de 
Tarest qui interviendra sur la réquisition qui luy en sera faite 
par ledit commissaire. 

Signé : Duvigier. 

La Cour, faisant droit de la réquisition du procureur-géné- 
ral du Roy, ordonne qu'à la requeste, poursuite et diligence 
de son substitut au sénesclial de Bayonne et par-devant le 
lieutenant criminel dudit sénesclial, il sera informé du con- 
tenu au verbal dont est (|uestion, circonstances et dépan- 
dances, contre les complices de ladite rébellion; que Saint- 
Martin, sergent royal et ses acistans, seront rézumés et répé- 
tés, dans leur verbal pardevant ledit commisaire, permet 
audit procureur-général de se pourvoir par sensures et fulmi- 
nations esclésiastiques, par forme de droit, au surplus or- 
tlonne : que l'arrest du neufiesme de juillet dernier, sera exé- 
cuté suivant sa forme et teneur, et qu'il sera leu, publié et 
enregistré audit sénescbal de Bayonne à la dilligence du 
substitut dudit procureur-général et qu'il en certiffira la Cour 
dans quinzaine. A ces fins, que ledit commissaire se trans- 
portera, audit Biarrits, pour faire exécuter ledit arrest du 
neufiesme juillet dernier, ce faisant, de le faire lire, publier, 
issue de la grand'messe et afficher à la porte de l'esglise dudit 
Biarrits et de faire pour raison de ces les verbaux requis et 
nécessaires et informer des conlrevantions, sy besoin est; le 
tout faict et à la Cour raporté, estre ordonné ce qu'il appar- 
tiendra; au surplus, enjoint au lieutenant du Roy, de la cita- 
delle de Bayonne, de jjrester main forte à l'exécution du 
|)résant arrest sur la réquisition quy luy en sera faite. 

Fait à Bordeux, en parlement, le dix-neufiesme de jan- 
vier 178 i. 

Montesquieu. 



430 . PIKCES JUSTIFICATIVES 

N' 87. — 5 fév. 1724. — Lettre de Lartigues, aux maire 
et jurats de Biarritz. 

Celte leUre constate que les Atrois nont l'ait aucun mouvement 
pour exiger l'exécnlion de l'arrêt du 10 janvier 172k 
Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N" 14. 
Inédit. 

Messieurs, 

Jen'av vu aucun mouvement de la part des agots pour obliger 
Votre Commu'' a exécuter l'arrêt de la cour ny pour faire 
une autre chose, ainsi il m'etoit impossible de vous en donner 
avis. Je me suis môme informé au sec" de M' le procur. gen*', 
Et au greffier de la cour quy m'ont dit et assuré n'avoir rien 
vu. Et a moins qu'ils ne déguisent la vérité (de quoy J'en 
suis grand garant). Il ne s'est rien passé. 

Le resle de la lettre se rapporte à un autre sujet.) 

... étant très parfaitement 

Monsieur, votre très humble et très dévoué serviteur. 

Lartigues. 
A Bordeaux ce o fev. 1724. 

N° 88. — 12 fév. 1724. — Lettre des jurats de Biarritz, 
à Lartigues. 

Les Jurats font savoir qu'ils ne peuvent parvenir à exécuter larrèt 
du Parlement du 10 janvier 1724. 
Ms. Archives de Biarritz. FF 3, N° lo. 
Inédit. 

Monsieur. 

M. de Bureaux lieutenant criminel au seneschal de Bayonne 
nous a fait part d'un ai'rest de la cour qui le commet pour 
l'exécution de celluy du 9'' juillet dernier, nous sommes, 
Monsieur, entièrement disposés a contribuer de nostre mieux 
à cette exécution, mais nous prévoyons des choses extraordi- 
naires et capables de mettre le feu dans nostre parroisse : nous 
sommes menacés par toutes nos femmes qui sont en très 
grand nombre que les galleries de nostre église seront abba- 



RESSORT D(] PARLEMENT DE BORDEAUX 431 

tues, le sol dépavé, les ornements arrachés de nostre sacristie 
et nostre cure sans dixme et sans offrande, nous craignons 
mesme auec raison ({ue ces uiolences s'estendent dans 
d'autres parroisses de Labourt; nous ne vous parlons pas des 
menaces qui nous sont faites en nostre particulier, nous vous 
supplions Monsieur auec les instances les plus respectueuses 
d'entrer dans nos représentations, et de faire ordonner à 
M. Dehureaux de suspendre cette exécution, peut estre que le 
temps ramènera ces esprits en fureur, nous avons l'honneur 
d'estre avec un profond respect 

Monsieur 

Yostre humble 

(illisible) 
les Jurais de la parroisse de Biarritz en laboure. 

N" 89. — 20 août 1725. — Sentence du lieutenant général 
concernant les pêcheurs de Biarritz. 

Cette sentence ordonne qu'il sera procédé par les pêcheurs 
de Biarritz à la nomination d'un prudhomme, d'un patron et 
de deux claviers pour faire les fonctions prescrites par 
l'ordonnance de 4681 « comme aussi que les patrons et cla- 
viers appelleront doresnavant tous les pécheurs sans aucune 
distinctions dans toutes les assemblées qu'ils feront à peine 
de oO livres d'amende, avec inhibitions de traiter à l'avenir 
certains maîtres de pinasse de gots et magots ». 

Cité par Ch. Bcrnardon, in Archives historiques de la Gironde, t. XIX, 
p. :i83. 

N° 90. — .19 juillet 1728. — Requête du sieur d'Albarade, 
à Monseigneur de Lesseville. 

Dalharade demande au conseiller du roi, que les frais que lui 
ont lu'cessilés les démarches et le procès qu'il avait faits au nom 
de la communauté de Biarritz, lui soient remlioursés sur les revenus 
de cette commune. 

Ms. Archives de Biarritz FF 3, N'^ 17. 
Inédit. 



432 PlhXES JUSTIFICATIVES 

.4 Mu)isieiyneur de Lesseville, Conseille)' du Roy en ses con- 
seils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, intendant de 
justice, police et finances, ez généralités Dauch Xavarre et de 
Bearn. 

Supplie humblement pierre Dalbarade marchand S' de la 
maison de Saraspe, habitant de la parroisse de Biarrits, 
disant (ju'en l'année mil sept cens vingt un, il se forma de 
i^randes constestations, entre la communauté de ce lieu, et 
quelques particuliers qualifiés du nom de gots, et quy y 
avoient touiours été distingués des autres habitans, soit par 
l'exclusion qui leur etoit donnée des honneurs, et des charges 
munlcipalles de la parroisse, soit par des places, particulières 
qui leur étoient assignées de temps immémorial dans l'église. 

Ces particuliers, Monseigneur, voulurent tout à coup 
détruire un usage affermy par des siècles, et quy auoit été 
confirmé par des arrêts de règlement du parlement de 
Guienne. ils causoient journellement, et particulièrement les 
dimanches et fêtes, du trouble, et du desordre dans l'église 
parroissialle durant la célébration du service diuin. ces con- 
tentions allumèrent des procès au Civil, et au Criminel. La 
Communauté se trouva dans la nécessité de les soutenir ; il 
etoit iuste d'arrêter le cours de ce mal, et d'en enlever la 
cause, c'est pour cella, ynonseigneur , que ladite Communauté 
s'étant assemblée ; elle délibéra unannimement qu'on pour- 
suivoit ce procès, et que par deux délibérations des mois de 
juin, et de iuillet de l'année, mil sept cens vingt un, le sup- 
pliant feut nommé pour procureur syndic, pour vaquer à la 
poursuite de cette affaire, et en soliciter la décision. 

Ensuite de cete nomination, Monseigneur, le supliant garda 
toutes les formalités préscriptes en pareil cas, auant que 
d'agir, la Communauté auoit eu la précaution de se munir de 
avis de deux habilles consultans elle scavoit ce qui vous 
étoit deu ; et elle eût recours à votre autorité, et vous autho- 
risates la délibération generalle des habitants par votre 
Ordonnance du 19' iuin 1721 mise au bas d'une requête qu'ils 
eurent l'honneur de vous presantér, et par votre létre du 
même jour, qui l'accompagnoit; et vous leur permîtes de 
soutenir ce procès par le ministère d'un syndic. 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 433 

C'est, monseigneur, en exécution de vôtre authorisation que 
les poursuites ont été faites, et que le procès a pris fin, par 
un arrêt quy y a été rendu, et qui a jugé qu'il ny auroit plus 
d'acceptation, ny de distinction des personnes, pour les 
charges, ny pour les places de l'Eg-lise, et qui a renversé et 
aneanty les premiers et anciens arrêts; le supliant, outre le 
temps qu'il a perdu dans la poursuite, ou le soutient de ce 
procès a fait des fraix te des auances, il a été obligé de payer 
et rembourser de ses deniers auxd. particuliers quy ont 
obtenu en cause les depans qu'ils auoint fait taxer, ces 
auances et ces depans ont été reconnus en partie au supliant 
et ils les sont fixé et modéré par l'acte du 19° juillet dernier, 
à la somme de huit cens soixante quatre liures, dont elle a 
consenty que le supliant feut payé en quatre termes, et qu'il 
feut couché annuellement sur les états de distribution, les 
abbé et jurats dud. lieu de Biarrits ayant eii l'honneur de 
vous écrire à ce sujet, et vous ayant suplié de vouloir bien 
confirmer et autoriser cete lernière délibération vous leur 
avez répondu, que ne leur ayant point permis d'entreprendre 
ce procès, vous ne pouviés en aprouvér la dépanse, et 
qu'elle deuoit être suportée par les délibérants, c'est ce que 
contient votre letre du troisième nouembre dernier. 

C'est aussi, monseigneur, ce qui oblige le supliant de 
représanter a votre grandeur, qu'il n'y eût jamais de dépanse 
plus légitime, ny qui interassat plus intimement toute la 
communauté, la cause étoit toute publique, elle interoissoit 
toutes les personnes de l'un et de l'autre sexe, les grands, les 
petits, temporel, la religition, et les hautels; ce procès n'a été 
soutenu que sur le fondement d'un usag-e constant immémo- 
rial et confirmé par des arrêts; iious aués eii la honte monsei- 
gneur d'authoriser la première délibération par votre lètre et 
par votre ordonnance du 19" iuillet de l'année 1721. Le Supliant 
espère de votre iuslice et de votre équité, que vous voudrés 
bien autoriser la seconde (bdiberation, et que vous ne per- 
metrés pas que la permission que vous aués accordée de 
jilaidér en connoissance de cause, deuienne inutille, cl sans 
effet, et qu'elle soit a même temps préiudiciable et ruineuse au 
Supliant, qui à traité de bonne foy, sur l'autorité de votre 

Fav. iS 



434 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

ordonnance toute la communauté jouit a presant d'un heu- 
reux calme, et vit en paix. 

A ces causes, monseifineur, et veu votre ordonnance et 
letre dud. jour 19*" iuillet i728 il plaira a votre grandeur, 
autoriser la dernière délibération du 19'' iuillet dernier. En 
conséquence ordonner que le supliant sera païé en quatre 
ternies de la somme de huit cens soixante quatre liures, les 
rentes et reuenus de la Communauté, et qu'a cet etîet il sera 
c uché annuellement pour deux cens seize liures sur les étais 
de distribution, et le suppliant priera le Ciel j)0ur la santé et 
prospérité de vôtre grandeur. 

Dalbarade. 

N° 91. — 1729. — Note favorable de M' de Lespés de Bureaux, 
lieutenant criminel auprès du sénéchal de Rayonne, à M' 1 in- 
tendant au sujet de la lettre précédente. 

Ms. Cette noie est écrite en tète de la lettre requête Dalbarade 
(Archives de Biarritz. FF 3, X» 17 . 
Inédit. 

Monseigneur l'intendant avoit authorisé la délibération de 
la Gomm" de Biarritz p' soutinir le procès criminel dont il 
s'ag-issoit, et le sup' ayant été nommé Syndic, s'estoit trans- 
porté a Bord" ou il avoit fait des frais considérables dont le 
montant après un examen a été réglé a 864'". La Comm'' désire 
que le Sup' en soit payé sur les revenus comuns en quatre 
années, et par portions egalles. Il n'y a aucun inconvénient 
que M'^'" L'intendant ord. qu'il sera employé sur les estatz de 
distribution, [)endant les quatre premières années à raison de 
216''' chacune. 

De Lespès de Hukeaux. 



N" 92. — 17 février 1729. — Ordonnance de lintendant à 
Bayonne, faite sur la lettre requête du sieur Dalbarade. 

Ms. Fait suite à la lettre citée plus haut. 
Inédit. 

Veu la présente requeste, ensemble la délibération desdits 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 433 

habitans et communauté de Biarrits du 19 juillet 1728 et 
autres prières énoncées en lad. requeste. 

Nous ordonnons que le supliant sera payé par lad. commu- 
nauté de Biarrits de la somme de huit cent soixante quatre 
livres dont est question en quatre années consécutives à 
commencer en la présente mil sept cens vingt neuf et par 
egalles portions et ce sur les revenus communs de lad. com- 
munauté auquel etîetserafait employ du quart de lad. somme 
sur les étatz de distribution de chacune desd. années, et 
icelles remise au sup""' par le trésorier en exercice d jcelle, a 
quoy faire il sera contraint par toutes voyes dues et raison- 
nables. 

Fait a Bayonne le dix septième février mil sept cent vingt 
neuf. 

Signé. {Illisible) [de Lessevuxe]. 



N' 93. — Signification de Tordonnance ci-dessus. 

Ms. Se lit à la suite de l'ordonnance ^Archives de Biarritz, FF 3, 

i\" 17). 
Inédit. 

Le vingt troisième du mois de février mil sept cens vingt 
neuf, ce requérant led. Sieur d'Albarade, signifflé et copie 
de la Bequeste, et ordonnance, ez autres parts a été baillée 
aux sieurs abbé jurats, et Communauté de Biarrits, en la 
personne de Sieur Clément Lamarque m" chirurgien, et pre- 
mier Jurai de lad. parroisse de J^iarits, maître de la maison 
de Jean Dinal, y domicillié, j)Our les fins y contenues, et avec 
sommation de satisfaire à lad. ordonnance, dans les delays 
portés par jcelle, faute de ce faire, je leur ay déclaré, que 
led. Sieur Dalbarade se pourvoira contr'eux, ainsy qu'il verra 
être à faire, et à m" Jean Planlhion no"' lîoyal, et Trésorier 
<le lad. Communauté de Biarrits, maître de la maison de 
piriane y domicillié, aussy pour les fins y contenues, et avec 
sommation de satisfaire à la susd. ordonnance, dans les 
delays portés par icelle, ce faisant de payer aud. Sieur Dalba- 
rade, les sommes y contenues, faute de ce faire, je luy ay 



436 PIECES JUSTIFICATIVES 

déclaré, qu'il y sera contraint, par les voyes portées par la 
même ordonnance, fait en la susd. parroisse de Biarrits, ou 
je me suis exprès transporté à cheval, puis de la ville de 
Dayonne, au domicilie dud. Sieur Lamarque, parlant à 
sa personne, avec enjoinlioii de le faire savoir auxd. Sieur 
abbé et Jurats, ses collèi^ues, et à la susd. Communauté, 
et en celluy dud. Sieur Planthion, parlant a sa servante. 

Par moy Laurent Sorliaitz huissier audiencier en la Cour 
sennechalle siège a lad. ville de Bayonne y habitant logé 
maison Galtier rue maiour. 

Soussif^né. 

SoRHAiTZ, huissier. 
Con*^ à bayonne, 26 février 1729... hirigoyen. 



N- 94. — Reçus de la somme de 216 livres, 
signés par Dalbarade. 

Ces sommes furent versées à Dalbarade par la communauté de 
.Biarritz, en exécution de l'ordonnance ci-dessus comme représen- 
tant les frais faits par lui au cours des procès contre les cagots. 

Mss. Archives de Biarritz. FF :j, N«s 18, 19, 20, 2t. 
Inédits. 

Je soubssigné pierre Dalbarade M' de la maison de Saraspe 
déclare avoir resceu de la communauté de Biarritz la somme 
de deux cens seize livres a conte de celle de huit cens soixante 
(|uatre livres et ce par les mains de mons' Planthion no'" 
Royal et trésorier de la ditte communauté pour autant que 
je suis été compris dans l'état de distribution de Tannée 1730 
sans préjudice de celle de 1729, 31 et 32. En foy de quoy 
j'acquitte la communautté et le dit trésorier de la ditte 
somme de 216 11. Et ay signé le presant pour leur servir et 
valloir en tout que de raison. Fait k Biarritz le o" février 1731 . 

Dalbarade. 

{FF 3, H" W). 

Je soussigné déclare avoir resceu de la communauté de 
Biarrits par la main de m^ Bertrand de Planthion n" Royal et 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 437 

trésorier des Revenus d'icelle communauté la somme de 
deux cent seize livres contenues dans Tordonnance en l'autre 
part écrite datée du dix sept février mil sept cens vinj^t neuf 
sig-né de Monseigneur de Lesseuille, en foy de quoy j'acquite 
laditte communauté. 

Fait à Biarrits le 12" Novembre 1731. 

Dalbakade. 

[FF 3. N" 18). 

Je soussigné pierre Dalbarade S' de la maison de Saraspe, 
déclare avoir receu de la communauté de Biarritz, la somme 
de deux cens seize Livres a compte de celle de huit cens a 
soixante quatre livres, et ce par les mains de M' Jean Louis 
de Planthion no" Royal, et Trésorier des revenus de cette 
communauté, quy ont été ordonnés être pavées par ordon- 
nance de Monseigneur de Lesseville Intendant, en datte du 
dix sept février mil sept cens vijigt neuf, sans préjudice de 
l'année courante, et de celle de 1733 : en foy de quoy 
j'acquitte lad. communauté et lad. Trésorier de lad. somme 
de 216 L. Fait a Biarritz dix huit février 1732. 

Dalbarade. 

{FF S, W'-yi). 

J'ay resceu de méstre Jean de Planthion no*^* Roval et tré- 
sorier de la presante communauté, la somme de deux cens 
seize livres pour le troisième terme, de quoy je l'acquitte tant 
à luy que à la communauté sans préjudice du quatrième terme, 
en foy de quoy, j'ay signé le présent, fait à Biarritz le 27" août 
de 1732. 

Dalbarade. 

{FF 3, n» /P). 

AFFAIRE D'ORX (113^-1738) 

N°95. — 22 novembre 1735. — Arrêt du Parlement 
de Bordeaux. 

Ms. Nous n'avons pu retrouver le texte manuscrit de cet arrêt. 
Le texte que nous publions est copié sur un imprimé daté de 1735, 
conservé aux Archives du Tribunal de Dax. 



438 PIEGES JUSTIFICATIVES 

C'est un placard imprimé, destiné à lanichage. Sur cette feuille 
de grand format, se lit d'abord l'arriH du ',» juillet 1723, puis celui 
du 22 novembre 1735. 

Inédit. 

On lit au bas de Tarrèt : 

Collationné, Solvit 3. liv. reçu clesd. Vif/nalet et Ducamp la Minme de 
3o. liv. pour le sol pour liv. de 700. Uv. tant de dépens que de dommages 
et intérêts réglez et liquidez par la Transaction du il septembre dernier, 
énoncé au présent Arrêt à Bordeaux le 23 yovembre 17 35. 

Signé : Cfielan. 

Controllé le 23 yovembre 1733. receu IS. liv. 12. sols tant pour le 
Controlle de l'Arrêt, que de l'homoloijalion de la Transaction y énoncée par 
coniposilion et par ordre de M. Davignon Directeur, augmentation 2. liv. 
3. soh. 42 deniers. 

Extrait des registres de Parlement. 

Entre Jean Yig^nalet dit Maury, etJean Ducamp dit Boscq, 
Laboureurs Demandeurs linterinement de leurs Hequètes 
tendantes a ce qu'ils soient ampliez des Prisons Royaux Dax, 
ou ils sont détenus, et qu'il soit Enjoint au Geôlier d'icelles de 
leur en ouvrir les Portes à quoy faire il sera tenu par Corps, 
et à ce que la Transaction passée entre les Parties soit homo- 
loguée d'une part, et [Merre Dartii^uenave, et Laurans Dussez 
Deffendeurs d'autre. Guis Bouquier, et Valcarcel Avocat et 
Procureur desd. Vii^nalet dit Maury, et Ducamp dit Boscq, 
Broclion et Bordenave Avocat et Procureur desd. Dartigue- 
nave et Dussez, ensemble de Latreine pour le Procureur 
General du Roy. L.\ Couk, faisant Droit de Conclusions du 
Procureur General du Roy a Ordonné et Ordonne que les 
Parties de Bouquier se rendront le premier Dimanche aprez 
la signiflcation du présent Arrèl, au devant de la Porte de 
l'Eglise Paroissiale d'Orx, à l'issue de la Messe, les Parois- 
siens assemblez, et là étant ils déclareront que malicieuse- 
ment et témérairement, ils ont proféré plusieurs injures 
contre les Parties de Brochon, qu'ils leur en demandent 
pardon et excuse, qu'ils les reconnoissent pour Gens de bien 
et d'honneur, et qu'il n'y a pas de differerence d'eux, avec les 
Habitants de lad. Paroisse d'Orx, leur fait trez expresses 
inhibitions et Défenses de récidiver à l'avenir à telle peine 
que de Droit, et pour la façon de faire Ladute Couu, les à 



RESSORT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 439 

Condamnez et Condamnent {sic) lesd. Parties de Bouquier a 
aumùner la Somme de trois Livres, applicable au Pain des 
Prisonniers, à la décharge du Roy, Ordonne en outre lad. 
Cour que la Transaction passée entre les Parties, le 17 Sep- 
tembre dernier, quand aux peines pecunieres et dépens con- 
tenus dans la susd. Transaction sortira son plein et entier effet, 
et moyennant ce, déclare n'y avoir lieu de prononcer sur le 
surplus de l'homologation de la susd. Transaction, et faisant 
Droit de la Requête des Parties de Bouquier, les a ampliées 
des Prisons Dax, ou ils sont détenus. Enjoint au Geôlier, de 
leur en ouvrir les Portes, à quoy faire il sera contraint par 
Corps. Condamne lesd. Parties de Bouquier à la levée et 
expédition du présent Arrêt et Commission, les autres dépens 
de l'homologation de la susd. Transaction demeurant compen- 
sez. Au surplus, lad. Cour Ordonne que l'Arrêt du 9. Juil- 
let 1723. sortira son plein et entier effet. Permet au Procureur 
General du Roy de faire afficher tant le présent Arrêt que 
celuy dud. Jour 9. Juillet 1723. par tout ou besoin sera. 
Fait à Bordeaux en Parlement, le 22. Novembre 1735. 
Monsieur Degascq Leoville, Président. 

Signé, BoGER. 

N°96. — 27 mars 1738. — Arrêt du Parlement de Bordeaux. 

Cet arrêt faisait inhibition et défenses d'injurier aucuns parti- 
culiers « prétendus descendans de la race de Giezi,et de les traiter 
d'Agots, Cagots, Gahets ni Ladres », On y ordonnait l'exécution des 
arrêts de la Cour en date des '.» juillet 172.3 et 22 novembre 1735, 
à ijeine de cinq cents livres damende : on voulait que les cagots 
fussent admis à toutes les assemblées générales et particulières 
faites par les habitants, et (ju'ils fussent admis aux charges muni- 
cipales, et aux honneurs de l'église, comme les autres. 

Voriifinal existe sous forme d'une plaquette imprimée sans 
ni date) aux Archives du tribunal de Dax. Fr. Michel semble avo 
eu en sa possession un des exemplaires de cet arrêt. 

Publifj par Fr. Michel (loc.cU.), t. II, p. 255, 259. 

Aruest de la Cour ue Parlement. 

Contre les nommés Catherine Aiorte, Jean Ducamp dit 
liosq, son mari, Bertrand Uanjues, leur valet, et autres, et 



440 PIKCKS JUSTIFICATIVES 

qui l'ail inhihilions el défenses à toutes sortes de personnes 
d'injurier aucuns particuliers prétendus descendant de la race 
de Giezi, et de les traiter dW\f/ots, Cagots, Gahefs ni Ladres, etc. , 
et ordonne V exécution des arrêts de la Cour des 9 juillet ll'iS 
et '29 novembre i7S5. 

Du 27 mars 1738. 
Extrait des registres de Parlement. 

Entre Pierre Dartiguenave et Laurens Dussez, lalxjiireurs, 
haljilaiits de la paroisse d'Orx, sénéchaussée de ïarlas, 
demandeurs en crimes d'injures, scandales, et excès; à ces 
fins demandeurs l'entérinement d'une requête du 20 février 
1738, en exécution de l'arrêt du 24 janvier dernier, et ten- 
dante à ce qu'attendu les preuves résultantes des informations 
et procédures, les parties ci-aj)rès nommées fussent condam- 
nées en 3 000 liv. de dommages et intérêts solidairement 
envers lesdits Dartiguenave et Dussez, ensemble en tous les 
dépens et procédures, même en ceux réservés par ces arrêts 
précédents, pour leur tenir lieu de plus amples dommages et 
intérêts, et en telle réparation que la Cour jugera à propos, 
s'en remettant pour les peines corporelles que méritent les 
accusés, au zèle et à ce qu'il plaira à M. le Procureur 
général requérir pour raison de ce : Et au surplus qu'il fut 
ordonné que tant les arrêts de règlement de la Cour, que la 
transaction et arrêt d'homologation d'icelle, de l'année 1735, 
soient exécutés selon leur forme et teneur, et qu'inhibitions 
soient faites tant aux accusés qu'à tous autres d'y contre- 
venir, aux peines portées par lesdits arrêts, et à ce qu'il fût 
permis aux susdits Dartiguenave et Dussez de faire afficher 
tant dans la paroisse d'Orx qu'ailleurs, le présent arrêt, avec 
ceux des années 1723 et 1735, d'une part. 

Et Catherine Niorte, Jean Ducamp dit Boscq, son mari, 
Bertrand Hargues, leur valet, Jean Vignalet dit Maury, et 
Jean Dartiguenave, meunier, accusés, défendeurs et deman- 
deurs, savoir : ladite Niorte, ledit Ducamp son mari, et les- 
dits Vignalet et Dartiguenave, l'entérinement de leurs 
requêtes des 24 et 29 janvier 1737, aux fins de leur relaxance, 
d'autre; 



RESSORT UU PARLEMENT DE BORDEAUX 44t 

Et lesdits Dartiguenave et Dussez, défendeurs, encore 
d'autre; 

Et encore entre monsieur le Procureur général du Hoi en 
la Cour, demandeur en contravention à l'arrêt de règlement 
fait par la Cour, le 9 juillet 1723, d'une part. 

Et lesdits Jean Vignalet dit Maurv, et Jean Dartiguenave, 
jurats de ladite paroisse d'Orx, l'année 1735, défendeurs et 
demandeurs en relaxance, suivant leur requête du même 
jour 24 janvier 1737, d'autre. 

Et monsieur le Procureur général du Roi en la Cour, 
défendeur, encore d'autre. 

Et encore entre ledit sieur Procureur général du Roi 
en la Cour, demandeur en excès commis sur la per- 
sonne dudit Dartiguenave par les ci-après nommés, d'une 
part. 

Et Pierre Lhertere, Bernard Lagarde, Martin Desparben 
et Vincent de Grand-Camp dit Chinoy, accusés, d'autre 
part. 

Vu le Procès. 

Dit a été que la Cour, sans s'arrêter à chose dite ou alléguée 
|tar ladite Niorte, ledit Ducamp ditBoscq, son mari, et lesdits 
Dehargues, Vignalet et Jean Dartiguenave, meunier, ni à la 
relaxance et autres conclusions |)rises par ladite Niorte, 
ledit Ducamp, son mari, et lesdits Vignalet dit Maury, et 
Dartiguenave, mùnier, dans leurs requêtes des 24 et 29 
janvier 1737, attendu les preuves résultantes des procédures 
instruites contre ladite Niorte et lesdits Ducamp, Hargnes, 
Vignalet et Dartiguenave, mûnier, à raison des excès par 
eux commis sur les personnes desdits Pierre Dartiguenave, 
laboureur, et Laurens Dussez, le 18 décembre 1735 et 
19 février 1736, a ordonné et ordonne que tant ladite 
Catherine Niorte, que ledit Ducamp, son mari, et lesdits 
Hargnes, Vignalet et Dartiguenave, mùnier, se rendront le 
premier dimanche après la signification du présent arrêt, 
faite à personne ou domicile, au-devant la principale porte 
fie l'église paroissiale d'Orx, à l'issue de la messe paroissiale, 
les paroissiens assemblés; où étant, et en présence des juges 
et procureur d'office de la jurisdiction ordinaire de Gorce, ils 



442 PIECKS JUSTIFICATIVES 

déclareront chacun séparément que malicieusement, témé- 
rairement et mal à propos, ils ont excédé et fait excéder lesdits 
Dartiiruenave et Dussez, et proféré contre eux plusieurs 
injures, dont ils leur demandent pardon et excuse; qu'ils les 
reconnoissent pour gens de bien et d'honneur, et qu'il n'y a 
aucune différence d'eux avec les autres habitants de ladite 
paroisse d'Orx. Enjoint auxdits jupres et procureur d'office de 
ladite jurisdictiou de Gorce de tenir la main à l'exécution du 
présent arrêt, de dresser leur procès-verbal de l'exécution 
d'icelui, et de l'envoyer au irreffe de la Cour, à telle peine que 
de droit. Fait inhibitions et défenses à ladite Niorte et aux 
susdits Ducamp, Hargnes, Vignalet et Dartiguenave mûnier, 
de récidiver, ni faire récidiver à l'avenir, à peine de punition 
corporelle; et les condamne en outre à aumoner chacun la 
somme (\e douze livres, applicable au pain des prisonniers, à 
la décharge du roi, en la somme de 600 livres solidairement 
et i>ar corps envers lesdits Dartiguenave et Dussez, pour leur 
tenir lieu de dommages et intérêts; les condamne aussi en 
tous les dépens chacun les concernant envers lesdits Darti- 
guenave et Dussez, même en ceux réservés par les précédents 
arrêts, et moyennant ce, sur les plus amples dommages et 
intérêts prétendus par lesdits Dartiguenave et Dussez, ladite 
Cour a mis et met les parties hors de Cour et de procès. 
Comme aussi, attendu la contravention commise à l'arrêt de 
la Cour, du 9 juillet 1123, par lesdits Dartiguenave mùnier, 
et Vignalet dit Maury, jurats de ladite paroisse d'Orx, l'année 
mil sept cent trente-cinq, en ce qu'ils n'ont pas tenu la main 
à son exécution, ainsi qu'il leur étoit enjoint par icelui, 
ladite Cour, sans avoir égard à chose par eux dite ou